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Site Provisoire-136/"Branche de Boromine" de l'APSAS
Boromine, Nevada - Site-136, Section Douze
25/07/2022, 10h24


"Brèche de confinement dans les Sections Douze et Dix. Tout le personnel doit évacuer le secteur ouest. Je répète, brèche de confinement dans les Sections Douze et Dix. Tout le personnel doit évacuer le secteur ouest. Terminé." crépita l'intercom.

Le Chercheur Petahn désactiva la porte coupe-feu G4 qui menait à la Section Douze. De l'autre côté de la porte se trouvait le capitaine de la FIM δ-17, qui attendait le chercheur. Le Secteur Douze ne pouvait être décrit que comme un enfer sur terre ; les flammes léchaient et serpentaient sur les murs, dessinant des ombres dansantes comme un kaléidoscope embrasé.

"Quelle est la situation, Capitaine Quayle ?" demanda Petahn en s'approchant de l'agent de FIM en tenue.

"Le feu est partout. Ça aide à confiner les instances, mais ça veut aussi dire que notre équipe ne peut pas les confiner par eux-mêmes." répondit Quayle.

"Et l'équipe de sécurité ?"

"Certains d'entre eux nous aident, mais la plupart s'occupent des évacuations." Petahn s'immobilisa et se tourna vers Quayle.

"Écoutez, Quayle. Ceci pourrait possiblement dégénérer en un Évènement de Classe ARBH. Sommes-nous en mesure de reconfiner les instances ?"

"Vu comment les choses se présentent, oui, Petahn."

"Dieu merci. Je vais arrêter manuellement le PLAN-X."

"Je vous tiendrai au courant de la situation. Tenez. Prenez ça." Quayle prit un instant avant de décrocher une radio à ondes courtes de sa ceinture, puis s'agenouilla et sortit un S&W Model 36 du holster situé à sa cheville. Petahn récupéra les deux objets et les fourra dans sa ceinture.

"Merci. Bonne chance et bon courage." Quayle disparut dans la lueur rougeoyante tandis que Petahn se rendait à la salle de contrôle locale de la Section Douze. Lorsqu'il y parvint, elle était déserte. Les classeurs avaient été laissés dans un désordre total. Les papiers étaient éparpillés comme de la poussière. La plupart des appareils électroniques étaient grillés. Apparemment, la personne qui se trouvait ici auparavant était pressée de partir. Il ne lui en tint pas rigueur - des sauterelles carnivores ne rassuraient personne. Petahn se dirigea vers un petit tableau avec un levier et un clavier ; il entra un nombre et tourna le levier.

"Porte extérieure ouest du PLAN-X désactivée." annonça une voix déformée. Petahn n'était pas rassuré par toute cette situation. Le PLAN-X était le dispositif de sécurité de la branche de Boromine : une fois qu'un certain nombre d'instances rompait son confinement, ou s'il était activé manuellement par un membre du personnel haut gradé du Site, Boromine serait réduite en un tas de cendres fumantes et radioactives. Étant donné qu'il s'agissait d'un dispositif de sécurité, le nombre exact d'instances qui déclencherait le PLAN-X n'était connu de personne - mis à part les O5, mais Petahn doutait fortement qu'ils accepteraient de lui en faire part. Il se mit rapidement en route en direction du cœur du Secteur ouest vers la salle de contrôle du PLAN-X la plus proche.

"S'il existe un dieu, puisse-t-il nous venir en aide," marmonna Petahn.

-~-

"Tu as déjà vu Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock ?" demanda l'Administrateur Simmons.

"Euh, ouais." répondit le Vice-administrateur Nelson.

"Tu te souviens de cette scène où ils sont à l'école avec tous les corbeaux dans la cour ?"

"Ouais."

"Eh bien c'est tout à fait la même situation… à part que ce sont des sauterelles assoiffés de sang." Simmons désigna les sauterelles posées dans le couloir. "Geronimo, allons-y allons-zo."

Simmons et Nelson jetèrent un coup d'œil dans le couloir qui menait à la sortie de la Section Dix. Le couloir menait à la Porte coupe-feu G7, de l'autre côté de laquelle se trouvait la Section Neuf. Le sol du couloir était recouvert de sauterelles endormies, un des essaims impliqué dans la brèche de confinement. C'était impossible de les contourner, il n'y avait pas d'autre choix que de traverser directement. Simmons passa en premier en cherchant les petits trous dans lesquels il pouvait poser le pied. Le sol de béton contrastait avec les sauterelles brunes, donc trouver des endroits libres n'était pas trop difficile. Les deux hommes faisaient de leur mieux pour rester silencieux, et c'était facile pour Simmons. Nelson, qui lui emboîtait le pas, avait quelques soucis de ce côté - il n'était pas aussi agile que Simmons l'était. Nelson s'était toujours plaint d'être grassouillet, et il ne voulait certainement pas finir en burger pour sauterelles.

"Tu t'en sors ? On y est presque." murmura Simmons.

"Ouais, pas de problème."

"Tu penses qu'on va arriver à temps à la salle de contrôle ?" demanda Simmons. Nelson ne répondit pas, car il venait de marcher sur plusieurs sauterelles avec un crunch écœurant. Un doux bourdonnement commença à résonner depuis le sol tandis que les deux hommes filèrent en trombe dans le couloir.

"Verrouillage de la porte coupe-feu G7." annonça l'intercom.

Le bruit, semblable à quelqu'un qui écrasait du son de raisin, résonna dans tout le couloir. À ce stade, les sauterelles étaient assez réveillées pour commencer à s'en prendre aux deux infortunés. Simmons passa la porte le premier, tandis que Nelson dut passer sous la porte en s'accroupissant. Il restait quelques sauterelles accrochées aux deux hommes, et ils les écrasèrent promptement.

"Ne refaisons plus jamais ça, Nelson." se plaignit Simmons.

"Bien d'accord avec toi. Maintenant filons jusqu'à cette fichue salle de contrôle."

-~-

L'antichambre de la salle de contrôle était une petite pièce rectangulaire qui ne servait pas à grand-chose hormis être une seconde étape de vérification pour entrer dans la pièce. Elle était faite de béton, comme la majeure partie du Site-136, mais recouverte de plâtre et décorée. Lorsque Petahn arriva à l'antichambre de la salle de contrôle, il vit que la porte était ouverte, comme il s'y attendait. En revanche, il ne s'attendait pas à trouver un cadavre sur le sol de l'antichambre. Il était affalé bizarrement dans un des coins, une carte d'identification encore serrée dans l'une de ses mains. Le sang imprégnait le sol tout autour du corps. Petahn retourna le cadavre précautionneusement. Il tomba nez à nez avec un visage à moitié arraché.

"Oh, doux Jés-", dit Petahn avec un haut-le-cœur. "Bordel de merde. Ugh." La meilleure marche à suivre, lui semblait-il, était de vérifier à qui appartenait ce visage si déformé.

"Ph… euh… Phi… machin ?" se dit Petahn. Il essaya de retirer le sang de la carte avec sa blouse de labo pleine de suie. Il réussit à en enlever assez pour révéler le nom.

"Phillip Nelson ? Vice-Administrateur Nelson ?" se demanda-t-il une fois de plus. Le cadavre estropié ne ressemblait guère à l'homme d'apparence décente qui était - ou avait été - le Vice-Administrateur Nelson. Petahn palpa le corps de Nelson à la recherche de quelque chose de potentiellement utile. Il sentit une bosse sous le bras du cadavre et ouvrit sa veste brune pour trouver un revolver toujours dans son holster.

"Bien, bien, bien. Qu'avons-nous là, Inspecteur Harry ?" demanda Petahn au cadavre. Il avait la qualité inhabituelle de remettre en cause l'évidence, ce qui s'avérait être un atout précieux dans la recherche à la Fondation. Il avait assez traîné avec Nelson, une perte malheureuse. Petahn posa doucement le cadavre puis plaça la carte d'accès de Nelson dans l'emplacement administratif. Il passa ensuite sa propre carte dans la fente d'activation.

"Identification vocale requise." ordonna le haut-parleur.

"James Alexander Petahn."

"Mot de passe vocal requis."

"Mai-," commença à protester Petahn, avant de donner le mot de passe d'un ton hésitant.

"J'aime les cheesecakes." murmura Petahn se penchant près du micro.

"Contrôle vocal accepté. Ouverture de la porte intérieure ouest du PLAN-X." Lorsque la barrière de métal qui le séparait de la salle principale se fut relevée, Petahn entra, revolver au poing. Mais à peine avait-il fait cinq pas qu'une voix se fit entendre dans la pénombre.

"Posez ce revolver, Petahn."

"Qui est là ?"

"Posez ce revolver, Petahn."

"Pourquoi le devrais-je ?"

La seule réponse qu'il reçut fut le son d'une balle frôlant son oreille. "Très bien, pas de problème." admit Petahn. Il jeta le revolver au sol et il cliqueta bruyamment sur le carrelage. Un canon de pistolet sortit de l'ombre, suivi par une main, puis un bras, et enfin une silhouette familière en costume. Il envoya le revolver voler d'un coup de pied avant de s'asseoir sur une chaise de bureau libre. La silhouette fit signe à Petahn de venir de l'autre côté, près d'un panneau de contrôle.

"J'étais sûr que c'était vous, Simmons. Je n'en attendais pas mieux de votre part." déclara Petahn.

"'Pas comme si quelqu'un d'autre le pouvait. Regardez ce que vos putains de sauterelles ont fait à mon bras." Simmons le leva ; il était enveloppé d'un bandage, mais Petahn pouvait clairement voir que la main droite de Simmons et la majeure partie de son avant-bras n'étaient plus là.

"Dieux du ciel, que s'est-il passé, Simmons ?" demanda Petahn, inquiet.

"Je me suis retrouvé un peu trop près de l'action. Où étiez-vous lorsque la brèche s'est produite ?"

Petahn fut un peu décontenancé par la question, mais répondit tout de même : "J'étais dans le Secteur est. Je devais m'occuper de certaines choses."

"Et quoi donc, Petahn ? Créer une brèche de confinement pour vous débarrasser de moi ? Parce que vous saviez que j'allais vous virer ?"

Petahn resta silencieux. Il semblait que Simmons hésitait et voulait une réponse, mais il ne l'aurait pas.

"Quoi qu'il en soit, Petahn," continua Simmons, "je ne peux pas faire grand-chose avec ça. Je vais avoir besoin de votre aide."

"De l'aide pour faire quoi, Simmons ?" demanda Petahn.

"De l'aide pour transformer ce trou paumé en un cratère nucléaire."

"Un cratère nucléaire ? Simmons, je suis venu ici pour vous dire - ou dire à qui de droit - que nous pouvons reconfiner les instances. Nous n'avons pas besoin d'utiliser le PLAN-X."

"Je ne vous fais pas confiance. Quelqu'un peut-il confirmer cela ?"

"Le Capitaine Quayle."

Simmons regarda Petahn, ses yeux emplis de doute, avant de dire quelque chose. Il commença à parler, s'arrêta, puis dit enfin : "Si vous pouvez le contacter pour qu'il me dise cela, je suis prêt à y réfléchir."

Petahn chercha la radio dans son dos et sentit le Model 36. Il avait toujours un plan de secours au cas où le situation dégénérerait. Simmons releva le pistolet et le pointa sur la poitrine de Petahn.

"Je sors juste une radio." dit Petahn avant de détacher et de déplier complètement la radio. Il l'alluma et la régla sur la bonne fréquence avant d'appuyer sur le bouton APP et d'envoyer son message.

"Chercheur Petahn à Capitaine Quayle, me recevez-vous, terminé." Seul le bruit blanc lui répondit. Petahn réessaya.

"Chercheur Petahn à Capitaine Quayle, me recevez-vous, terminé." À nouveau, rien. Simmons s'esclaffa tandis que Petahn raccrochait la radio à sa ceinture.

"Je m'y attendais. Je suis sûr que vous êtes venu ici personnellement pour m'arrêter."

"Fermez-la, Simmons, ou je le ferai pour vous. Vous continuez à déclamer des conneries comme si vous étiez un putain de personnage de film."

"Ce n'est pas vraiment une très bonne idée de menacer ceux qui ont les armes, Petahn. Vous allez juste vous faire tuer."

"Alors c'est vous l'enfoiré qui avez abattu Nelson ? Vous êtes vraiment un psychopathe. Si j'avais su que c'était vous, je vous aurais descendu moi-même."

Les deux hommes restèrent immobiles dans cette atmosphère étrange qui emplissait le silence stagnant de la pièce, tant et si bien que même les ombres n'osèrent plus bouger pendant quelques minutes. Les deux hommes ne savaient pas quoi se dire et se regardaient en chiens de faïence. Ils finirent par ne plus supporter de se regarder dans les yeux et se tournèrent vers leurs pouces. Leurs émotions avaient fini par dégeler mais ni l'un ni l'autre ne voulait l'admettre. Simmons finit par briser le silence.

"Bon, d'accord, j'ai cru qu'il allait essayer de m'attaquer. Il voulait tout arrêter, comme vous, et lorsque j'ai dit que j'allais faire sauter cet endroit, il a mis sa main dans sa poche et j'ai juste… j'ai juste tiré, OK ? Je n'avais rien à lui reprocher."

Petahn soupira. Il réalisa que s'énerver et se répandre en insultes n'allait pas arranger leur situation. Son meilleur plan était d'essayer de trouver une sorte de compromis où tout le monde pouvait être heureux et vivant. Petahn savait que Simmons n'avait jamais eu l'intention de faire de mal à qui que ce soit. Bien qu'il n'ait pas une grande confiance en son tempérament, il savait qu'il pouvait toucher une corde sensible de l'Administrateur pour le convaincre de ne pas juste tout faire sauter.

"On n'avance à rien. Bon sang, Simmons, je peux arranger tout ça. Ne fais pas sauter cet endroit juste parce que tu…"

"Parce que je quoi ?" demanda Simmons.

"Parce que tu crains qu'il n'y ait plus d'espoir. Je suis là pour te dire que, même si la situation s'est fortement dégradée, tu devez garder un peu d'espoir, Simmons. Quelque part. Mais j'ai mes torts également. J'ai été trop confiant. Nous laisserons le garde-fou décider. En combien de temps penses-tu que ces choses envahiront tout le Site-136 ?"

"Trente minutes. Au mieux." admit Simmons. Il réalisa finalement à quel point il était nerveux, ainsi qu'à quel point il était futile d'imposer ses décisions.

"Alors nous attendrons trente minutes. Si rien ne se produit d'ici là et que nous avons la confirmation que tout est confiné, que dis-tu de rendre hommage à la mémoire de tous ceux qui sont tombés jusqu'à présent en allant botter le cul de ces sauterelles ? Ça te semble être un bon plan ?"

Simmons sourit, se rassit dans une chaise verte et ajusta sa montre.

"Voilà le Petahn que je connais."


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