Théories sur les Humes
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Le document qui suit est une ébauche de théorie émise par le Docteur James J. Rosario, ancien membre de la Fondation retrouvé à son domicile parmi ses recherches. Sa disparition prématurée l'empêcha de produire une version définitive ou plus élaborée de cette théorie, ou même de la proposer à ses pairs. Néanmoins, on jugea qu'il s'agissait d'un élément dont la valeur scientifique et historique était assez élevée pour qu'il soit immortalisé dans nos bases de données.

Le Docteur Rosario semblait chercher ici à définir plus précisément les interactions existant entre les niveaux de réalité, les altérations de cette dernière et les êtres et substances existant au sein de plan du réel nous étant encore inaccessibles ; notamment le libre arbitre, sujet encore très mystérieux pour la recherche actuelle. Cette lecture s'adresse donc aux chercheurs avertis.

Théorie sur l'intensité de réalité d'un objet :

Définitions de base :

  • Humes (Hm) : unité de mesure de "l'intensité" de réalité sur le premier plan de l’existence (objets du monde physique)
  • Ancres de réalité de Scranton (ARS) : artefacts maintenant dans des dimensions de poche les Humes de référence servant d'étalon pour calculer le niveau de réalité d'un objet quelconque
  • Compteur de Kant : outil de mesure du niveau de réalité utilisant comme référence les ancres de réalité de Scranton.

Spéculations sur la nature des Humes et sur le fonctionnement des compteurs de Kant et des ARS :

La première question à se poser est de savoir ce que signifie l'intensité de réalité que mesurent les Humes.

On peut voir le taux de Humes comme une quantité de réalité d'un objet (par objet, on entend ici un sens large comprenant les endroits, les situations, les entités ou tout autre composant du monde physique). Ainsi, on ne voit plus la réalité comme entière, binaire et immuable, elle admet une quantification et certaines choses sont plus réelles que d'autres. Comment expliquer ça ?

Une explication assez simple du concept de Humes est de considérer ces dernières comme le degré de résistance d'une certaine réalité face à l'influence. Plus le niveau est faible, plus la réalité sera malléable, et réciproquement. Un fort niveau de Hume d'une entité va lui permettre de manipuler la réalité plus facilement, au contraire, une entité dont le niveau réalité est faible ne parviendra à rien modifier et sera plus à même d’être modifiée. Cette malléabilité est un indicateur du niveau de réalité de l'objet.

Or qu'est-ce qui justifie cette variation de malléabilité des différents objets réels ? Et quel est le lien avec une quantité de réalité de ces objets ?

La réalité subit des modifications constantes dans sa structure globale, ces modifications altérant continuellement les phénomènes, nous n'en avons pas conscience puisque, faisant partie de la réalité, notre passé et nos souvenirs peuvent être également altérés. Ces modifications engendrées par divers facteurs entraînent un déséquilibre de consistance de réalité. Pour être plus précis, à l'image d'un bloc d'argile, plus un objet est modifié, plus il devient malléable.

Les Humes peuvent donc être considérées de façon équivalente comme le degré de modification qu'a subi un certain objet. En effet, toute modification de la réalité causée par un certain phénomène ou une entité résulte d'un phénomène de transformation, ce dernier est donc caractérisé par une forme de causalité, cependant cette causalité n'est pas liée aux principes de causalité des événements physiques qui suivent la flèche du temps puisque la modification de réalité peut s'effectuer sur tous les événements, passés comme futurs.

C'est pourquoi les modifications de réalité engendrées par ces entités ou ces phénomènes sont des phénomènes de "méta-causalité", ces actions méta-causales ont donc une ligne temporelle singulière, le niveau de réalité des objets réels, du monde physique est donc une conséquence de la richesse informationnelle de cette temporalité des événements méta-causaux dont ils sont conséquences : plus l'objet en question a été modifié, plus son intensité de réalité est faible, moins son niveau de Hume élevé.

Ainsi, c'est ce degré de complexité qui définit plus formellement ce que mesurent les Humes, et induisent ce degré de malléabilité du réel. Notons que les modifications de la réalité sont omniprésentes à en juger par le taux de fluctuation constant des Humes (d'une amplitude d'environ 9 centiHumes), leur source est la plupart du temps d'origine inconnue, probablement des altérateurs naturels.

Nous avons donc vu que les objets pouvaient perdre de l'intensité de réalité suite à leur altération par des entités qui modifient le réel, mais comment fonctionnent les objets "plus réels" que les autres ? Il existe de multiples hypothèses sur cette question, je me risque à en formuler deux me semblant parmi les plus vraisemblables :

La première hypothèse est de considérer les phénomènes d'intensité de réalité supérieure tels que les plieurs de réalité comme vecteurs de modifications de réalité sur un plan global, si bien que leur réalité propre n'est pas altérée et que la réalité de l'univers autour d'eux est décalée vers un niveau inférieur, de façon à ce qu'ils nous paraissent plus réels, mais ce décalage de réalité est relatif. La plupart des objets "plus réels" sont des sources de méta-causalité, ces dernières conservent l'état de réalité avant la modification qu'ils opèrent (Cf. SCP-239 qui garde le souvenir de la personne qu'elle a fait disparaître du plan de l'existence tandis que tous les autres individus ont subi une modification de leurs souvenirs et de leur vie passée avec ladite personne). Cette considération nous pousse ainsi à considérer que les ancres de réalité de Scranton sont des valeurs flottantes et ne peuvent être considérées que comme étant des référentiels arbitraires, permettant de comparer des niveaux de réalité à une échelle locale. On peut faire l'analogie avec la mesure de la vitesse d'un objet, se basant sur un certain référentiel. Nous reviendrons plus tard sur le fonctionnement des ARS.

La seconde hypothèse est que l'augmentation de la réalité d'un objet s’opère par une modification inverse de la réalité induite par un processus de rétroaction méta-causal diminuant la complexité de la temporalité des sources de modification de l'objet. On peut en effet supposer que tout objet dans l'univers a subi de multiples modifications mineures, ce qui pousse à considérer que toute chose dans l'univers a perdu de sa valeur de réalité. Cette hypothèse nous pousse à admettre un degré de réalité maximum dans l'échelle des Humes.

Notons que ces deux hypothèses ne sont pas forcément incompatibles. Dans ces deux cas, on constate une tendance générale d'un objet possédant un certain niveau de Hume à pouvoir modifier la réalité dotée d'un niveau inférieur, de sorte que l'on peut considérer que la réalité "véritable" tend à sa propre instabilité. En effet, plus un objet se rapproche de son "état réel primaire" (c'est-à-dire l'état de réalité des choses a priori de toute action méta-causales) plus sa capacité de modification devient grande. Cependant, une réalité parfaite, dont tous les objets seraient à un niveau de Humes égal, serait parfaitement équilibrée, aucun d'entre eux ne pouvant altérer les autres ou être altéré.

Nous avons donc clarifié la notion de Humes mais comment les détecter ? Quel est le fonctionnement des compteurs de Kant ?

Grâce aux portails vers les univers de poches des ancres de réalité, le compteur de Kant compare l'état des objets et des phénomènes qu'il analyse. La signature de la réalité modifiée peut être détectée via l'observation des matrices de détermination, présentes dans tout objet, toute structure et toute situation du monde physique. En comparant les états de la matrice de détermination de l'objet mesuré avec ceux des ancres de Scranton, il est possible de calculer le niveau de Hume des objets et des événements. Étant impossible d’explorer les lignes de méta-causalité de façon directe (car la seule façon de détecter la trace des modifications de réalité se fait pour l'instant par l’observation de l'état de leur matrice de détermination) il n'est pas possible de déterminer quel est le niveau de réalité le plus absolu (ni si ce niveau existe), les ancres de Scranton permettent simplement de comparer les objets en fournissant une base de réalité arbitraire, le niveau 1 Hm n'est donc pas le niveau d'une réalité standard absolue, il est relatif aux critères de détection de la Fondation. L’échelle des Humes n'est pas linéaire, elle est asymptotique en 0. Le niveau 0 Hm correspondant à un objet ayant subi une infinité de modifications méta-causales, l'existence d'un objet de niveau aussi bas n'a jamais été révélée, elle reste purement théorique et discutable bien que non absurde, sachant que nous ignorons tout de la portée ou du nombre des sources d'altération de la réalité. Pour l'instant, le niveau le plus faible détecté naturellement est de 0,27 Hm. En laboratoire, il est possible de faire descendre ce niveau à 0,15 Hm.

Une matrice de détermination est l'ensemble des caractéristiques qui définissent l'état de l'essence d'une chose (objet, événements, loi physique, etc.), dans son existence propre. Ces caractéristiques sont retranscriptibles sous la forme de valeurs numériques, en comparant la cohérence des séquences numériques, à l’intérieur d'un objet donné ou entre différents objets, on observe soit des paradoxes par rapport à la structure essentielle d'autres phénomènes de réalité dans le cas des comparaisons extrinsèques (auto-exclusion logique par exemple), soit des paradoxes dans la définition de l'objet lui-même dans le cas des comparaisons intrinsèques.
Il est donc impossible de déterminer un niveau de réalité plus absolu que les autres par la méthode actuelle de détection des compteurs de Kant car il est impossible de déterminer si les principes de la réalité ne sont pas intrinsèquement contradictoires (Cf. second théorème d'incomplétude de Gödel), cependant, plus la réalité est modifiée (ce qui entraîne par conséquent une modification des valeurs matricielles), plus le schéma de cohérence entre les différentes caractéristiques des objets a de chance d'être générateur de contradictions. En effet, il n'existe qu'un seul schéma qui soit cohérent parmi les milliards de possibilités de valeurs numériques des caractéristiques des objets, ainsi, toute modification de la réalité a une probabilité quasi-certaine de donner des caractéristiques qui ne suivent pas l'harmonie du schéma des séquences, ou du moins qui augmentent le niveau de contradictions, à l'image de l'entropie des systèmes dynamiques.

De façon plus concise, plus l'objet est modifié, plus sa matrice de détermination a de chance d'être contradictoire sur de nombreux points dans la comparaison des séquences générales, et ainsi, plus l'objet a de chances de ne pas suivre les règles de la logique, ce qui entraîne des paradoxes conceptuels. Les paradoxes conceptuels basés sur des objets réels peuvent être des indicateurs de modification des objets.

Il est important de garder à l'esprit que la teneur en paradoxes des objets (dû aux contradictions de séquence de leur matrice de détermination) n'est qu'une conséquence du niveau de réalité, et non le niveau lui-même. C'est bien le schéma de méta-causalité qui définit les Humes, les paradoxes des séquences ne sont que les détections de cette intensité de réalité faite par les compteurs de Kant.

Nous avons donc vu que les compteurs de Kant fonctionnaient grâce à deux principes : le calcul des séquences des matrices de détermination des objets ou des événements qu'elles étudient, et l’étalonnage des valeurs grâce aux portails vers les dimensions de poche des ARS. Ainsi, on peut se demander comment nous réussissons à obtenir une stabilité locale du niveau de Hume dans ces zones. Comment fonctionnent les ARS ?

Nous savons que les ancres de réalité de Scranton sont capables de garder constant le niveau de Hume d'une réalité locale à 2 Hm, elles agissent sur la quantité de réalité ambiante, selon une zone d'action restreinte. Leur fonctionnement est comparable à une forme de drainage du niveau de Hume d'univers morts (ou sur le point de mourir) pour permettre de conserver un niveau constant pour notre univers, cependant, cette régulation a pour conséquence d’entraîner une modification globale des univers dont ils puisent leurs ressources et donc un affaiblissement généralisé de leur niveau de Hume. Ce dernier fragilise la réalité de ces univers et engendre de multiples conséquences néfastes tels qu'une augmentation des instances anormales, un essor des zones temporelles non-linéaires, des anomalies chronologiques ou encore des ruptures de la réalité localisées spontanées.

Ajoutons à cela quelques remarques :

La notion de niveau de Hume peut être aussi reliée à la densité de la réalité, en effet, plus la réalité subit de modifications, plus elle perd en cohérence et plus elle s'isole du reste de l’existence, cet isolement peut affaiblir la structure existentielle de la réalité en question, c'est pourquoi on retrouve souvent l'analogie entre la densité d'une réalité et son niveau de Hume.
Nous pouvons également parler de la "force" d'une réalité, puisque, plus le niveau en Humes de cette dernière est élevé, plus elle devient stable : nous avons vu en effet que la modification d'un objet de la réalité avait pour source un objet d'intensité de réalité supérieure.
Il y a donc un lien profond entre le principe de densité, de malléabilité et d’authenticité des objets réels.

Il reste une ultime question sur l'intensité de réalité : comment certains phénomènes peuvent engendrer des modifications du réel ?

En effet, nous avons donné une première définition des Humes comme des révélateurs du degré de résistance d'un objet ou d'une zone de réalité à l'influence, mais à l'influence de quoi ? Il est admis que toute modification du premier plan de l'existence est issue de phénomènes métaphysiques, ne se trouvant pas dans ce premier plan d’existence.

La substance arbitrifère1 d'où sont issus tous les libres arbitres joue un rôle dans cette modification, elle permet aux plieurs de réalité d'agir directement sur le monde, par le biais de leur volonté, et d'altérer la réalité jusqu'à une certaine échelle. De plus, le libre arbitre des individus normaux suffit à modifier la réalité si celle-ci est déjà dotée d'un faible niveau de Hume.

Selon une théorie, tout objet modifiant la réalité et diminuant ainsi son niveau de Hume tire son pouvoir d'altération de cette substance arbitrifère. De façon plus générale, le libre arbitre est une force extérieure au monde physique qui permet aux individus qui en possèdent de l'altérer, soit en modifiant l'état de leur esprit d'une part (choix libre), soit en modifiant la réalité elle-même d'autre part.
Ainsi, plus le niveau de Hume d'une personne est élevé, plus son libre arbitre est puissant.

On peut aller plus loin dans cette théorie en considérant que la "réalité absolue", si celle-ci existe, disposerait d'un libre arbitre (peut-on parler de Dieu ?), ce libre arbitre pourrait agir sur les phénomènes, raison pour laquelle les causes que nous connaissons engendrent automatiquement les effets que nous connaissons dans le cadre de systèmes dynamiques déterministes. Il serait cependant incapable d'influencer le libre arbitre des individus dont le niveau de Hume est suffisamment élevé. Ce libre arbitre suprême peut être vu comme une réponse à la question : "Pourquoi les choses sont-elles ce qu'elles sont ?" ou plus précisément "Pourquoi les possibilités d’événements sont celles-ci et pas d'autres ?"

Ces considérations métaphysiques sont des spéculations strictement théoriques et difficilement appréhendables en raison de leur extrême abstraction.

La substance arbitrifère faisant partie du "monde de l’âme", les détails de ses mécanismes sont par essence inintelligibles par des êtres du monde physique. Ce libre arbitre suprême agirait donc sur la réalité comme toute autre forme de libre arbitre altérateur, c'est pourquoi les sujets possédant un niveau de Hume anormalement bas perdent leur faculté d'agir sur le monde, leur libre arbitre est réprimé par le libre arbitre de la réalité qui les conditionne à une certaine fatalité. Le libre arbitre, en plus d'être une source d'actions est également une source de résistance aux conditionnements et aux altérations, de sorte que plus une réalité est faible, moins son libre arbitre est puissant et plus elle est facile à modifier.

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