Trop Cinglé Pour Échouer
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Les membres de la Compagnie du Lapin Noir passaient des vacances bien méritées dans une cachette temporaire au fin fond des montagnes. Ils étaient en train de distribuer le butin acquis lors d’un raid sur une base de la mafia locale. Nanami n’avait pas pipé mot depuis qu’elle y avait découvert un certain objet.

"On dirait qu’on a trouvé un truc super funky. Venez voir ça," dit-elle, brisant un silence inhabituellement long. "Vous vous souvenez des mecs bizarres genre commando qui étaient là pendant le raid ? Ceux qui sont partis tellement vite quand on est arrivés. Ben l’un d’entre eux a lâché ça," continua-t-elle, montrant le téléphone qu’elle était en train d’étudier jusque là. Il comportait un logo sur son dos, avec trois flèches pointant vers le centre. "Il utilise un cryptogramme spécial, mais j’ai réussi à entrer. En fait, ces mecs appartiennent à un genre d’agence secrète qui collecte tout un tas d’objets qu’ils considèrent anormaux."

"Cool, et t’as trouvé quoi sur eux ?" demanda Tomi. Les autres filles-chats et Magicien se rapprochèrent, pour une fois que Nanami parlait d’un sujet réellement intéressant, pour changer.

"Ils ont un énorme site pas loin d’ici. J’ai téléchargé un paquet de documents sur les objets qu’il y a là-bas, juste avant qu’ils me repèrent et ferment la connexion. La plupart sont censurés dans tous les sens, probablement parce que ce troufion n’était pas placé assez haut sur le totem hiérarchique. Mais ça, là, ça pourrait carrément nous intéresser." Elle passa le téléphone à Boss, et attendit que les autres aient fini de lire.

"Alors, avec ça, on pourrait découvrir qui était notre père ?" demanda Hana, en remuant la queue.

"Et probablement davantage," ajouta Magicien. Il était content que les filles aient enfin une chance de pouvoir tourner la page. Il savait qu’elles s’étaient réveillées dans une sorte de laboratoire sans aucun souvenir de ce qui précédait, et rien sur quoi compter à part les unes et les autres. Depuis qu’elles s’étaient échappées, elles cherchaient des indices sur leur origine. Même si elles en parlaient rarement, Magicien en savait assez long sur leur situation pour comprendre leur souffrance. Merde, elles ne savaient même pas quand était leur anniversaire, elles utilisaient juste la date du premier jour dont elles se souvenaient !

"On dirait qu’on a trouvé l’endroit idéal pour notre prochain coup," annonça Boss. Elle avait l’air plus déterminée que jamais.

"Mais comment est-ce qu’on va entrer ? Se présenter à la grille, ça suffirait à déclencher une fusillade quasi immédiate," dit Momoko. "Non pas que ça me pose un problème, mais tout de même."

"C’est pour ça qu’on va utiliser un avion," répondit Boss.

"Attendez une minute, vous avez un avion, les filles ?" demanda Magicien. "Vous n’avez jamais mentionné ça."

"Nope, mais il y a un gars qui nous doit une faveur. Sauver des gens un peu partout dans le monde, ça a des avantages."

*

Cinq jours seulement s’étaient écoulés depuis que la Compagnie avait appris l’existence de la Fondation, et ses membres étaient déjà en train de sauter en parachute au-dessus de leur principale base d’opération, le Site-19. Le moyen le moins impossible d’y accéder semblait être par la voie des airs. Comme Magicien n’avait aucune expérience avec les parachutes, il était en tandem avec Tomi. Ses hurlements participaient à recréer l’atmosphère à laquelle il les avait habituées pendant leurs premières missions.

"On est suffisamment près. A toi, Momoko," dit Boss. Momoko visa avec Pierce, son lance-fusée, et créa un trou conséquent dans le toit.

Ils entrèrent en passant par le trou. La sécurité du Site n’était pas encore arrivée.

"On continue selon le plan," dit Boss. "Tomi vient avec moi pour récupérer ce qu’on est venus chercher. Hana et Nanami nous trouvent un moyen de sortir d’ici. Momoko, tu protèges Magicien et vous faites de votre mieux pour retarder l’ennemi." Dès qu’elle eut fini, ils s’élancèrent dans trois directions différentes.

Dès que Momoko et Magicien tournèrent un angle vers la gauche, il tombèrent nez à nez avec deux douzaines d’agents. "Identifiez-vous !" cria l’un d’entre eux.

"Surveille ton langage et adresse-toi à nous avec respect, pathétique humain !" s’exclama Momoko, sans laisser la panique s’installer une seule seconde. "Ne reconnais-tu pas le Grand Zamboni, le Briseur de Terre ?"

"Euh, non ?" dit l’agent, un peu confus.

"La vache, c’est rare les gens aussi stupides que toi. Est-ce que les mages doivent écrire magissien sur leur front pour être reconnaissables ?" Pour plus d’emphase, Magicien leva les mains et prit une pose clichée de sorcier jetant un maléfice. L’air se remplit du son d’absolument rien du tout.

A ce stade, l’immense majorité des forces de sécurité du monde aurait déjà ouvert le feu. Cependant, la Fondation était différente. Ses employés devaient composer avec des ennemis immensément puissants, et ils avaient tendance à être assez bizarres. La sécurité décida donc de jouer la carte de la prudence et de consulter l’expert.

Contrairement aux autres, l’expert en question portait une blouse blanche. Bien que les agents soient équipés d’armes de toutes sortes – Momoko en remarqua même un, au fond, qui tenait quelque chose qui rappelait un panzerfaust – lui-même ne portait qu’une petite guitare. Il leva la main pour arrêter ses camarades. Les vêtements de Magicien, la combinaison spatiale douteuse et le chapeau ainsi que le peignoir ridicule prouvaient qu’il s’agissait d’un individu qui pouvait faire ce qui lui plaisait sans se soucier de quoi que ce soit. En d’autres termes, un Type Vert. Il spécula que la fille-chat à ses côtés puisse être une de ses créations.

"Ignorez-nous, vous pouvez passer," dit-il, ouvrant le passage à Momoko et Magicien. Il savait d’expérience que la seule manière de descendre un plieur de réalité, c’était de lui tirer dessus quand il avait le dos tourné.

Momoko attrapa la main de Magicien, et tous deux commencèrent à marcher pour s’éloigner des agents médusés, sans même un regard en arrière. Elle savait que reculer éventerait immédiatement leur couverture.

Le docteur signala discrètement aux agents d’abattre les intrus. Il était enfin temps d’agir. Mais au moment même où les agents s’apprêtaient à tirer, Momoko jeta une grenade aveuglante de manière désinvolte par-dessus son épaule. Puis ils se mirent à courir.

[Boss : On a le colis, et quelques bonus. Vous vous en sortez comment ?]

[Momoko : Magicien et moi, on est tombés sur des espèces de soldats, qui avaient l’air grave sérieux, alors on a dû utiliser un des vieux trucs ukrainiens, et ils ont eu l’air d’y croire au début, mais…]

[Boss : Garde les parties marrantes de l’histoire pour demain. Et les autres ?]

[Hana : On a trouvé un avion pour notre évacuation. Rendez-vous à notre position.]

[Nanami : Oh, hé, et on a trouvé tous ces gens enfermés. On a libéré tous ceux qui avaient l’air incapables de nous attraper avec des tentacules et tout dès que la porte serait ouverte.]

[Nanami : C’est à dire 5 sur 8. ≧◔◡◔≦]

[Momoko : Hé, comment t’as fait pour taper ce smiley ?]

[Boss : Allez, fermez le chat et on se retrouve au point de rendez-vous.]

Le petit avion récupéré par Hana et Nanami les attendait à proximité du site. Hana décolla immédiatement dès que le reste de la Compagnie fut à bord.

"C’était juste," soupira Tomi, se penchant pour regarder des agents qui ouvraient le feu en direction de leur avion, espérant les toucher par miracle. "Montre-leur le bol, Boss."

"Euh, il ne fait rien du tout," dit Boss, fixant le bol qu’elle venait de sortir de son sac à dos.

"C’est parce que tu n’es pas blessée. Impressionnant, d’ailleurs. Passe-moi ça," dit Nanami en lui prenant le bol des mains. Contrairement à Boss, elle avait quelques égratignures mineures ici et là. Au bout de quelques secondes, le bol se remplit de lait comme par magie. Nanami devint rouge comme une tomate.

"Crétin ! J’ai peut-être ces oreilles, mais je suis une femme adulte, pas un chat. Arrête tes conneries, putain de pervers !" cria Nanami en jetant le bol, renversant son contenu sur ses sœurs.

"Hé, je voulais bien le boire, moi," lui jeta Momoko d’un air vexé.

Sans que les sœurs, occupées à calmer Nanami, le remarquent, Magicien attrapa le bol. Il se remplit aussitôt de soupe délicieuse, qu’il s’empressa de boire. Lorsqu’il eut avalé la dernière gorgée, un message apparut au fond.

Ravie de voir que tu t'amuses.

À plus !

La touchante réunion de famille fut interrompue par le bruit d’une petite explosion, accompagnée d’Hana, projetée hors du cockpit.

"On dirait bien qu’ils avaient une bombe contrôlée à distance là-dedans. C’était à prévoir, honnêtement," déclara Hana d’une voix calme, en effaçant la suie de son visage.

"A quel point on est foutus ?" demanda Magicien.

Tomi jeta un coup d’oeil au cockpit quasi détruit. "Beaucoup," répondit-elle.

"A ce rythme, il nous reste entre 10 et 15 minutes avant de nous écraser," dit Hana après une brève réflexion. "On ferait mieux de chercher des parachutes."

Malheureusement, ils n’en découvrirent aucun. Tout le monde regarda Boss. Il était temps qu’elle leur sorte un de ses fameux plans "trop cinglés pour échouer".

"On a pas le choix," dit-elle, "il va falloir qu’on se serve de ça."

"Quoi ?" demandèrent les autres à l’unisson.

"J’ai ramassé ça là-bas," dit Boss, révélant un container rempli d’une substance verte gélatineuse. "Malgré les apparences, c’est comestible."

"T’es en train de dire que…" commença Magicien.

"Ouais, on va le manger," déclara Boss en avalant un sixième du gel et en leur donnant le container. "Nanami, j’ai besoin que tu fasses ta magie de hackeuse. Je veux un accès total au système d’annonce du site", continua-t-elle.

"Ça roule," répondit-il avant de se mettre immédiatement au travail. Le seul signe extérieur de son hacking furieux était un clignement bizarre de son œil gauche. Ses augmentations cybernétiques étaient vraiment utiles dans ce genre de situation. Deux minutes plus tard, elle se leva avec un sourire suffisant sur le visage. Inutile de dire qu’elle avait réussi.

"Écoutez bien, bande de vers de terre !" commença Nanami. Sa voix se répétait en écho via un choeur d’un millier de hauts-parleurs à travers le Site-19. "La seule et unique Boss de la Compagnie du Lapin Noir veut vous dire deux mots. Préparez vos stylos, parce qu’elle le répétera pas," annonça-t-elle, avant de signaler à Boss qu’elle pouvait parler.

"Salut à tous. Je suis la leader du groupe qui a visité votre bâtiment il y a quelques minutes. Actuellement, nous sommes bloqués dans un avion hors de contrôle sans parachutes. Dans exactement quatre minutes, nous allons sauter. Et c’est là que ça devient intéressant : vous allez nous attraper. Vous pouvez le faire de la façon que vous voulez. Espérons qu’il y ait un gadget qui permette de faire ça dans votre collection." Boss marqua une pause d’une seconde. Elle devait admettre que cette partie du plan reposait sur des données assez vagues. "Oh, et j’allais oublier. Vous avez une très bonne raison de nous sauver. Nous avons trouvé un conteneur de SCP-447-2, et on a tout mangé. Donc soit vous faites un truc intelligent, soit vous allez enfin voir ce que ça fait quand c’est en contact avec des cadavres."

Une fois que Boss eut fini de s’exprimer, Nanami ferma la transmission. Bien qu’ils respectaient sa décision, les autres étaient assez inquiets au sujet de ce plan. En définitive, le problème ne résidait pas dans le fait de sauter en vol ; ils avaient fait bien pire au cours d’une mission au Kazakhstan. Ce qui les exaspérait, c’était de devoir faire confiance à la Fondation. En se basant sur les fichiers hackés, la mafia vietnamienne ressemblait à un groupe de philanthropes honorables comparé à eux.

Cependant, il leur fallait admettre que le plan de Boss était leur seule chance de s’en sortir vivants. Ils se rassemblèrent pour un dernier câlin collectif, se tinrent par les mains et sautèrent de l’avion pour la seconde fois de la journée.

Et cette fois, sans parachutes.

*

"…soit vous allez enfin voir ce que ça fait quand c’est en contact avec des cadavres," et le haut-parleur grésillant qui se trouvait dans le labo du Dr Anborough redevint silencieux. Il cherchait frénétiquement une solution dans son cerveau. Il avait vécu d’innombrables situations de crise depuis qu’il avait rejoint la Fondation (et il se souvenait même de quelques-unes), mais celle-ci était complètement nouvelle. Au moment où il s’apprêtait à abandonner, il eut une illumination subite. Il sauta hors de sa chaise, attrapa sa béquille et se dépêcha d’atteindre la salle de repos.

"Poussez-vous, j’ai besoin d’utiliser la machine à café immédiatement !" hurla Anborough en entrant dans la pièce.

"Pas si vite, il faut que je vérifie votre badge d’identification," dit l’un des gardes en faction à côté de la machine.

"Pour l’amour de Dieu, Josh, on se connaît depuis 5 ans ! Je dois empêcher 447 d’entrer en contact avec des cadavres. Tu as entendu le message, non ?"

"Qu’est ce qui se passe quand ça touche un cadavre ?" demanda l’autre garde.

"Honnêtement, j’en sais rien," répondit Anborough. "Mais j’ai pas envie de le découvrir."

Après que les gardes aient enfin accepté de le laisser accéder à la machine à café (en lui ayant même prêté cinquante centimes après une brève dispute), il tapa la commande suivante :

97% du poids de la Compagnie du Lapin Noir

La machine remplit une tasse d’un liquide qui ne ressemblait à rien de connu. Ils avaient tous l’impression que la langue anglaise n’était pas capable de décrire ne serait-ce que sa couleur.

"Comment vous saviez que ça allait fonctionner ?" demanda Josh.

"J’ai juste eu une intuition."1

Rapport du Directeur de Site au Conseil O5 (extrait)

[…] ont échappé aux agents à l’aide d’une grenade aveuglante. Au même moment, deux autres intrus ont volé SCP-348 et 100 grammes de SCP-447-2 dans le Secteur de Confinement à Sécurité Minimale, en désarmant plusieurs gardes au passage. Les deux derniers intrus sont entrés par effraction dans le Secteur de Confinement Humanoïde, brisant temporairement le confinement de 5 spécimens. […]

Le Dr Anborough a utilisé SCP-294 pour extraire 97% du poids des intrus. Ralentis par la friction de l’air, ils sont tombés à une vitesse considérablement inférieure à celle qu’ils auraient eue dans le cadre d’un scénario non-anormal. Lorsqu’ils ont atteint le sol, ils ont été maîtrisés et capturés par le personnel de sécurité.

Victimes : 35 blessés (17 sévères), 0 morts […]

Mesures Prises Post-incident : SCP-348 et tous les SCPs humanoïdes impliqués ont été récupérés après l’incident. Une technologie cybernétique anormale intégrée a été découverte à l’intérieur des corps des intrus ; ceux-ci sont actuellement confinés sous la désignation collective SCP-2085. Le liquide délivré par SCP-294 leur a été distribué, restaurant leur poids normal. L’élimination des spécimens est strictement interdite au cours des 90 prochains jours, leur contact avec SCP-447-2 ayant été confirmé.

Afin de maintenir le moral du site après un incident aussi humiliant, tous les membres du personnel ont été amnésiés, à l’exception de ceux dont le rôle a été estimé critique dans le cadre des protocoles de sécurité. De fausses informations de récupération ont été ajoutées aux versions du fichier de SCP-2085 accessibles aux niveaux de sécurité 2 à 3. […]

Je recommande que le Dr Anborough (qui a malheureusement été amnésié lui aussi) soit promu pour son action.

Ceci dit, ça n’était que le début des hostilités entre la Compagnie du Lapin Noir et la Fondation…

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