Dossier du GRU-P "AIRE DIMENSIONNELLE À EXPANSION CONDITIONNELLE"


OAI « AIRE DIMENSIONNELLE À EXPANSION CONDITIONNELLE »
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
APPROUVÉ 28.I.1988 IMPRESSION N° : 1
SIGNÉ .................. S
CHEF DE DÉPARTEMENT III-P-9-GRU D.N° : 08.II.1988
RESPONSABLE : Andreï Malinin к.б.н.
DÉTAIL : L’OAI « AIRE DIMENSIONNELLE À EXPANSION CONDITIONNELLE » désigne une anomalie dimensionnelle de catégorie 2 apparue en décembre 1987 dans la province de Kandahâr, en Afghanistan.

L’anomalie est composée de deux zones d’effet distinctes :

  • Une zone dite « de détection », circulaire, distinguable par un taux d’Humes mesuré anormalement bas par rapport à la moyenne du secteur géographique. Les expériences menées sur place tendent à prouver que █████████████████████████████████████████ dans ladite zone de détection serait à l’origine de son expansion ainsi que de celle de la « zone de destruction ».
  • Une zone dite « de destruction », ayant l’aspect d’une sphère régulière opaque de couleur noire présentant des éclats irisés. Les taux d’Humes mesurés à proximité présentent un écart considérable avec les valeurs habituelles du secteur.

À ce jour, aucune interaction avec l’intérieur de cette dernière n’a pu être menée à bien. Aucun des éléments expédiés dans la zone de destruction n’a pu en être ramené. De même, aucun contact avec les sujets de test y ayant été envoyés n’a été possible, et ce en dépit de l’utilisation de matériel de communication interdimensionnel perfectionné.
Il est également à noter que se tenir à proximité de ladite zone pendant une durée prolongée (entre 6 et 10 heures selon les individus) peut provoquer migraines et nausées dans un premier temps, puis des hallucinations visuelles et auditives. L'aire dans laquelle ces effets se manifestent semble connaître une expansion proportionnelle à celle de la zone de destruction.

Il a été constaté que le diamètre des zones dites de détection et de destruction croissait de façon proportionnelle et exponentielle. Les tests effectués sur place ont permis d’établir que la rapidité de cette croissance dépend directement ████████████████████████████████████████████████ dans l’aire de détection ██████████████████████████████████████████████

On suppose l’existence d’une forme « passive » de l’anomalie permettant son transport et ██████████████████████████████████████████████████, ce qui expliquerait ████████████████████████████████████████████████████████████ ████████████████████████████████████████████████████████████████████

Suite à la découverte des propriétés et des causes de l’extension de l’aire d’effet de l’OAI, il a été décidé pour des raisons de sécurité évidentes ███████████████████████████████████████████████████████████████████████████ ████████████████████████

Usages proposés :
Aucun usage militaire à l’OAI « AIRE DIMENSIONNELLE À EXPANSION CONDITIONNELLE » ne peut pour l’heure être envisagé, et ce pour des raisons de sécurité évidentes.


RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-03
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
27.XII.1987 D.N° : 59.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

Objectif atteint aux environs de 13 heures 15. Le campement a été établi à 500 mètres à l’ouest du village qui a été intégralement investi et fouillé. Nous nous assurerons jusqu’à nouvel ordre que personne n’y entre ou n’en sorte à moins d'en avoir reçu l’autorisation expresse.

La population se compose d’après nos premières estimations d’une centaine d’individus, pour l’essentiel issus de l’ethnie pachtoune. Il s'agit pour la plupart de femmes, d'enfants et de vieillards. S’ils ne semblent pas ouvertement hostiles, ils sont clairement méfiants et peu coopératifs.
Nous avons néanmoins reçu dès notre arrivée la visite d’un groupe d’hommes âgés qui constitue apparemment la figure d’autorité locale. Ils se sont enquis des raisons de notre présence (réponse apportée : opérations de pacification de routine dans le secteur). Nous avons réussi à leur faire avouer la présence de « combattants armés » dans la passe d’Hashdaar située à environ 1 kilomètre au nord de la localité.

En ce qui concerne la véritable raison de notre présence ici, les résultats sont déjà exceptionnellement encourageants : les trois membres d’équipage du Mi-8 envoyé en reconnaissance dans la passe affirment tous avoir aperçu une « boule noire avec des éclats multicolores qui avait l’air de sortir de la montagne », ainsi que des anfractuosités rocheuses qui pourraient s’avérer être les entrées d’un réseau de galeries servant de refuge aux insurgés.
S’il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude à quoi nous avons affaire, le lien avec l’ « arme anormale » qui, d'après nos informateurs, aurait été livrée la semaine dernière par l’ISI1 aux insurgés semble évident.

Une approche par voie terrestre du secteur d’intérêt est pour l’instant hasardeuse, à cause de la potentielle présence d’hostiles armés et solidement retranchés dans les montagnes, ainsi qu’en raison de l’impraticabilité du terrain et des conditions climatiques peu clémentes. Nous allons dans un premier temps nous contenter de sécuriser nos positions.

Je tiens au passage à réitérer ma demande antérieure concernant l’octroi de renforts. Nous nous trouvons actuellement dans un secteur isolé et sommes vulnérables à une potentielle attaque des insurgés depuis les montagnes environnantes. Je ne peux également pas complètement garantir que nous serons à-même d’empêcher les occupants du village de quitter les lieux avec des effectifs aussi réduits.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-06
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
30.XII.1987 D.N° : 62.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

La première expédition terrestre vers la passe d'Hashdaar, composée de 8 hommes, a regagné sans encombre la base ce jour aux alentours de 18 heures. Elle aura duré 5 heures au total, dont environ 1 passée sur site.

Son rapport recoupe ceux établis par la reconnaissance aérienne au cours de ces derniers jours : elle n'a détecté aucune présence hostile dans les hauteurs, ni aux alentours de la vallée. L’approche du site n’est pas une partie de plaisir pour autant : la passe est située à environ 3 kilomètres au nord du village, et, une fois celle-ci atteinte, il faut près de 2 heures de marche à travers un terrain particulièrement accidenté et inhospitalier pour rejoindre le site proprement dit.

Une fois sur place, l’équipe a pour l’essentiel procédé à une reconnaissance et à une première cartographie des lieux. Elle a notamment confirmé la présence d’un nombre important d’anfractuosités naturelles, dont plusieurs semblent être les entrées d’un réseau complexe de tunnels courant dans la montagne.
Quant à la sphère, ils estiment son diamètre à une trentaine de mètres, bien qu’une évaluation précise soit rendue difficile par son encastrement dans la montagne. Rien de notable n’a été repéré à proximité. En l’absence de l’équipe scientifique, il nous sera difficile d'en apprendre davantage sur le phénomène.

J’ai pris note de vos conseils concernant la gestion du problème des villageois. Je me permets cependant de signaler que ces méthodes risqueraient fort de nous attirer l’hostilité de ceux-ci, et pourraient même les pousser à fuir la vallée à la première occasion, ce qu’il nous faut à tout prix éviter si nous ne voulons pas risquer qu’on apprenne les raisons notre présence ici.
J’attire votre attention sur la précarité de notre situation d’un point de vue militaire : l’unique voie terrestre d’approvisionnement passe par plusieurs goulots étroits qu’un petit nombre de combattants déterminés pourrait facilement bloquer. Il nous faut absolument des renforts si nous voulons pouvoir sécuriser le secteur de façon satisfaisante.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-10
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
03.I.1988 D.N° : 64.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

J’ai aujourd’hui pris personnellement part à notre troisième expédition sur le site. Celle-ci fut donc composée de moi-même, du sergent Machir, du caporal Avilov et des soldats Kamenski et Sourikov. Elle avait pour objet l'exploration plus poussée des tunnels identifiés par les expéditions précédentes, et dura au total 6 heures, dont 2 passées sur site (départ à 10 heures du matin).
Quoiqu’éprouvants physiquement, les trajets aller et retour ne furent marqués par aucun événement notable. Une fois arrivés sur place, nous avons exploré rapidement les lieux.

La passe d'Hashdaar constitue un remarquable refuge pour qui veut passer inaperçu : les entrées des grottes sont en grande partie dissimulées par des formations rocheuses qui les rendent presque invisibles depuis les airs, et nous ne les aurions sans doute pas remarquées sans la sphère.
Notre exploration des tunnels nous a révélé un réseau de salles et de galeries long de plusieurs centaines de mètres qui pourrait aisément accueillir plusieurs dizaines de combattants avec leur matériel pendant des semaines.

Nous avons pu constater plusieurs signes qui trahissent une disparition soudaine des anciens occupants : un ameublement rudimentaire mais intact, des vivres ainsi que plusieurs armes légères et deux lance-roquettes, le tout semblant avoir été abandonné dans la précipitation. Nous supposons que soit les insurgés ont vidé les lieux pour échapper à la sphère, soit ils ont été victimes de ses potentiels effets anormaux.

Fait étrange, le sergent Machir et le soldat Sourikov, qui avaient tous les deux participé à l’expédition du 30 décembre, affirment que certaines issues qui étaient accessibles lors de leur premier passage ne le sont plus actuellement. Visiblement, soit la sphère a grandi, soit elle s’est déplacée. Seules les équipes scientifiques pourront nous éclairer sur la question, nous espérons donc qu’elles ne tarderont plus.

Dernier événement notable, nous avons découvert sur une table une pierre aux propriétés visuelles très similaires à celles de la sphère (couleur noire, reflets irisés), longue d’environ 20 centimètres pour environ 10 centimètres de haut. Les mots « For an eternal peace » (« pour une paix éternelle » en anglais) étaient gravés dessus (photo jointe au rapport). L’objet étant indubitablement lié à la sphère, nous avons évité toute manipulation et l'avons laissé sur place, conformément à la procédure. Je demanderais son retrait, le cas échéant, si les mouvements de celle-ci viennent à le menacer.

On m’a informé après mon retour au campement que plusieurs patrouilles avaient repéré des individus non identifiés aux abords de la vallée, très probablement des moudjahidines. Je suis tout à fait conscient de la difficulté à détacher des hommes supplémentaires dans le contexte actuel, mais nous sommes trop exposés à un encerclement pour pouvoir opérer sereinement avec nos forces actuelles.
Faute de meilleure solution, je vais dès à présent demander le détachement de troupes de l’armée régulière stationnées à Kandahâr pour compléter mes effectifs. Je leur attribuerai des missions de sécurisation du périmètre afin d’éviter au maximum qu’elles soient en contact avec l’anomalie.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-11
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
04.I.1988 D.N° : 66.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

La quatrième expédition terrestre sur site est rentrée à 19 heures 45 avec des nouvelles inquiétantes. Elle était chargée d’une surveillance prolongée de la sphère, afin d’infirmer ou de confirmer les variations de sa taille et/ou de sa position, et est donc restée sur place pendant 8 heures d’affilée.

Tout d’abord, ses membres se disent convaincus que la sphère ne se déplace pas, mais qu’elle grandit bel et bien. Ils disent avoir constaté une croissance de son rayon d’un peu plus d’1 mètre en 7 heures.

Ensuite, deux des cinq hommes qui y ont pris part ont été victimes de violents maux de crâne et de nausées. L’un d’entre eux affirme même avoir enduré des hallucinations visuelles impliquant des « couleurs dansantes ». Ils ont été placés en quarantaine à l’infirmerie jusqu'à nouvel ordre. Le lien avec leur exposition prolongée à la sphère paraît évident, mais je préfère éviter toute conclusion hâtive.

Enfin, la pierre évoquée dans mon rapport du 30 décembre aurait purement et simplement disparu. La sphère n’aurait cependant pas encore atteint l’endroit où nous l’avons découverte. Par conséquent, quelqu’un ou quelque chose a dû la récupérer, à moins qu’elle se soit simplement volatilisée.

Je vais dès à présent prendre les mesures qui s’imposent pour parer au mieux à ces différents problèmes. Nous espérons que l’équipe scientifique arrivera bientôt, et qu’elle sera en mesure de nous apporter des réponses.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-16
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
11.I.1988 D.N° : 75.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

Le convoi transportant l’équipe scientifique et les sujets de test est arrivé ce matin peu après 9 heures 30, provoquant un intense soulagement parmi les hommes. Il est désormais évident que la sphère s’étend de plus en plus (on estime la croissance totale de son diamètre à plus de 100 mètres depuis le 27 décembre, et elle ne fait que s’accélérer), et nous espérons qu’elle sera capable d’expliquer le phénomène.

Fort heureusement, le convoi n’a pas été victime d’attaque des nombreux insurgés qui se sont établis dans les montagnes alentours ces derniers jours. Peut-être la présence d’un Mi-24 et de plusieurs blindés en escorte les a-t-elle dissuadés de passer à l’action, mais j’ai surtout l’impression qu’ils se contentent de nous surveiller, du moins pour l’instant.

La croissance de la sphère va bientôt la rendre visible depuis le village, aussi ai-je profité de la présence des véhicules du convoi pour faire évacuer les civils de la vallée vers un camp de réfugiés situé dans la périphérie de Kandahâr, avant qu’ils n’aient trop d’histoires gênantes à raconter.
Il me faut encore trouver quoi dire pour expliquer tout ça aux troupes régulières. Rien ne les a préparées à une confrontation avec l’anormal, et je crains des conséquences fâcheuses. Elles me sont cependant trop indispensables actuellement pour que je puisse m'en priver.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-25
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
19.I.1988 D.N° : 85.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

Les tests menés par l’équipe scientifique pour comprendre le fonctionnement et les propriétés de la sphère se poursuivent. Comme d’habitude, le rapport détaillé de leurs activités, rédigé par eux, est disponible en annexe pour des informations plus poussées (rapport ODTADS-031988-07).

Ils ont pour l’instant réalisé un certain nombre de mesures et de tests à l’aide des cobayes. D’après eux, l’anomalie ne se limiterait pas à la sphère : elle serait également composée d’une zone distinguable uniquement par son taux d’Humes anormalement bas. Elle a pour l’heure un diamètre d’environ 10 kilomètres, mais celui-ci semble grandir proportionnellement à celui de la sphère (128 mètres à l’heure actuelle).

Les scientifiques se concentrent actuellement sur la détermination de ce qui se trouve de « l’autre côté » de ce qu’ils considèrent désormais comme étant une anomalie dimensionnelle de catégorie 2. Aucun des sujets de test envoyés dans la sphère n’a à notre connaissance pu en ressortir ou communiquer avec l’extérieur, et ce malgré l'utilisation d'équipements spécialement conçus pour ce type d’explorations.
Certains sujets ont plongé uniquement une partie de leur corps dans la sphère. Un bras ou une jambe, par exemple. Celle-ci a systématiquement disparu instantanément, ne laissant qu’une coupure parfaitement nette et couverte d’une fine pellicule de roche noire irisée. Les sujets rapportent ne ressentir aucune douleur pendant et après le processus.
Les éléments non organiques ne semblent par contre pas affectés, et ressortent intacts de l’expérience.

En conséquence, bien que nous soyons pour l’heure incapables de dire ce qui se trouve de l’autre côté, nous pouvons considérer qu’un passage dans la sphère a les effets, pour un corps organique, d’une désintégration pure et simple. Inutile de préciser que, si l’anomalie continue à s’étendre, les conséquences pourraient être catastrophiques.

Notre situation sur place est de plus en plus critique. Confrontés à l’existence de l’anormal, la plupart des conscrits ont été impactés psychiquement à des degrés divers, et plusieurs d’entre eux sont en état de choc.
À cela s’ajoutent les symptômes découlant d’une exposition prolongée à la sphère qui touchent de plus en plus d’hommes. L’infirmerie est pleine à craquer et les éléments non affectés sont forcés de mettre les bouchées doubles pour pallier à l’absence de leurs camarades, ce qui provoque fatalement des cas d’épuisement extrême.

Les insurgés ne sont toujours pas passés à l’attaque. Je commence à croire qu’ils savent ce qu’implique l’existence et l’expansion de cette sphère, et qu’ils attendent de voir comment nous allons gérer le problème. Paradoxalement, cette absence d’hostilité directe pèse sur le moral des hommes qui supportent de moins en moins la tension qu’elle implique. Plusieurs d’entre eux semblent même espérer une franche ouverture des hostilités et je crains des incidents dispensables.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-34
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
02.II.1988 D.N° : 95.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

L'équipe scientifique a aujourd'hui confirmé son hypothèse selon laquelle l'expansion de la sphère dépendait d'un ou plusieurs facteurs extérieurs, hypothèse qu'elle avait été amenée à formuler après avoir constaté que celle-ci n'était pas régulière. Elle a pour cela effectué une série de tests impliquant des mouvements de troupes et établi plusieurs systèmes calculatoires complexes. Le détail est comme d'habitude disponible dans le rapport annexe ODTADS-031988-16.
Ils sont maintenant formels. La sphère s'étend en fonction du nombre de ressortissants soviétiques qui se trouvent dans la zone de détection. Plus ils sont nombreux et proches de la sphère noire, plus la croissance est rapide. Elle a été créée ou modifiée avec succès par nos adversaires dans le but de nous nuire.

Vous comprendrez sans mal ce que cela implique. Dans ces circonstances, je suggère d'ordonner le retrait de nos troupes hors de la zone de détection dans les plus brefs délais.

RAPPORT D’OPÉRATION ODTA-02271988-35
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
05.II.1988 D.N° : 96.III.1988
ATTACHÉ AU DOCUMENT 32.III.1988
RÉDACTEUR : Cpt. Vladislav Tsukanov

Je déduis de l’absence d’instructions de votre part que vous êtes, pour une raison ou pour une autre, dans l’incapacité de donner suite à ma requête dans l’immédiat. Peut-être discute-t-on en ce moment en haut lieu de ce qu’il convient de faire.
Laissez-moi vous apporter des informations complémentaires depuis le terrain qui, je l'espère, aideront tout le monde à tomber d'accord.

Rien, absolument rien n’indique que le phénomène de croissance de la sphère peut atteindre un quelconque paroxysme. Pour autant que nous le sachions, cette chose continuera à grandir tant qu’elle détectera des citoyens soviétiques dans son périmètre d’action. La zone de détection finira par atteindre la capitale de la province, identifiera nos troupes qui y sont stationnées, et la zone de destruction finira par engloutir entièrement la région. Puis l'Afghanistan, le pays que nous étions censés pacifier, sera logiquement rayé de la carte à son tour.
Ensuite, l’aire de détection englobera les républiques soviétiques du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan. Selon toute vraisemblance, la vitesse du phénomène s’accentuera alors considérablement. Le Kazakhstan sera alors anéanti également. La Russie sera bien sûr la suivante sur la liste, et ça ne s’arrêtera sans doute pas avant que cette foutue sphère ait atteint Mourmansk, en effaçant une bonne moitié de notre civilisation au passage.

Vous connaissez l’homme qui écrit ces lignes. Vous savez que je ne suis ni un lâche, ni un traître. Pendant dix ans, j’ai fait tout ce qu’il fallait, même le pire, pour préserver l’Union Soviétique et son peuple des menaces qui pesaient sur eux. Et aujourd’hui, je suis sans aucun doute possible confronté à la plus formidable entre toutes.
Si nous sommes encore ici après neuf années de combats infructueux, c’est probablement parce qu’une partie de nos dirigeants considère qu’il existe encore pour nous une possibilité de victoire, ou au moins de sortie honorable dans le conflit afghan. Mais l’heure n’est plus à la fierté mal placée.

Cela fait maintenant six ans que je suis déployé en Afghanistan. Six ans que je déjoue les stratagèmes les plus improbables montés par les moudjahidines et leurs alliés pakistanais, américains et chinois pour nous mettre des bâtons dans les roues.
Six ans que j’observe des gamins à peine majeurs crapahuter dans le sable et la poussière sous un soleil de plomb. Six ans que je lis sur leur visage marqué par les épreuves l’épuisement et l’incompréhension. Six ans que je scrute les regards impénétrables des autochtones sans savoir s’il faut y lire de la reconnaissance, de la haine ou la plus pure indifférence. Six ans que je vois les corps s’aligner sur le tarmac des aérodromes en attendant que les Tulipes Noires2 les ramènent au pays.
Tout ça pour quoi ? À ce stade, nous ne tenons de toute façon plus que les principales agglomérations et les grands axes routiers.

Mais s’il existait encore un espoir de victoire pour l’URSS en Afghanistan, il vient d’être désintégré par cette sphère. J’ai entendu dire qu’on hésitait à Moscou sur la conduite à tenir vis-à-vis de notre intervention, mais nous n’avons désormais plus le choix.

C’est bien simple : si nous nous accrochons à l’Afghanistan, l’Union Soviétique est condamnée. Peut-être même est-il déjà trop tard.

L’équipe scientifique pense que nous pourrons enrayer le phénomène d’expansion de la sphère en déployant une vingtaine de dispositifs Koudrine3 autour de l’aire de détection et de l’aire de destruction. Ils ne peuvent cependant garantir de sérieuses chances de succès que si nous limitons au maximum les facteurs expansifs, et cela implique donc le retrait du gros de nos forces hors de la région, et même hors du pays, et ce le plus tôt possible.

J’ai pour ma part d’ores et déjà, et malgré l’absence d’ordre m’ayant été adressés allant dans ce sens, ordonné ce matin à 8 heures le retrait du personnel scientifique et militaire placé sous ma responsabilité hors de la zone de détection, qui, d’après les dernières mesures, aurait atteint un diamètre d’environ 185 kilomètres.
J’assumerai l'entière responsabilité de cet acte d’insubordination mais, je vous en conjure, la question doit être évoquée au plus vite directement auprès du secrétaire général Gorbatchev, du ministre Chevardnadze et de l'état-major.


OAI « AIRE DIMENSIONNELLE À EXPANSION CONDITIONNELLE »
DÉPARTEMENT III DE LA DIVISION « P »
APPROUVÉ 18.XII.1988 IMPRESSION N° : 1
SIGNÉ .................. S
CHEF DE DÉPARTEMENT III-P-9-GRU D.N° : 08.III.1990
RESPONSABLE : Andreï Malinin к.б.н.
DÉTAIL : Suite aux résorptions totales de l’aire de détection et de l’aire d’annihilation ayant résulté d’un processus long de 10 mois, une équipe d’observateurs de la Division a été envoyée sur place pour constater les conséquences de leur retrait. En raison de la situation géopolitique et militaire, celle-ci a dû limiter sa présence sur place à quelques heures.

Elle a pu constater l’apparition de plusieurs dizaines de concrétions rocheuses « de couleur noire, avec des reflets multicolores ». L’analyse des prélèvements a mis en évidence une composition chimique proche de celles du quartz fumé, mais comprenant au moins 3 éléments non identifiés à ce jour. On note aussi un taux d’Humes légèrement en-dessous de la normale à proximité des échantillons.
De plus, les observateurs n’ont pu observer aucune trace de vie végétale dans l’ancienne aire d’effet de la sphère de destruction, ainsi qu’une présence animale fortement en-dessous de la normale.
Enfin, une pierre d’environ 30 centimètres sur 15 a été découverte sur place et ramenée pour analyse. Celle-ci porte l’inscription « Elle vous aura consumés » gravée en cyrillique sur une de ses faces. Des recherches sont encore en cours pour déterminer l’identité et l’origine de l’expéditeur du « message », ainsi que la nature de ses liens éventuels avec l’anomalie.


Elle ne vous quitte jamais vraiment.

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