The hand of fate is on me now, it picks me up and knocks me down
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Un nouveau jour paisible allait s’achever dans la petite ville Aleph quand elle y pénétra du pas tranquille de sa jument noire comme la nuit, devenue depuis quelques années synonyme de mauvais présage dans certains coins endeuillés des États-Unis. Elle s’attira aussitôt quelques regards intrigués, en coin ou dans son dos, aucun passant ne semblant se trouver la volonté de la dévisager en face trop longtemps.

Une nouvelle journée laborieuse et monotone touchait à sa fin dans la petite ville d’Aleph quand elle poussa les battants qui défendaient l’entrée du Good Old Grym's Saloon. Comme chaque jour, elle serait bientôt prétexte à une soirée de détente gaillarde qui verrait converger commerçants, cultivateurs, employés et étrangers de passage. À cette heure, cependant, la vaste salle de l’établissement était encore presque vide.

Elle avança d’un pas tranquille mais résolu vers le zinc, captivant en un instant l’attention des rares clients présents. Son chapeau à large bord, son pardessus et son pantalon tous uniformément noirs, son gilet vert bouteille relevé d’un foulard rouge noué autour de son cou, loin des canons de mode révérés par les demoiselles respectables de l’époque, accrochaient en premier le regard. La vilaine cicatrice qui partait de l’arête de son nez, soulignait son œil droit pour s’en aller mourir sur sa pommette achevait de le retenir. Deux yeux marrons, plus froids que les eaux glacées du Yukon, le faisait finalement se détourner, par un réflexe salutaire, presque aussitôt.
Cela ne dissuada pas le propriétaire des lieux, un jeune homme aux cheveux blanc qui n’avait pas à rougir face à elle en matière de balafres, de faire tourner son commerce :

« Je vous sers quelque chose, ma p’tite dame ?

- Un whisky, en espérant qu’il soit plus buvable que ce qu’on m’a servi à ma dernière étape, répondit-elle en déposant une pièce d’un dollar sur le comptoir, que le tenancier s’empressa d’encaisser.

- Vous n’êtes pas du coin, j’me trompe ? enchaîna-t-il en déposant devant elle un verre et une bouteille de liquide ambré. Qu’est-ce qui vous amène à Aleph ?

- Travail. »

Avalant une généreuse rasade d’un trait, elle fit claquer sa langue et sanctionna :

« Potable. »

Avant d’embrayer, ses prunelles vrillant désagréablement celles de son interlocuteur :

« J’ai entendu dire qu’un vieil ami à moi s’était installé dans le coin. J’aimerais en profiter pour le saluer.

- Y’a du monde qui habite les environs, mine de rien. De qui on parle ?

- Un type un peu plus grand que moi, brun, l’air plutôt sympathique, quelques cicatrices à droite à gauche. Toujours accompagné d’un énorme clebs noir pelé.

- Avec une description comme ça, vous ne pouvez parler que de Kut, l’adjoint au shérif. »

Elle émit un son étouffé, à mi-chemin entre l’éclat de rire et le grognement méprisant. Qu’il ait conservé son surnom de l’époque n’avait rien de surprenant : il avait toujours été du genre à s’accrocher au passé, après tout. La fonction qu’il avait choisi d’occuper dans sa nouvelle vie, par contre, était déjà plus inattendue.

« C’est lui. Vous sauriez où je peux le trouver, à cette heure-ci, par hasard ?

- Il devrait finir son service d’ici une demi-heure, il passe toujours boire un verre après, intervint alors une brune borgne légèrement vêtue qui avait jusque-là silencieusement suivi la conversation accoudée au bar. Attendez-le ici, si ça vous chante. »

Elle acquiesça silencieusement, attrapa son verre et sa bouteille et alla s’installer à une table à l’écart, toujours observée par des buveurs aussi intrigués qu’intimidés. Ceux-ci finirent néanmoins par se désintéresser d’elle, l’attrait des cartes et de la boisson reprenant inévitablement le dessus.
Les minutes s’égrenèrent au rythme des habitants de la bourgade qui, désormais désœuvrés, affluaient constamment. L’atmosphère s’appesantit progressivement de fumée de cigarettes et de cigares, ainsi que des vapeurs langoureuses de l’alcool, mêlées aux odeurs entêtantes du bois, de la sueur et de la poussière. De joyeux éclats de voix, bientôt accompagnés par une entraînante mélodie au piano, se firent entendre avec de plus en plus d’insistance.
Habituée aux silences impénétrables de la plaine et du désert, elle se laissa bercer quelques instants, jouant distraitement avec son collier, un colifichet en bois tressé décoré de quelques pierres et plumes colorées qui évoquait les attrapes-rêves indigènes.

La brune du comptoir n’avait pas menti. À l’heure dite, deux hommes arborant une étoile et accompagnés d’un molosse qui ne pouvait être que Winch firent leur apparition. L’un impressionnait par la brûlure qui marquait toute une partie de son visage. L’autre était sans doute possible Kut.

Le fameux Grym échangea quelques mots avec ce dernier, puis la désigna d’un coup de menton. Il se tourna alors, et l’expression d’aimable curiosité qu’il arborait se mua en une moue impénétrable. Elle ne put s’empêcher de sourire.
L’adjoint se dirigea vers elle d’un pas circonspect, talonné par la bête démoniaque qu’il osait qualifier de « chien », les deux pouces passés dans son ceinturon, à quelques centimètres de ses revolvers.

« Salut, Kut.

- Salut, Tara. »

Ils s’observèrent longuement, dans le mutisme le plus total. Peu à peu, les clients qui les entouraient perçurent la tension palpable qui se dégageait de leur confrontation, et le silence fit peu à peu tâche d’huile autour d’eux.

« Sympathique de se revoir après toutes ces années, pas vrai ? lança la jeune femme d’un air faussement détaché.

- Ça dépend. Je le dois à ça, ou… ? demanda Xavier en fixant le pendentif qu’elle arborait.

- J’ai un boulot dans les environs. Je te croyais mort, on m’a appris récemment que t’avais refait ta vie dans le coin. Je voulais assister à ta miraculeuse résurrection de mes propres yeux.

- Tant que tu ne mets pas fin à l’expérience prématurément…

- Sois tranquille. Je te sers un verre, en souvenir du bon vieux temps ? »

Pendant l’heure qui suivit, alors que l’ambiance bon enfant qui caractérisait l’endroit reprenait à nouveau ses droits, les autres clients du Good Old Grym's Saloon purent voir leur adjoint au shérif échanger avec une mystérieuse inconnue qui, à peine débarquée en ville, avait fait sensation.
Les plus attentifs remarquèrent qu’ils parlaient peu, pourtant, et que l’électricité qui avait commencé à planer dans l’air au moment de leurs retrouvailles ne s’était pas dissipée.

« Si on m’avait dit un jour que je te verrais avec une étoile à la poitrine, je ne l’aurais pas cru, finit par signaler l’étrangère avec un rictus amusé.

- On a tous droit à une seconde chance, tu crois pas ? »

Elle ne fit pas de commentaire.

Au moment de se séparer, alors qu’il prenait congé, elle demanda :

« Je cherche une piaule pour la nuit. Un conseil ?

- Une piaule ? Je veux pas me mêler de ce qui me regarde pas, mais si tu as un client dans la région et qu’il finit par apprendre que tu traînes dans le coin, il risque pas de mettre les bouts ?

- Pressé de me voir partir ? Ne t’inquiète pas pour moi, Kut. Tu sais bien qu’il ne pourrait pas aller bien loin, de toute façon… fit-elle remarquer en soulevant son collier de la pointe de l’index. Alors, cette piaule ?

- La pension Tombes et Mines. Les prix sont exorbitants, mais les lits sont pas mal confortables et ils n’ont presque pas de punaises en prime.

- Ça m’ira très bien. À bientôt Kut.

- À jamais j’espère, Tara. »


Son ancien collègue n’avait pas menti : quoique son hôtesse ne fut que très modérément accueillante, la chambre s'avéra des plus correctes, surtout pour un coin aussi perdu de l’Ouest sauvage. Fidèle à ses habitudes, elle dormit avec un de ses colts à la crosse en bois rouge posé sur sa table de chevet, l’autre caché sous son oreiller, et son couteau de chasse planqué dans les draps, à portée de main. Sœur Chasseresse, comme toujours, ne quitta pas son cou, même dans son sommeil.

Elle rêva. D’une carte de l’Amérique du Nord, dans laquelle se planta une lame vibrante dans la région même où elle se trouvait actuellement. D’une longue piste qui sinuait dans une prairie aride qui s’étendait à perte de vue, le mot « Aleph » paraissant gravé sur chaque roc, dans chaque tronc d’arbre. D’un corbeau qui, planant au-dessus de la cité où elle dormait à l’instant, se posa finalement sur une large bâtisse dont la devanture indiquait « Sheriff’s Office ».
Quand elle se réveilla, le souvenir du songe aussi limpide que le plus pur des ruisseaux gravé dans son esprit, elle marmonna à voix haute, tout en triturant son collier :

« Je sais, sœurette. Je sais. »


Pour un temps désœuvrée, elle se décida à explorer la bourgade.
D’apparence banale, avec ses baraques en bois, son magasin général, son saloon, ses deux églises jumelles, son armurier et sa croque-mort, Aleph avait néanmoins un petit quelque chose d’unique. Quelque chose qui la distinguait des métropoles modernes florissantes ou ruinées par la guerre de la côte Est, des communautés religieuses isolées où planait une aura souvent mystique, parfois malsaine, des bourgs de colons qui poussaient comme des champignons dans tout le pays qu’elle avait parcouru sans relâche tout au long de sa carrière.
À Aleph, plutôt qu’une étrangeté globale qui formait un tout presque cohérent, régnait une accumulation de petites bizarreries qui formait un patchwork aussi déstabilisant que rafraîchissant.

Elle croisa ainsi un excentrique jeune héritier qui, sûr de lui-même et dédaignant l’aspect intimidant qui lui attirait la méfiance de n’importe qui d’autre, chercha à la courtiser avant d’être froidement rembarré.
Un vieil Italien gouailleur essaya, sans succès mais avec une verve indiscutable, de lui refourguer une prétendue lotion miracle qui devait tout à la fois lui redonner fraîcheur de peau et lustre des cheveux, ternis par de longues années d’errance dans les plus rudes conditions.
Une gamine typée indienne, le visage caché derrière un improbable masque reptilien, osa même la fixer longuement sans ciller, ou plutôt son pendentif, avant de disparaître dès qu’elle la perdit de vue.

Son exploration fut finalement interrompue peu après la mi-journée par une soudaine agitation.
Alors qu’une rumeur paniquée enflait, la plupart des habitants commencèrent à se réfugier dans leurs maisons, des raclements sourds indiquant même que certains d’entre eux s'y barricadaient. Dans le même temps, une poignée d’hommes armés jusqu’aux dents commença à converger vers la rue principale, plus précisément vers le bureau du shérif, situé à l’extrémité ouest de la ville.
Faute de mieux, elle suivit le mouvement. Là, un jeune homme arborant l’étoile du shérif, plutôt beau garçon d’ailleurs, organisait les volontaires en petits groupes qu’il dispatchait aux quatre coins de la région, encadré de ses deux principaux adjoints.

C’est quand il ne resta plus qu’elle ou presque qu’il finit par la remarquer. S’approchant d’un pas alerte, il lui lança d’un ton aimable :

« Bien le bonjour, mademoiselle.

- Shérif… répliqua-t-elle en portant deux doigts à son chapeau.

- Vous devez être la fameuse « voyageuse ombrageuse » arrivée hier. On m’a beaucoup parlé de vous, souvent pour me demander de vous tenir à l’œil, d’ailleurs. Floyd Haures, chargé de maintenir un semblant d’ordre dans ce coin perdu des États-Unis. »

Il lui tendit une main hâlée qu’elle secoua mécaniquement.

« Tara Lucy. Votre patelin me paraît bien agité, monsieur Haures.

- Je ne vous le fais pas dire. On vient d’apprendre qu’un prédicateur déviant et une poignée de ses fidèles se sont échappés du pénitencier de Yodtown, à quelques dizaines de miles d’ici, et qu’ils se dirigent par ici. Le genre armé, dangereux, aux abois et pas embarrassé des principes moraux les plus élémentaires, pas besoin de vous faire un dessin. On organise une battue pour les intercepter avant qu’ils puissent s’en prendre à des innocents isolés. Vous en êtes ? »

La demande, aussi soudaine qu’inattendue, la prit de court. Elle s’accorda un instant de réflexion puis répondit sans enthousiasme excessif :

« J’ai du temps à tuer. Si le jeu en vaut la chandelle, j’ai aucune raison de refuser.

- Il y a une récompense, bien sûr, la rassura l’homme de loi. Cinq cent dollars pour le prédicateur, vingt dollars pour chacune de ses ouailles.

- Rien que ça ? Ça doit pas être un enfant de cœur, votre curaillon.

- Pas vraiment, non. Alors méfiez-vous. »

Il se tourna alors vers ses deux subordonnés, qui n’avaient pas perdu une miette de leur conversation.

« J’ai cru comprendre que Kut était une de vos vieilles connaissances. Ça vous dérangerait de faire équipe ? »

L’adjoint et la chasseuse se fixèrent intensément, lui cherchant à déterminer à quoi cette coopération pourrait bien le conduire, elle semblant le mettre au défi d’accepter.
Ils approuvèrent finalement de concert.

« Très bien ! apprécia Haures. Moi et Vassago, on va pousser jusqu’au ranch du vieux Cornélius, voir s’il est encore en un seul morceau. Quant à vous, vous devriez remonter le long de la rivière Ayinne sur quelques miles, ils pourraient avoir décidé de la longer pour se garder une source d’eau sous la main. »


Il leur fallut une vingtaine de minutes pour atteindre le cours d’eau, qui abreuvait de son flot vital de magnifiques plantes multicolores qui proliféraient à ses abords, contrastant singulièrement avec l’aspect plus aride du reste de la région. Jusque-là, leurs chevaux eux-mêmes s’étaient montrés plus loquaces qu’eux, sous réserve qu’on assimile leurs hennissements ponctuels à des paroles.

Rejoindre leur objectif, qu’ils commencèrent aussitôt à remonter, sembla cependant inciter l’adjoint à la discussion. Et le sujet était tout sauf léger :

« C’est pour moi que tu t’es pointée, pas vrai ? »

Tara ne dit rien. Son silence constituait une réponse suffisamment éloquente.

« Pourquoi maintenant, après tout ce temps ?

- Je ne t’ai pas complètement menti en te disant qu’on te croyait mort, hier. »

Elle tira sa gourde de ses fontes, préférant s’hydrater avant d’entamer ses explications. Après quelques gorgées d’une eau délicieusement fraîche, elle reprit :

« Cet abruti congénital de Wyatt a raconté à tout le monde qu’il vous avait descendus, toi et ton clébard, avant de balancer vos corps dans le Mississipi. Elle a eu du mal à le croire sur parole, bien sûr, mais on avait tant à faire, et tu ne donnais plus signe de vie… Jusqu’à ce que Wyatt boive un peu trop, un soir, et avoue à la mauvaise personne qu’il n’avait même pas été fichu de te retrouver à Bâton-Rouge.

- Et comment elle a réagi ?

- On a toujours dit que l’alcool causerait la perte de ce pauvre vieux Wyatt, tu te rappelles ? »

Elle rangea sa gourde avant de préciser, l’air mauvais :

« Quelle chance pour toi qu’elle n’ait pas fait appel à moi dès le début, pas vrai ? Ta cavale en aurait été sacrément raccourcie. Peut-être qu’elle avait peur que notre vieille amitié supposée m’empêche de mener ma mission à bien.

- Ç’aurait été le cas ?

- Ne pose pas de questions auxquelles tu as déjà la réponse, Xavier.

- Et donc maintenant, tu vas me tuer.

- J’y ai réfléchi, figure-toi. Je n’aurais pas dû, mais je deviens sentimentale avec le temps, je crois. »

Son regard se perdit un instant dans le vague. Elle sentait presque son grigri pulser d’impatience contre sa poitrine. Sa sœur n’avait décidément que la chasse en tête.

« Tu connaissais les risques mieux que quiconque. Tu as contracté une dette à ton tour, et tu dois la payer, maintenant. C’est ainsi, et je mentirais en disant que j’en suis désolée. »

Il encaissa sans un bruit. De là où elle était, elle ne pouvait distinguer les émotions qui devaient animer son regard plongé dans l’ombre de son couvre-chef, et la curiosité qu’elle éprouva pour la question l’étonna.

« Pourquoi ne pas m’avoir déjà flingué dans le dos, dans ce cas ? Ça ne t’a jamais posé problème.

- Voyons, Kut. On a été collègues pendant quoi, trois ans ? Une éternité dans le métier. On pourrait même dire en effet qu’on a été amis, non ?

- Et… ?

- Je te l’ai dit, je dois devenir sentimentale. Et, bien que ça m’arrache la gueule de le reconnaître, il m’arrive de douter, maintenant. Rarement, mais c’est le cas cette fois. Alors que le destin décide de ton sort. Je te propose un duel.

- Un duel ? Quand ça, maintenant ?

- Demain matin, à la première heure. On règlera les détails plus tard. Pour l’instant, c’est votre apostat et ses admirateurs qui m’intéressent. »

L’ambiance, comme de juste, se refroidit sérieusement. Tara garda à l’œil son ancien compagnon d’armes, s’attendant à le voir dégainer subitement à tout instant. C’est en tout cas ce qu’elle aurait fait à sa place dans une situation semblable. Il n’en fit rien. Il était comme ça.

« Et donc, pourquoi avoir pris le risque de partir ? embraya-t-elle. Tu savais ce qui t’attendais. C’était pour une femme ? De l’argent, peut-être ?

- Les femmes vous quittent et le pognon n’est pas un amant plus fidèle. C’était à cause du seul truc qui ne risquait pas de me lâcher.

- Quoi donc ?

- Les remords. »

Elle laissa échapper un éclat de rire.

Il était comme ça.


Elle stoppa subitement leur progression d’un geste, puis pointa du doigt un imposant amas rocheux qui trônait à quelques miles au sud de la rivière.

« Là.

- Vraiment ? Je croyais qu’elle ne t’aidait à traquer que ta cible du moment.

- Il lui arrive de faire des exceptions. Par amour de la chasse. »

Ils prirent la direction indiquée, cachèrent leurs chevaux derrière une grande pierre plate et observèrent. Une maigre colonne de fumée dégagée par un feu de camp ne tarda pas à les convaincre de la présence probable de leurs cibles.

« On devrait pouvoir les contourner en restant dans ce renfoncement, là-bas, élabora aussitôt Tara en vérifiant ses armes. Je passerai par devant, essaye de trouver un accès de l’autre côté.

- On est censés aller chercher les renforts, protesta Kut.

- Nos charmants touristes pourraient décider de décarrer le temps qu’ils arrivent.

- Ils sont six, je te signale. On ferait mieux de… »

Elle tira la carabine de son binôme de ses fontes et la lui fourra d’autorité dans les mains.

« Si tu as peur de te faire mal, reste donc en arrière et couvre-moi.

- Mais…

- Je pourrais me débarrasser d’une bande de guignols de ce genre avec une gueule de bois infernale et les deux jambes pétées, et sans une goutte de transpiration encore, et tu le sais. Qu’est-ce que tu risques ? Au pire, la personne qui doit te buter se fera descendre. Tout bénéf’ pour toi. »

Le jeune homme laissa échapper un juron à lui fermer d’office les portes du paradis, arma sa Winchester et partit finalement de son côté, talonné par son chien.

Estimant ses deux colts fétiches et sa lame amplement suffisants pour accomplir son office, Tara entreprit de se rapprocher, slalomant d’une pierre à l’autre pour rester hors de vue d’un éventuel guetteur.
Sa sœur, ravie par la perspective d’un massacre, pulsait contre sa poitrine.

Elle aperçut la sentinelle, un homme patibulaire à la tenue de bagnard rendue presque méconnaissable par la poussière, sans qu’il soupçonne seulement sa présence. Le fugitif paraissait épuisé par une cavale éprouvante, ce qui lui faciliterait d’autant la tâche.
Repérant une voie d’approche idéale entre les rocs, elle s’infiltra, silencieuse comme une ombre. Quelques instants plus tard, sa victime s’effondrait mollement, un deuxième sourire rouge barrant sa gorge.

Les trois évadés suivants étaient réunis autour du feu dont la fumée les avait trahis, dans un état au moins aussi piteux que leur compagnon d’infortune, sa mort prématurée mise à part. Ils avaient néanmoins tous réussi à se procurer des armes, elle devrait donc les neutraliser en vitesse avant qu’ils puissent répliquer.
Alors qu’elle réfléchissait à la meilleure approche, plusieurs coups de feu éclatèrent à l’opposé de sa position. Les parias se dressèrent, inquiets et, surtout, lui tournant résolument le dos. Un battement de paupière plus tard, ils s’effondraient, de grandes fleurs rouges s’épanouissant sur leurs combinaisons.
Elle avisa ensuite une sorte de piste improvisée qui menait au sommet de l’empilement rocheux. Son pendentif l’y attira.

Elle y trouva le fameux prédicateur, un homme entre deux âges aux traits empatés, taillé comme une armoire à glace, le visage entièrement glabre. Son trait le plus notable était sans doute son œil droit, emprisonné dans une sorte de gangue verte dont les ramifications s’insinuaient jusque dans sa peau.
Assis en position de méditation, il ne réagit pas à son apparition, ses yeux semblant la fixer sans la voir.
Alors que Tara rechargeait tranquillement son arme, sa voix gutturale résonna soudain :

« Et vient l’envoyée de Giltinè, celle qui prend toujours et jamais ne donne, une de ses cents Mains Mortelles qui sur moi jette son ombre. À son cou pend sa chair et son sang. Sa vie elle a perdue, sa dette elle paye par le souffle de mille Écourtés. »

Un instant étonnée, la jeune femme laissa échapper un éclat de rire froid et cruel.

« Vous auriez dû faire de la divination dans les foires. Vous auriez arraché des fortunes aux péquenots impressionnables. Et vous auriez sans doute vécu plus longtemps, d’ailleurs. »

Le visage de l’apostat s’étira en un sinistre sourire édenté. Indifférent à ce qu’elle venait de dire, il poursuivit :

« Quel honneur que son Œil se soit posé sur la ligne de mon destin, que sa propre Main en sectionne le fil ! Y’a-t-il meilleure fin pour un homme de la vraie foi ?

- Désolé, vieux cinglé, je suis ici sur mon temps libre. »

Elle tira. La balle lui traversa le crâne de part en part dans une gerbe de sang, de cervelle et d’esquilles, et il s’affala dans un nuage de poussière.
Kut arriva sur ces entrefaites, jeta un coup d’œil au cadavre et lui fit remarquer :

« Le ramener en vie était une option.

- Comme tu dis, une option », répliqua-t-elle en rengainant son colt.

Elle se détourna, cherchant machinalement le contact de son collier qui semblait irradier d’une satisfaction brute, animale, grisante. Parvenant enfin à la maîtriser, elle lança :

« Merci pour la diversion, d’ailleurs. Et le sixième ?

- C’est sur lui que j’ai « pratiqué » la diversion. Et merci à toi, pour Aleph et ses habitants.

- Tu parles. Chargeons cet abruti sur mon canasson, j’ai une prime à réclamer. »


La nuit suivante, ses songes se firent particulièrement confus, agités.
Elle se vit pêle-mêle au milieu d’un désert, à côté d’une colonne de chariots en feu couverts de métal, pointant son arme sur un Kut sans défense. Puis entourée des noms de tous ceux qu’elle avait tués au fil des ans qui tombaient dans une pluie étourdissante, s’imprimant dans des plaques de marbre qui ne faisaient que grandir autour d’elle, se muant en murs d’une prison inexpugnable.
Enfin, elle la vit, debout face à elle dans un océan de neige immaculée, le visage plongé dans l’ombre, drapée dans une robe blanche trempée de sang, un sourire figé et inexpressif au visage, comme gravé par un sculpteur médiocre. Bien que l’apparition fut plus jeune qu’elle, leurs traits présentaient une triste similarité.
À ses pieds reposait une balance dont les deux plateaux étaient parfaitement équilibrés.

C’est à cet instant qu’elle émergea, étendue sur son lit les bras en croix.

« Je sais, murmura-t-elle. Tu t’impatientes. »

Après une rapide toilette et un repas frugal servi par une hôtesse toujours aussi peu conciliante, Tara sortit et découvrit une Aleph encore endormie, sur laquelle un pâle soleil commençait tout juste à se lever. Se dirigeant vers la petite écurie attenante à la pension Tombes et Mines, elle y trouva sa jument noire, qu’elle caressa un moment.

Elle aurait pu partir comme elle était venue. Laisser Kut en vie, mentir et l’épargner. L’Écourteuse n’en aurait rien su, la guerre leur avait donné tant de travail que son destin finirait de toute façon noyé dans la masse, pour peu qu’il se tienne tranquille. Alors pourquoi se donner cette peine ?
Ses propres doutes, complètement inédits pour elle, l’étonnèrent. Étaient-ils causés par son amitié pour le déserteur ? Non, du moins pas complètement. En vérité, lui épargner son juste châtiment, c’était se réserver à elle-même une porte de sortie. Créer un précédent. Autre chose que l’alternance infinie entre ses cibles et les longs trajets qui les séparaient. L’espoir d’une autre rédemption, pour sa sœur. De sa sœur.

Elle gloussa, fustigeant sa propre bêtise. Cette mission, ce job, c’était elle. C’était sa vie à présent. Ces réflexions étaient vaines, superflues, idiotes. Son destin était là. Et c’est le destin, si cher à son employeuse, qui déciderait de la mort de Xavier Henry ou de la sienne, ce matin-là.
Dans la forme de justice la plus indiscutable qui soit.

Elle se détourna de l’animal et se dirigea alors vers le centre-ville d’un pas décidé.


À l’heure dite, Tara se trouvait au lieu de rendez-vous fixé la veille, à savoir devant le Good Old Grym's Saloon. Adossée à une des poutres qui soutenait le porche de l’établissement, elle attendait, jetant de fréquents coups d’œil au cadran de sa montre à gousset.
Son ancien collègue allait-il se défiler ? À moins qu’il n’apparaisse escorté de ses confrères, prêts à l’abattre sur place. Après tout, il avait eu la nuit pour cogiter, lui aussi… Rien n'aurait été plus simple, tous ses problèmes s'en seraient trouvés réglés d'un coup, pour un temps du moins. Il ne serait pas le premier à vouloir défier sa destinée.

Il se présenta pourtant peu après au bout de la grand rue, seul, avança jusqu’à la devanture de l’établissement du balafré aux cheveux blancs et s’y planta, à quelques mètres d’elle, le vent jouant dans son long manteau. Il ne souffla pas un mot.

Elle sourit, cette fois d’un sourire chaleureux, presque affectueux. Il était comme ça.

Sautant de son perchoir, elle se dirigea à son tour vers le centre de l’artère d’un pas lent, tel un gladiateur se positionnant dans l’arène. On n'était qu'au milieu de la matinée mais le soleil, déjà, commençait à donner impitoyablement.

« Alors tu es venu, finalement, constata-t-elle.

- On peut encore en rester là, Tara, répliqua-t-il. Même si tu me descends, le shérif Haures et les autres ne te lâcheront pas. Et ils sont un peu plus débrouillards que la moyenne, si tu vois ce que je veux dire.

- Ça doit se passer comme ça. Peu importe ce qui arrivera ensuite.

- Si tu le dis », grogna l’adjoint en écartant d’un geste un pan de son cache-poussière, dévoilant l’arme qui pendait à sa ceinture.

Avec un calme olympien, Tara fit de même, puis jeta un œil à la terrasse qu’elle venait de quitter. Pressentant un événement important, le balafré, sa grande habituée et une poignée d’habitants et de voyageurs s’y étaient réunis, observant la scène dans un silence d’église, avec gravité pour les uns, et une excitation fébrile pour les autres. Ils n’avaient pas besoin de connaître leurs raisons pour profiter du spectacle.

« Vous auriez un mouchoir, monsieur Grym ? lança-t-elle. Vous seriez aimable de le lâcher à bonne hauteur, à l’abri du vent. »

Elle se tourna ensuite vers son adversaire :

« Le signal. Quand il touchera le sol.

- Ça me va. »

Ce fut finalement la borgne qui se dévoua. Alors qu’elle extirpait tant bien que mal un carré de tissu brodé de son corsage, le temps parut presque s’arrêter. Le sourire de Tara mourut sur son visage ; toute envie de plaisanter l’avait à présent quittée. Elle vit Kut cligner de l’œil, gêné par la transpiration.
Sa main, immobile, suspendue à quelques centimètres au-dessus de la crosse de son arme, prête à dégainer. Elle le savait rapide, suffisamment pour que l’issue de leur duel soit incertaine.

Quant à elle, la sueur commençait également à perler sur son front, et son médaillon pulsait de plus belle contre son torse, brûlant d’une satisfaction primale par anticipation de ce qui allait arriver. Sa sœur pouvait-elle déjà percevoir, de là où elle était, le sort qui l’attendait ?

Peu importait au fond, elle-même saurait bien assez tôt. Elle fit le vide. L’heure n’était plus aux sensations parasites.

La brune brandit enfin de son mouchoir à bout de bras, aussi haut que possible.

« Tenez-vous prêt ! » prévint le tenancier en y jetant un coup d’œil nerveux.

Aucun des deux n’esquissa le moindre geste. Le public se tendit. Les regards allaient du tissu aux duellistes. Les gorges se serrèrent. Personne n’osait émettre le moindre son.

Les doigts de la borgne s’ouvrirent, le mouchoir entama son interminable descente, dans ce qui fut l’instant le plus long de la vie de chacun des témoins de la scène.

Il effleura doucement les lattes qui formaient le plancher de la devanture.

Ils dégainèrent à une vitesse impressionnante, si impressionnante que les spectateurs eurent du mal à suivre le mouvement. Et qu’il leur fut impossible de déterminer lequel des deux avait tiré en premier.

Leurs deux coups de feu résonnèrent comme le tonnerre.


Le shérif Floyd Haures entra dans l’officine du médecin de la ville, suivi de près par Vassago et Winch. Au-dehors, le ciel était alors lourd de nuages d’orage et l’atmosphère étouffante.
S’essuyant le front avec son foulard, il avança vers la pièce dédiée aux convalescents où il découvrit, couchés dans deux lits parallèles placés aux extrémités opposées de la pièce, son adjoint et la femme qu’il avait affrontée quelques heures plus tôt dans un duel d’anthologie qui ferait sans doute date dans l’histoire déjà bien agitée de la bourgade d’Aleph.

Ils étaient tous deux inconscients, et le resteraient encore un moment d’après le praticien, mais il avait affirmé qu’ils vivraient. Chacun avait touché son vis-à-vis en pleine poitrine, mais aucun organe vital.
Un miracle à redonner la foi au curé du village, selon ses propres mots. Haures n’avait pu qu’approuver.

« À votre avis… demanda finalement Vassago. Comment est-ce que c’est seulement possible, un truc pareil ? »

Floyd prit son temps pour réfléchir. Peut-être aurait-il dû invoquer Dieu ou Lucifer, la science dont les citadins de la côte Est prétendaient qu’elle pouvait tout expliquer, ou le plus parfait des hasards, mais tout ce qu’il trouva à dire, ce fut :

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise, Sergio ? C’est que ça devait pas être leur destin de mourir aujourd’hui. »

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