Objet no : SCP-752-FR
Niveau de Menace : Jaune ●
Classe : Sûr
Procédures de Confinement Spéciales : SCP-752-FR doit être conservé dans une boîte hermétique à l'abri de l'humidité. Il est impératif de se laver les mains et de les sécher complètement avant toute manipulation. Pour ne pas risquer d'endommager ce dernier, les interactions avec SCP-752-FR doivent se faire dans le calme et avec la plus grande précision possible. La boîte contenant SCP-752-FR se trouve actuellement dans le casier D-281B du secteur de stockage des objets de classe Sûr du Site Aleph.
Afin d'éviter toute contamination, les membres du personnel chargés de manipuler SCP-752-FR ne doivent lire aucun mot contenu dans ce dernier. Les membres du personnel ayant interagi physiquement ou visuellement avec SCP-752-FR doivent subir un examen psychologique deux, quatre et six jours après ladite interaction. Les équipes scientifiques affectées à SCP-752-FR doivent travailler en alternance et se relayer tous les mois. Au début et à la fin de chaque période de travail, l'intégralité de l'équipe doit subir un examen psychologique afin de détecter tout changement de comportement, altération du registre linguistique ou modification atypique des préférences esthétiques vestimentaires.
Les instances de SCP-752-FR-A doivent être mises en quarantaine dans un secteur distinct de celui où est gardé SCP-752-FR. Elles doivent être confinées dans une cellule standard pour humanoïdes munie d'un lit, d'un bureau, d'une chaise et de toilettes. Une rame de papier et un stylo à bille peuvent être mis à disposition des instances de SCP-752-FR-A sur demande explicite et après approbation du chercheur en chef chargé de l'anomalie.
Toute production écrite issue des instances de SCP-752-FR-A doit être perçue et analysée par un membre du personnel de Classe-D. Ce sujet de test doit être gardé sous observation pendant une période de deux semaines et subir un examen psychologique tous les deux jours durant cette période. Si aucune altération cognitive ou linguistique n'est détectée, les documents récupérés peuvent être ajoutés aux archives liées à SCP-752-FR et sont accessibles à la consultation par les équipes de recherche. Le sujet peut alors reprendre l'analyse des nouveaux documents établis par les instances. Dans le cas contraire, les documents ayant été analysés doivent être récupérés et un protocole doit être mis au point pour déterminer sans danger le document responsable.
Si le document précis est trouvé, il doit être numéroté SCP-752-FR-N, où N représente son ordre chronologique de découverte commençant à treize. À ce jour, seuls deux documents ont manifesté de tels effets : SCP-752-FR-13 et SCP-752-FR-14.
Il est interdit de mentionner SCP-752-FR aux instances de SCP-752-FR-A, ou de déplacer l'objet à proximité de leur secteur de confinement. Si un protocole d'expérimentation demande qu'une instance lise un passage de SCP-752-FR, une paroi transparente blindée et étanche doit la séparer de SCP-752-FR.
Le personnel de sécurité mémétique du Site Aleph doit surveiller l'apparition de tout signe d'une brèche de confinement de SCP-752-FR. Les signes précurseurs d'une brèche de confinement comprennent, sans s'y limiter :
- Une hiérarchisation entre certains membres du personnel basée sur l'éloquence et la pureté du langage
- L'apparition de tics de langage, d'archaïsmes ou d'expressions obsolètes dans le champ lexical du personnel
- Une élongation significative du temps de parole dans les conversations courantes
- La présence de références, explicites ou non, au texte de SCP-752-FR ou à la thématique des "émotions"
- Une tendance à vouloir porter des vêtements typiques de l'époque du XVIIe (17e) siècle ou à modifier son uniforme à l'aide de découpes et de coutures artisanales
Description : SCP-752-FR est un recueil de poèmes manuscrits regroupés dans un porte-feuilles en papier cartonné jauni portant l'inscription "Émotions". Le porte-feuilles contient douze pages de parchemin vélin, un unique poème figure sur chacune d'entre elles. Les poèmes sont numérotés de SCP-752-FR-1 à SCP-752-FR-12. Les titres des poèmes sont dans l'ordre : "Vie", "Joie", "Amitié", "Amour", "Tendresse", "Jalousie", "Honte", "Dégout", "Colère", "Tristesse", "Peur" et "Mort". Les poèmes SCP-752-FR-1 à SCP-752-FR-11 décrivent les sentiments de l'auteur concernant l'émotion annoncée dans le titre. SCP-752-FR-12 ne contient que le mot "Moi".
Ci-après un extrait du poème intitulé "Tristesse" :
Le mal à nouveau m'envahit ce soir, ma chère,
Il enfonce encore ses armes dans ma chair,
Laisse mon cœur et mes entrailles dépérir,
M'abandonne, moi, mes larmes et mes soupirs.
Le texte des poèmes SCP-752-FR est écrit à la plume d'oie dans une écriture aérée et calligraphique typique du XVIIe (17e) siècle. L'inscription "Émotions" est également écrite à la main, au stylo à bille en caractères imprimés. L'encre et le parchemin des poèmes de SCP-752-FR sont datés de l'an 1650 environ tandis que l'encre présente sur le portefeuille est plus récente, du milieu du XXe (20e) siècle.
L'exposition prolongée, la lecture et l'analyse des textes contenus dans SCP-752-FR provoquent une dégradation progressive et irréversible de l'identité linguistique et culturelle. Les retranscriptions manuscrites, imprimées et informatiques ne préservent pas cette propriété.
Les sujets contaminés par le texte de SCP-752-FR sont désignés par SCP-752-FR-A. Les instances de SCP-752-FR-A développent une obsession pour la langue française et son bien parler ainsi que pour SCP-752-FR. Des transformations du champ lexical et des habitudes linguistiques apparaissent et le sujet passe par les trois phases suivantes:
- Phase 1 (Contamination) : Le sujet se met à citer spontanément des passages de SCP-752-FR sans s'en rendre compte dans ses conversations usuelles. L'exposition à ces passages cités à haute voix n'est pas dangereuse. En dehors des références au texte exact, des demandes insistantes et régulières d'être assigné à l'étude de SCP-752-FR et de pouvoir en lire d'autres passages sont aussi observées. L'obsession pour SCP-752-FR se manifeste également par la croyance ferme qu'il existe d'autres poèmes de l'auteur original de SCP-752-FR qui n'ont pas été récupérés et placés dans le recueil.
- Phase 2 (Reconstruction linguistique) : Le sujet embrasse entièrement la langue noble et se met à l'utiliser dans ses conversations usuelles, de sorte que le ton employé par ce dernier est souvent distingué et va au-delà de la simple politesse. Un mépris pour la langue simple est également observé. Les instances de SCP-752-FR-A forment un groupe soudé, parlent ensemble de SCP-752-FR et théorisent sur son origine, son sens et les valeurs qu'il transmet. Les évaluations psychologiques rendent compte d'envies de glorifier le langage soutenu et poétique, de préserver la beauté de la langue au travers de son emploi quotidien et d'éduquer les "ignorants" pour accroître le nombre des "instruits". Les sujets interrogés expriment une peur de perdre leur langue, leurs mots et leurs envies. Le Dr. Lambert, alors contaminé, répond de la sorte, à la question "De quoi voulez-vous vous protéger exactement ?" :
Nous ne voulons que le bien de notre intellect, voilà tout. Nous voulons nous empêcher, comme vous, de dépérir, de laisser là dans notre tristesse les véritables sentiments qui parcourent notre échine et qui transcendent nos songes ! Ce sont là, les mots qu'il faut protéger, pas ceux qui s'usent ici et là sans queue ni tête, à tout va, pour dire si mal est ici ou bien n'est pas là ! Ce sont les mots comme "ostentatoire", "récréatif", "rédhibitoire", les mots qui transportent un sentiment si précis qu'il est amer de penser un jour qu'on puisse s'en passer et finir par les oublier ! Pardonnez mon entrain, mais il est de mon devoir de vous le dire, le sort ne s'accable que sur les malheureux qui jamais ne se laissent porter par le sens des vers ! Tenez par exemple, voyez la fenêtre là-bas, [Suit une déclamation de 22 minutes sur la beauté du mot "oscillo-battant"]. Je ne veux pas m'enfuir, je veux survivre, garder mon vocabulaire en sûreté des voleurs et assombrisseurs de langue. Le trésor le plus splendide du lapidaire est le mot si abscons qu'on ne saurait s'il fut un jour recensé dans une encyclopédie tant il est précis ! Je vous assure, mon cher collègue, que [Les équipes en charge ont décidé de mettre fin à l'entretien]
- Phase 3 (Classicisation totale) : Les sujets arrivés à cette phase de leur imprégnation par SCP-752-FR se mettent à ne converser qu'en vers et ajoutent une impression théâtrale à tous leurs gestes et leurs dires, certains produisent presque à chaque fois des alexandrins spontanément. Les instances de SCP-752-FR-A, une fois cette étape franchie, peuvent se montrer violentes sous les moqueries ou les atteintes à la pureté du texte de SCP-752-FR. Une tendance à modifier ses vêtements manuellement pour y ajouter des ourlets peut apparaître. Les sujets se déclarent alors tous adeptes du "bien parlé" et craignent l'arrivée de la mort du langage, laquelle est incarnée par le dernier poème de SCP-752-FR.
Les instances SCP-752-FR-A voient en SCP-752-FR-12 un miroir métaphorique. Lorsque l'auteur écrit "Moi", il veut alors exprimer la mort linguistique du lecteur. Ce destin funeste est une terreur existentielle pour les instruits ; ils adoptent un langage pur, afin d'entretenir leurs mots et d'éviter d'en perdre l'usage. Les sujets affectés par SCP-752-FR ont plusieurs fois manifesté l'intention de compléter le recueil. Lesdits sujets estiment que le recueil manque d'un treizième poème. Ainsi, les instances de SCP-752-FR-A ont écrit plusieurs poèmes et documents, lesquels sont intitulés "Suite", "Enfer", "Abandon", "Langue" ou encore "Treizième poème".
Certaines œuvres des sujets affectés ont manifesté des effets semblables aux poèmes originaux de SCP-752-FR. Cela dit, seuls les documents intitulés "Enfer" et "Langue" sont concernés. La façon exacte dont ces documents ont été rendus anormaux est encore débattue. On peut cependant remarquer qu'ils sont écrits à la plume, c'est pourquoi les instances de SCP-752-FR-A n'ont plus le droit de posséder de plume ni d'encre dans leur cellule.
Le recueil a été admis au Site-Aleph en 2024 après sa découverte par un groupe de jeunes hommes, dans une luxueuse bibliothèque abandonnée. Il n'a pas été possible de s'assurer que tous les poèmes originaux figuraient dans SCP-752-FR. Il est fort probable qu'un treizième poème soit encore perdu. La Fondation SCP et ses groupuscules paramilitaires doivent impérativement mettre tous leurs efforts en œuvre pour le retrouver. Les sujets éveillés par SCP-752-FR assurent que ce poème manquant est la réponse aux questions qui tourmentent le personnel scientifique du Site Aleph.
Les instruits assurent que les poèmes originaux de SCP-752-FR ont été rédigés par un auteur dont le génie littéraire dépasse l'entendement.
"Ô bonheur, joie, le soleil envahit ma peau,
Et lorsque le rayon transportera mon âme,
Il sera suffisant de marquer de son sceau,
Les sourires enchantés de mon être infâme."
Ces mots, disent les instruits, ne peuvent point être ceux d'un être commun. Certains pensent qu'il n'y en a qu'un piètre échantillon qui soit œuvre de la main originale et que les suivants ne sont que copie du style. Cette hypothèse peut être soutenue par l'existence même des textes "Enfer" et "Suite". Une modification importante à observer est celle-là même qui affecte la capacité rédactionnelle des instruits. En effet, il faut admirer la faculté poétique qui a pu émerger des âmes, auparavant impures, de Messieurs Lambert et Gallien, en regard du talent littéraire. De tels résultats confortent encore davantage la théorie selon laquelle la douzaine de textes sur vélin peut avoir été amassée au fil des âges par quelque auteur passionné ou sujet éveillé. Il est par suite nécessaire de les analyser encor plus afin de déceler les différences stylistiques entre chacune des œuvres. Cette idée peut être soutenue davantage, en effet, les instruits réussissent sans difficulté à imiter le style élégant des écritures du recueil.
D'autres témoignages vont encor plus loin, et devant tant de théories il n'est pas possible de rester de marbre. Il pourrait en effet être que de célèbres figures littéraires puissent être à l'origine de ces textes. Ou que les autres œuvres elles-mêmes de ces auteurs soient atteintes de cette bénédiction. Ces autres ne pourraient-elles pas transmettre cette délicieuse maladie dont nous désirons tous être porteurs ?
Tout le monde connait un camarade qui, en tombant par hasard sur les vers de quelque fable, s'est retrouvé emporté par le talent, façonné par les mots, et qui a décidé d'y dédier son âme. Tout le monde ? Non, gardons les pieds à terre, mais les faits parlent d'eux-mêmes, n'est-ce pas ?
Voilà ! Il faut bien avouer, en toute honnêteté intellectuelle, que cette histoire fait sens. Serions-nous alors devant la plus grande brèche d'information du monde ?
Quelle tête alors, feront les auteurs du monde entier ?
Lorsque, face à leurs travaux, ils se sauront, eux et leur monde, contaminés.
Le monde littéraire est-il en proie à une anomalie planétaire ?
Il doit en être pour le mieux, ce me semble.
Plus il est de gens qui sont lettrés, tout ensemble,
Ils ne font plus jamais croiser les fers !
Mais à présent, quelles sont encore les conséquences,
Ce mal ou ce bien, achève-t-il aussi les souffrances ?
Oui ! Puisqu'à nouveau, les beaux astres s'alignent,
Et les ignorants, dans leur tombe, couverts de vignes,
Les gardiens du langage, font taire les bouches,
Achèvent les idées, mettent point aux harangues,
Ils déracinent leurs ennemis à la souche,
Et, dans leurs protocoles, arrachent leurs langues
Joie remplit mon être lorsque tombent les lettres,
Quelle liberté de parole atteint mon être,
Que c'est beau, que c'est fort, que j'aime bien parler.
Oh ! Et quelle horreur traverse mon cœur comblé,
Tandis que les terribles geôliers de mon âme,
Et accouchent et assènent leurs viles blâmes,
Assassinent mon œuvre, aux miles compliments,
En chœur, crient à la brèche de confinement.
