Puisse le Soleil un jour se lever sur l'Empire Britannique
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PREMIER ENREGISTREMENT :

Je m’appelle Jacob Hawkeswith. La Docteure Oliver nous a dit que consigner nos pensées pourrait nous empêcher de devenir fous, ici, dans le noir. Je ne suis pas suffisamment ennuyé ou effrayé pour m’inquiéter de ça, mais les ordres sont les ordres.

À la surface, j’étais un spécialiste du confinement. J’ai passé la plupart de mon temps soit ici, à Londres, soit au principal site de confinement britannique à Kent. Je travaille avec Kira North, l’actuelle chef de la sécurité du site. Je n’irais pas jusqu'à dire que nous sommes partenaires, mais nous faisons du bon travail ensemble.

Tous les jours, on trouve quelque chose de nouveau à étudier, comme le mois dernier quand on a réalisé qu’on pouvait faire pousser des plantes ici. J’ignore comment une plante peut faire sa photosynthèse sans la partie "photo" , mais toujours est-il que nous avons déjà une petite ferme près de la base d’Hyde Park. Elles ne poussent évidemment pas très vite, mais elles poussent. Étant donné que cet endroit est supposément identique à Londres, c’est assez logique. Même les villes les plus urbanisées ont leurs plantes et leurs parcs.

Tant qu’on essayera de garder cette base souterraine, cependant, j’aurai du travail. Bon sang, qui pourrait imaginer faire ça pour le reste de sa vie ? Les bobbies sont une sacrée menace. Constamment sur le dos des chercheurs. Rejoignez la Fondation qu’ils disaient. Affrontez des abominations humanoïdes pour le bien de l’humanité qu’ils disaient. Ils étaient vraiment honnêtes dans leurs brochures.

S’il y a bien une chose qui commence à m’inquiéter, c’est la perte de contact avec l’extérieur ce matin. Bien sûr, ce n’est pas la première fois, mais habituellement vers le milieu de la journée l’équipe en surface nous contacte pour un rapport. Rien pour le moment. Je suis certain que ce n’est rien, mais on est censé confier tout ce qui nous embête à ce truc, alors c’est ce que je fais.

En plus de tout ça, l’inquiétude s’installe dans le personnel. Il n’y a pas eu d’attaques de bobbies de toute la journée, ce qui est encore plus étrange que de perdre le contact avec la surface. Elise a dit qu’elle pensait que quelque chose s’était passé au niveau du sol, un XK peut-être. Elle s’inquiète toujours pour un rien, mais je lui ai interdit de répéter ça à qui que ce soit. Ça m’a perturbé, et les autres n’ont vraiment pas besoin de ça.

Elle a un peu boudé quand je lui ai donné cet ordre, mais elle s’en remettra.

J’ai quand même convaincu Kira d’envoyer une patrouille là-haut pour vérifier le poste électrique, et découvrir ce qu'il se passait. Ce n’est sûrement rien, mais il ne vaut mieux ne pas prendre de risques.

C’est tout. Et finalement, je me sens vraiment un petit peu mieux. Hum.


ALERTE GÉNÉRALE :

Ce message se répétera. Ceci est une alerte générale en provenance du Site-19 et du Conseil O5. L’ensemble du personnel de la Fondation doit s’abriter immédiatement. Toute exposition directe à la lumière du soleil doit être évitée à tout prix. Sous aucune circonstance une communication avec les entités SCP-001 ne doit être initiée. Nous savons qu’ils essayent de vous contacter, cela n’a aucune importance. Ils sont tous morts. Ne répondez pas. N’accédez à aucune de leurs requêtes.

Tous les membres du personnel doivent revoir les plans d’évacuation existants, le Site-19 n’étant plus sûr du fait de plusieurs défaillances de sécurité. Le projet de colonisation extra-terrestre est actuellement suspendu, et ce jusqu'à la sécurisation du site. Apprenez de nos erreurs, mais ne venez pas ici pour l’instant. Nous… merde c’est dans la ventilation. Ouvrez le feu !

Veuillez pardonner cette interruption. Le Site-19 est désormais sécurisé. Ignorez le message précédent. SCP-001 a été neutralisé. La surface est désormais sûre et tout est magnifique. Ce message se répétera.


DEUXIÈME ENREGISTREMENT :

La Docteure Olivier a repeint le mur de son bureau avec sa cervelle ce matin. On aurait pu penser que les patrons auraient changé d'avis sur toute cette histoire de solothérapie, mais apparemment, c'est toujours dans le règlement. Il s’avère que j’ai simplement eu la chance d’être à Non-Londres quand le soleil a déraillé. Il n’y a aucun doute sur ce qui se passe, juste des questions sur le pourquoi. Expose-toi à la lumière du soleil et tu commenceras à fondre. Passes-y suffisamment de temps et c’en est fini de toi. Bon sang. C’est vraiment notre nouvelle routine.

Tout le monde à la radio répète la même chose. Tout va bien. Sortez donc et prenez le soleil. La femme de James a parlé à la radio. Elle l’a supplié de venir. On a dû le retenir de force mais je pense que ça n’importe plus, de toute façon. J’ai vu la moitié de mon équipe sortir la nuit dernière et fondre sous la lumière de la lune. Ce matin, ils sont revenus et nous ont demandé de leur ouvrir. Je ne serais pas surpris si James se tirait une balle avant le jour… ahh le message de bienvenue. Quelque chose est dans les escaliers. Je dois y aller.


Chers concitoyens. Si vous entendez cet enregistrement, alors le monde tel que nous le connaissons a cessé d’être. Le soleil s’est brisé, le sol a tremblé sous le poids de pieds terribles, et toute l’horreur et la folie des plus sombres recoins du monde se sont échappées pour exercer leur vengeance sur le monde des Hommes. Ceux qui ont cru pouvoir les contenir ont tous été tués ou éparpillés, et nous avons rapidement appris que s’opposer à ces créatures entraînait invariablement la mort. Des milliards de personnes se sont transformées en ces monstrueuses abominations, et il n’y a –il n’y avait- rien à faire pour les arrêter. Le Mal a levé son étendard sanglant sur toutes les nations du monde et a couronné sa victoire impie dans le soleil brisé. Oui, c’est la fin.

Mais il y a un nouvel espoir.

Bienvenue à Non-Londres, la cité des survivants, la cité des Hommes libres. Ensemble, ami citoyen, nous attendrons et nous nous préparerons pour un nouveau départ, le nouveau monde qui viendra bientôt. Laissons le monde d’au-dessus brûler. Nous tiendrons bon. Laissons les monstres avoir leur monde. Nous nous préparerons. Et laissons la terre trembler sous un nouvel Armageddon, tandis que le mal se consume lui-même, car je vous le dis, citoyen, le jour où l’Homme sera détruit, l’appétit insatiable des monstres les montera les uns contre les autres dans leur désir éternel de mort. Nous attendrons.

Et je vous le dis, citoyen, il y aura une nouvelle aube. Et vous émergerez de Non-Londres, et vous vous tiendrez debout, aveuglé par la lumière d’un soleil pur, tandis que nos enfants joueront en riant parmi les os d’horreurs mortes depuis bien longtemps. Et nous marcherons, main dans la main, vers la mer, le visage tourné vers le ciel, tandis que le soleil se lèvera sur le nouvel âge de l’Homme. Et vous vous rassemblerez, citoyens, à mes pieds tandis que je ferai sortir Non-Londres de son sommeil, et elle renaîtra, tel un phénix, des cendres du passé. Et ce jour-là, citoyen, un nouvel ordre sera établi, lorsque nous lèverons notre étendard sur le monde entier.

Vous êtes les bienvenus à Non-Londres, la Dernière Cité.

Et la première.


COMMUNICATION RADIO INTERCEPTÉE :

James ? C’est Amelia. Je ne suis plus malade. J’étais chez le médecin quand la lumière nous a tous changé. Maintenant, il n’y a plus de maladies.

Je ne sais pas si tu peux m’entendre, mais tu devrais monter me rejoindre. Tout est si magnifique ici. Il n’y a plus de famine. Plus de guerre. Plus de souffrance. Nous sommes tous unis, en harmonie. En paix. Ta mère est ici. Ton père aussi. Nous attendons tous ton arrivée, James.

Te rappelles-tu de quand tu m’a demandé en mariage ? Devant un beau coucher de soleil, sur cette plage de Botany Bay. Le temps s’est arrêté alors que tu t’agenouillais, pour me dire que tu m’aimais. Tu m’as dit que tu ne voulais pas vivre sans moi James. Mentais-tu ? James, tu nous manques tellement.

Le docteur a dit que ce serait un petit garçon. Viens nous rejoindre James. Tout est si magnifique ici.


TROISIÈME ENREGISTREMENT :

Je pense pas qu’ils savent qu’on est là. Donc ferme-la. Parce que si on enregistre rien personne ne saura jamais ce qui s’est passé. Écoute, je m’en occupe. Monte la garde, et ne les laisse pas te voir.

On a perdu. Complètement perdu. Après l’attaque sur la passerelle d’accès, on a battu en retraite jusqu'au camp de tentes à Hyde Park. C’était une jolie petite communauté d’hommes et de femmes parmi les plus étouffants qu’il vous sera jamais donné de rencontrer. Les rations nous auraient duré un an ou deux au minimum, sachant qu’on espérait piquer quelques lampes solaires de la surface pour les carottes et les patates. C’était avant que tout ne se gâte une deuxième fois, en tous cas.

On a pu avoir environ 4 heures de sommeil avant de se réveiller en hurlant. Chacun de nous. Je me rappelle avoir rêvé de cet œil gigantesque, qui m’observait depuis l’horizon infini. Cet œil était… énervé ? Déçu ? Il était si brûlant, j’essayais de respirer, mais mes poumons brûlaient. Mes vêtements ont soudainement pris feu. Je ne suis pas mort, je n’ai même pas perdu connaissance. Ma peau cloquait et fondait et l’œil semblait satisfait. C’est là que j’ai remarqué que cette chose avait des sourcils.

Comment j’ai pu manquer ça, je n'en sais rien, mais soudain il y avait un visage. Et une main est apparue depuis l’horizon et un vol de pigeons de derrière moi qui poussaient ce cri terrible. Les oiseaux ont attaqué la main, la picorant jusqu'à ce qu’il ne reste que les os. Mais elle approchait toujours. Cette chose a ramassé cette flaque qui était toujours moi et m’a porté à sa bouche… c’est alors que je me suis réveillé.

Je pense que la ville essayait de nous avertir. Je ne sais pas comment cet endroit fonctionne mais ces espèces d’yeux-pigeons devenaient fous au dessus de nos têtes. Ils l’avaient vu arriver, mais pas nous.

Les hommes que nous avons perdu la nuit dernière connaissaient nos défenses, et maintenant la chair inonde la cage d’escalier, se répand à travers toute la ville. Je sais pas combien de personnes ont pu fuir Hyde Park, mais ce nombre est faible. La jambe de James est foutue, et Elise est à bout de souffle. La seule qui nous pousse à continuer est Kira, et elle aimerait bien abandonner les deux autres à leur sort.

Je lui ai dit que l’on devait enregistrer un autre message, et elle m’a jeté un regard étrange, comme si j’étais devenu fou. Je le suis peut-être, mais je refuse d’abandonner Elise, et si nous avions continué à courir ces choses l’aurait rattrapée. Je ne sais pas si on peut faire quoi que ce soit pour James, mais on essaye. Il ne saigne plus, c’est déjà ça.

Quand l’attaque est survenue, nos défenses ne se sont pas déclenchées, mais heureusement nous étions tous déjà réveillés. Nous avons ouvert le feu mais je ne sais pas ce qu’on espérait accomplir en tirant sur une grosse vague de chair. Elle est passée sur tout et tout le monde qui ne s'est pas écarté. Kira pense que si l'on parvient à lui mettre le feu, on lui fera des dégâts, mais bordel, où trouver de l’essence ici ? Le seul point positif était que les bobbies se battaient de notre côté ; quel bien fou ça nous a fait.

J’étais certain qu’on était foutus, mais les haut-parleurs ont grésillé et la même fichue voix que d’habitude nous a dit qu’on pourrait trouver refuge dans le parlement. C’est là qu’on va maintenant.

Debout James, il faut qu’on bouge.

J’espère que ce n’est pas la fin de notre histoire.


ANNONCE PUBLIQUE :

Cette ville devait être un phare brillant dans les ténèbres face au déclin du monde des Hommes. Vous vous en moquez. Vous détruisez tout ce qui vit et le changez en davantage de vous-mêmes. Ce sera mon unique avertissement : retournez sous le soleil corrompu d’où vous venez. Il n’y a rien pour vous ici, rien d'autre que les ténèbres. Votre lumière ne peut rien ici ! Brûlez et répondez de vos crimes, abominations ! Je vous bannis dans les flammes de l’Enfer !


QUATRIÈME ENREGISTREMENT :

Nous avons dû abandonner James. Je pense qu’il se doutait qu’il ne survivrait pas. Kira a proposé de lui éclater le crâne pour lui éviter de se faire rattraper, mais il a refusé, disant qu’il voulait revoir sa famille. Je ne sais pas trop quoi en penser, j’espère seulement qu’il est heureux maintenant.

Kira, Elise et moi avons atteint Westminster. Je n’avais jamais vu autant de bobbies réunis en un seul endroit auparavant. Ils se sont écartés du chemin, suffisamment pour nous laisser rentrer dans l’enceinte du parlement. Il y a quelques jours, j’aurais été terrifié, mais cela m’a rassuré. Quelle étrange époque.

Le parlement était désert, mise à part une armée de monstres gardant Non-Londres. La plupart d’entre eux surveillait l’entrée, et quelques-uns nous ont guidés au cœur du bâtiment. Je suis certain que s’ils n’avaient pas été là, nous n’aurions jamais trouvé notre chemin. Nous sommes arrivés dans une pièce, avec au milieu un réservoir juste assez large pour accueillir une personne, mais qui était vide. Une simple traînée de liquide sur le sol menait à une autre porte ouverte. Les bobbies ne pouvant pas parler, ils nous ont montré la porte avec leurs mains.

Quel choix avait-on ? Retourner à l’extérieur ?

Il y avait des escaliers qui descendaient. Nous avons entendu la porte se fermer derrière nous, suivi par un grand choc. Nous sommes arrivés en bas des escaliers sur une plage de sable. S’y trouvait une petite plateforme en bois et un bateau à vapeur, à peine visible dans le noir, attaché à celle-ci avec une corde. Nous pouvions voir la forme de Non-Londres se profiler au dessus de nos têtes, mais pas de moyen d’y revenir, mis à part les escaliers d’où nous venions.

Il y avait un amarrage pour un second bateau, parti depuis longtemps. La surveillance aérienne de la zone le mois dernier n’avait révélé aucune embarcation, et Kira n’avait aucune idée de leur provenance. Pas que c’était important bien sûr, quand quelqu'un te tend un gilet de sauvetage, tu le prends sans te demander d’où il le sort.

Nous savions qu’il n’y avait pas d’autre échappatoire, alors nous sommes montés à bord. Une fois suffisamment éloignés de la terre, quelque chose a explosé au centre de la ville. Les flammes brûlent d’un orange et d’un blanc éclatants. La chair grésille et hurle. Toute la ville est en train de mourir, et les monstres avec elle.

Si cette rivière est une copie de la Tamise, nous devrions atteindre les eaux vives d’ici peu. Je pense honnêtement que le bateau sait, d'une certaine manière, où il se rend. On a à peine à le gouverner. Elise a trouvé une note dans la salle des moteurs. Celle-ci disait "rassemblez vos amis, rassemblez vos affaires, et rassemblez votre lumière. Le chemin jusqu'à Non-Dublin est sombre mais a une fin, et lorsque vous arriverez, je vous paierai une pinte."

J’ai hâte d’accepter sa proposition.

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