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Octobre 1927
Nord de la France
Bordure de la forêt
La petite cabane


Jack revenait de sa journée de pêche. Son ami François et lui avaient ramené quelques poissons pour le souper.

Son Grand-père vivait seul dans cette petite maison depuis de nombreuses années. Il le rejoint, tandis que son ami repart, le sourire aux lèvres après cette belle sortie, un bar, quelques merlans et un peu de maquereaux dans son panier.

Lorsqu'ils eurent suffisamment consommé leur soupe de poisson, le jeune homme demanda à son aïeul de lui conter une de ses intrigantes et passionnantes histoires. Celles qui lui glaçaient les os.

- "Grand-père, racontez-moi à nouveau cette fois-là, où vous retrouvez la femme qui hantait vos rêves", disait-il avec son air innocent, happé par la soif d'aventure.

- "Comme tu le souhaites jeune", commenta son prédécesseur.

C'est ainsi que le vieil homme conta une nouvelle fois cette histoire, une partie de sa vie. Dans le temps, il travaillait à l'usine de poisson, autrefois animée par les sons des rouages, des courroies et de la sueur des hommes. Il était amoureux et fiancé à une belle et jeune demoiselle, dont le cœur lui était aussi acquis. Mais vint la Guerre, et celui-ci dû partir au front en disant adieu à la femme tant aimée.

Durant ces nombreuses années, il combattit vaillamment. Oubliant presque ce qu'était la vie autrefois, mais jamais, au grand jamais, il n'oublia sa bien-aimée. Il ne reçut que de rares nouvelles, le front ne lui laissant quasiment aucun répit. Prisonnier, il ne sera libéré qu'à la fin de ce combat, sans vainqueur dans le cœur des simples hommes.

Ainsi, miraculé de la Grande, le fier soldat, traumatisé le carnage qu'il dût affronter et surmonter, revint après tant d'années. Mais son retour coïncida avec une terrible nouvelle : sa belle était repartie aux côtés du Grand.

La tristesse de l'homme fut grande, un désespoir immense. Longtemps ses nuits en furent réduites aux pensées du simple bonheur qu'il ne pourrait jamais avoir, de douloureux rêves qu'il ne supportait plus.

Une nuit, éveillé après ses souvenirs, si durs avec lui, l'ancien soldat remarqua une lumière étrange vers l'usine de poisson. Une pâle lueur. L'homme sorti de sa cabane avec sa lanterne à huile, et se dirigea vers ce lieu qu'il n'avait plus pénétré depuis une éternité. Au fur et à mesure que ses pas le rapprochaient de l'imposante bâtisse, le brouillard se manifestait, l’enveloppant au rythme de ses pas dans l'herbe glacée.

L'usine avait pris un sacré coup de vieux, les murs décrépis, la rouille qui submergeait les lieux, le vide laissé par tous les outils qui avaient été embarqués. Seuls ceux qui n'avaient plus de temps devant eux furent laissés à leur triste sort. L'usine, utilisée à foison lors de la Guerre, fut abandonnée peu de temps après.

Soudainement, un cri déchirant vint des profondeurs de l'usine. L'homme se précipita à son origine. Et il la vit. L'étrange lumière.

L'instant d'après, plus rien.

Seul son cœur était audible dans les couloirs de cette bâtisse.

Pris de peur, il s'enfuit de celle-ci et jura de ne laisser personne parvenir dans cet endroit maudit.

Ainsi prit fin l'histoire du vieux soldat, empreint de cet amour que tout semblait lier, mais dont le destin jugea qu'il n'en serait pas ainsi.

- "Mais des personnes disparaissent quelques fois dans la région, y a-t'il un lien ?", questionna son auditeur.

- "C'est ton imagination ça fiston."

Sur ces mots, les deux se couchèrent.

Mais cette histoire tenait le jeune homme en haleine, et le réveilla au beau milieu de la nuit. Il remarqua alors que son grand-père n'était plus dans la vieille cabane. Il sortit pour essayer de le trouver. C'est là qu'il l'aperçut.

Une pâle lueur, dehors.

Il décida de tirer tout ça au clair. Il s'arma de son courage, et partit en direction de l'usine. Le brouillard se leva et suivait désormais ses pas.

Une fois arrivé, il se retourna et constata l'ampleur de l'épais nuage qui entourait désormais toute la verdure. Il s'avança dans le lugubre bâtiment à la seule lumière faiblarde d'une lampe. Après quelques pas, il entendit un faible râle, grave, sortant des profondeurs de l'ancienne usine.

Un bruit, puis une ombre qui se déplace à toute vitesse en direction du bruit.

Le jeune homme accouru dans la même direction. Il y retrouva plus loin ce qui lui sembla un corps sans vie. Le doute et la peur s'installa en lui. N'écoutant que son courage, il alla de l'avant et reconnut son aîné, au sol, mais vivant. Le vieil homme lui indiqua de son bras tremblant, une porte.

Le jeune alla à celle-ci et sentit une odeur nauséabonde, indescriptible. L'ouvrant prudemment, le jeune ne put se retenir de reculer pour éviter de vomir à toute l'odeur putride qui se déversait sur lui. De sa faible lampe, il éclaira la sombre pièce.

Il lâchât sa lumière.

Ce qu'il vit l'horrifia.

Mais aucun cri ne sortit de sa bouche.

Mille cadavres décomposés, humains, empilés dans un coin de la pièce. Tissés entre-eux par des fils, un avait une dizaine de bras, un autre était lié à un animal et d'autres assemblages contre-nature. Au devant, une fontaine de pierre, laissant écouler un liquide rougeâtre, un corps chaud à ses pieds.

Il fallait partir, et vite !

- "Grand-père, grand-père ! Nous dev…"

Un pic de métal sortant de sa poitrine.

- "Le dernier à l'horizon."

Cette voix…

Tombant à terre, il vit l'individu avancer, et la lueur apparaître.

Une forme se dessina, une jeune femme apparu.

- "Oui, nous vivrons éternellement."

Son cœur lâchât.











- "La rénovation avance ?"

Octobre 1950
Nord de la France
Bordure de la falaise
Ancien bâtiment

- "Elle sera terminée dans les délais"

- "T'es sûr de ton coup François ? Enfin je veux dire, utiliser ce tas de briques pour ton usine de textile ?"

- "Ne t’inquiètes pas, ça a beau dater, cette bâtisse va tenir le coup. Juste quelques rénovations."

- "Tu connais l'histoire de cet endroit ?"

- "Le fait qu'il n'y ai plus aucun habitant des rondes aux alentours ? Ils ont disparu ou quoi ?"

- "Tu te fais des idées."

- "Au fait, la salle avec la fontaine, t'en fait quoi ?"

- "Hum… Je pensais à une salle de repos, ça conviendrait parfaitement."

- "Les ouvriers me rapportent pourtant qu'il se sentent mal à l'aise devant celle-ci. Va savoir pourquoi."

- "Vous venez les gars ? On doit y aller !"

- "On arrive !"

Ils partirent.

François resta seul.

- "Quand est-ce que tu seras rassasiée ?"

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