Sur l'oreiller
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"Merci beaucoup…"

Sans attendre de réponse, la brune vint se lover contre l'épaule de sa partenaire du soir. Sa joue pressée contre la peau douce et chaude, quelques mèches blondes sur le visage, elle huma l'air pour profiter de l'odeur enivrante de l'autre femme. La main de celle-ci caressa le haut de sa tête tendrement, et la brune tourna son regard noisette vers les yeux de la blonde, deux émeraudes dans la semi-obscurité de la chambre.

"Alices ? Je peux te poser une question ?
-Qu'y a-t-il ?" demanda l'intéressée d'une voix bienveillante.

La brune réfléchit un instant à la formulation de sa question, comme une enfant, et détourna le regard en la posant :

"Est-ce que tu… as aimé ?"

Elle fut surprise lorsque sa partenaire éclata d'un rire cristallin : elle l'avait entendue gémir, elle avait senti ses souffles de plaisir sur sa peau nue, mais elle ne l'avait pas encore vue exprimer une émotion aussi intensément ; en fait, elle n'avait jamais entendu personne rire ainsi.
La blonde mit fin à l'étreinte et replongea ses yeux dans ceux de la jeune femme, qui se sentit rougir :

"Pourquoi, tu doutes de toi ? Tu avais pourtant l'air très assurée, tout à l'heure. L'alcool vous rendrait-il plus avenante, mademoiselle Rose ?"

Entendre son prénom de la bouche rosée qu'elle avait tant embrassée cette nuit-là lui fit un drôle d'effet, comme si un jardin entier venait d'éclore en elle en une fraction de seconde. Elle n'avait jamais aimé son prénom, mais cette sensation lui donna le sentiment que peut-être elle commencerait à l'apprécier, désormais.

"Oui… enfin, je doute toujours de moi. Mais, quand je te vois, aussi belle…"

Elle marqua un temps d'arrêt pour caresser, de ses doigts aussi délicats qu'une fleur, la clavicule nue d'Alices.

"…je me dis que je ne sais pas ce qui t'as pris de venir me voir, moi."

Alors, sans prévenir, la blonde roula au-dessus de sa partenaire et l'embrassa, puis déclara en souriant :

"Ne te pose pas de questions comme ça : si les gens t'aiment, c'est comme ça, tu n'y peux rien.
-Si seulement c'était aussi facile de plaire dans la vraie vie… Tu sais, je suis une artiste. Je me produis parfois sur scène, dans des petits bars ou lorsque je suis invitée à une soirée dansante. Mais, récemment, j'ai été repérée pour participer à quelque chose de plus grand, de plus ambitieux. Je n'ai pas les détails, mais l'agent qui m'a approchée m'a promis une place centrale dans la représentation, et un public important. Il m'a dit que tout ce que j'aurais à faire, c'est chanter, encore et encore, sans m'arrêter. Je me doute qu'il y aura quelque chose autour, une animation, tu vois ? On m'a dit que je n'aurais pas à être le centre de l'attention, simplement que je dois être cool. C'est le thème de l'évènement, apparemment…"

Elle marqua un silence. Elle avait envie de se confier à cette femme, cette Alices qui paraissait si gentille, mais elle avait peur de l'ennuyer. Elles n'avaient pas prévu de se revoir, alors elle voulait garder un bon souvenir de cette soirée.
Mais la blonde passa une main dans ses cheveux, et ses derniers doutes disparurent.

"Tu penses que je devrais accepter ?"

Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait envie de remettre cette décision dans les mains d'Alices.
Cette dernière sembla réfléchir un instant, puis roula à nouveau à sa place sur le lit et gratifia Rose d'un nouveau sourire :

"Oui ! Et puis je suis sûre que tu seras parfaite.
-Tu ne m'as même pas entendu chanter !
-Oh, chut" fit Alices en mimant une moue énervée et venant se coller contre la jeune femme.

Elles restèrent ainsi, lovées l'une contre l'autre, dans leurs draps blancs, durant la nuit entière.
Au petit matin, Rose fut réveillée par une brise fraîche. Elle huma l'air et, ne sentant plus le parfum de sa partenaire, ouvrit les yeux. Naturellement, elle découvrit la chambre vide.
En se rhabillant, la jeune femme fut surprise de voir un petit papier tomber de la poche de sa jupe. Elle le déplia, et son cœur rata un battement : un simple numéro, mais dont le sens la réchauffa entièrement.
Elle envoya un message, composé d'un unique cœur, puis serra le téléphone contre sa poitrine.



Rose fut réveillée par la sensation d'une peau fraîche contre sa joue. Elle huma l'air, et reconnut le parfum enivrant qui lui avait tant manqué. Ouvrant les yeux, elle découvrit avec plaisir Alices, restée à ses côtés toute la nuit. Cette dernière émergea également des bras de Morphée, et se blottit encore un peu plus dans ceux de Rose.

"Bien dormi ?" murmura la brune en passant sa main sur la joue rosée de sa partenaire.

Alices gémit lentement en se redressant et s'étirant, puis regarda Rose dans les yeux.

"Voui… d'ailleurs, ta prestation de l'autre fois, ça s'est bien passée ?" enchaîna-t-elle abruptement.

Rose, décontenancée, bafouilla un "Ou- Oui… plus ou moins…" avant de détourner le regard.
Elle ne pouvait pas lui dire. Elle ne pouvait le dire à personne. Personne ne comprendrait l'état dans lequel elle était, l'état dans lequel elle avait été depuis ce jour. Elle était une personne différente, maintenant : sa nouvelle philosophie avait eu le temps de s'ancrer profondément en elle-même, depuis un mois. Pourtant, elle ne pouvait le dire à personne, et surtout pas à cette femme qu'elle aimait plus que tout, et qu'elle venait à peine de retrouver.
Mais, en tournant à nouveau ses yeux vers Alices, elle remarqua le voile qui s'était fait devant ceux de la blonde. Alors elle comprit : elle, elle savait.

"Je…"

Rien d'autre n'eut le temps de sortir de sa bouche : Alices parla en première, un sanglot dans la voix.

"Je suis désolée… Excuse-moi… Oui, j'ai aimé, mais…"

Puis, visiblement à contrecœur, elle fit un signe de la main. Le temps que Rose tente d'analyser les paroles prononcées par cette bouche rosée qu'elle avait tant embrassée, il était trop tard : elle ressentit une présence dans son dos. L'instant d'après, elle était étalée sur le lit à plat ventre sous le poids de celle-ci, et sentit le contact froid du métal contre l'arrière de son crâne. Son esprit vola en éclat, et la situation se démêla dans celui-ci.

Une voix masculine lui vociféra des ordres agressifs, mais elle ne les entendit pas : du coin de l'œil, elle pouvait apercevoir la femme qu'elle aimait remettre ses lunettes rouges pour cacher une larme. Puis, la blonde se releva, et discuta avec un soldat arborant un logo que Rose reconnut immédiatement : celui de la Fondation SCP.

"Votre coopération pour cette capture est grandement appréciée, Dr. Aloices. Soyez assurée que nous saurons en tenir compte lorsque nous réexaminerons votre dossier concernant la liaison que vous avez entretenue avec cette personne appartenant à un Groupe d'Intérêt hostile. Quant à- Pardonnez-moi, vous pleurez ?"

La blonde sembla détourner le regard, et balbutia quelque chose que Rose entendit à moitié :

"Ça n'était qu'une aventure passagère… rien de plus. Je ne m'attache pas aussi rapidement…"

En Rose se mêlèrent le dégoût de l'avoir entendue prononcer ces mots, et l'admiration de savoir qu'elle avait menti à un supérieur…
Inconsciemment, la brune tendit la main vers Alices, dans un espoir fou de saisir les instants passés ensemble, de serrer à nouveau la blonde contre elle, de humer à nouveau son parfum.
La silhouette nue du dos de la femme fut la dernière chose qu'elle vit, avant qu'on ne lui administre un sédatif. Elle s'endormit, plongeant dans un mélange de remords et de mélancolie.

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