tu arrives trop tard, "papa"
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Dans ce monde, le soleil ne peut pas supporter d'être trop de loin de l'horizon. Les jours s'écoulent dans une aube et un crépuscule perpétuel. Les étoiles remplissent le ciel de nuit comme des éclats renversés, immunisées de n'importe quelle luminosité venant d'en bas.


La brise d'été flottait au travers d'une fenêtre ouverte sur un bureau vide. Un fauteuil de cuir rouge tournait sans personne pour s'y asseoir. Les papiers, laissés sans surveillances, vacillaient avec le vent. Le Dr Wondertainment n'était pas là aujourd'hui. Il n'y serait pas pour la semaine.

Seuls les quelques employés qu'il avait chargé de couvrir son absence sauraient qu'il avait disparu. Encore moins sauraient pourquoi — qu'il partait durant une semaine tous les été dans l'espoir de réconcilier son plus grand regret en tant que créateur. Et, encore plus important, en tant que figure paternelle.

Dans le crépuscule de midi, le Dr Wondertainment déambulait en passant inaperçu au travers des rues bondées de la ville. Il dansa entre les ombres d'un couple s'embrassant, d'amis sortis se balader en vélo, et d'enfants rentrant à la maison après l'école. A travers les silhouettes, il arriva à un appartement décrépi dans les bas quartiers.

Habillé dans un costume rayé ayant plus de valeur que la moitié de la ville, le Grand Fabricant de Jouet s'assit dans un vestibule moisi et attendit, comme il l'avait fait durant les dix dernières années passées. Lorsque le soleil plongea derrière l'horizon, il se retira sur le toit pour tenir compagnie aux étoiles.

Durant deux jours et trois nuits, il attendit de cette manière. Le troisième jour, l'épuisement le réclama et il s'endormit dans un lit moisi. Lorsqu'il se réveilla, il crut voir un blouson aussi écarlate que le sang.

Ce n'était que l'aube.

Le cinquième jour, son espoir avait perdu la bataille contre le désespoir. Le Dr Wondertainment pleura, amer et seul.

Le septième et dernier jour, il écrivit une lettre d'excuse à l'encre d'or. Il confessa ses regrets pour avoir abandonné M. Redd à pourrir dans cet appartement. Il exprima son désir de faire des changements.

Mais M. Redd était parti depuis longtemps, poursuivant son aventure avec toute la colère et la violence d'un enfant seul et délaissé.

"P.S. Je serai encore là l'année prochaine, pour l'anniversaire où je t'ai quitté. Si tu peux me pardonner, nous pourrons rentrer ensemble à la maison."

La lettre fut laissée sur le bureau du vestibule, parmi toutes les autres excuses que personne n'avait touché.

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