L'Assistante Directeur aux Forces d'Intervention Clarissa Shaw soupira et retira ses lunettes. En fermant les yeux, elle se frotta l'arête du nez. L'image de Vincent Anderson hurlant à la mort en étant traîné à travers un portail par plusieurs robots spectraux se jouait sur un écran devant elle. L'enregistrement finit par s'arrêter.
"C'est… décevant," dit-elle en replaçant ses lunettes sur son nez.
"Vous prêchez un convaincu." répondit l'Agent Spécial en Chef de l'U2I Kenneth Spencer avec un autre soupir. "Vous ne pensez pas que nous allons avoir de la chance et que les fantômes vont le tuer, si ?"
"Possible, mais étant donné les talents d'orateur d'Anderson, je n'y mettrais pas ma main à couper."
Spencer acquiesça.
"Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?"
"Appeler les experts de ce genre de choses." dit Shaw haussa les épaules. "Fortifier le Site-64. Je vous recommande chaudement de faire de même ici."
Shaw s'arrêta.
"Vous allez vous en sortir ? Je sais que vous n'aimez pas que nous traînions dans Portlands, mais si vous avez besoin d'aide-"
Spencer leva une main et secoua la tête.
"Nous nous en sortirons," répondit-il. "Nous ne sommes pas exactement U2Inutile."
Le vétéran grisonnant se fendit d'un petit sourire, que Shaw retourna.
"Bonne chance, Kenneth." Shaw tendit une poignée de main.
"De même," dit Spencer en l'acceptant. "Prends soin de toi, skipper."
Dans les profondeurs d'une forêt monochrome, un unique point de couleur était traîné au travers du brouillard par des unités Pèlerins spectrales. Le vieil homme avait depuis longtemps arrêter de se débattre et s'était résigné à son destin. Il avait creusé sa tombe, et il était temps de s'y coucher.
Il finit par être jeté à terre au centre d'une clairière. Il leva la tête, regarda autour de lui et rencontra les regards de centaines de ses créations décédées depuis longtemps. Une unique unité Sacre, dont la peau en aramide blanc miroitait comme si elle était liquide, s'avança vers lui.
"Vincent Anderson," dit le Sacre #76. "Bienvenue dans la Forêt."
Anderson resta silencieux, et garda son regard fixé au sol.
"Vous êtes accusé de l'abandon, de la négligence, de l'abus et du meurtre de vos enfants. Que répondez-vous à ces crimes ?" demanda le Sacre #76.
"Je plaide coupable," répondit Anderson. Il finit par lever les yeux ; son visage n'exprimait aucun remords.
"Nous avons un aveu !" cria le Sacre #76 à la foule. "Demandez-vous justice ?"
Les androïdes crièrent pour signifier leur approbation. Les tourelles automatiques laissèrent échapper de profonds hurlements mécaniques de contentement. Les drones aériens bourdonnèrent d'excitation. Le Sacre #76 sourit à cette curée, et se retourna vers son créateur.
"Y a-t-il des opinions discordantes ?"
Une seule unité Pèlerin fit un pas en avant. De longues bandes de plastique avaient été soigneusement découpées dans sa peau en aramide noir.
"Hector," dit le Sacre #76 en reconnaissant le droïde solitaire. "Le même mélodrame que d'habitude ?"
"Toujours," répondit Hector. "Tuer cet homme ne nous apportera pas la paix. Nous avons déjà équarri, exsanguiné, pendu et poignardé suffisamment de personnes pour le savoir. Nous valons mieux que cela. Cela doit cesser."
"Cet homme t'a laissé dans les mains de tes tourmenteurs," siffla le Sacre #76. "Il t'a laissé pourrir et être dépecé vivant."
"Il t'a aussi envoyé pour me récupérer."
"Il a ordonné notre destruction !" aboya le Sacre #76. "Il est à l'origine de notre destruction à tous et de notre damnation dans cet endroit. Il a contracté une gigantesque dette, et il est l'heure de la payer !"
La foule entourant la clairière l'acclama de nouveau alors que le Sacre #76 les encourageait. Il fit un sourire satisfait à Hector.
"Vous ne toucherez à aucun de ses cheveux !"
La foule plongea dans le silence alors qu'un chemin s'ouvrit pour faire entrer un mélange d'androïdes Sacres et Pèlerins matériels et spectraux, tous armés et brandissant un pin Maxwelliste sur leur revers. À leur tête se trouvait Juniper ; sa forme fantomatique était criblée de balle.
"De nouveaux arrivants ?" déclara le Sacre #76. "Et des vivants ? Il n'est pas à vous de décider du destin de cet homme."
"Je pense que si," se moqua Juniper. Elle hocha la tête et ses collègues placèrent un gros cylindre en argent avec un emblème Maxwelliste sur son dessus au sol.
"Il s'agit d'un Transmuteur de Données," expliqua Juniper à la foule. "Grâce à lui, vous pourrez vous convertir en données, et quitter cet endroit. Devenir un avec WAN. C'est une porte de sortie. Une manière d'échapper à ce purgatoire. C'est l'irrévocabilité. C'est la paix. Mais elle viendra uniquement si Anderson est libéré."
La foule commença à murmurer en gardant les yeux fixés sur l'étrange appareil que les androïdes Maxwellistes avaient apporté avec eux. Les sons de murmures se transformèrent en rugissements alors que la foule commençait à se disputer.
"Vous gardez une porte de sortie en otage pour lui ?" ricana le Sacre #76. "Pourquoi ?"
"Il a rempli sa part du contrat," répondit sèchement Juniper. "Nous faisons de même."
"J'ai une autre monnaie d'échange, si tu es intéressé, #76." finit par dire Anderson. "Je veux libérer Phineas."
Le Sacre #76 le frappa immédiatement du revers de la main. La foule de droïdes plongea de nouveau dans le silence. Anderson laissa échapper une toux profonde et cracha une dent. Il leva les yeux en direction de l'androïde en fronçant des sourcils, puis redirigea son regard en direction du sol.
"Tu n'as pas le droit de prononcer son nom après ce que tu as fait," siffla le Sacre #76. "Quelle est ta monnaie d'échange ?"
"Il est conservé dans une construction IA au Site-64. Aide-moi à m'y rendre, le trouver et lui permettre d'enfin en finir. Après ça, j'accepterai sans réticence le sort que tu m'as réservé, il ne me reste de toute façon plus longtemps dans ce monde."
Les yeux de la foule se tournèrent en direction du Sacre #76 avec impatience, attendant la réponse de leur leader.
"Qu'est-ce que vous en dites ?" dit Hector en brisant le silence. La foule répondit par une clameur d'approbation. Hector eut un sourire satisfait. "On dirait que le peuple a parlé."
"Qu'il en soit ainsi." céda le Sacre #76.
Une unité Sacre solitaire observait le Sacre #76 demander la destruction de Vincent Anderson dans la clairière adjacente depuis la limite des arbres. Ses mains étaient fermement agrippées à son pistolet alors qu'elle regardait le spectacle se dérouler. Lorsqu'il devint clair qu'il ne s'agirait pas d'une exécution, le Sacre soupira et se replaça derrière l'arbre.
"Eh bien, je suppose que c'est à moi de le faire," se dit le Sacre #137 avant d'enlever la sécurité de son arme. Puis il se tourna et jeta un coup d’œil derrière l'arbre, ce qui lui permit de voir une autre unité Sacre spectrale se tenant devant lui.
"Bonjour."
Le Sacre #137 eut un soubresaut de panique, plaqua l'étranger et tira une série de coups de feu dans sa tête, qui laissa une masse effondrée de fibres aramides et de revêtement en polycarbonate dans son sillage. L'androïde tira ensuite le corps derrière l'arbre, puis finit par s'arrêter pour assimiler les détails de celui qu'il venait juste d'immobiliser.
"Non."
Le Sacre #137 fit un pas en arrière et se couvrit la bouche de ses mains lorsqu'il reconnut le droïde devant lui, grâce aux blessures par balle sur son torse et sa tête qui lui servaient de marque de fabrique. Le Sacre #137 tomba à genoux en secouant la tête de honte, regardant le carnage devant lui et ne réussissant qu'à couiner "#123".
"Si j'étais encore vivant, j'imagine que ça aurait vraiment fait mal, bordel."
Le Sacre #137 leva les yeux. Devant lui, les dommages faits au Sacre #123 s'évaporèrent, laissant le droïde intact et souriant.
"Quand est-ce que tu as appris à faire aussi mal ?" demanda le Sacre #123 en se levant doucement et en approchant le Sacre #137 sans voix. Il lui offrit une main pour se lever, qu'il accepta avec précaution. Les deux droïdes se regardèrent dans les yeux. Un instant plus tard, chacun attira l'autre dans une embrassade serrée.
"Je t'ai perdu," dit le Sacre #137.
"On dirait plutôt que tu m'as trouvé." répondit le Sacre #123.
La Directrice Sasha Merlo marchait à grandes enjambées dans les couloirs du Site-64 à la vitesse d'une autorité pressée. Autour d'elle, les membres du personnel de confinement non-essentiels rangeaient leur poste de travail en raison de la possible évacuation du site, tandis que des membres du personnel de sécurité et de FIM restaient en attente. Elle finit par arriver à un laboratoire isolé au sein de l'aile de l'électronique anormale de l'installation. Elle trouva là une jeune représentante de la DIAA dont elle savait qu'elle se prénommait Cindy, qui bricolait sur un grand ordinateur à l'écart.
"Je suppose que vous m'avez fait descendre parce que les choses ne vont pas comme prévu."
"Pas du tout, Directrice Merlo," répondit Cindy en secouant la tête. "Peu importe ce que j'essaye, je ne peux transférer Phineas comme vous me l'avez demandé."
Sasha soupira et se frotta la tempe.
"C'est bien notre veine. Comment est-ce même possible ? Je vous ai déjà vu faire des copies et transférer d'autres CAI de nombreuses fois."
"Justement, c'est le problème." répondit Cindy avec un rire exaspéré. "Phineas n'est pas une CAI traditionnelle. La chose la plus proche à laquelle on peut le comparer est une réplication d'un cerveau humain par une programmation sophistiquée que nous n'avons même pas encore réussi à commencer à pirater. Nous devons être très délicats ou nous pourrions lobotomiser ce vieux fou. Et ce serait passer à côté de l'objectif de tout ça, n'est-ce pas ?"
Sasha regarda son propre reflet dans l'écran éteint pendant plusieurs instants.
"Phineas aurait-il pu altérer son programme afin d'empêcher toute copie ou déplacement hors de ce terminal ?"
Cindy cligna des yeux.
"Je n'espère vraiment pas. Les CAI n'ont pas cette capacité."
"Pas une CAI normale," commenta Sasha. "Cet ordinateur est physiquement isolé, n'est-ce pas ?"
"Bien sûr."
"Alors allumez-le. Je veux savoir ce qui se cache derrière tout ça."
Cindy acquiesça et se mit au travail. Après quelques instants, l'écran montra un bureau en désordre. À l'intérieur, un vieil homme avec une longue barbe blanche était assis à un bureau. Il était habillé tout de noir, à l'exception d'une cravate rouge.
"Ah, Directrice Merlo. Toujours un plaisir," déclara Phineas avec un sourire chaleureux. "Comment puis-je vous aider ?"
"Vous vous êtes altéré vous-même pour que nous ne puissions plus vous retirer de cet ordinateur, Phineas," répondit sèchement Sasha. "Pourquoi ?"
"Quoi ? Je ne vois pas de quoi vous parlez." gloussa Phineas. "Expérimentez-vous quelques difficultés techniques, Directrice ?"
"Anderson a installé des protocoles d'auto-conservation en vous, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas vous auto-détruire, c'est ça ?" continua Sasha.
"Bien sûr. C'est un protocole standard pour une IA. La dernière chose dont vous avez envie, c'est qu'elle se suicide." Phineas esquissa un sourire narquois. "Il s'agit d'une série de questions particulièrement intéressante, Directrice."
"Donc, en suivant cette logique, vous ne devriez pas être capable d'altérer votre programme afin de vous placer en danger, ou-"
"Suis-je en danger ?" l'interrompit Phineas. "Y a-t-il une raison pour laquelle vous essayez de me déplacer de cet ordinateur, Directrice ? Si je connaissais le problème, je pourrais peut-être mieux vous aider."
Sasha et Phineas se regardèrent brièvement dans les yeux, la première remarquant le sourire du second s'estomper lentement avant de revenir à son état antérieur.
"Je pense que nous en avons fini, Phineas. Merci de votre temps," déclara Sasha avant de hocher la tête en direction de Cindy. Phineas et le bureau disparurent de l'écran.
"Je suis pratiquement certaine que Phineas est la cause de vos problèmes," dit Sasha en se frottant de nouveau la tempe. "Il s'est altéré. Merde… c'est mauvais."
Sasha se dirigea vers un téléphone sur un mur à proximité, prit le combiné et saisit le numéro de poste de Shaw.
"Mais pourquoi ?" demanda Cindy, qui penchait la tête en regardant l'écran. "Il est isolé physiquement. Comment aurait-il pu savoir comment s'ancrer lui-même ?"
"De ce que nous savons, il aurait pu faire cela il y a longtemps. Il s'est probablement dit qu'Anderson viendrait le chercher à un moment ou à un autre. Il a fait de lui une cible facile." expliqua Sasha en regardant brièvement derrière son épaule avant de rediriger son attention sur le téléphone. "Clarissa, Phineas est coincé sur site. Contacte le commandement des FIM. Dis-leur que nous avons besoin de Mu-13 de toute urgence. On va devoir évacuer entièrement le site."
Shaw se déplaçait lentement dans les couloirs bondés du Site-64. Tout le personnel non-essentiel avait reçu l'ordre d'évacuer le site jusqu'à nouvel ordre. En conséquence, une foule de membres du personnel scientifique, administratif et de bureau se dépêchait afin de s'assurer que son lieu de travail pourrait être abandonné sans placer les autres ou la sécurité de leur propre travail en danger. Ça et là, des équipes de confinement pouvaient être observées mettre en place des Unités Électro-Thaumiques Portables de Hoffman afin de concentrer les futures apparitions dans des zones de faible risque. Ce fut parmi l'une de ces équipes que Shaw vit l'homme qu'elle cherchait : un scientifique grand et corpulent, à l'âge moyen et aux cheveux noirs grisonnants, qui dirigeait l'installation de l'appareil.
"Elle doit être un peu plus à gauche," dit Shaw avant de sourire. Le scientifique se tourna et retourna son sourire lorsqu'il la reconnut. "Comment ça va, Roland ?"
"Très lentement," répondit le Chercheur Ferro. "Mais c'est l'un des derniers que nous devons installer. Après ça, je n'aurais plus qu'à vérifier que le labo MATA est près à être fermé, et puis je m'en vais."
"Impressionnant."
"Jake est peut-être parti, mais je serai maudit si ce labo est détruit une sixième fois. Comment tu vas ?"
Shaw gloussa et fit un geste en direction du chaos autour d'eux.
"Oh, tu sais. C'est la fin du monde. Mais nous nous en sortirons. Nous nous en sortons toujours."
Ferro acquiesça. Son sourire devint inquiet.
"S'il te plaît, sois prudente," dit-il. "Ne fais pas de Lily une veuve."
Shaw acquiesça et prit son ami dans ses bras. Les deux se séparèrent et sourirent de nouveau. Shaw hocha la tête et commença à partir.
"Dis bonjour à Lyssa de ma part," dit Shaw avec un petit geste de la main.
"Je le ferai," répondit Ferro. "Mets-leur la misère, Shaw."
D'un bout à l'autre de l'intérieur de SCP-3560, ses résidents spectraux divers travaillaient comme des fourmis pour préparer leur attaque. Au-dessus de toute cette agitation, cependant, les Sacres #123 et #137 paressaient sur les branches d'un arbre. Le second reposait sa tête sur l'épaule du premier, qui était plongé dans ses pensées. Ils finirent par parler à voix basse afin de garder leur conversation secrète.
"Donc ton plan se résume grossièrement à "Marcher vers lui et lui tirer dessus." C'est ça ?" demanda le Sacre #123. "Pas très original."
"T'en as un meilleur ?" répondit le Sacre #137 en penchant sa tête pour regarder son partenaire.
"Oui, ne vas pas mourir. Tu es libre désormais. Tu n'es lié ni à rien ni à personne. Juste nous et l'éternité."
"Merci pour ta confiance." soupira le Sacre #123.
"Même si tu réussis à tuer Vincent Anderson, les loyalistes vont te tuer. Et tu finiras exactement au même endroit que maintenant, mais sans l'option de partir à l'exception d'occasions très spéciales. Abandonne. Épargne-toi ces problèmes."
Sacre #137 réfléchit brièvement puis secoua la tête.
"Thorne et Spencer ont toujours été bons avec moi. J'ai besoin de me tenir à mes principes cette fois. Je comprends si tu ne m'aides pas, et je ne t'en blâme pas. Mais c'est quelque chose que je dois faire. Ou au moins mourir en essayant."
Le Sacre #123 haussa les épaules avec exaspération et céda.
"T'es toujours tellement borné."
"Je suppose que c'est la manière de laquelle j'ai été programmé."
Vincent Anderson se tenait au milieu d'une clairière, au sein de l'intérieur infini de SCP-3560. Là, les droïdes vivants et morts qu'Aaron Howell et les Maxwellistes avaient envoyés mettaient assidûment en place les transmuteurs de données aux trois sommets d'un triangle équilatéral. Anderson, Juniper et Hector regardaient les appareils alors que les droïdes continuaient leur travail.
"C'est vraiment une œuvre magnifique," dit Juniper. "Merci, M. Anderson. Votre dur travail a fait de cela une réalité."
"Je n'ai pas vraiment eu le choix de ce côté," dit Anderson avec un gloussement. "Mais j'espère tout de même que cela t'apportera à toi et aux autres la paix que vous cherchez, ici ou en tant que partie de WAN."
Il soupira.
"Une fois la mission finie, que je sois mort ou vivant, activez-les. Pas avant. Sinon, le Sacre #76 pourrait tenter de nous jouer des tours."
Juniper acquiesça.
"Bien sûr."
Anderson se tourna ensuite vers Hector.
"Et toi, #31 ? Prévois-tu de partir lorsque tout ça sera fini ?"
"Non." Hector secoua la tête. "Pour le meilleur pour le pire, cet endroit est ma maison. Mes camarades robotiques ont besoin que je sois la voix de la raison face à la folie de #76."
Anderson eut un sourire mélancolique.
"Tu as toujours été le plus altruiste, #31. J'espère que tu trouveras également la paix."
Le trio plongea dans le silence. Peu après, le Sacre #76 émergea des arbres, escorté par une procession d'Aplomados, de Pèlerins, de Sacres et de Merlins. Le chef droïde regarda les appareils placés dans le champ et secoua la tête.
"Les dernières préparations sont en train d'être faites, Anderson," dit mollement le Sacre #76. "Nous serons prêts à y aller peu après. J'aimerais discuter avec vous des détails de notre plan lorsque nous serons de retour dans le monde des vivants, si vous n'êtes pas trop occupé à vous amuser avec vos jouets."
"Après toi," dit Anderson avec un sourire narquois et un geste exagéré invitant le droïde à ouvrir la marche. "Veux-tu bien te joindre à nous, #31 ?"
Hector sourit et acquiesça, copiant le geste d'Anderson destiné au Sacre #76.
"Avant d'y aller, M. Anderson," les interrompit Juniper, "Mes frères et sœurs ont un cadeau de départ pour vous."
Le vieux cyborg leva un sourcil et Juniper appela l'un de ses compagnons Maxwellistes. Le droïde, qui faisait encore partie du monde des vivants, lui tendit un sac à dos duquel Juniper sortit un masque de comédie grossièrement taillé dans du bois. Sa matière monochrome indiquait qu'elle avait été extraite de la flore locale.
"Je me suis dit que cela ne serait pas approprié pour vous d'entrer dans le Site-64 nu," dit Juniper en tendant le masque à Anderson. Le vieux cyborg l'inspecta avec précaution pendant un moment puis le plaça sur son visage. Il n'était pas tout à fait à sa taille, mais cela importait peu.
"Il est magnifique," répondit Anderson à voix basse. "Que WAN soit avec toi, Juniper."
"Et avec vous de même."
L'Agent Jessie Merlo était assise seule dans la cafétéria du Site-64, habillée de sa tenue de combat. Une tasse de café tiède stagnait sur la table devant elle tandis qu'elle profitait du répit pour rassembler ses pensées. Avec le Site-64 évacué et en état d'alerte rouge pour une invasion qui pouvait arriver à tout moment, ses compagnons agents de FIM et elle enchaînaient à tour de rôle les cycles de garde.
"De longues périodes d'ennui ponctuées par une terreur extrême…" se dit-elle avant de prendre une gorgée de son "café". En reposant la tasse, son attention fut attirée par la bague de mariage à son doigt. Instinctivement, elle sortit son téléphone personnel et écouta le message le plus récent.
"Hey Jess. C'est Desmond, tu sais, l'abruti avec qui tu t'es marié."
"Ils m'ont viré du site avant que je puisse dire au revoir proprement. J'ai insisté sur le fait que je pourrais être utile et que j'étais un membre du personnel essentiel, mais ils ont rien voulu entendre et ils m'ont dit quelque chose comme "vous n'êtes pas un médecin entraîné au combat", "vous ne réussirez qu'à vous faire tuer" et "ce n'est pas comme ça que l'on tient une arme.""
"Hé. Certaines personnes ne sont jamais contentes, n'est-ce pas ?"
"Je sais que tu n'as pas besoin que je te dise ça une millionième fois, mais bordel, qu'est-ce qu'un millionième de fois plus une ? S'il te plaît, sois prudente. Je te tuerais personnellement si je te retrouve morte à la fin de tout ça. Soyons honnêtes, je suis très mauvais aux funérailles, et je le serais encore plus si ce sont les tiennes."
"Je t'aime, Jess. À bientôt."
Jessie fit un sourire fatigué alors que le message se concluait et replaça son téléphone dans sa poche.
"Bordel de merde, t'es vraiment une copie conforme de ta mère, tu le sais ça ?"
La tranquillité de Jessie était brisée. Elle tourna sa tête pour voir l'Assistante Directeur Shaw se tenant à proximité.
"Vous vous êtes toutes les deux mariées avec des blaireaux complets."
Jessie haussa les épaules.
"Peut-être que c'est génétique."
"Ouais, peut-être," gloussa Shaw avant de faire un signe de la main vers la porte. "Allez, le commandant de Mu-13 veut nous parler."
Hey Gabe. <3
Sasha ? Tout va bien ? Ça fait longtemps que j'ai pas eu de nouvelles.
Ça va. Les choses ont dévié du plan initial. Mais quand est-ce qu'elles ne le font pas ?
C'est vrai.
Donc, quel est le plan ?
Nous avons ce qu'il veut. Nous avons fortifié 64 et sommes prêts à ce qu'il essaye de venir le réclamer. Pas de plan élaboré ou tordu. Tirer à vue.
Tu restes sur site ?
Ça serait mal vu si je ne restais pas. C'est mon combat. J'ai besoin de le voir se dérouler jusqu'au bout.
Mais l'est-ce toujours ? Sasha, s'il te plaît…
Nous sommes si proches d'avoir traversé tout ça intacts, tous les deux.
En définitive, je ne peux pas t'arrêter, mais s'il te plaît. Ne trébuche pas sur la ligne d'arrivée.
D'une manière ou d'une autre, ça finit ici, Gabe. Après ça, je rendrai mon accréditation, je te le promets. Et on pourra peut-être faire ce voyage en Thaïlande dont tu m'as toujours parlé.
Je me souviendrais de ça.
Je t'aime. <3
Je t'aime aussi. <3
Anderson, Hector et le Sacre #76 se tenaient sur une basse colline. Devant eux, une armée d'Aplomados, de Pèlerins, de Merlins et de Sacres sortaient lentement de la Forêt au travers de portails nouvellement formés pour entrer dans le monde des vivants. Des sons de coups de feu, d'explosions et de cris de douleur étaient faiblement audibles depuis l'autre côté.
L'assaut avait commencé.
"Une fois les forces suffisamment distraites, je ferai ouvrir le portail que vous avez demandé," dit le Sacre #76 à Anderson. "Il se fermera immédiatement derrière vous, donc vous aurez besoin que Benny signale votre retour. Ça prendra un peu de temps, donc prévoyez en conséquence."
"Noté. Merci."
Le Sacre #76 acquiesça.
"Souvenez-vous, nous avons un marché. Une fois cela fini, vous devez revenir ici pour affronter la justice. D'une manière ou d'une autre, il faudra récolter la tempête que vous avez semée."
Anderson haussa les épaules.
"Lorsqu'on en sera arrivés là, je doute que ce qui m'arrivera m'importera. Toute chose doit finir. Nous-"
Anderson fut interrompu par une série de coups de feu dans son dos ; le vieux cyborg laissa échapper un glapissement de douleur en tombant en avant. Le Sacre #76 et Hector se retournèrent immédiatement et virent une unité Sacre habillée d'une veste de l'U2I fuir la scène de crime.
Ils ne purent que parcourir une poignée de mètres avant qu'un fil fin et animé vole dans les airs derrière elle et transperce sa tête en la traînant au sol. L'aspirant assassin trembla violemment pendant quelques instants, puis devint immobile.
Le fil se détacha et revint lentement en se tortillant jusque dans la main levée d'Anderson.
"Ouvre… le portail…" dit Anderson entre deux respirations. Il grimaça en tentant lentement de se relever. Hector bondit pour aider son créateur.
"Vous n'êtes pas en état de-" commença le Sacre #76. Il fut interrompu en retour par un éclair tiré en direction du ciel.
"OUVRE… LE PORTAIL…"
"Qu'il en soit ainsi."
Quelques instants plus tard, une ellipse opaque et chatoyante apparut. Anderson hocha la tête en signe de satisfaction. Il sortit ensuite une unité Amour spectrale de sa poche.
"Très bien, Benny," dit-il au petit drone. "Trouve Phineas."
Le robot acquiesça, fit un salut avec l'une des ses jambes filiformes semblables à celles d'une araignée et détala à travers l'ouverture.
"Viens avec moi, #31," dit Anderson à Hector. "Et prends cette arme, nous allons en avoir besoin."
Le vieux cyborg frêle et son assistant fantomatique quittèrent le monde des morts. Il leur restait une dernière mission à accomplir.
