La Tutelle d'un Frère
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20 marx 709. Le premier jour.

La sorcière a soif d’apprendre, je dois lui concéder cela, et elle se montre patiente devant les sorts compliqués que je lui enseigne. Pendant que nous nous entraînions, elle m’a demandé quel était mon nom. Je lui ai donné mon saint nom d’un ton sec, celui que le Docteur Ristrumm m’a donné alors que je n’étais qu’un enfant : Jaelen. Elle a paru satisfaite de ma réponse et nous avons continué nos exercices jusqu’au coucher du soleil. Lorsque nous avons mis fin à la séance, j’ai pieusement prié le Seigneur Jack et l’ai supplié de me pardonner de longues heures dans la nuit. La sorcière m’a observé attentivement depuis son lit. Elle ne me brisera pas.

20 marx 709. Le deuxième jour.

C’est vraiment quelque chose de particulier, la façon dont ni les clients de l’auberge, ni le propriétaire en bas ne semblent remarquer qu’il n’y a personne d’autre à passer les portes. Ils semblent se contenter de rester à l’intérieur de l’auberge. Le propriétaire lui-même ne semble pas avoir remarqué que ses provisions s’amenuisent constamment et dans le même temps se réapprovisionnent en permanence. La sorcière m’a montré ce tour ce matin, tandis que la serveuse nous apportait le petit-déjeuner.

La sorcière m’a dit que les Docteurs lui avait enseigné ce sort longtemps avant qu’elle ne perde la mémoire, ce qui je suppose doit remonter à des années avant la Grande Brèche. D’après elle, ils lui ont dit de s’en servir uniquement si sa vie était menacée par “les vilaines choses” et qu’elle avait besoin d’un endroit où rester. On dirait que les Anciens Docteurs lui ont enseigné comment rester en sécurité en cas de siège en lui apprenant à subvenir à ses besoins grâce à un réapprovisionnement sans fin en nourriture et à duper les personnes coincées avec elle pour maintenir le sortilège. L’abomination de sa magie ne connait aucune limite.

En parlant de l’étrangeté de sa magie déchue, je lui ai enseigné quelque chose de plus complexe aujourd’hui : le Deludah Liviin, qui permet de briser l’esprit de toute chose se plaçant en travers de son chemin- fors les humains naturellement, car cela serait une catastrophe pour nous tous lorsqu’elle se retrouvera face à la Sainte Fondation.

Curieusement, elle semble ne pas être habituée à prononcer ses sorts dans la Nouvelle Langue et se servait auparavant l’Ancienne. Constatant cela, j’ai pris la décision qu’à compter du lendemain et des jours suivants je lui apprendrais également la Nouvelle Langue. Cela serait un désastre si elle ne pouvait communiquer que dans cette langue avec Docteurs Cardinaux pendant son confinement.

20 marx 709. Le dix-septième jour.

À mon grand soulagement, la sorcière maîtrise désormais le vernaculaire de la Nouvelle Langue. Elle apprend vite et son usage libéral du sortilège de Mamorre pour aider son esprit l’aide à retenir ses leçons encore plus rapidement. Elle est maintenant capable d’écrire des poèmes simples et de la prose en utilisant l’encre et le papier que je lui ai fait invoquer avec le Signe d’Apprentissage. Elle pourrait finir par devenir un atout pour la Fondation.

20 marx 709. Le dix-neuvième jour.

Aujourd’hui, ma conversation coutumière avec la sorcière a dévié sur le sujet de l’homme Seth, qui l’a secourue de son état misérable et lui a ramené une portion des souvenirs qu’elle avait perdus. Elle m’a confessé qu’elle se souvenait de Seth et de leur association, mais qu’elle ne savait rien de ce qui avait pu les mener sur des chemins différents ou de ce qui les avait réunis en premier lieu. Elle m’a dit que Seth était entré dans une rage bouillonnante lorsqu’elle lui a dit qu’elle ne se souvenait plus du temps qu’ils avaient passé ensemble, ce qui a été pour lui une raison de lui proposer de se séparer et d’accomplir différentes tâches ayant toute pour but commun la destruction de la Fondation. Seth s’est chargé en personne de contacter ses amis parmi les animaux et de les mener jusqu’à la Cité Sainte, tandis que la Sorcière a plutôt choisi de se rendre sans délai au monastère le plus proche pour trouver un moyen d’enrichir ses pouvoirs.

À ce moment-là, la sorcière s’est effondrée en larme et a exprimé son remord pour les vies qu’elle avait prises dans sa quête de puissance. Voyant cela, je n’ai pas trouvé de colère dans mon cœur – simplement de la pitié pour la pauvre fille qui avait commis de terribles crimes pour une cause fourvoyée. J’ai réconforté l’enfant qui pleurait devant moi et l’ai rassurée en lui disant qu’elle serait pardonnée aux yeux de Bright si elle se repentait sincèrement pour ses péchés.

Ce soir, elle a semblé avoir le sommeil plus tranquille – et j’en fus heureux.

20 marx 709. Le vingt-huitième jour.

Mon élève semble avoir montré un certain intérêt pour mes prières du soir. Tandis que je récitais les Procédures que les Anciens Docteurs avaient utilisées pour confiner le Grand Dragon, elle m’a demandé ce qu’était le Grand Dragon. En réponse, je lui ai parlé de Saint Alto et de sa Sainte Quête entreprise à l’époque de la Grande Brèche. Je lui ai parlé de ses vingt objets divins et de comment celui-ci s’est servi d’eux pour briser l’échine du Grand Dragon lors de l’Assaut du Monastère Dix-Neuf. Elle m’a écouté avec attention tandis que je lui racontais l’histoire, les yeux brillants de curiosité et je n’ai pu rien faire d’autre que me demander à combien de son enfance elle avait réellement eu droit.

Je ne suis sur ce monde que depuis vingt-trois ans et jusqu’alors mes jours au monastère d’apprentissage étaient joyeux et pleins de rire. Mes frères et sœurs étaient tout à la fois bourrus et accueillants et je me suis lié d’amitié avec chacun d’entre eux tandis que je grandissais pour devenir un jeune homme. Bien que la sorcière soit mon aînée de plusieurs siècles, elle semble avoir l’esprit d’une jeune fille de six ou sept ans ma cadette. Bien que de telles pensées soient hérétiques, j’en viens à me demander ce qu’il en serait si je lui faisais la lecture de la théologie de l’Église, des origines de la Fondation et du contenu des Textes Sacrés. Ses pouvoirs lui viennent du Seigneur Bright après tout, de même que tous les Supprimés tiennent leur pouvoir de Lui.

Je réfléchirai à tout cela le lendemain.

20 marx 709. Le cinquantième jour.

Mon élève semble exercer aussi bien son corps que son esprit. Pendant les trois derniers jours, j’ai moins surveillé ses sortilèges et me suis concentré sur l’enseignement de la théologie de l’Église, la nature de sa magie divine en tant que Supprimé et sa posture de méditation. Elle semble assimiler tout cela avec beaucoup de grâce et m’a engagé dans de merveilleux débats philosophiques et théologiques sur un large éventail de sujets. Elle a mémorisé les mille premières Procédures à présent, y compris la sienne. Bien que son niveau en calligraphie et en enluminure nécessiterait sans doute quelques améliorations, je suis persuadé qu’il n’y a rien qu’elle ne puisse perfectionner par plus d’étude, de méditation et de lecture.

Elle dort paisiblement dans son lit tandis que j’écris ces lignes. Je suis sûr qu’elle rêve désormais des Saints et du Seigneur Bright, comme tout bon membre en herbe de l’Église le devrait. Elle m’a de nouveau souhaité une bonne nuit, comme hier, et cela m’a fait chaud au cœur de contempler le chemin qu’elle a fait depuis que j’ai commencé son enseignement.

J’ai déjà prévu de l’initier à la nature divine de Bright au cours des dix prochaines journées. Elle a rapidement assimilé tout ce que je lui ai appris des écritures, des Procédures, et de la théologie et elle pourra bientôt en apprendre plus encore. Elle est plus qu’un simple Supprimé désormais – c’est une disciple de l’Église et déjà prête à devenir un membre talentueux de la Fondation à la fois grâce à ses pouvoirs divins et à ses connaissances des natures divines. Bien qu’il m’ait été difficile de l’admettre, je suis fier de ses progrès et de sa complète dévotion à la Foi.

20 marx 709. Le cent cinquantième jour.

Sigurrós a célébré le dix-septième jour de son nom aujourd’hui, suite à sa volonté propre de devenir un membre de la Fondation. Bien que le temps n’ai pas bougé depuis que nous avons commencé, elle est allée aussi loin qu’il était possible dans ses études sur son sortilège divin, les études communes et les domaines supérieurs. Elle n'exploite plus son esprit pour son propre profit, mais aussi pour la gloire du Seigneur Bright et de la Sainte Fondation. Elle n'utilise plus ses pouvoirs pour tuer ou détruire, mais aussi pour créer et apprendre. Je suis fier de l'appeler mon élève et demain je l'oindrais de bière et d'eau en tant que membre à part entière de la Fondation.

20 marx 709. Le cent cinquante-et-unième jour.

Aujourd’hui, j’ai oins Sigurrós en temps qu’enfant de la Fondation, avec les clients et le patron de l’auberge pour témoins. Je l’ai regardée dans les yeux et j’ai versé l’eau et la bière cérémoniale sur sa tête et je peux dire que je n’ai jamais vu quelque chose de plus beau et de plus pieux qu’en ce moment sacré. Après cela, l’auberge toute entière s’est mise à danser et célébrer l’évènement avec de la bière non-consacrée et des mets savoureux et festoyer en l’honneur de la fille-qui-fut-rachetée. Demain, Sigurrós nous libèrera de son sortilège de nœud temporel, bannira les animaux envahisseurs de la Cité Sainte d’Arnven et la reprendra pour la gloire de l’Église et du Seigneur Bright.

Quel jour de gloire en vérité.

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