Trois adieux
notation: +4+x
blank.png

Vous lisez actuellement le point de vue de Aktus de ce conte. Pour lire un autre point de vue, rechargez la page après soixante secondes.

"C'est un nouveau projet sur lequel ils veulent m'assigner," dit Gregg Collins, "Je n'ai presque pas de détails pour l'instant, mais on m'a dit que j'aurai davantage d'informations bientôt. Mais je dois juste avoir mes accréditations."

Karlyle Aktus hocha la tête. "Je suis content pour toi. Si tu aimes ce nouveau poste, peut-être que je t'appellerais quand le poste de mon Assistant Directeur se libérera, hein ?"

Ils rirent tous les deux doucement. Tous deux savaient que William Borley était aussi intraitable qu'une pierre et ne quitterait son poste d'Assistant Directeur du Site-81 que s'il était écrasé sous l'une d'entre elles.

Karlyle but une gorgée de sa boisson. "Une idée de la raison pour laquelle le Dr Johnson nous a fait venir ici ?"

Collins le suivit avec une gorgée de la sienne et d'un non de la tête. "Il ne m'a rien dit."

"Bien sûr." Karlyle jeta un coup d’œil à la pièce. "Connais-tu ces hommes ?"

Collins haussa légèrement des épaules. "Oui. Celui près de la bibliothèque, c'est un gars intéressant. Il s'appelle Navarro. Ancien anartiste. Je ne suis pas sûr de pourquoi la Fondation l'a récupéré, ou de la raison pour laquelle il est là," dit-il en finissant son verre. "Et ce gamin là-bas, c'est-"

L'homme de l'autre côté de la pièce rit brusquement. Karlyle leva un sourcil, tandis que Collins s'étouffa presque avec sa boisson. Près de la bibliothèque, Navarro jeta un coup d’œil en direction de la source du bruit avant de rediriger son attention en direction des étagères.

"Un type particulier. Tu étais sur le point de dire son nom ?" observa Karlyle en jouant avec la glace au fond de son verre.

Collins reprit ses esprits. "Oui, c'est Conwell. C'était le dernier assistant de Johnson, juste un gamin. Je ne suis même pas sûr qu'il ait déjà travaillé sur une mission seul."

Karlyle acquiesça. Depuis le temps qu'il connaissait Zachary Johnson, et cela faisait déjà un certain temps, il savait sa constance en certaines choses : le scotch qu'il gardait dans son bureau, le bois qu'il préférait pour sa canne et le genre de personne qu'il prenait comme assistant. Conwell, cependant, ne semblait pas rentrer dans cette case.

Il y eut un grincement métallique, et la porte derrière eux s'ouvrit lentement. Karlyle tourna la tête, regarda derrière ses lunettes sombres l'individu entrant dans la pièce et dut retenir une exclamation. Il réalisa soudainement depuis combien de temps il n'avait pas vu le Dr Johnson, et à quelle vitesse les choses peuvent changer pendant cette période. Lorsqu'ils s'étaient vus pour la dernière fois, Zachary Johnson lui ressemblait ; robuste malgré son âge, toujours curieux, fasciné par le monde autour de lui et par son travail. C'était un homme qui inspirait le respect, et dont la présence s'annonçait elle-même.

Cet homme, cependant, n'était pas cet homme.

"Dr Johnson, par tous les dieux, que vous est-il arrivé ?" dit Conwell de l'autre côté de la pièce.

Sa chair pendait flasque sur ses os, ses pieds ne marchaient plus mais traînaient. Sa respiration était laborieuse, sa peau pâle. Ses yeux étaient profondément enfoncés dans son crâne, et si une quelconque lumière y résidait encore, elle était silencieuse et froide. Karlyle ressentit un élancement de chagrin en lui, la sensation de la soudaine réalisation du temps perdu.

"Je vais y arriver." dit Zach avec un sourire triste.

L'homme glissa silencieusement à travers la pièce, devant les souffles coupés des individus rassemblés. Il s'arrêta à son bureau, posa une boîte qu'il transportait, s'éclaircit la gorge et parla.

"Avant tout, permettez-moi de tous vous remercier pour être ici. Je sais que certains d'entre vous n'ont été avertis de cette entrevue que récemment, et que le voyage a été long. Je ne peux exprimer à quel point j'apprécie votre présence. Je vois que certains d'entre vous ont déjà trouvé les boissons. Pour ceux dont ce n'est pas le cas, servez-vous pendant que nous continuons."

Karlyle avait fini son verre et envisagé l'idée d'un deuxième avant l'apparition du Dr Johnson. Cette envie lui avait depuis longtemps passé. Ses yeux étaient fixés sur le spectre devant lui.

"Je ne vais pas y aller par quatre chemins, messieurs," continua Johnson. "Je suis en train de mourir. C'est la raison de mon départ en retraite. On m'a diagnostiqué une glioblastome multiforme, et si celle-ci continue au même rythme, je mourrais dans un délai de quatre mois."

En entendant les autres invités laisser échapper des exclamations, une respiration se coinça dans le fond de la gorge de Karlyle. Il craignait cela, lorsqu'il avait entendu parler du départ en retraite du Dr Johnson. Comme lui, Zachary n'était pas un homme qui subissait les aléas de la vie. Il était le meilleur dans un labo ou sur le terrain, où il savait se salir les mains et les bottes. Son départ en retraite ne pouvait signifier qu'une seule chose, et pourtant…

Karlyle n'aurait pu imaginer cela. Il s'était dit que cela devait être en rapport avec sa jambe, sa foutue jambe qui lui causait tant de soucis ces derniers temps. Peut-être même son cœur, son style de vie n'ayant jamais été très sain. Cela aurait pu être tant de choses.

Quatre mois.

"Plutôt que de tous vous accabler avec ma souffrance, je me suis dit que cela serait plus mon style de prendre avantage de la force qu'il me reste et de vous laisser à chacun un dernier cadeau," dit Johnson. "Vous savez, faire mes adieux tant que je suis encore un peu l'homme que j'étais. Tant que j'incarne encore la manière dont j'aimerais qu'on se rappelle de moi."

Zach fouilla derrière lui dans la boîte en bois qu'il avait apportée. De celle-ci, il tira une boîte plus petite faite d'un métal noir brillant. Karlyle pouvait voir qu'elle était ornementée et qu'il y avait une inscription sur le couvercle. Il ne pouvait la lire.

"Eh bien, commençons," dit Johnson. Il se tourna en direction de l'homme près de la bibliothèque. "Daniel, tu m'as sauvé la vie en deux occasions. Après la première de celles-ci, tu m'as donné cette babiole. Bien qu'il ne tienne pas à ma personne de révéler de quoi il s'agit à ces messieurs, je pense qu'à la vue des circonstances, elle serait utilisée à meilleur escient en ta possession."

L'homme que Collins avait appelé Navarro s'avança et prit soigneusement la boîte des mains de Zach. Il baissa les yeux vers elle, sans croiser son regard.

"C'était réellement un magnifique cadeau, merci de l'avoir partagé avec moi." dit Zachary en souriant doucement.

"Je t'en prie," dit Navarro en levant les yeux. Il souriait lui aussi et plaça la boîte dans la poche sur le devant de son blouson. Il retourna ensuite près de la bibliothèque.

"Karlyle," dit Zach, et Karlyle leva ses yeux pour rencontrer ceux de son ami. En eux, il vit les quarante ans qui étaient passés depuis la première fois qu'ils avaient franchi les portes du Site-19, lorsqu'ils étaient alors des jeunes hommes. La lumière, faible encore quelques instants plus tôt, était de nouveau brillante, et quelque part dans Karlyle quelque chose se retourna ; quelque chose qui n'avait pas vu le soleil depuis des années.

"Toi et moi sommes entrés à la Fondation à peu près en même temps. Tu es l'un de mes plus anciens amis et je ne compte plus les fois où nous nous en sommes tous les deux tirés de peu." Il fit un large sourire. "C'est le revolver que j'ai utilisé lors de cette brèche de confinement en 96. Je ne pense pas qu'il y ait de meilleure personne pour lui que toi. J'espère que tu ne te retrouveras jamais dans une situation où tu devras l'utiliser, mais si cela arrive, je pense que tu te souviendras qu'il fait le travail."


"Zach, tu pourrais me passer le graphique sur la table là-bas ?"

Karlyle gardait la bouche du castor ouverte en faisant levier avec rien d'autre que ses deux mains, tandis que Zach courait à travers le laboratoire en direction d'une pile chaotique de papiers. Il fouilla rapidement dans ceux-ci avant d'attraper la bonne feuille et de revenir en arrière en glissant. Karlyle jeta un coup d’œil à l'information fournie puis attrapa une fiole posée sur un bureau à proximité de lui et en vida le contenu dans la gorge du mammifère qui se débattait. Il toussa et cracha lorsque Karlyle le força à avaler la mixture, mais finit par se détendre et à ronronner.

"De la domestication en bouteille. C'est bien ce que je pensais." Karlyle rit en reposant le castor par terre. Celui-ci se roula en boule et s'endormit. Les deux hommes gloussèrent frénétiquement puis s'assirent sur le sol. Karlyle était trempé de sueur, et Zach n'était pas loin derrière lui. Tous deux haletaient en regardant le castor désormais assoupi entre eux.

"Donc, d'où est-ce qu'on tient ça ?" dit Zach entre deux respirations. "J'ai cru entendre Montgomery dire que c'était un truc de MCD."

Karlyle hocha de la tête. "C'est ça. Initialement conçu pour des sujets de test humains, mais marche tout aussi bien avec les castors." Ils rirent tous deux de nouveau.

Mais ils furent interrompus par un gémissement distant, un gémissement qui devenait de plus en plus fort au fur et à mesure de son activation au travers des différentes ailes du Site-19. Ils purent discerner la tonalité et le rythme de ce gémissement particulier alors qu'il s'approchait, et les cheveux qui se dressèrent sur leur tête permettaient de comprendre clairement ce qu'ils entendaient.

La sirène de brèche.

Zach bondit en premier, attrapant le castor surpris et le déplaçant rapidement dans une unité de confinement mobile pour animal de l'autre côté du laboratoire. Karlyle rassembla le sérum de domestication et courut pour le placer dans un casier réfrigéré. Tous deux se précipitaient, tentant frénétiquement de ranger et de sécuriser le laboratoire alors que l'alarme au-dessus d'eux leur perçait les tympans. En passant à côté, Zach hurla au-dessus du vacarme.

"Où devons-nous aller ? Tu l'as déjà entendu ?"

Karlyle était sur le point de répondre, mais un message automatique l'interrompit.

"Message à tout le personnel du Site-19. SCP-682 a brisé son confinement. SCP-682 a brisé son confinement. Les membres du personnel doivent se rendre à leur site de brèche désigné pour des ordres supplémentaires. Attention : SCP-682 est un objet de Classe Keter et hostile. N'essayez pas de l'attaquer."

Ce nom seul fit frissonner Karlyle, et celui-ci se rappela les longues nuit à consulter les rapports de dossiers avec sa nouvelle accréditation de Niveau 3. "Reptile Difficile à Détruire" l'appelaient-ils. Le registre des victimes seul suffisait à glacer un homme jusqu'à l'os.

"Va au site de brèche, vite !" lui cria Zach. "Je suis juste derrière toi !"

Karlyle hocha la tête et courut dans le couloir principal de l'Aile D. Les lumières s'étaient affaiblies, et seules les lumières d'urgence d'un rouge brillant perçaient l'obscurité. Il entendait au loin le son du métal hurlant et un rugissement lent et vibrant. Il tendit la main vers sa hanche et y trouva son arme de poing confortablement installée à sa ceinture. "Un mince réconfort," pensa-t-il, "mais un réconfort nécessaire."

En atteignant le site de brèche, qui n'était qu'un simple réfectoire près du centre principal de l'Aile D, il vit une pagaille ruisselant dans toutes les directions. Près du couloir menant à l'Aile E, une équipe de FIM dirigeait des membres du personnel en direction des bunkers de l'Aile C. Alors que Karlyle traversait difficilement la mer de blouses blanches, il entraperçut une étincelle au fond du long couloir sombre de l'Aile E. Près de son extrémité, il vit des coups de feu en rafales blanches et un feu brûlant quelque part au-delà. Avant de pouvoir s'arrêter et en voir davantage, il percuta directement son superviseur, McKinney.

"Ah, putain, Aktus !" cria-t-il au-dessus du vacarme grandissant. "Où étais-tu ? On a déjà bougé, toute l'équipe est déjà dans le bunker. Où est Johnson ?"

Karlyle ouvrit la bouche pour répondre, mais le son d'une poutre en acier se rompant les firent tous deux sursauter. Une autre équipe de FIM venait d'apparaître des ascenseurs de l'autre côté du couloir et courait en direction du couloir de l'Aile E, les armes levées.

McKinney ressemblait à quelqu'un qui aurait vu un fantôme. "Où est Johnson bordel ? On doit se casser d'ici !"

Karlyle se contorsionna pour voir au-dessus de la barricade qui était apparue à l'entrée du couloir de l'Aile E. Il pouvait la voir, maintenant, devenant de plus en plus gigantesque au fur et à mesure de son approche. Une monstruosité colossale, recouverte de fer, sa longue queue surmontée de pointes fouettant derrière elle alors qu'elle se dirigeait telle une tempête en direction du centre. Karlyle se tourna pour dire quelque chose à McKinney, mais celui-ci avait déjà disparu.

Puis un autre hurlement métallique. La barricade céda, et des corps d'agents de FIM passèrent au-dessus d'elle. Davantage de personnel de sécurité afflua en direction de la barricade, qui se déroba de nouveau en raison de quelque chose de grand et d'incroyablement fort qui poussait contre elle. En tournant sur lui-même, Karlyle découvrit qu'il était soudainement seul au milieu du réfectoire, uniquement accompagné d'une poignée d'autres agents stationnés près des sorties. Pendant un instant, il y eut un bref silence. Le grondement se réduisit à un chuchotement, mais qui était toujours suffisant pour faire trembler la terre.

La barricade s'effondra et tomba à la renverse sous l'action de 682, les corps des agents épinglés à elle comme à un tableau d'affichage. Les membres du personnel restants levèrent leurs armes et vidèrent leurs chargeurs sur le monstre, qui avait déjà subi des dommages importants sur l'ensemble de sa carapace. La créature rugit et se débattit, envoyant un agent valser dans un box et un autre dans le sol en marbre du réfectoire. Quelque chose à l'intérieur de Karlyle lui criait de prendre son arme, de viser la créature et d'y enfoncer du plomb. Mais quelque chose d'autre le poussa à s'arrêter.

Un agent près de lui prit son arme, commença à viser et fut écrasé par 682 en l'espace d'un battement de cœur. L'homme n'était pas à plus de dix mètres de Karlyle, qui ne sentit que la bourrasque de vent alors que la gigantesque créature aplanissait l'attaquant. Karlyle sentit sa main se diriger en direction de son arme et la retint. Il observa le monstre en approche tituber dans sa direction, rugissant et hurlant, et passer juste à côté de lui, dans la direction d'un agent tirant sur la bête. Alors qu'il passait, Karlyle entendit à travers les hurlements une voix grave, comme un tonnerre roulant au-dessus d'une grande plaine.

"…pathétique."

Karlyle commença à courir en direction de l'agent, agitant ses mains et lui criant de lâcher son arme, mais l'agent était acculé contre un mur et paniquait ; alors qu'il s'apprêtait à sortir un autre chargeur, 682 enfonça une longue griffe écailleuse dans le crâne de l'agent, l'oblitérant. Un autre groupe de trois agents arriva en courant dans la pièce et commença à tirer sur le reptile ; Karlyle sentit la chaleur des éclaboussures de viande sur lui alors que l'autre côté de la créature était déchiqueté par les balles. 682 grogna et fit fouetter sa queue à travers la pièce en direction de l'équipe, la décapitant d'un seul balayage.

Avec tous les hostiles éliminés, 682 vacilla maladroitement en direction de l'Aile C, chacun de ses pas faisant trembler le sol. Karlyle n'arrivait pas à croire que la créature était encore debout. Avec toutes les balles que 682 avait prises, il ressemblait davantage à du gruyère qu'à un quelconque reptile. Du sang et des fluides suppuraient de chaque orifice, et au moins une de ses jambes était entièrement déchiquetée. La moitié du crâne de la créature avait complètement disparu, de même qu'une partie importante de sa jambe postérieure gauche. Karlyle était figé, sa main rôdant encore autour de son arme à feu. "Je-" bégaya-t-il, mais le lézard ne l'entendit pas. Cependant, il entendit Zachary Johnson.

"Où est-ce que tu vas, espèce de sac à merde ?" hurla Zach de l'autre côté du réfectoire.

Karlyle se tourna pour crier, mais Zach avait déjà sorti son revolver et le pointait en direction du monstre. Il tira rapidement sept cartouches, qui explosèrent toutes dans le flanc de 682. De son point de vue, Karlyle pouvait voir un filet de tissus intestinaux couler de la nouvelle blessure. La bête rugit, puis chargea.

Courant désormais en direction de son ami, qui rechargeait déjà plusieurs cartouches dans son arme, Karlyle entendit Zach rire. "Ah ouais ? Des humains répugnants, hein ? Eh bien prends ça, espèce de foutue saleté de lézard." Puis, de nouveau, le retentissant craquement du revolver. 682 rugit de douleur et, alors qu'il s'effondrait sur son flanc, tremblant violemment, sa queue fouetta l'air derrière lui et rencontra Karlyle.

Elle le frappa de côté, le fauchant et envoyant son arme glisser à travers la pièce. Karlyle grogna de douleur, mais le cri de Zach le remit sur ses pieds. Près de l'entrée de l'Aile D, Zach était cloué au mur, alors que 682 marchait pesamment en direction de sa proie prise au piège. Karlyle pouvait voir Zach essayer de trouver une autre cartouche, mais celui-ci lâcha l'arme lorsque 682 se jeta en avant sur lui, percutant le mur. Zach commença à courir, mais 682 était plus grand et plus rapide. En un instant, le reptile l'avait rattrapé, et ses mâchoires grinçantes frappèrent. Karlyle entendit le craquement écœurant de la chair et des os, et Zach laissa échapper un cri désespéré.

Karlyle courait désormais à toute vitesse en direction de la créature. En approchant, il vit le revolver et une unique cartouche sur son chemin. Il les ramassa tous deux entre deux enjambées et alors qu'il arrivait derrière 682, il logea la cartouche dans la chambre. Le monstre lança Zach à travers la pièce comme le ferait un chat d'une souris et se cabra pour finir le travail. Karlyle se jeta en avant et glissa sous le monstre jusqu'à ce qu'il puisse voir le dessous de son crâne déjà fracassé.

Crac.

682 tomba mollement ; de l'air passa rapidement dans le trou béant dans le dessous de sa tête, et son corps trembla violemment. Karlyle pouvait entendre des mots sous le gargouillement, mais il n'arrivait pas à les comprendre. Le choc passa rapidement, et il rampa en direction de Zach. Celui-ci était allongé dans une mare de son propre sang, ses mains agrippant sa jambe déchiquetée. Zach leva les yeux lorsqu'il approcha.

"Merde, Karlyle, regarde. Ma putain de jambe. Bordel, ma putain de jambe."

Karlyle posa ses mains sur la plus ouverte des lacérations, appliquant un maximum de pression alors qu'il pouvait entendre derrière lui le son d'individus arrivant en courant dans le réfectoire, des agents et des chercheurs, et avec un peu de chance un médecin. Il plissa les yeux à travers le sang et la sueur, et ses yeux rencontrèrent ceux de Zach, qui riait désormais.

"T'arrives à y croire ? 682. On a descendu 682, mec. C'est pas la classe ?" Il leva les yeux en direction du monstre, désormais minutieusement éviscéré par les balles des équipes de sécurité. "Bon, peut-être pas juste nous."

Karlyle lui sourit et utilisa sa main libre pour attraper le revolver là où il l'avait lancé. Alors qu'une équipe de médecins les approchait, Karlyle tendit l'arme à son ami, qui la récupéra et rit de nouveau.

"Merci de m'avoir laissé l'utiliser," dit Karlyle alors que l'équipe médicale levait Zach sur une civière. "Et surtout, ne me remercie pas."

Zach hurla de rire à travers le réfectoire alors qu'il était rapidement déplacé à l'infirmerie de l'Aile C. Karlyle soupira et s'écroula au sol. De son point de vue, il pouvait voir une équipe de spécialistes du confinement se rassembler autour de 682 et il s'émerveilla. Il remarqua McKinney marcher rapidement dans sa direction, le visage cramoisi. Karlyle sourit, puis s'allongea et ferma les yeux.


Karlyle gloussa en se levant du canapé et approcha du bureau. Zach lui tendit le pistolet, que Karlyle reposa immédiatement sur la table en prenant son ami dans les bras. Il le tint pendant un moment, puis le relâcha.

"Je le garderai précieusement pour toujours, Zach."

"Merci." La surprise initiale avait disparu, et Zachary Johnson sourit à son ami de nouveau. Karlyle récupéra le revolver sur le bureau et le glissa dans sa poche avant de retourner à son siège.

"Gregg," dit Zach en sortant un jeu d'échecs brillant et ornementé. "Tu as été mon premier assistant et est depuis devenu l'un de mes amis et collègues les plus proches. C'est le même jeu d'échecs que j'avais dans mon bureau. Tu te rappelleras des nombreuses parties que nous avons joué, toi avec les noirs et moi avec les blancs. J'espère que cela t'octroieras autant de beaux souvenirs avec tes assistants que cela a été le cas pour moi."

Collins se leva et approcha du bureau ; Karlyle put voir des larmes se former derrière les épaisses lunettes de l'homme. Il récupéra le jeu d'échecs, l'observa pendant un moment et tendit sa main. Zach l'accepta, et ils se serrèrent silencieusement la main pendant un instant. Il retourna ensuite à son siège.

C'était finalement le tour de Conwell, et il le savait. "Dr Johnson, je ne peux rien accepter de vous. Je ne peux juste pas-"

"Pour l'amour de dieu, Jacob, appelle-moi Zach," soupira Johnson. "Et j'insiste. J'aimerais vraiment beaucoup que tu aies cela." Ils observèrent tous Zach placer une petite montre en argent sur la table.

"Cette montre était originellement un cadeau du Dr Thompson avant son accident. Il disait que, comme cette montre, j'étais simple, fiable et que j'avais un tic-tac légèrement étrange." Johnson rit pour lui-même pendant un instant avant de continuer. "Après toutes ces années passées à te connaître, je pense que tu incarnes davantage ces qualités que je ne l'ai jamais fait. C'est pour cela que je pense que tu devrais l'avoir."

Conwell ne bougea pas. Une éternité passa ; il était assis et fixait le morceau de métal brillant sur le bureau. Il finit par se lever et marcha lentement en direction de Zach. Tous les regards l'observèrent approcher du bureau et récupérer la montre en argent brillante. Il la fixa pendant un moment, puis sourit. "Merci, Zach." Il leva les yeux en direction du vieux docteur, qui sourit et hocha de la tête. Conwell retourna à son siège, et tous les yeux se reposèrent sur le Dr Johnson.

"C'est tout, messieurs," dit-il en enlevant la boîte de son bureau. "Je vous remercie vraiment beaucoup pour être venu. Je considère un honneur le fait d'avoir passé ma vie sur cette Terre avec des messieurs tels que vous."

Alors que les hommes se levaient pour partir, Navarro et Collins approchèrent chacun Zach pour lui dire un dernier au revoir. Karlyle resta dans son siège afin de finir son nouveau verre, et Conwell était assis de l'autre côté de la pièce, fixant la montre. Lorsque Collins sortit, Karlyle se leva et se dirigea à grands pas en direction du bureau. Zach lui sourit en le voyant approcher.

"Directeur de Site Aktus, hein ?" dit le vieil homme en riant. "On dirait que nos carrières n'ont pas fini de la même façon, finalement."

Karlyle lui sourit. "Tu as eu une carrière magnifique, mon vieil ami. Je ne connais personne avec qui j'aurais préféré passer toutes ces années."

Zach hocha la tête. "De même. Tu as été un bon ami, Karlyle, un meilleur ami que ce que je méritais la plupart du temps. Si je peux…" Il hésita. "J'ai une dernière requête, si tu me le permets."

"Je t'en prie."

Le vieux docteur fit un geste en direction du jeune homme assis dans le coin. "Veux-tu bien garder un œil sur Jacob ? C'est un jeune homme brillant, et il sera un jour un grand docteur." Il gloussa. "Il me rappelle un peu nous deux, pour être honnête."

Karlyle sourit de nouveau. "Bien sûr, Zach. Ne t'inquiète pas."

"Je ne vais pas commencer à mon âge."

Karlyle tendit sa main. Derrière ses lunettes sombres, un filet de larmes se formait dans ses yeux. "Au revoir, Zach."

Un instant passa, puis Zach l'attrapa.

"Au revoir, Karlyle."

Karlyle attrapa son manteau et son chapeau, puis sortit dans le couloir. Il regarda une dernière fois son vieil ami, puis la porte se ferma derrière lui.

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License