Une promotion
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La scène se déroule dans un bureau luxueux.

Dans cette pièce qui doit avoisiner les soixante mètres carrés, se trouve un bureau en bois, quasiment adossé au mur situé dans le fond de la pièce.

Le bureau est d’une excellente facture, et les années affichées par le bois n’enlèvent pas à sa splendeur. Sur celui-ci sont posés nombre de dossiers, un bonsaï, un ordinateur et un téléphone filaire, seul représentant d’une communication vers l’extérieur dans ce bureau qui, une fois la porte fermée, formait une cage de Faraday, empêchant toute interférence électronique ou fuite d’information.

Les murs sont cachés par d’imposantes armoires du même style que le bureau, remplies d’ouvrages épais et anciens, ainsi que d’artefacts, photo et statues diverses.

Deux personnages sont présents dans le bureau.

Le premier est sans aucun doute le maître des lieux : il est installé dans un confortable fauteuil de cuir derrière son bureau, et ses traits, bien que nobles et stricts à la fois, trahissent son grand âge. A l’inverse, ses yeux bleu électrique cachés derrière des lunettes à monture simple expriment une vivacité d’esprit et une rapidité d’analyse au-dessus de la moyenne.
Il porte un somptueux costume trois pièces comme certains portent des pantoufles : avec décontraction, confort et habitude. A l’entrée du second intervenant, il pose ses lunettes et le document qu’il lisait, le range dans un dossier sur son bureau, et croise les mains en observant l’intrus, un sourire apaisant affiché sur son visage.

Le second personnage est de toute évidence peu habitué au lieu : il vient à peine de dépasser l’entrée et les contrôles de sécurité qu’il observe l’ensemble des lieux et scrute étagères d’armoire et bureau.
Sa curiosité trahit encore sa jeunesse dans le métier. Bien qu’une trentaine bien entamée puisse se lire sur son visage, et qu’un certain sérieux se lise dans son costume trois pièces noir, il ne semble pas encore avoir trouvé sa place dans l’immensité du bureau. Il se dirige rapidement vers le siège situé face au premier personnage.

Il tire le siège, non sans tendre sa main à son hôte, qui se lève également. La poignée de main du vieil homme est confiante et ferme, et prend l’ascendant sur son jeune collègue. Celui-ci entame la conversation tout en s’asseyant.

« Un. Toujours un plaisir. Merci de m’avoir consacré une place dans votre emploi du temps. »

Un adresse un sourire à son jeune interlocuteur alors que celui-ci cherche encore sa place idéale dans le grand siège de cuir.

« Ne soyez pas si protocolaire, mon cher Huit. Nous devons subir assez de protocoles chaque jour, ne trouvez-vous pas ? Cela fait combien de temps depuis la réunion pour votre promotion ? Deux semaines, non ? »

Huit esquisse un sourire.

« En fait, cela fait déjà trois mois, cher ami. »
Une secousse part du thorax de Un, et continue sa lancée jusqu’à sa gorge d’où s’échappe un rire clair.

« Eh bien, le temps passe vite décidément. Bien, bien. Avant que nous commencions, un whisky ? »

Le vieil homme s’est déjà retourné vers le petit meuble qui se trouve dans son dos, meuble qui contenait moult alcools dont seules les bouteilles valaient facilement la paye d’un homme respectable.

Huit refuse poliment.

« Non merci. Je sors à peine de l’avion, et je dois admettre que le vol fut quelque peu… comment dire ? Agité ? »

Une moue déçue passe rapidement sur le visage de Un. Il attrape néanmoins une bouteille d’un mouvement vif, et dégaine un verre en cristal d’un tiroir sur son bureau, et alors qu’il sert, questionne Huit.

« Vous n’acceptez pas les verres de vos collègues… vous vivrez longtemps ! Néanmoins, vous me laissez ici faire cavalier seul, cher ami. »

Rapidement, Un termine sa besogne et range la bouteille.

« Dites-moi tout, Huit. Quelle est donc votre question ? »

D’un coup, le manque d’assurance de Huit dans ce milieu hostile disparait. De l’intérieur de sa veste, il exhume un dossier.

« J’avais une question pour vous, peut être pourriez-vous m’éclairer… »

Huit dépose le dossier et commence à en sortir des rapports, qu’il étale sur la table. Un l’aide à lui faire de la place en écartant quelques un de ses dossiers. Une fois l’opération effectuée, Huit pointe une des feuilles du doigt.

« Cette question me trotte dans la tête depuis que j’ai pris connaissance de tous les objets avec accréditation Thaumiel, et au-delà. Par exemple Là. Cet objet. Nous avons prouvé qu’il est à l’origine de notre univers, pas vrai ? »

Un acquiesce, un éternel sourire bienveillant fixé sur on visage

« Oui, en effet. Vous m’avez l’air d’avoir bien travaillé votre dossier, mon cher, mais… où voulez-vous en venir ? »

Huit avance et pointe trois autres rapports.

« Celui-là. Et celui-ci. Et cet objet également. Ils n’ont rien à voir avec le premier. Ni entre eux, d’ailleurs. Et nous sommes sûrs qu’ils ont également un rôle dans la création de notre univers. »

Le regard de Un, désormais tranchant comme un scalpel, se fixe soudainement sur Huit.

« Où voulez-vous en venir ? »

Huit observe Un d’un air interloqué.

« Vous ne voyez pas ? Il y a… Enfin. Nous avons quatre entités responsables de la création du même univers ! Il doit y avoir une erreur, ce n’est pas… »

Un coupe Huit.

« Possible ? Allons, Huit. Pas ici. Mais je comprends votre étonnement. Veuillez m’excuser. »

Vif comme l’éclair, Un décroche son téléphone, compose un numéro, et d’une voix froide, crache quelques mots.

« Procédure 113-B activée. Coupez tout.»

Un raccroche et observe à nouveau Huit. Son sourire a disparu, ses traits sont désormais plus durs.

« Vos questions sont légitimes. Maintenant ouvrez grands vos oreilles. Vous connaissez SCP-100-FR ? »

Huit a l’air déstabilisé. Il ne sait pas si l’appel que vient de passer Un l’a condamné pour avoir posé la question de trop ou non. Il se ressaisit néanmoins.

« L’homme multivers ? »

« Oui. »
« Quel rapport avec la création de l’univers ? »

Un se lève. Il fait quelques pas et attrape un dossier dans une armoire.

« Pas avec la création de l’univers. Avec les créations de l’univers. »

Huit ne sait pas si le vieil homme se moque de lui ou non. Il se crispe mais prend néanmoins le rapport que lui tends l’homme.

« Qu’est ce que c’est ? »

« L’expérience qu’a mené l’homme connu comme étant aujourd’hui SCP-100-FR, et qui est responsable de son état aujourd’hui, mais pas seulement. Je vous laisse lire le rapport, moi je me ressers un whisky. »

Les yeux de Huit s’écarquillent alors que Un remplit de nouveau son verre.

« Vous voulez dire… »

« Que non seulement heureux d’avoir créé une sorte de portail entre différents multivers en lui au moment de l’expérience, en divisant sa propre ligne temporelle en une infinité, cet homme a rassemblé toutes les lignes temporelles des différents multivers avant lui. En d’autres termes, avant l’expérience, le multivers existait. Une infinité de mondes possibles ayant pour point commun l’instant avant leur création. Dès que lors que la création était faite, les univers divergeaient déjà. Ce qu’a fait SCP-100-FR à l’époque, c’est de déplacer ce fameux point commun à tous les univers au moment même de l’expérience. Ce nigaud a rassemblé soudainement toutes les lignes temporelles en une seule commune, en écrasant toutes leurs caractéristiques, leurs différences, en un seul point, à partir duquel elles ont de nouveau divergé. Lisez la dernière note. »

Huit arrive à la fin du rapport. Il le lâche soudainement.

« Ce n’est pas… »

« …possible ? Qu’une simple erreur soit à l’origine du cumul d’une infinité d’univers parallèles en un seul en une fraction de seconde, amenant ainsi chaque particularité de chaque univers à se percuter violemment, créant des anomalies à partir de choses parfaitement normales ? Souvenez-vous de ce que je vous ai dit tout à l’heure. »

Huit est littéralement sidéré.

« Donc… ce truc, est… ? »

Un plante son regard dans celui de Huit, et s’approche de lui.

« 001. En effet. Quoi de mieux pour cacher quelque chose, que de le mettre à l’opposé de là où il est supposé être ? Un simple SCP, blanc. Un simple loser dans une cellule, qui n’arrive pas à rattraper son erreur.
Une chose innocente, qui n’avait que de bons sentiments, est responsable de tout ce merdier. Un putain de con nommé Robert, qui a fait que toutes les mythologies au départ uniques dans chaque univers, se sont rencontrées. Qui a fait que des statues peuvent bouger seules. Un putain d’abruti qui avec un peu de connaissances, a transformé totalement non pas un univers, mais les univers. Tous. Si ça se trouve, tout ce qui s’est produit avant l’expérience n’a jamais existé à 100% et n’est qu’un mélange d’une infinité d’histoires compressées en une seule. Qui sait. »

Un fait un léger signe à Huit, lui signifiant que l’entretien est fini.

« Merci de votre visite. Et félicitation pour votre nouvelle promotion, O5-8. »

Huit est déstabilisé de A à Z, mais se lève quand même.

« Ma promotion était il y a… »

« Quelques minutes. Ce que vous avez vu il y a trois mois était une présélection. Vous étiez dix en lice jusqu’à mon appel de tout à l’heure. Nous choisissons toujours celui qui est capable de détecter cette faille en premier. Nous avons besoin de gens qui cherchent, pas de simples superviseurs. Les autres sont bons pour l’élimination. C’est le but de la procédure 113-B, éliminer ceux qui en savent trop sans s’en montrer dignes.»

« Je…. »

« Ah, et une dernière chose. Prenez-moi encore pour un vieux crouton mielleux et je vous balance à Yod en Classe-D dans l’heure qui suit. Félicitations encore. Maintenant foutez le camp de mon putain de bureau, je ne suis pas votre gouvernante. »

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