Les Vraies Aventures dans le Capitalisme
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"Les Vraies Aventures dans le Capitalisme" est une pathologie mémétique se caractérisant par l'apparition spontanée de faux souvenirs d'une série animée télévisée du même nom. Ces souvenirs sont fragmentés, mais dépeignent une représentation cohérente de la série, y compris chez les sujets qui n'ont eu aucun contact avec les autres individus affectés. Ce phénomène permet une reconstruction précise du contenu.

D'après les rapports reçus, "Les Vraies Aventures dans le Capitalisme" contient des saisons de 13 épisodes, diffusées pour la première fois en fin 2013 et se terminant au printemps de 2018. Il est fréquent d'y voir des longueurs et des hiatus. Le style artistique et la modélisation des personnages peuvent varier significativement entre les épisodes. Le générique de chaque épisode ne recense que le casting des voix, tous les personnages sont listés comme se jouant eux-mêmes.

Les principaux partis, entités, factions, événements ou personnes référencés dans "Les Vraies Aventures dans le Capitalisme" sont supposés être fictionnels.

Épisode 101 : M'dame la Chef

Tout le monde se souvient de la première scène : Isabel affalée dans sa chaise de bureau, Emma se tenant droite, dans une position inconfortable, et une armée de corgis (tous nommés Jeremy) livrant des pots de crème glacée. Des discussions sinueuses sur la situation financière désastreuse de l'Entreprise de Jouets des Ateliers Merveilleux, la mauvaise gestion corporative du Conseil Exécutif, les concurrents, la perte de l'étincelle créative d'Isabel, et des jeux de mots bien ficelés. La révélation qu'Emma n'est pas du tout aussi rabat-joie que les premières impressions ne le laissaient entendre, et qu'elle pousse Isabel en-dehors de son épisode mélancolique à sa manière.

Tout est bien qui commence bien.

Épisode 102 : Téléscripteur de Tango

Une rubber hose animation, en noir et blanc. Un big band interprète un numéro musical, la mélodie et les mots s'échappent des esprits et laissent une impression érodée de grandiloquence. Première apparition du Conseil Exécutif avec leurs bouches de téléscripteurs, leurs voix sifflantes et leurs exécuteurs de propriété corporative, n'affichant aucune joie. Des courses-poursuites, des farces, des canulars, du burlesque et des bêtises. Le souvenir est plus faible ici.

Épisode 103 : Isabel devient Présidente

Emma est la vice-présidente, pas de retournement surprise jusque là. Jeremy est nommé secrétaire d'état. Le chaos s'installe à Washington alors que le Congrès essaie désespérément de contrer les décrets délirants et la politique interne orientée sur le fun d'Isabel. Ils échouent, et deviennent témoins du désespoir et de l'horreur. L'arsenal nucléaire de la nation est remplacé par des bonbons haricots, les chats et les chiens vivent ensemble en harmonie, les dettes sont transformées en donuts, et les partis politiques qui n'incluent pas de danse sont interdits. La troisième guerre mondiale semble inévitable suite à la déclaration publique adressée à Vladimir Poutine selon laquelle il "a besoin d'aller chier un coup et de revenir moins grognon".

La situation ne dure que quelques heures, car il s'avère que l'élection d'Isabel était le résultat d’une erreur catastrophique dans le dépouillement des voix. Elle s'ennuyait déjà de la politique et démissionne alors en toute élégance.

Les crédits défilent sur des images d'hommes indéfinissables portant des lunettes de soleil et des costumes noir parlant à des représentants du gouvernement et des membres de la presse vus plus tôt pendant l'épisode.

À aucun moment dans la série, l'âge ou la nationalité précise d'Isabel ne sont mentionnés. On ne sait pas si l'élection était légitime.

Épisode 104 : Buffalo Buffalo Buffalo Buffalo

"Je sais que c'est une phrase grammaticalement correcte !" s'exclame Isabel, agitant un de ses bras détachés. “Tu n'avais pas besoin de le préciser !"

Épisode 105 : L'Épisode de la Plage

Emma est assise sur une chaise de plage sous un parasol, lisant un livre. Dans le fond, Isabel joue avec Jeremy, construit un château de sable et saute dans les vagues. Après cinq à six minutes, Isabel arrête de bouger et crie "Emma !" en montrant une grande forme blanche-grise émergeant de l’eau et produisant des sons graves, semblables à ceux des baleines. Une vague d’écume rose s’échoue sur le sable. Emma place un marque-page dans son livre et se lève de sa chaise.

Épisode 106 : Chaos Cryogénique

Des éprouvettes bleues gelées en verre craquelé et brisé. Des dinosaures rôdent dans les couloirs, mangent les plantes vertes et terrorisent les employés. Des Bigfoots portent des costumes de poulpes et de vers plats et de fleurs. Des sectaires en robes rouges, aux visages trop grossiers et larges pour des hommes de Cro-Magnon et à la chair gravée de cicatrices et de croûtes tordues. Isabel habillée d’une tenue de safari kitsch avec un filet. Emma présente des renseignements pratiques sur les dinosaures pendant des interludes coloriés au crayon. Jeremy survit après s’être fait manger. Tandis que les évadés les plus dangereux sont recapturés, plusieurs ré-apparaissent plus tard dans la saison sous forme de gags de fond.

Les dinosaures exposés peuvent être à plumes, quand c'est pertinent.

Épisode 107 : Le Casse du Siècle

Isabel dans des pantoufles lapin et en robe de soirée couverte de planètes, illuminée par la lumière d’un réfrigérateur, fixe les coffrets pillés et un décalque peint à la bombe sur le mur : un lapin noir avec un marteau.

Épisode 108 : Jeremy, Jeremy et Jeremy

Afin de sauver Isabel d’une réunion du conseil d'administration, trois Jeremy se regroupent pour essayer de la sauver. Étant des chiens mignons dotés d'une intelligence réduite et ne possédant pas de pouces, ils passent le reste de l’épisode à se comporter de façon plus appropriée à leur condition. Des séquences d’une Isabel exaspérée, à quelques instants de l'arrivée des secours, qui n'est pas le fruit des efforts des Jeremy, sont parsemées dans l’épisode.

Épisode 109 : C'est là que nous trouvons le Requin

Deux rangées d’hommes et de femmes dans des blouses de laboratoire impeccables frappent des requins attachés par la queue. Isabel et Emma sont conduites dans la chaussée centrale par un homme mesurant pas loin de quatre mètres de haut, les phalanges sèches et ensanglantées. La plaque sur sa poche de chemise indique "M. K. Harker".

"Voyez-vous, le vrai requin était en nous depuis le début," dit-il, montrant son torse. Isabel acquiesce d'un signe de tête.

Au-dessus de leur tête est suspendu comme un trophée le cadavre mutilé d'un requin baleine-rêve.

Épisode 110 : Le Green Hart

Trois hommes sont à une table dans un coin :

Edwin, sombre et froid, dont le cœur ne contenait que le tintement de pièces.

Theodore, jeune et ardent, l'érudit-soldat de l'aventure.

Reginald, qui maintenait sa tête dans les nuages et ses mains sur son établi.

Le premier resterait à Londres, plongeant profondément dans les ombres ténébreuses des ruelles de la ville jusqu'à ce qu'il soit indissociable de ces ténèbres imprenables.

Le deuxième partirait aux quatre coins du monde, avec le majordome à ses côtés, et fouillerait les endroits secrets cachés à la vue des sciences naturelles.

Le troisième emmènerait ses jouets à l’Exposition Internationale de Chicago. Ça aurait pu mieux se passer, mais il finit par recevoir une offre d’emploi de la part de la Fabrique Anderson. Ils cherchaient un nouveau dessinateur pour concevoir leurs jouets.

Épisode 111 : L’Horrible Histoire de M. Redd

Il est pâle comme de la crème caillée, excepté ses cheveux. Ils sont rouges. Ses mains sont aussi rouges. Il préfère le rasoir aiguisé, mais utilisera tout ce qu’il a sous la main. Un tournevis. Un rapporteur. Un pendule de Newton.

Les caméras de sécurité voient tout : il bouge, mais pas l'objectif. Il saute d’écran en écran et la caméra ne bouge jamais pour se focaliser sur tout le rouge, ou les Messieurs et Mesdames couchés, immobiles, dans les couloirs. Il ne peut pas s'en prendre à son père, son père est mort depuis longtemps.

Il n’arrête jamais de parler, racontant une cavalcade de toutes les fautes qu'a commises son cher père défunt contre lui. Son compagnon acquiesce sereinement, mais ne l'interrompt pas. M. Redd n’apprécie pas qu'on l'interrompe.

Il tue les Messieurs, il tue les Mesdames, il tue les ouvriers et les gardes et arrache les circuits des drones et il n’arrête pas de parler.

Il défonce la porte de la salle de réunion avec une botte tâchée de sang et de merde. Il tue les compteurs de haricots gris poussiéreux, et écrase leurs têtes grises et molles pour faire une pâte rouge sur le carrelage blanc.

Le compagnon de M. Redd sourit. Il a trop de dents pour sa bouche. Elles tombent et cliquettent sur le sol, entassées dans une mâchoire tordue par la pression.

Dans l’embrasure de la porte, Isabel. Elle porte un pull rayé. Elle essaie de dire quelque chose, mais ça lui reste dans la gorge. Elle pleure.

Redd se jette en avant. Emma est entre les deux. Trop rapide. Elle ne devrait pas être si rapide. Déviation, redirection, paume de la main sur le torse. Redd est rejeté en arrière mais ne tombe pas.

Emma ne dit rien, elle n’en a pas besoin. Isabel court, s’emmêlant les pieds.

Le combat se déroule dans la beauté et la terreur musclée. Il y a eu du budget pour faire ça. Redd est partout, se balançant comme un fou. Emma est enracinée, défensive, solide. Redd divague. Pas Emma.

"Qui es-tu ?" demande-t-il, du sang coulant le long de son menton, la lame enfoncée dans son épaule.

"Personne d’important."

Elle brise son bras, éclate sa mâchoire. Redd tombe, Emma court. Le sol tremble, et M. Affamé, car c’est son nom, pose une main sur l’épaule de Redd.

"Merci, mon garçon. On n'a plus besoin de vos services."

Redd lève les yeux, et voit que M. Affamé est fait de dents.

Épisode 112 : Le Big Crunch

Texte écrit blanc sur noir : "Dans les ténèbres extérieures, il y a des pleurs et des grincements de dents."

Unique son : le broyage de molaires, le déchirement de la viande, le glissement d’une langue sur des gencives nappées de sang. Déglutition.

Léger murmure : "C’est très affamé."

Pas de générique.

Épisode 113 : La Fabrique

Et de l’Atelier croulant, ce cocon de joie enfantine, se lève le triste et terrible visage d’une sombre et horrible Fabrique.

Épisode 201 : Aventure en Voiture

Une décapotable violette éclatante, toute en ailerons et en chrome, fonce sur l’auto-Voie abandonnée sous la lumière brûlante de soleils aliens. Emma conduit. Elle a les cheveux attachés en arrière sous un bandana rouge, un t-shirt de groupe avec les manches coupées, un jean. Elle n’a jamais, jamais porté un jean avant, pas dans cette série. Les choses ont changé. Ils sont en cavale maintenant.

Isabel est assise dans le siège passager, Jeremy blotti sur ses genoux, son regard vide dirigé vers ses baskets sales. Elle a l’air d’avoir été frappée dans le ventre, qu'on a volé la vie de sa respiration. Elle ne dit rien.

Emma zappe les stations radios. Un rap d’éruptions solaires. Le nouveau single de bronzecore de Deus Éclaté. Le Chœur de Tabernacle Sarkique. Le hip-hop doux de Vieux Crabe. Les chansons de la solitude de buveur-de-chèvre. Des chants gutturaux Yeren. Finalement, elle se contente de l'éteindre.

"Ça ne va pas arrêter de faire mal," dit Emma. "Le deuil est un gros tas de merde."

Le désert sec, orange et rose, défile.

"Je suis désolée, Isabel."

Épisode 202 : Arrêt à la Zone Frontalière

Les choses-porc à la fenêtre sont détaillées, rotoscopées, hideuses par rapport au pastel amical du reste des clients du restaurant. Elles reniflent et crient et hurlent dans la nuit, griffant les vitres, rongeant les portes. Emma mène la construction de barricades. Isabel se cache sous le comptoir. Elle a à peine parlé dans cet épisode et le dernier. Les barricades tiennent pour le moment, mais elles céderont avant l’aube. Emma a l’air épuisée, pour la première fois dont il est possible de se souvenir.

Quelque chose se passe dans la tête d’Isabel, secret pour tous les spectateurs. Mais elle agit sans incitation, et concocte un plan bien plus réfléchi que la plupart de ses précédents. Des plans de batailles sont dessinés sur le comptoir avec du ketchup et de la moutarde. Des salières répètent leurs pas en préparation. Une contre-attaque est planifiée, frappant les choses-porc là où la confusion pourrait les pousser à battre en retraite avec le soleil à venir.

Elle n’a jamais été comme ça avant. Il n’y a pas de retour en arrière après ça.

Épisode 203 : Blues de la Planète Rouge

Il y a des funérailles sur Mars. Personne n’était convié, mais deux invitées viennent tout de même. Emma porte un parasol, bien que le soleil bleu-blanc soit faible ce matin martien. Isabel nettoie le sable des panneaux solaires et réveille Opportunity une dernière fois, pour faire ses adieux à la fille.

Épisode 204 : Prophète Maximisé

Un type avec un turban rouge et un peignoir noir tient un stand de jouets de contrebande. Son nom est C.S, et il gratte sa barbe clairsemée alors qu’Isabel inspecte sa marchandise. Il n’avoue aucun tort. Ses mots saupoudrent l’oreille de poudre de perlimpinpin. Vous le détestez et adorez le détester. Bâtard mielleux à la langue de bois et aux yeux rasoirs.

La paire n’arrête pas de le rencontrer, partout dans ce marché au carrefour cosmique. Chaque fois il vend quelque chose de nouveau. Il lance les arnaques comme des balles de jonglage.

Une comète tombe sur terre, et de son cœur sort le CERF. Ce ne sera pas la fin de ce monde, mais personne ne sait ça pour l'instant. Le marché se rue pour échapper à son chemin. Les tentatives d’Isabel pour le ralentir ou le rediriger sont vaines - Emma est obligée de la mettre en sécurité.

CS est vaporisé quand il défie le dieu. Pas par courage ou abnégation, non : pure auto-glorification. Sans un son, dans un éclair, il a disparu.

Flottant dans le brouillard métallique, un instant avant que le vent ne le disperse :

VOUS NE VOUS DÉBARRASSEREZ PAS DE MOI SI FACILEMENT.

Épisode 205 : Temps Difficiles dans la Maison du Sud

L’Impératrice est morte ! Utmai C-jen VI est morte, assassinée dans son propre sanctuaire, assassinée dans son propre Palais d’Été, assassinée avec ses filles et ses fils et ses consorts ! Assassinée et renversée par les nordiques ! Trahison ! Trahison ! Ils viennent sous la bannière de l’étoile à cinq branches, la couronne de leur Empereur Rouge, ces hommes en noirs de la terre de Göc !

Ils oublient tous la petite bâtarde, engendrée par un roturier dans un village lointain. La princesse benête. Alors que les bombes explosent, et que le gaz remplit les rues de cadavres, alors que les escouades d’exécution abattent chaque quartier l'un après l'autre, la brute gambadante en fourrures noires Zhos-Qui-Fait-Des-Merveilles file avec la fille. Par des chemins cachés et des Voies secrètes, le ferblantier emmène la dernière Impératrice hors de son royaume embrasé.

Dans sa poche de veste, il a une carte de Bibliothèque.

Épisode 206 : Désastre sur la Voie

La poussière de l’arrivée du CERF se lève encore à l’horizon est.

Une voiture retournée, écrasée comme du papier.

La cadavre d’un Léviathan effondré en travers de l’auto-Voie, son ventre tuméfié et ouvert en deux.

La puanteur de la pourriture suinte et étouffe.

De la gelée brune coagule dans l’herbe, nouée avec des fibres noircies tumorales.

Emma se noie sous une marée de Pourrissants.

Isabel tient Jeremy contre elle, jetée dans un vide entre les mondes.

Épisode 207 : Parmi les Dieux Détritus

Voyez le tout début, le souvenir d’un souvenir. Tout était noir, puis séparé par la lumière. Les Trois Frères et ensuite l’Arbre. Tout le cosmos dans un ordre cosmique, toutes les frontières établies, tous les dieux au-dessus et en-dessous nés de lumière et d’ombre, et dernière et plus seule de tous, Emma Aiselthorpe-Brown. Personne d’important.

Elle se réveille à moitié enterrée dans une décharge, sous un dôme de bronze. Elle patauge dans le plastique et le verre et les détritus interplanaires jusqu’à un hublot : elle est dans une bathysphère, descendant dans l’Abysse.

Prenez un univers, et ouvrez-le en deux. Faites-le saigner. Sortez ses tripes. Déchirez le corps en morceaux. Mélangez-le avec un autre, et un autre, et ainsi de suite avec des milliers et des dizaines de milliers jusqu’à ce que ce soit un océan sur le visage du cosmos, et ceci est l’Abysse. Les lumières de la bathysphère illuminent à peine les profondeurs cramoisies. Des silhouettes d’ombres, aux dents aiguisées, nagent dans les viscères éthérés.

Emma se retourne pour voir ses geôliers : trois hommes avec des têtes de pies et grotesquement musclés. Tous des dieux détritus, collectionneurs et vendeurs de mondes pas encore digérés par l’Abysse.

Ils reconnaissent une bonne prise quand ils en voient une. Ils savent assez que vous pouvez trouver un acheteur pour des riens et des personne en bas dans la Cour, et donc ils y vont. Plus bas, plus bas, à la Cour du Roi Écarlate.

Épisode 208 : Isabel Seule

Isabel est perdue. Juste quand il semblait y avoir une nouvelle stabilité, son travail était arraché sous ses pieds. Elle est sans but. Elle ne sait pas où est Emma. Elle a peur. Elle passe à travers des Voies et des mondes de plus en plus hostiles et étranges. Le gens ici ont un air froid et affamé. Jeremy est une maigre consolation pour elle ici.

Elle est découverte. Les gens parlent ici-bas dans les Voies-dédales ; elle a été reconnue. La fille de Reggie. Vaut très cher pour certains partis. Elle est poursuivie. Elle court. Elle court et court et court et les mondes se fondent ensemble et les Voies se chevauchent. Le maelström balaie ses poursuivants, la balaie.

Elle est dans les montagnes, l’hiver est là, et elle n’a plus rien.

Elle se roule dans la neige et pleure.

Épisode 209 : Péchés des Mains de Mon Père

Il était une fois un fabriquant de jouet nommé Reginald Westinghouse qui vint en Amérique pour chercher sa chance. Il accepta un travail à la Fabrique Anderson, où ils l’enchaînèrent à son bureau. Il dessina des jouets dans cet étouffant cercueil d’acier jusqu’à ce que ses doigts saignent et que ses ongles craquent et que le canal carpien paralyse son poignet.

Il lima sa chaîne et arracha sa liberté, il s’enfuit très loin, changea son nom et son visage, recommença. La Fabrique Anderson s’enfonça dans l’ombre, et il construisit des jouets comme il en rêvait. Tout n’était pas bien, mais c’était assez bien. Il commença à penser à un héritier.

Son fils fut créé mauvais. Malgré tout le soin mis dans sa fabrication, il fut créé tout mauvais. Il était tout de bords tranchants et de pensées tordues et cruelles. Reginald essaya de lui apprendre, mais Redd refusa d’apprendre. Il arracha les barreaux de sa fenêtre et s’enfuit dans la nuit.

Maintenant, le bon docteur était vieux. Ses finances s’écroulaient. Sa mémoire et sa vie le fuyaient. L’étincelle de la création s’estompait. Il construisit une machine pour rester en vie, pour étirer sa vie autant d’années que possible. Il engagea une domestique, pour s’occuper de lui là où la machine ne pouvait pas. Il donna son entreprise à un conseil d’Exécuteurs, pour s’en occuper alors qu’il se retira dans son atelier secret, et recommença à préparer un héritier.

Sa fille aussi, fut créée mauvaise. Pas comme son fils : elle avait l’étincelle, elle était de joie et merveille à l’intérieur, mais il y avait un voile d’ignorance jeté sur elle. Trop une innocente, bloquée dans sa propre imagination. Il ne pouvait pas supporter d’être près d’elle, tant la confirmation de son échec était douloureuse.

Il s’effaça ici, dans la poussière de sa cachette, alors que sa fille grandit heureuse et ignorante, et que le conseil exécutif se fossilisait à sa place.

La domestique resta avec lui jusqu’à son décès, et fut ensuite en route.

Épisode 210: Fabricante-De-Merveilles

Il y a un vieil homme et un loup ici, enfoncé jusqu’au jarret dans la neige. Son visage est buriné et bon, ses fourrures battantes dans le vent violent de la montagne. Il connaît un secret, et est venu mener la fille.

Il y a une caverne en haut dans la montagne.

Il réveille Isabel. Il la mène là-haut, le long du flanc de montagne. Il ne peut pas aller plus loin, mais le chemin la mènera à la maison, dit-il. Il ne dit pas au revoir, disparaît dans un tourbillon de neige quand Isabel détourna la tête.

Dans la caverne, il y a des ténèbres.

Dans les ténèbres, il n’y a rien.

Ce n’est pas l’absence de lumière ; c’est le noir de l’absence de tout.

Des voix se lèvent des ténèbres. Un chœur, un chant, une vieille chanson se soulevant de rien…

Et Isabel chuchote…

"J’ai levé ma main…

… Et il y eut le feu."

La flamme danse, et dans sa lumière, il y a Isabel et les multitudes de souvenirs. Chaque Fabricant-de-Merveilles et Porteur de Feu depuis le commencement, intacts et inoubliés. Elle est parmi eux, et ils sont elle. Elle connaît le secret maintenant. Derrière toutes les choses qui existent, il y a l’existence.

Elle va sauver son amie.

Épisode 211 : Dans la Cour du Roi Écarlate

Imaginez maintenant, l’endroit le plus profond de l’Abysse, l’arbre Qlippothic pourrissant, la Fosse de l’Enfer de Benthos…

Un soleil de fer noir, parsemé d’yeux de feu maladif. De la fumée septique et de la gelée brillante se déversent de ses bouches. L’eau est épaissie de pétrole et de chair fondue. Des éclats d’os et les cadavres de vieux dieux s’élèvent au-dessus de la couche de glace, façonnés en crucifix pour les divinités qui furent épargnées. Des icebergs, remplis de milliers d’âmes ensanglantées, fondent lentement. Sous sa surface obsidienne, il y a des visages, des cadavres écrasés ensemble assez serrés pour que chaque os soit brisé. Des yeux gélifiés roulent dans des orbites effondrées ; des mâchoires écrasées crient d’agonie sans son.

L’air, froid et vide, est rempli de gémissements de douleur constants.

Emma est tirée hors de la bathysphère endommagée dans des chaînes de basalte. Dents manquantes, yeux noircis, nez brisé, lèvre éclatée. Les dieux détritus font une affaire hâtive ici, l’échangeant pour une poignée d’âmes à un duc à tête de scarabée.

Les ténèbres l’engloutissent alors que des servants aveugles-idiots l’emmènent.

Une cellule, une fosse taillée dans de la chair gelée. La porte disparaît alors qu’elle est jetée à l’intérieur. Des particules de résidus d’âmes diffusent une lumière lépreuse dans l’endroit. Le duc sera avec elle d’ici peu ; toute cette affaire avec Moloch doit être résolue.

Une seconde devient cinq, puis dix. Elle ne s’est pas encore débattue.

Et là ! Avec un mouvement du poignet, elle brise ses chaînes. Les déchire comme tant de vieux fils. Se lève. S’étire. Essuie le sang de son nez et crache une dent.

Personne ne voudrait être ici.

Personne ne pourrait faire ce qu’elle va faire non plus.

Elle pose la paume gauche contre le mur, estime sa solidité. Ferme le poing droit un doigt à la fois, recule…

Et…

THOUM

Le palais du duc-scarabée éclate. Emma émerge du cratère en un éclair de sakuga, les yeux fixés sur le trône, le Trône, le TRÔNE du Roi orné d’écarlate. Elle sprinte sur l’eau, devient un flou. Plus vite, plus vite, plus vite, les bras se balancent, une lame sur l’eau bouillie.

Les dessinateurs de monstres s’éclatent. Les personnages gardent à peine une forme cohérente. Des os se vaporisent. Des têtes sont déchirées, des membres sont arrachés de leur corps. Les impacts brisent des montagnes et déchaînent des raz de marée. Des éclaboussures de sang soufré peignent l’écran en monochrome. Des ducs et des démons et des Léviathans se lancent sur elle et son nom est hyper-violence.

Ses coups de poing produisent des ondes de choc, ses sauts donnent l’impression de traverser des continents.

Dieu soit mon témoin, cet homme a été brisé en deux.

Bordel de merde, elle se décale vers le rouge.

Seigneur Jésus est-ce que c’est un COUP À FUSION NUCLÉAIRE ?

Le Roi est assis sur un trône noir avec sept lances rouges, qui percent les femmes qui sont couchées, ensanglantées, à ses pieds, leurs ventres crachant des grands Léviathans qui grouillent à la base de la montagne effroyable. Un poing se resserre autour de sa lance.

Emma déchire un Léviathan en deux des mâchoires à la queue et se jette en avant ; pas vers le trône, juste décentrée. Vers la plus petite femme clouée aux bernacles et aux os. Elle se pose sur son flanc gris lisse, plonge ses doigts dans la lance, et avec le seul cri d’effort de toute cette séquence, la retire. Le sceau est brisé. La septième femme est libérée. La lance tombe sur la pierre avec le son d’un tonnerre tectonique.

Le Roi se lève de son siège.

"Part !" crie Emma, tombant au sol. La septième femme est capable de se lever ; elle agrippe le trou dans son ventre d’une main, et prend la lance qui l’a percée dans l’autre. Elle forme un signe de création de Voie avec une main ensanglantée, et disparaît dans un tourbillon d’eau noire et de chansons de baleines.

Emma s’élance vers le roi avec un cri approprié pour creuser dans son torse et arracher son cœur…

…et elle est balayée du dos de sa main. Elle ricoche sur l’eau comme une poupée jetée sur du béton, nuages et mer fendus comme par une épée.

Elle se débat pour se sortir de la glace brisée, alors que le Roi descend de son trône, et patauge vers elle, lance en main.

Fondu au noir.

Très loin, la septième femme libère la fille de sa chambre, file avec elle dans une terre de l’autre côté des collines si tranquilles. Il y a une paix ici, pendant un instant.

Le sceau est brisé, le nuage de feu s’élève au-dessus du Point Montauk.

Le centre ne peut pas tenir.

Épisode 212 : Aube du Dernier Jour

Un homme dans une blouse de laboratoire en lambeaux se tient sur une haute falaise en face de la mer. Dans ses mains, il tient un livre relié de cuir : noirci, usé, humain. Il lève haut son bras couvert de sceaux, du sang goutte sur son visage et son torse. Il crie à la tempête avec des sons passionnés et informes, et lance le livre dans la mer.

Écoutez…

Pouvez-vous entendre les impacts de la marche des dents-brisées, qui se déversent à travers le passé ? Les Daevites arrivent. Ils mangent l’histoire.

Les murs d’Uruk s’effondrent.

Harappa est dévorée par des démons.

Ramsès est étendu vivisecté en haut de la Grande Pyramide.

Cyrus est paradé dans les rues sur un pic de fer.

Athènes rencontre un véhicule tueur relativiste.

Qin Shi Huang est écorché et mis en morceaux, et il hurle encore.

Jérusalem est avalée par une fosse de cendres.

Rome s’étouffe dans le gaz chloré.

Byzance se noie dans le sang.

Charlemagne est crucifié dans la Chapelle Palatine.

Les hommes de Guillaume le pendent au mat avec sa propre colonne vertébrale.

Le Grand Khan étrangle ses fils dans leurs tentes, et s’enfuit seul dans les steppes.

Bagdad est enterrée dans les cendres de ses habitants.

Oh Seigneur, Jeanne, qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?

Moctezuma est nourri d’or fondu devant tout son peuple.

Les Moghols ne peuvent pas arrêter la marée de chair de la mer.

Le viol du Nouveau Monde arrive plus tôt que prévu.

Le Règne de la Terreur intronise un Roi Pendu.

Londres baise sa reine mère à mort.

Dans les Champs des Flandres, la tumeur se métastase.

Les Sarkites donnent le Czar à manger à son peuple.

Les Allemands sortent dans les champs et les forêts pour se coucher.

Staline s’affame dans ses propres goulags.

Les Américains construisent d’eux-mêmes une grande et haineuse machine, et jettent leurs enfants devant Moloch né de nouveau à jamais.

Le Voile se déchire.

Ils sont ici. Ils sont ici maintenant. Ils sont à nos portes.

***

La bataille fait rage, à travers le monde entier. La caméra ne se détourne pas. Voyez comment le monde meurt. N’oubliez pas ces images.

La bataille fait rage.

Des champignons brûlants, orange-or, émergent comme après une douce pluie.

Des champs de chair s’arrachent du sol gelé et rampent sur les côtes, haineux, haineux.

Les nations de la terre tiennent les portes pendant un instant, elles s’effondrent sous la horde.

La Sorcière d’Hope Lake se tient sous un Sceau de Salomon brûlant, vent et eau déchirant son imperméable.

Des profondeurs de la grande bibliothèque Yggdrasil se faufile Nahash aux plumes de paon, le serpent vaste comme des montagnes. Il prend son élan, le feu aux crochets ; loin au-dessus, Hakhama-MEKHANE, la déesse qui n’est plus brisée, est assise dans le ciel avec ses flottes d’anges-dreadnaut. Frère et sœur, gardiens de l’homme, réunis enfin pour voir le décès de leurs pupilles.

Les Étoiles fulminent de haine.

Le Roi Écarlate se lève de la Fosse de Megiddo avec tous ses Léviathans et seigneurs démons.

Les dieux et tous leurs osts descendent des cieux et s’élèvent de l’abysse, pour guerroyer les uns contre les autres.

Le bon vaisseau Solidarité éperonne le Roi Écarlate à la vitesse lumière.

Les portes des Halls Silencieux s’ouvrent en grand ; trois frères en noir montent trois chevaux blancs, et mènent derrière eux une colonne de morts sans fin.

La Création s’effondre sous la tension.

Les Voies sont déchirées.

La Bibliothèque brûle.

Deux fils d’Adam se rencontrent pour la dernière fois, et meurent de la main de l’autre.

Nahash est déchiré en deux.

Hakhama se brise une deuxième fois.

La flamme de tous les êtres pensants s’estompe, crachote et s’éteint. Les Étoiles sont dévorées vivantes. Les morts sont réduits en poussière. Les cieux sont sombres, étouffés par la fumée et les cendres. L’abysse est gorgée de sang. Toutes les lumières ont été éteintes, à travers un milliard de milliard de mondes.

Sauf un.

Trente-six saints se rassemblent sur un flanc de montagne, et ensemble accomplissent leur ancien destin. Le décès du monde de cette cruelle et horrible manière ne pouvait pas être empêché - ils avaient été accaparés par les forces du monde trop longtemps pour empêcher les horreurs du Roi.

Mais ils pourraient briser le sceau sur lui. Ils firent le dernier signe et passèrent dans le brouillard.

Sur le firmament cendreux de Yesod, le Roi élève un nouveau trône.

Episode 213 : La Fin du Monde Se Passe Comme Ça…

Ouverture sur le brouillard noir et sans étoiles. Il y a un homme ici dans l’immobilité, portant les robes des Trente-Six. Il prie : ses lèvres bougent, il n’y a aucun son. Il pleure. À ses pieds se tiennent deux corps mutilés. Il construit un cairn pour chacun. Il reste peu de choses à enterrer.

“Ah mes frères, vous avez laissé le jeune Set seul à nouveau,” dit-il, essuyant son visage ridé.

Autour de lui, le brouillard noir se déplace, et il y a une douce chanson de baleines.

A’habbat s’avance, la lance dans sa main. La fille Grace est à son côté, habillée comme sa patronne. L’Impératrice bâtarde, voilée d’or et de rouge, attache un bibelot de Zhos à son torse. Harker le Poing mâchonne son cigare, jette les restes d’un grand requin-lutin sur le sol. C.S. est le dernier, chevauchant le CERF et portant un corps différent.

“Putain de petite réunion de fous que nous avons là,” grogna-t-il.

“Des fous nous sommes, mais nous sommes les fous du Fou,” dit A’habbat. Elle frappe sa lance sur le sol et elle se sépare en sept morceaux. “Cela devra suffire, Faon.”

C.S. renifle alors qu’il prend son fragment de la lance. Set va vers chacun des six tour à tour, pose sa main sur les armes ; la pointe brille d’un blanc de phosphore. La septième se tient incrustée dans le sol et reste inchangée.

La petite Impératrice demande alors qu’elle enroule la corde de son jouet autour de son arme, et chante une comptine d’un Antarctique depuis longtemps disparu.

Harker resserre ses sandales.

Le CERF gratte de la patte le gravier.

Dans les profondeurs du brouillard, un halo se forme comme un feu de camp vu légèrement dans le gris de la pré-aube. Il augmente en luminosité et en étendue jusqu’à ce que le rideau s’écarte…

***

Tout au fond de l’Abysse, les hurlements des âmes tourmentées ont cessé. Le soleil noir boursouflé se tient brisé et à moitié submergé dans la bouillie. Le Trône est vide. Tous les ducs et les démons de l’enfer sont partis avec leur maître. Pas même des échos ne restent.

Un corps brisé est couché en boule dans un champ de gelée cendreuse.

Emma.

La scène persiste. Il n’y a pas de musique.

Des pieds crissent dans la neige. Une paire de baskets rouge vif apparaissent à l’écran. Les yeux d’Emma s’ouvrent, à peine.

“Tout doux, tout doux…” vient d’une voix hors-champ, et des bras soigneux la soulèvent.

***

..et Isabel est là, une Emma titubante s’appuyant sur son épaule. Elle salue l’audience avec un sourire.

“Salut les gars. Désolée d’être en retard.”

Elle pose doucement son assistante sur le sol et la cale contre un rocher. L’apparence d’Emma est terrifiante ; personne ne pourrait ressembler à ça et encore être en vie.

“Merci, pour tout,” dit Isabel alors qu’elle pose une main sur l’épaule d’Emma. Emma fait un faible son de reconnaissance, mais rien de plus. Isabel se lève et se tourne vers le reste du groupe.

“Bon, très bien !”

Elle claque des doigts et est embrasée d’un feu qui n’avait pas été vu depuis le commencement. Un manteau de cascades d’étoiles tombe sur ses épaules. Elle prend la septième lance d’A’habbat et la couronne dans la plus vieille chanson. Des galaxies naissent et s’effacent vieilles et heureuses dans ses pas. Une boule de feu en forme de Jeremy saute de son épaule, court autour de ses pieds, et retourne dans les flammes.

“Vous êtes tous prêts ?”

“Nous le sommes,” répond A’habbat.

“Parfait. Allons dire bonjour à ton père.”

Isabel agite sa main et le brouillard fuit, comme s’il était aspiré par un vide. Ils se tiennent devant le Trône.

Le Roi les attend. Il n’y a personne d’autre restant. Il a dévoré ses servants.

Il bondit en un éclair. Sa lance plonge à travers le ventre d’A’habbat. Il rit. Rit ? Quel que soit le son produit, ce n’est que la joie apparente de son créateur qui le nomme ainsi.

La septième femme crache du sang et de l’eau noire au visage de son père. Elle s’arrache de la lance, du sang et des panaches de fumée se déversant de sa blessure, et le poignarde dans le ventre. Harker saute par dessus de son épaule pour la soutenir.

La mémoire n’arrive pas à reconstituer l’exacte séquence des événements à suivre. Il y a trop de parties, trop d’images dans chaque mouvement.

Le firmament fracassé est jeté dans le vent aiguisé. Le CERF dégage un passage à travers le ciel, son regard métallique balayant les cieux brisés. L’Impératrice et Grace se battent avec synchronicité. Harker agrippe sa lance dans ses dents pour libérer ses phalanges ensanglantées. C.S. hurle et panique, se balançant d'avant en arrière. Set et A’habbat contrent magistralement sa lame ; d’avant en arrière, d’avant en arrière, pieds dansants, lames chantantes. Isabel voltige comme une luciole à la vitesse lumière, une traînée de matière d’étoile derrière elle. Elle est une ligne aiguisée, un bord tranchant. La musique s’amplifie au-dessus du cadavre du cosmos, appelant des émotions que le monde éveillé avait étouffé en son cœur.

À une certaine distance de la bataille, les Trois Frères observent. Un vieil homme exilé joue aux cartes avec le plus jeune et enfin, enfin perd.

Voyez maintenant alors que les vrais coups sont portés. Accrochez-vous à cet espoir, ne soyez pas troublés par ce qui est à venir.

Harker frappe en premier, perçant l’œil droit du Roi. Il est abattu dans l’air et écrasé sous son pied. C.S. perce l’œil gauche et est mordu en deux avec le CERF. Set perce le foie, et est empalé. L’Impératrice le poignarde à travers l’estomac, et est réduite en bouillie. Grace rend son bras droit inutile et est assommée et jetée à travers les eaux noires.

A’habbat l’enfonce à travers son cœur noirci, juste en même temps que le roi l’enfonce à travers le sien. Il pose un pied sur son torse et arrache son arme de son cadavre sans vie. La déesse n’a pas encore touché le sol qu’Isabel est déjà sur lui. Des lames s’entrechoquent et chantent et brillent et le monde s’efface autour d’eux jusqu’à ce qu’il n’y ait que de grandes ténèbres. Ils se tiennent sur les eaux noires parmi les retombées de cendres de l’Arbre consumé.

Il n’y a maintenant qu'eux deux. Un bon combat est toujours juste deux. Le combat a toujours été deux.

Le combat est tout ce qui existe pendant un temps.

Il y a un dernier choc de lames, et les combattants sont renvoyés, tournoient loin l’un de l’autre. Il y a une pause, le jaugeage avant le rengagement, des loups qui se tournent autour. Le Roi est blessé ; aveuglé, empalé sur six lances, saignant des océans dans les profondeurs. Isabel reste enflammée. Emma se tient à son côté. Elle sourit.

À aucun autre moment dans toute la durée de cette série Emma Aislethorpe-Brown n’a souri.

“Ça a été drôle, m’dame,” dit-elle, tapotant l’épaule d’Isabel.

“Ça n’aurait pas été à moitié aussi bien sans toi.”

Le Roi rugit, charge avec sa lame levée haute.

La main d’Emma s’élance. Isabel saute dessus, à l’équilibre sur la pointe des pieds. Emma recule. Les muscles se rassemblent, se tendent, s’étirent sous la pression…

Observez et voyez…

Le Spécial Fastball d’Emma Aislethorpe-Brown.

Isabel est un faisceau de feu, coupant le cosmos en deux, un cône de vapeur d’espace-temps en lambeaux frémissant derrière elle.

Le corps brisé d’Emma se transforme en cendre, à partir des doigts et se propageant au reste. Elle sourit encore.

Le visage du roi est gelé dans un instant déformé de compréhension.

Isabel libère la dernière note du chant de guerre de la Création contre le néant…

Et perce un trou droit à travers du crâne du Roi Écarlate.

Le Roi trébuche. Isabel se pose dans les ténèbres. Il se tourne, et en se tournant pour lui faire face à nouveau il tombe sur un genou. Du sang brûlant d’or solaire goutte de sa blessure. Il lève sa main gauche, et son arme brisée, et essaie de se tirer vers l’avant.

Il s’arrête. Son bras tombe. Les Trois Frères apparaissent derrière lui, et éclipsent le roi qui se croyait si grand. La faux du Benjamin brille sans lumière.

“Assez, enfin.”

Il tranche la gorge du Roi. Aucune blessure n’est laissée. Le cadavre de Khahrahk le Ver coule dans les profondeurs en-dessous. Le Cadet crache dessus pour la bonne mesure, et se prépare à le faire à nouveau quand l’Aîné lève sa main.

Benjamin et Cadet semblent pendant un instant surpris, mais acceptent le signe qui a été fait. Leur devoir complété, ils disparaissent dans leur propre mort et s’unissent à la forme noire de l’Aîné.

Il n’y a plus rien maintenant. Seulement la Mort de Tout, et la Fabricante de Merveilles.

Elle tend sa main.

“Voulez-vous danser ?”

Toute-Mort la prend doucement.

“Comme nous l’avons fait au commencement.”

Ils dansent ici à la fin, fils aîné de la plus grande obscurité et la lumière qui était son opposée. Ils valsent et tournoient l’un autour de l’autre, des corps en orbites qui s’attirent. Leurs formes s’effleurent, s’entrelacent, deviennent une. Il n’y a pas de commencement ou de fin à la lumière et aux ténèbres maintenant, seulement les douces notes du parachèvement.

Fondu au noir.

Après un moment, Isabel parle :

"La fin du monde se passe comme ça : Tout le monde vécut heureux jusqu’à la fin des temps."

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