La fin n'a pas de fin
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« Arrêt automatique ||


Il est très difficile de bander une blessure qui crache des flammes.

Tenter de le faire prouve simplement, de manière plutôt spectaculaire, à quel point les matériaux servant de pansement sont inflammables. Commençons avec les pansements officiels, ordinaires. Une fois que ceux-là sont réduits en cendres, on passe à des choix plus exotiques. Du sparadrap ? Ça a l'air approprié. Des lambeaux de vêtements ? On a vu les films. On sait que ça doit fonctionner. Ils ne montreraient pas ça dans les films si ça ne fonctionnait pas, pas vrai ? Ce serait irresponsable sinon.

Casey vérifia juste si ses chaussettes étaient suffisamment absorbantes quand Adam attrapa son avant-bras avec sa main valide.

Adam grimaça en se redressant un peu plus contre le côté du porche, son t-shirt éraflant plusieurs éclats du bois endommagé. Au bout de son bras enflammé, sa main tremblait, les doigts se serrant et se desserrant dans une succession de mouvements guindés. Il dit dans un râle : "Garrot."

Casey murmura un remerciement silencieux. Il déchira un autre morceau de son t-shirt, l'enroula autour du biceps d'Adam, puis le serra avec un stylo qu'Adam avait sorti de sa poche. "Est-ce que tu peux tenir ça ?"

Adam le pouvait. Au moins, le feu commença à s'éteindre, remplacé par une flammèche plus maîtrisable. Casey la souffla, et Adam grimaça.

"Désolé."

Adam s'éclaircit la gorge et serra son bras entaillé sur son torse. Il dit d'une voix rapeuse, "Est-ce que tu as pris soin de ma veste ?"

Casey cilla. "Oh, ouais, absolument. Hum, comment es-tu arrivé ici ?"

"Tu crois que je suis un espion ?"

"Ces derniers jours n'ont pas affirmé mon penchant naturel à la confiance."

"On va faire en sorte de mentionner ça lors du procès quand on en aura fini. Votre honneur, à cause de cette conspiration meurtrière j'ai des problèmes de confiance." Adam rit, puis toussa, puis poursuivit. "Je suis allé à la maison d'Erwan. L'endroit était vide, nettoyé comme une scène de crime, et tout était bloqué. Tu ne m'as pas dit quoi faire après, donc je suis venu ici."

"Je savais qu'il y avait une faille."

"Mais tu l'as laissée quand même. Papa m'a dit que tu m'avais emprunté des vêtements, donc ça a été facile de te pister."

"Et tu dis que J'ai des problèmes de confiance."

Adam gloussa, puis grimaça. "Mais, quand je me suis approché, quelque chose est allé de travers. La bombe a explosé. Et j'ai perdu la trace. Regarde les débris."

Le nuage envahissait toujours la rue, même maintenant. Suffisamment de suie avait été projetée dans les airs pour faire éternuer le Maire. Dans le ciel Casey voyait le soleil, brumeux dans la poussière, obstrué par des éclats de métal qui voletaient dans la brise piquante.

Casey loucha, suivant un fragment de métal qui se posait sur le béton. Ce n'était pas juste un débris — c'était plat, et gravé d'une image. Une étoile à vingt-deux branches — un eicosidyogramme, dont chaque pointe était marquée d'un symbole méconnaissable.

Adam hocha la tête. "Dès que la bombe a explosé, c'était comme s'il y avait une centaine de toi — surcharge thaumique totale. J'ai dû tout faire à l'oreille après ça, mais on dirait que je suis arrivé juste à temps. Et au final tout s'est bien terminé, et on a vécu pour toujours et on n'est jamais morts."

"Ne me divulgâche pas la fin."

Le bruit de coups de feu se répercuta sur les débris soufflés des bâtiments. Casey jeta un coup d'œil derrière le bord du porche. Les Spencer jumeaux étaient toujours en train de s'affronter dans ce qui était probablement une métaphore, ou quelque chose comme ça.

Casey soupira. "Tu as une idée de comment on va sortir d'ici ?"

Adam se déplaça pour s'agenouiller derrière Casey. Il avait stabilisé son bras gauche souffrant du mieux qu'il pouvait. "La police essayait de te trouver, après que tu t'es engagé dans une sorte combat de catch au milieu de la rue ?"

"Tu aurais du voir l'autre type."

"Où est l'autre type ?"

"Je ne sais pas en fait."

Adam attrapa l'avant-bras de Casey et se hissa debout. "Quoi qu'il en soit, ils allaient vous coincer jusqu'à ce que quelqu'un déclenche une bombe. Maintenant leurs priorités ont changé. Du moment qu'on évite le centre-ville, tout devrait bien aller."

Un puissant klaxon caoutchouteux retentit derrière eux. Casey se retourna. Se tenant derrière eux, au bout de la ruelle avec un vélo et un manteau poussiéreux, se trouvait Vera Garcia.

"Enfin," dit elle en soupirant. "Venez. C'est l'heure d'y aller."


De l'extérieur, le nuage de poussière ressemblait à une belle grosse hyperbole, dont les branches tendaient asymptotiquement à la verticale vers un point trapu bien au-dessus de la ville. Le cône éclipsa presque le soleil de midi.

Il pendait dans le ciel depuis bien trop longtemps, l'air mort avec aucun vent pour le déformer. Une masse de cendres que les gens devraient balayer de leurs perrons pendant des semaines.

S'ils tenaient à leur porche, en fait. La plupart des personnes sous le nuage rassemblaient leurs perrons et leurs possessions et se dirigeaient soit loin du ou directement vers le site de l'explosion, cherchant respectivement la sécurité ou de l'animation.

Dans les deux cas, les piétons éparpillés étaient bien trop préoccupés pour remarquer les deux hommes boitant à côté d'eux. Plus haut, une cycliste en tailleur pédalait, tendant le cou pour scruter les rues et allées transverses, et répondait d'un geste quand le coin était libre.

Casey n'était pas sûr d'où elle avait trouvé le vélo. S'il avait dû deviner, il aurait dit qu'elle l'avait soit volé soit l'avait sorti de son sac comme Mary Poppins. De ce qu'il savait de Vera, les deux étaient tout aussi probables.

"Donc, les frères avaient reçu une bombe," dit Adam.

"En effet," répondit Casey.

"Et ce mystérieux bienfaiteur a aussi créé un Agent Spencer robot."

"Vraisemblablement."

"Pour tuer le type dans la maison-"

"Cillian Erwan. Un investisseur dans le marché paratech."

"En effet. Et a aussi tué un des terroristes ? Donc c'était une trahison ?"

"Je suppose ? Ou il savait ce qui se passait ?"

"Dans les deux cas c'est pareil."

"Ouais. Donc une bombe a explosé, deux personnes sont mortes, et un officier du FBI de Trois Portlands en est apparemment responsable." Casey comptait les éléments sur ses doigts.

"On dirait que c'est un scandale. Mais qu'en est-il des bloqueurs dans la bombe ? Pourquoi se donner la peine de fabriquer des milliers de paillettes magiques juste au cas où un sorcier fasse de la divination sur le site de l'explosion ? Qu'est-ce que ça changerait ?"

Ils continuèrent de marcher. Il ne faudrait pas longtemps avant qu'ils ne se retrouvent sur le parvis de chez Eustace.

"Et si," commença Casey, "ils n'essaient pas de se cacher de nous, mais de quelqu'un d'autre ? Qu'en est-il du Maire ?"

"Est-ce que tu trouves ça logique ? La ville n'est pas au Maire ce que, par exemple, un corps est à un cerveau ?"

"Si c'est de l'observation à distance, ça fonctionne probablement comme de la divination, pas vrai ? Et les choses qui bloquent la divination créent un angle mort."

Adam rumina cela un moment. "Et si le Maire ne réalise pas que quelque chose se passe, et que le FBI s'occupe des retombées d'une bombe et d'un paquet de meurtres bidons…"

"Tout le monde est distrait. C'est l'ouverture parfaite."

Ils s'arrêtèrent. La rue arrivait à son terme, la façade de l'immeuble d'Eustace planait sur eux.


Ils avaient à peine toqué à la porte que celle-ci s'ouvrit vers l'intérieur. Eustace se tenait dans le hall, les bras croisés. Il leur fit signe d'entrer de ses mains ridées.

Adam lui fit un vague signe de sa main valide, mais Eustace secoua juste la tête.

La porte se ferma en claquant, plongeant à nouveau le foyer dans la pénombre. "Accorde-moi une faveur. La prochaine fois que tu quittes cette maison, ne fais rien qui passera aux infos avant de rentrer."

Casey et Vera cillèrent plusieurs fois, laissant leurs yeux s'ajuster à la lumière. Adam s'était engouffré dans la cuisine pour s'asseoir sur le comptoir en granite.

Casey toussa. Il réfléchissait à comment formuler cela.

"Je pense qu'on doit rencontrer le Maire."

Eustace acquiesça tout de long. "Bien, bien. Okay. Eh bien, je vais garder un œil sur la rubrique nécrologique—"

"Il est plus que probablement la cible de — eh bien, du truc qui va se passer," intervint Adam. "La bombe a fait en sorte que toute la ville regarde ailleurs, et personne ne va se préoccuper de faire le tri parmi les preuves pendant des jours, au moins."

Le vieil homme soupira. "Eh bien, c'est remarquable. Et si c'est vrai, on devrait quitter la ville, pas charger la tête la première vers une mort certaine. La mairie est construite comme un coffre de banque sous stéroïdes démoniques."

Casey fronça les sourcils. "On ne peut pas partir. On a tous des personnes qu'on connaît ici."

"Je suis désolé, est-ce que tu as des amis que tu n'as pas encore tué, amnésié, ou entraîné avec toi dans cette spirale mortelle ? Si c'est le cas, il devraient aussi quitter la ville."

Adam piocha un rectangle blanc dans un tiroir en chêne. De sa main valide, il l'appuya contre la blessure, serrant les dents quand des centaines de bras microscopiques se fixèrent d'eux-même sur la lacération.

Il prit une inspiration frissonnante, puis expira doucement. "Qui que ce soit qui est en train de faire ça le fait vite. Même si le conseil municipal écoutait, il leur faudrait des semaines pour faire quoi que ce soit — on doit agir maintenant."

Eustace plissa les yeux en regardant son fils. "À quel moment ai-je donné l'impression que je soutiens tes plans absurdes ? Pourquoi ne pourrais-je pas simplement vous jeter dehors et laisser la police régler tout ça ?"

Adam sauta du comptoir, pliant son bras bandé à titre expérimental. "Parce que si tu n'aides pas, je le ferai quand même. Je vais charger dans ces défenses tout seul. Et je vais mourir."

Eustace pencha la tête. "Est-ce que tu te retiens toi-même en otage ?"

"Oui. Tu sais que je vais le faire."

"Bon sang, tu oseras, n'est-ce pas ?" Il y avait un éclat terne de fierté dans la voix du vieil homme.

Eustace fixa Adam. Puis Casey. Puis à nouveau Adam.

"Bien," dit-il, articulant précautionneusement. "Laissez-moi récupérer mes affaires."


Eustace ferma les stores de la cuisine, débarrassant la pièce des derniers tons argentés de la lumière du début de soirée.

Le vieil homme se retourna, lorgnant sur les trois personnes qui étaient patiemment assises sur sa table à dîner terne. Après un moment, il fit glisser sa propre chaise, et s'assit dans un bruit mat poussiéreux.

Il s'éclaircit la gorge. "Je veux commencer par informer certaines parties présentes à cette réunion à quel point je les méprise."

Il pointa Casey du doigt. "Je déteste ton attitude veule et ta vulnérabilité au contrôle mental. Je déteste le fait que tu donnes à mon fils des excuses pour faire des conneries stupides."

Casey regarda la table, les bras repliés sur ses genoux. "Soyons honnêtes, il n'a pas besoin de moi pour ça."

Eustace l'ignora. Il changea la cible de son doigt du blâme pour Vera. "Je déteste ta gaieté insipide et le fait que tu t'imagines que tu as ta place ici."

Vera haussa les épaules. "Coupable."

Adam intervint. "Je pense que c'est bien que quelqu'un ait une once d'optimisme."

Eustace le foudroya un long moment. Adam se recula de nouveau sur son siège, reposant son bras gauche dans une écharpe de tissu noir. "On continue-"

"Est-ce que vous n'oubliez pas quelqu'un ?" demanda Casey.

Eustace fronça les sourcils vers lui. "Adam fait de son mieux. Qu'est-ce que tu sous-entends ?"

Casey regarda Adam, qui haussa les épaules en réponse.

"Ce n'est pas-" Casey recula. "-ce que je voulais dire."

"Quoi qu'il en soit," résuma Eustace. "Voilà ce que je sais."

Une chaude brise balaya la pièce, et des points spectraux émergèrent de la surface de la table. Ils brillèrent de reflets d'opale, chaque nœud étincelant entraînant les autres avec lui, formant un champ stellaire polygonal.

Eustace fit tournoyer ses doigts, et ils furent rappelés à l'ordre. Du bas vers le haut, un modèle holographique d'un bâtiment se forma. Il faisait environ deux étages, fin et frêle, et sur chaque côté se tenait un amalgame de balcons, d'appuis de fenêtres et de piliers, tous d'origines architecturales variées. Les fenêtres étaient toutes opaques et noires, et aucune porte ne marquait l'entrée.

"La Mairie," indiqua Eustace, comme si c'était évident. "Impénétrable. Même le conseil municipal n'y pénètre pas. Ils téléportent juste la paperasse à l'intérieur. Parfois, ils reçoivent même de la paperasse en retour.

"Le plus drôle, c'est que cet endroit n'est même pas un bâtiment. À la fin des années 90, la totalité du truc a fait boup et s'est reformée dans cette configuration. Ça se produit toutes les quelques décennies je crois. La même forme générale, mais des attributs plus modernes."

La forme explosa vers l'extérieur, la couche la couche supérieure de poussière d'étoile tourbillonnant vers le haut pour révéler un vortex oblong à l'intérieur, s'équilibrant sur une arrête.

"Vous regardez à l'intérieur, il y a deux barrières concentriques. J'ai mené mes propres tests il y a bien longtemps, et il semble que la première barrière est semi-perméable. Cependant, le programme thaumique là-dedans tourne à fond pour détecter et isoler la matière pathogène."

Adam l'interrompit. "Est-ce qu'on peut le distraire ? Se faufiler sans se faire remarquer ?"

Eustace tapota la table de ses doigts, et la constellation scintillante sur la table pulsa en rythme. "Tu pourrais projeter magiquement de petites menaces à l'intérieur je suppose. Mais tu auras besoin de prédire les points faibles bien plus rapidement qu'un esprit humain ne pourrait le supporter."

Casey l'interrompit à son tour. "Prédire, comme du machine learning ? L'agent de l'IC, Troy, il m'a dit qu'ils avaient quelque chose du genre."

Eustace soupira. "L'Insurrection du Chaos ne sauraient pas reconnaître de l'ingénierie de qualité si elle les frappait dans leur tronche d'adolescents m'as-tu-vu. Je vais voir ce que je peux faire."

Adam fronça les sourcils. "Comment ça se fait que tu en saches tant sur les défenses du Maire de toute façon ?"

"Il y a quelques années j'ai eu des ennuis avec des permis de construire. J'ai brièvement envisage l'idée de tuer le Maire et le remplacer par quelqu'un qui fantasme moins sur la paperasse."

La pièce fut silencieuse.

"… papa."

"J'ai prévu toutes les conséquences. Va porter plainte. Dans tous les cas," dévia-t-il, "vous devez toujours pénétrer physiquement dans le bâtiment."

Adam tordit ses lèvres. "Peut-être pourrions-nous nous envoyer par courrier ? Comme la paperasse."

Eustace le fixa. "Bien. Tu travailles là-dessus. Et quelqu'un d'autre peut travailler sur comment vous allez finalement franchir la seconde barrière. Je ne peux même pas deviner ce qu'il y a à l'intérieur de ce noyau, encore moins le percer."

"Si je puis intervenir," intervint Vera, "j'ai quelque chose qui pourrait être utile." Elle fouilla à l'intérieur de sa veste et en sortit l'appareil trapu ressemblant à un pistolet qu'elle avait utilisé dans le parking. Elle le brandit devant elle, le faisant tourner pour que les autres le voient.

"Ce que j'ai compris c'est qu'il a ouvert une porte pour que j'arrive ici. Peut-être pourrait-il être utile à présent."

Eustace le lui arracha des mains. Il le tint de côté vers son visage. "Où l'as-tu trouvé ?"

"Je l'ai reçu avec mon repas à Taco Bell."

Eustace posa l'appareil, puis pris un moment pour réfléchir à ce que sa vie était devenue.

Enfin, il parla. "C'est une sorte de paratech. Un ouvreur de Voie qui peut être utilisé par même les plus banals d'entre nous." Il regarda Vera du coin de l'œil. "Avec un peu de trifouillage, vous pourriez, peut-être, forer partiellement à l'extérieur de Portlands puis revenir, mais à l'endroit de votre choix. De l'autre côté de la barrière parce que vous ne seriez jamais passé par la barrière. Pour enfin ramener le Maire à la raison."

"Alors nous sommes prêts," dit Vera, souriant.

"Je suppose que c'est le cas.", grommela-t-il.

Il claqua les mains. La projection iridescente se replia sur elle-même jusqu'à n'être qu'une petite tête d'épingle. Et puis la pièce vira au noir.


Les mots "rudimentaire" et "complexe" ne sont généralement pas utilisés successivement pour décrire le même objet. Cette combinaison d'adjectifs est généralement utilisée uniquement pour le droit fiscal et les films reçus par la critique, mais elle s'appliquait aussi au grand assemblage qu'Eustace Rowe avait installé dans sa cuisine.

Avec un soin affectueux, Eustace avait tissé des couches de tendons en conduits d'aération organiques. Le tissu neuronal sous cellophane qui formait le noyau pulsant avait été choisi soigneusement, fondu avec précision dans la forme de la taille d'un mixeur devant lui. Chaque boucle de tube musculaire s'enroulait dans lui-même comme une bouteille de Klein de plomberie pseudo-électrique, courant le long du dessus de la table jusqu'à un simple casque de métal parsemé d'électrodes.

C'était un focus biomécanique parfait pour faire de la thaumatologie robuste. Les laboratoires Prometheus auraient — et ont, en fait, souvent — littéralement tué pour des paratech comme celle-ci. Les profanes appellent ça une abomination. Eustace, dans sa tête, avait décidé de l'appeler Hevel.

Le regarder donnait la migraine à Casey. Si on demandait à Casey de décrire son esthétisme en deux mots, il aurait poliment refusé de répondre à la question pour éviter de penser plus avant à la machine.

Eva ne savait trop que dire. "C'est… bien ?"

Eustace la fit taire. De ses mains osseuses il prit le casque par les côtés et le tint dans les airs. Dès que l'acier eut touché le sommet de son crâne, Hevel remua en venant à la vie d'un frémissement effrayant.

Il ferma les yeux, et la température dans la pièce grimpa d'un demi degré. Même sans regarder, il ricana en direction d'Adam. "Ne me regarde pas. Passe à autre chose."

Adam s'éclaircit la gorge. Dans une main, il tenait une liasse de papiers. Son autre bras était pressé contre son abdomen en écharpe serrée, récupérant toujours des entailles auto-infligées. "Bien. Donc j'ai été en contact avec un spécialiste en documents légaux. Il me doit une faveur."

Il hocha la tête vers Casey et Vera. "En vous frayant un chemin au travers de la barrière affaiblie, je suis presque certain que je peux vous mettre tous les deux dans des déclarations de revenus particulièrement volumineuses. Rien ne devrait aller de travers, au moins jusqu'à-"

Vera renchérit. "Jusqu'à ce que je puisse utiliser ceci ?" Elle brandit le pas-pistolet, orné de quelques nouvelles ampoules clignotantes.

Adam acquiesça. "Ouais, tu devrais être capable de faire ça. Je suppose ?" Il se tourna vers Eustace, qui se balançait maintenant doucement sur place, perdu dans des pensées projetées d'un autre temps.

Adam fit un pas en avant, et prit Casey dans son bras. "Maintenant ou jamais."

Casey le serra en retour, aussi précautionneusement qu'il pouvait. Son cœur battait la chamade.

"Eh bien," dit Adam, "c'est parti, allons vous mettre dans une boite."


Dans un hall enténébré au milieu de Trois Portlands Plaza, une grande boite en carton se matérialisa, suspendue à deux mètres du sol.

Un moment plus tard, elle arrêta d'être suspendue, et tomba sur le tapis du sol dans un bruit sourd douloureux et deux jappements. Un poing traversa une des coutures. Vera Gardia se mit à genoux . Elle prit une profonde inspiration mais eut la bouche pleine de poussière et elle commença à étouffer.

La tête de Casey émergea à côté. Ses yeux parcoururent l'endroit.

Ils étaient dans une sorte de hall. L'esthétique était datée, non seulement par les motifs jazzy de la moquette et le papier peint bleu décollé mais aussi la couche de poussière épaisse de deux centimètres qui couvrait absolument tout.

Bon, pas tout. Éparpillé dans le hall se trouvaient des papiers, des brochures et des enveloppes, reposant sur la mer de poussière. Ils étaient arrivés de la même manière que Vera et Casey, bien que la probabilité que quelque chose se trouve dedans soit bien plus faible.

L'endroit était silencieux comme la mort. Pas un bruissement, pas un grincement, pas un bruit de pas. Désert.

Vera s'éclaircit la gorge et se remit sur ses pieds. Elle tendit la main à Casey et le releva.

"Nous y sommes," dit-elle.

Casey tourna sur lui-même. Le hall partait dans deux directions, chacune se courbant légèrement pour former ce qui semblait être un cercle. "Tu veux essayer à gauche ou à droite ?"

Vera épousseta son pas-pistolet. "La gauche a l'air de porter chance." Elle se mit en route, laissant une trainée de particules, et Casey la suivit.

Le hall continuait de s'incurver, donc ça pouvait être une boucle — mais Casey remarqua aussi une pente. Une spirale ? La majorité du chemin était désolée, seulement des lettres abandonnées et plusieurs centimètres de grains de poussière. Dans le virage, quelque chose d'autre était visible : une vitre et un volet rustique, tournés de quatre-vingt-dix degrés et posés contre le bord de la moquette. Elle était contre l'intérieur du cercle, ostensiblement vers l'intérieur du bâtiment, et ne montrait que du noir pur.

"Ce n'est pas là où les vitres vont," observa Vera. Elle s'agenouilla à côté d'elle et appuya un doigt contre la vitre. Elle était brûlante au toucher, et alors qu'elle reculait une vague bleue profonde se brisa sur la surface.

"Ça colle, je suppose." Elle se remit debout. "Est-ce qu'on devrait l'ouvrir à coup de pied ?"

"Euh. On devrait probablement faire un tour encore avant d'essayer de causer dégâts matériels."

Elle haussa les épaules. "Tout n'est que poussière. Toutes les solutions convergent vers les dégâts matériels à la longue."

"C'est très philosophique."

"Plutôt la marque de l'expérience." Elle se leva à nouveau et continua de marcher sans se décourager.

Il poursuivirent encore un moment de plus, et quelque chose de bizarre attira l'attention de Casey de l'autre côté du virage. Quelque chose de marron et froissé.

"Est-ce que c'est une boite ?" demanda-t-il.

Vera loucha dessus, réduisant son allure à une promenade. "Ça l'est."

Ils approchèrent. Elle était froissée et tordue comme si une personne ou deux en avaient émergé et étaient parties dans le hall, comme indiqué par une trace désordonnée dans la poussière.

Casey pencha la tête. "Est-ce que c'est notre boite ?"

Vera se mit à genoux à côté. Elle appuya sur le carton plié avec son index.

"Hmm," dit-elle. "Je ne sais pas faire la différence entre deux boites."

Casey se balança d'avant en arrière sur ses pieds. "On a marché en montant, pas vrai ? On peut pas avoir tourné en rond."

"Peut-être que le Maire est un admirateur de M.C. Escher."

"Ce serait totalement logique en fait." Casey tourna en petit rond. "Donc, soit le bâtiment fait un peu de trucs bizarres au niveau de la topologie, ou y il a quelqu'un d'autre ici."

"Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs."

"Bien vu."

Il y avait des traces de pas qui émanaient de la boite en carton perforée, se dirigeant dans la même direction qu'eux.

"Nulle part où aller sinon vers le haut," murmura Vera.

Il poursuivirent le long de la spirale pendant encore un demi tour. Les traces de pas en face d'eux continuaient, entourées par par des quantités croissantes d'enveloppes non ouvertes.

Vera cueillit une liasse de lettres. "Un permis de construire. Des nouvelles d'une régulation sur la quatrième dimension. Un mandat d'arrêt pour quelqu'un accusé de "citronnage" ? Tu sais ce que c'est ?"

"J'ai seulement entendu des rumeurs."

Vera pivota, examinant le papier peint décollé et dépassé. Elle passa un autre tournant, et la texture molle fut supplantée par un cadre en bois.

"Oh," remarqua-t-elle. "C'est quelque chose."

C'était une porte, sur la surface intérieure du hall. Elle était en bois, incrustée de simples motifs rectangulaires. Vera fit jouer la poignée, puis poussa son épaule contre la porte.

Casey la dévisagea. "Qu'est-ce que tu fais ?"

"J'enfonce la porte."

"Ce serait vraiment une mauvaise barrière impénétrable si elle ne résistait pas aux épaules."

"Certes." Elle fit un pas en arrière, et sortit l'ouvreur de voie de sa veste. "Je crois que c'est la cible du coup."

Casey acquiesça, surtout pour lui-même. "Ouais." Il tendit la main. "Je peux essayer de l'ouvrir, et tu peux passer la tête à l'intérieur."

Vera secoua la tête. "Je ne crois pas que je peux le faire Casey."

Casey pâlit. "Tu n'es pas sérieuse. Pas vrai ?"

Vera soupira. "J'en ai fait beaucoup aujourd'hui. J'ai survécu à un attentat, j'ai pourchassé quelques personnes, je me suis battu contre deux types. Je crois que j'ai volé le vélo de quelqu'un aussi."

"Il, euh, il n'en avait probablement pas besoin ?"

"Ce n'est pas le sujet. Tout ça, c'est toujours un territoire étranger pour moi. Et je peux gérer ça, mais je ne peux pas aller là-dedans et faire comme si je parlais au nom de la ville. Autant que je veux connaître cette place, je ne le pourrai pas. Pas encore."

Casey baissa la main. "Mais qu'est-ce que je peux faire ?"

Vera médita un moment. "Pourquoi est-ce que tu as commencé tout ça au départ ? Troy t'a offert un moyen de quitter la ville, et ce n'est pas comme si tu devais quelque chose à Eustace. Pourquoi ne pas attendre que ça se termine et laver ton nom ensuite ?"

Casey regarda la porte, puis le sol. "Je ne veux pas partir. Je ne veux pas que la ville soit un en lieu d'où je dois m'enfuir. Dans chaque autre endroit où j'ai été, je suis importun, indésirable, juste un rien. Trois Portlands m'a accepté. Peu importe à quel point elle peut être hostile, c'est chez moi. Si quelque chose se passe, je veux être là pour elle. Mais je ne sais pas si je peux m'en occuper."

Vera sourit. "Tu t'en sors très bien. Après ça, on sortira boire un coup." Elle pointa l'ouvreur de voie vers la porte, ferma un œil, et pressa la détente.

La porte se voila, et une forme noire comme du charbon grandit depuis les rainures de chaque côté jusqu'à recouvrir la surface.

Elle fit un clin d'œil. "Entre. Je serai là."


Casey tomba la tête la première sur le sol. Il essaya d'ouvrir les yeux, et réalisa alors qu'ils étaient déjà ouverts. Le noir complet.

Il déplaça ses mains sur le sol. L'air était frais et le sol était incurvé, légèrement en forme de bol. Les doigts de Casey frôlèrent quelque chose de doux qui s'émietta sur lui, et il recula.

Des sirènes emplirent alors ses oreilles. Tout vira au blanc brulant et brillant, et l'explosion dans ses tympans envoya précipitamment ses mains protéger sa tête. La son était comme une corne de brume, si puissante que l'air bouillait et l'esprit de Casey fut complètement vidé à l'exception de la pensée de fuite et — ça s'arrêta.

Casey haleta, comme si le vent l'avait assommé.

Il entendit une voix calme et râpeuse. "Pathogène. Identification."

Il fut contraint de lever les yeux. La pièce était toujours de blanc pur infini, mais devant au-dessus de lui se trouvait une sphère violette. Elle ressemblait à un énorme oeil unique qui absorbait sa vision.

Casey se remit debout, chancelant sur le sol incurvé.

"Je suis Casey Malik. Je dois vous parler."

Des vrilles lavandes lisses s'enroulèrent autour de ses chevilles et de ses poignets. Il fut tiré dans les airs. L'orbe oscilla devant lui et pulsa à chaque mot qu'elle prononça. "Ce que vous avez fait est proportionnel à un besoin de parler de la même manière qu'une chirurgie cérébrale est proportionnelle à une volonté de dire bonjour."

Casey se tortilla. "Je suis désolé, mais c'est moche dehors. Des personnes meurent, et c'est de pire en pire."

La pièce se réchauffa d'un degré ou deux. "La mort," émana la voix "est tout autour de nous. Vos cellules meurent en ce moment même. Dans sept ans, chaque partie de votre corps qui est vivante maintenant sera remplacée par une nouvelle vie. La mort d'une cellule n'implique pas de lésion du tout."

Il loucha, révolté. "Est-ce que vous allez simplement nous effacer comme ça ?"

"Ce n'est pas de votre faute si vous ne comprenez pas. Vous êtes simplement une cellule. Et maintenant vous êtes un pathogène."

"Il y a d'autres problèmes plus importants que moi là-dehors. Je suis juste un secrétaire. Il y avait une bombe là-dehors et je- je pense que c'était juste une diversion."

"Une diversion pour quoi ? Je peux voir que vous êtes en partie impliqué. Vous avez un passager." Des vrilles supplémentaires s'étendirent de l'orbe, raclant les joues et les tempes de Casey. Il essaya de bouger en retour, mais fut forcé de rester immobile.

"Elle attend juste dehors. C'est une amie."

"Pas ça. Un passager. À l'intérieur de votre tête."

"C'est, eh bien- j'ai été exposé à un vecteur. Il m'a fait faire quelque chose. C'est- c'est mémétique." Casey passa les étapes à toute vitesse dans sa tête. "Une infection des cellules menace le corps."

Le Maire bredouilla de manière contemplative. "Oui," dit-il. "Elle le peut."

"Qu'est-ce qu'il faut pour vous menacer ?"

"Bien plus que ce que vous avez"

Le Maire se referma et enfonça ses vrilles dans la tête de Casey et il hurla-


Au début, Casey était effrayé. Il venait de naître, et ses étendues de terre étaient stériles.

Attendez, revenons en arrière une seconde. Casey n'avait pas d'étendues de terre. Lui, le véritable Casey cette fois-ci, fit un pas en arrière. Le Maire était à l'intérieur de sa tête, mais la cognition mutuelle est une voie à double sens, n'est-ce pas ?

Le son d'une fusillade ramena Casey dans l'autre lieu. Des bombes secouèrent son vaste corps, et il n'avait nulle part où aller. De grandes cordes le liaient à une ancre invisible, trois harpons enfouis dans sa chair.

Il sentit des pas sur lui, et entendit des voix. Des soldats, cherchant refuge d'une guerre lointaine, se battaient avec des armes et des fantômes et du feu.

Trois Portlands les accueillit à bras ouverts.

Des années passèrent. La guerre s'était achevée en grande pompe, et les tours de guet et les fortifications et les convois de Portlands devinrent des maisons et des boulangeries et des bicyclettes.

Le Maire fêta cela aussi. Il s'était construit une maison.

La population se multiplia ; les personnes devinrent indistinctes. Le Maire ne voyait pas les visages, plus maintenant ; tout ce qu'il voyait c'était des cultures — des désirs. Le pouvoir s'accumula dans la ville.

Le Maire devint conscient des entités semblable à lui. "L'Amérique". "Le Royaume-Uni". "La Fondation". Le Maire construisit des murs plus solides.

Trois Portlands prospéra, et le Maire n'écréma qu'une fraction de cette énergie. Son corps s'étendit rapidement vers l'extérieur, s'étirant dans l'éther. Des membres imposants et des veines de pierre et d'acier se remplirent de dizaines de milliers de cellules-

Casey s'arracha en retour. Il était de nouveau une personne, assise sur une chaise en bois dans un café.

Il jeta un coup d'œil par la grande fenêtre pour voir des kilomètres et des kilomètres d'espace vide, et la totalité de Trois Portlands replié sur lui-même comme une grande roue.

Le café était vide, à l'exception d'une personne assise de l'autre côté de la table.

"Casey, chéri," roucoula Adam. "Parle-moi de la bombe."

"Adam, tu-" commença Casey. "Vous ne devriez pas lui ressembler."

Pas-Adam rit. Cela sonnait exactement comme lui. "Maintenant que j'ai été dans ta tête, je pense qu'on peut être à l'aise l'un avec l'autre. Je ne peux pas voir à l'intérieur de l'explosion, Casey. Dis-moi ce qui s'est passé." Le café sembla faire un zoom vers le bord de la ville, où le grand côe de poussière devint rapidement visible.

"Il y avait Cillian Erwan et Sidney Way. La cible et le poseur de bombe. Un double de l'Agent Spencer les a tué tous les deux."

"Mm," fredonna Pas-Adam, comme s'il savourait une bouchée de quelque chose. "Qui s'en est sorti ?"

"Moi. Et Adam, et Vera. Et l'autre poseur de bombe. Timothy."

"Timothy," répéta Pas-Adam. Le café se referma sur le bord du nuage opaque, dans une rue parallèle où un homme en short de basket émergea de la poussière. Des larmes boueuses coulaient sur son visage. Il commença à courir.

La vitre le suivit alors qu'il s'évanouissait dans une file de citoyens qui couraient en s'éloignant de l'explosion. Il resta avec eux jusqu'à ce qu'il puisse courir dans une rue parallèle et se précipiter dans l'immeuble résidentiel. La vitre du café passa à une vue du dessus.

Timothy courut dans les escaliers et sortit un porte-clef d'une poche de sa veste couverte de poussière. Il fit irruption dans un appartement sale et exigu, claqua la porte, et se plia en deux pour tousser. Un moment passa et il reprit sa respiration.

Il releva les yeux, et un paquet neutre de la taille d'une huche à pain attira son attention.

Il s'agenouilla à côté, l'examinant à la recherche d'une marque indiquant son origine. Ne trouvant rien, il inséra ses doigts dans les jointures et le déchira, sortant un petit objet noir qui ressemblait à un pistolet, et-

Il ressemblait totalement à l'ouvreur de Voie de Vera.

Le visage de Pas-Adam se durcit. "Non, non." Il regarda Casey. "Laisse-moi le voir encore."

Casey ne put quitter du regard Timothy, qui serrait toujours l'objet. "Quoi ?"

"Le virus dans ta tête. Je dois le voir à nouveau." La scène de l'autre côté de la vitre éclata en morceaux et s'évanouit en une brume grise. Pas Adam attrapa Casey par les épaules le leva sans effort dans les airs. Sa voix était frénétique. "Je dois savoir ce qu'il fait. Je dois voir qui l'a envoyé. Nous ne devons pas avoir beaucoup de temps."

Pas Adam enfonça ses doigts dans la nuque de Casey, mais il sentit à peine la douleur. Les yeux de l'apparition virèrent au blanc lorsqu'il recueillit l'information. "Oui, oui, c'est- je peux voir, je peux le voir."

Et il se figea, et lui et le café s'évanouirent dans le vide. Casey tomba au sol. Il était dans la pièce blanche une fois de plus.

Alors qu'il se remettait sur ses pieds, il vit quelqu'un d'autre.

"Enfin," dit Timothy Way. Il ressemblait exactement à ce qu'il était dans la vitre. "C'est pas trop tôt."

Casey essaya de feinter vers lui, mais il fut simplement repoussé par une barrière invisible. L'orbe au centre de l'espace clignotait, vibrant plus rapidement que quiconque pourrait dire, et rayonnait de force vers l'extérieur.

"Honnêtement," poursuivit Timothy, "je ne sais pas comment ils l'ont fait. Comment concevoir un danger-sensitif pour quelque chose de si abstrait, encore plus s'il est niché dans un autre danger ?" Il haussa les épaules, et Casey put voir l'ouvreur de voie dans sa main. "Je suppose que ça n'a plus d'importance à présent."

Autour de Casey, l'espace blanc était recouvert de parasites. La barrière accéléra. Des bourrasques de vent tourbillonnèrent à l'intérieur de la sphère.

Timothy se stabilisa contre le bord de la chambre, leva son appareil vers l'orbe figé, et pressa la détente.

La sphère se distordit — comme lorsqu'une aiguille est trainée dans de la peinture au-dessus de l'eau, un cône maitrisé sortant de la surface placide. Un instant plus tard, elle se répercuta en écho ; il ondula dans les airs et les murs et le corps et l'esprit de Casey.

Il y avait maintenant un puits défini dans la pièce, une gravitation tirant l'orbe qui ondoya avec une amplitude grandissante, enveloppée autour d'une Voie qui mène vers dieu-sait-où.

Casey s'appuya sur ses coudes. Il essaya de crier par-dessus le vacarme, sa voix rauque et tordue. "Qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi ?"

Timothy lâcha l'ouvreur de voie. Il vola dans le vortex qui s'étendait, et s'évanouit. "Tu nous as montré comment venir ici. Tu as abattu leurs défenses et ouvert la porte."

L'homme toussa, transféra son poids sur le mur. "Ils ne comprennent pas. Ils pensent que c'est un bon plan. Mais Trois Portlands a besoin de traverser le feu pour les faire sortir. Tous les flics et les espions et les-" il s'interrompit pour tousser. "renaître de ses cendres. Comme cela devrait être."

Casey porta ses genoux à son ventre. Le Maire s'évanouissait à présent, diminuant en taille alors que les vents et la gravité le saisissaient. Il parla et les mots furent emportés par le vent. "Je ne veux pas quitter la ville."

"Pas d'inquiétude," dit Timothy, fermant les yeux. "C'est comme si vous n'étiez jamais parti."

Casey serra les yeux. Le sol s'ouvrit sous lui, et il tomba dans des bras qui l'attendaient.


Chaque chien de Trois Portlands se réveilla de son sommeil et commença à aboyer.

Les passagers qui patientaient à la Gare Centrale de Trois Portlands regardèrent toutes les Voies indiquer successivement "FERMÉE".

Tout le monde au-dehors entendit un grand carillon ; au-dessus d'eux, les étoiles s'éteignirent une par une.

Tous ceux qui rêvaient tiquèrent, et resserrèrent leur couverture un peu plus fort.

Cela se produisit dans toute la ville, tout en même temps. Parce qu'à partir de cet instant, Trois Portlands n'était pas une ville.

À partir de cet instant, Trois Portlands était un cadavre.


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