Un truc marrant
notation: +5+x
blank.png

5 janvier, plus ou moins onze heures cinquante-cinq.

Ça n'était jamais vraiment l'heure précise depuis qu'on avait remplacé les piles de l'horloge lors d'une très légère boulette qui avait satellisé une partie du garage. Une bête histoire de relativité générale. 
On s'était vite accomodés : non seulement on avait pu réassigner les piles susmentionnées au prototype de poële à crêpes antigravité, mais en plus ça avait étendu significativement l'heure de l'apéro. 
D'ailleurs en parlant d'apéro… 
"Qui a mis l'expérience avec le liquide bleu marrant dans le frigo ?"
Un rot léger se fit entendre.
"J'avais dit que stocker ça dans les bouteilles de Despe c'était une idée bof…
- Ok, mais on a pété les derniers erlenmeyers la semaine dernière. Fallait bien trouver une solution. 
- Hmmm."
De toute façon les deux autres commençaient déjà à retrouver l'état solide. Pas besoin de s'inquiéter. 

Bouteille

5 janvier, quelque part dans les environs de midi et quart.

Le liquide bleu rigolo avait des effets secondaires.
"… LA FONDAZTION CÉ DÉ ZABRUTIS T'FAÇON ! CHUIS SZURE C'EST DES P'TAIN D'ILLUMIMA… D'ILLUMI… 
- Wah, une idée de comment contrer les effets ?
- Faudrait demander à Pierre…
- Pierre est en plein trip avec la table basse.
- … DE REPTILIENS !
- Ah."


5 Janvier, pas loin de quatorze heures.

"Putain d'sa mère la gueule de bois…
- Eurgh…
- Aspirine ? 
- Trois cachets steuplé."
C'était déjà le lendemain de soirée. Heureusement que la phase "dégobillage méthodique et confession au siège des chiottes" était passée vite.
Décidément, plus on y pensait, plus cette formule était intéressante.
Les deux cobayes involontaires prouvaient par l'exemple la multitude de possibilités que l'anormal pouvait ouvrir. C'était étonnant, c'était excitant, bref c'était la raison d'être de l'amicale. Et de cette Fondation. Et de plein d'autres groupes si ça se trouve ! 
Et c'était génial.

"Heu…je…suppose que tu veux peut-être reprendre ta culotte ?"


5 janvier, à un chouïa de quinze heures vingt.

"Je propose Curaçao à effet express.
- Ça manque de… Fwaaa, tu vois ? C'est pas un nom qui fait rêver. 
- Et c'est pas du Curaçao surtout.
- Ouais aussi.
- Ben proposez des idées alors ! "
Long silence.
"Liquide solvoéthylique ?"
Ça sonnait bien. Ça ne voulait pas dire grand-chose mais on sentait bien la science derrière. La proposition fut adoptée. 
Après tout, il fallait un nom scientifique pour officialiser vraiment une découverte. C'était un grand principe qui faisait qu'aucun des quelques inventeurs amateurs n'avait jamais été honteux de ses créations. Car il importait peu que le psychotron tellurique soit déséspérément amorphe, au moins il avait un nom classe.


5 janvier, 17 heures et des brouettes.

On avait décidé, après un vote quasiment soviétique, de partager la formule au monde. On était d'humeur philantrope. Or, pour que le monde soit au courant, il fallait voir les choses en grand. 
La lettre commençait comme ceci :

Lettre

5 janvier, après moultes réflexions.

"Je mets combien de timbres ? "


8 janvier, 20h57.

Colis

Un colis de forme suspecte trônait sur le bureau du Dr Cynthia Merkeslet, et le Dr Cynthia Merkeslet sentait son estomac remonter à mesure qu'elle lisait les instructions qui allaient avec. Ses ongles avaient déjà creusé de petits trous aux angles. Somme toute, c'était une réaction assez prévisible de sa part, au vu des expéditeurs.
Le larb L'assistant Pontaichet passa la tête par l'encadrement de la porte, plein d'espoir. Il avait interdiction de rentrer depuis ce sombre incident où il avait failli mourir étranglé dans ce même bureau. Il chassa les souvenirs de sa tête et demanda d'un air amène :
"Besoin d'aide chef ?"
Une atmosphère dangereuse plana un instant, tandis qu'un silence crispé lui répondait. 
"… et euh, vous êtes sûre que ça rentre dans votre domaine de compétences, les fluides alchimiques ?
-…
- Vous êtes vraiment vraiment sûre ?
- C'est à MOI de résoudre ça !"
"Ça" désignait bien plus que le colis et la lettre. C'était un but, une obligation, une croisade ! Il fallait juste remplacer les sarrasins par une bande de guignols qui écrivaient de travers.
L'assistant ferma la bouche, tandis que sa tutrice poursuivait le fil de ses pensées en marmonnant. 
"Si j'arrive à déduire l'usage de cette chose via l'interprétation de la phrase "on a trouvé le moyen de résoudre le problème de la précarité étudiante", peut-être qu'on saura si il y a un moyen de le manipuler sans détruire un bâtiment."
Cela allait être une looongue soirée.
Le jeune homme referma doucement la porte.
"Je vais emprunter du café au docteur Caleb…."

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License