L'Épicerie de l'Étoile d'Or
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Le jeune Lucius Bell était en route à pied vers son nouveau travail, perdu dans ses pensées. Je me demande comment ça se passera. Il fronça les sourcils. Probablement mal ; ils ne m'ont même pas formé. Et avec ce collègue bavard… Rah, la totalité de ce nouveau boulot semble louche. Peut-être que c'est comme une couverture pour la mafia ou quelque chose du genre.

Il poussa une porte couverte de poussière afin de rentrer dans l'inactive Épicerie de l'Étoile d'Or plongée dans la pénombre. En posant son sac sur le comptoir, il observa autour de lui avant de crier : "Hé, y'a quelqu'un ?"

Il y eut un bruit statique, un "zap" et la lumière s'alluma soudainement en clignotant, faisant sursauter Lucius et lever les bras instinctivement. Un moment s'écoula avant qu'il ne les baisse le long de son corps, se détendant alors qu'il regardait autour de lui dans le magasin. Il tapota le petit comptoir du poing ; un tic nerveux.

"Ahhh, désolé pour ça, me v'là ! Je me suis un peu perdu en allant vers la lumière. T'es mon nouveau collègue, c'est ça ?" demanda une voix faisant écho dans le magasin vide alors que Lucius cherchait sa source du regard. Personne n'était entré par la porte, de ce qu'il avait vu en tout cas.

"Où êtes-vous ?" demanda-t-il.

"Ah, j'ai peur ne pas avoir de corps."

Lucius posa ses doigts sur sa tempe, la frottant doucement. Un mal de tête arrivait alors qu'il réfléchissait. "Vous voulez dire quoi par là ?"

"Lève les yeux, je suis au dessus !" Lucius leva lentement la tête, remarquant un haut-parleur intégré au plafond. "Bonjour, je m'appelle Opar ! Et toi ?"

Lucius répondit avec un grognement.


Lucius poussa sa porte avec hésitation, se dirigeant en silence vers la boutique pendant un moment avant de soupirer et de s'asseoir sur un banc à proximité.

Est-ce que je devrais seulement y entrer. Je devrais peut-être juste démissionner. Il serra la main sur le bord du banc, leva les yeux au ciel et lâcha un léger râle.

D'abord la nounou d'insectes géants, puis l'entretien d'un jardin qui fait pousser des yeux et maintenant ça !?

Je suis crevé. pensa-t-il. Qu'est-ce que je peux faire ?

Lucius s'appuya en arrière, observant l'horizon alors que le soleil se levait. Un reflet attira son attention et il vit sa réponse.

S&C Plastiques.

"Oui !" s'exclama-t-il en se levant, avant de courir en direction du bâtiment.


"Vous devez m'écouter !" hurla Lucius. "C'est l'épicerie ! Il y'a un type et il est-"

"Gamin, gamin !" l'interrompit a femme derrière le petit comptoir d'accueil en agitant les bras de manière dramatique. "On a d'autre choses à s'occuper ! Ton pote de l'épicerie. Il a fait quelque chose de mal ?"

"Non, mais-"

"Y'a pas de mais !" hurla-t-elle. "On ne peut rien y faire. On a d'autres chats à fouetter. Des chats plus dangereux. Si tu n'aimes vraiment pas ce type, démissionne."

Lucius grogna, frappant le comptoir du poing avant de se retourner et claqua la porte derrière lui, laissant la femme dans un silence complet.

"Attends, on n'est pas censé faire semblant de ne pas savoir de quoi ils parlent ou…" se demanda-t-elle avant de hausser les épaules. "Peu importe. Ils savent à propos des bizarreries de toute manière."


Lucius s'engouffra par la porte de l'Épicerie de l'Étoile d'Or, claquant la porte derrière lui. On entendit des aboiements suivis de plusieurs coups avant que l'animal derrière ne s'éloigne. Il soupira de soulagement.

"Ah, tu es de retour ! La plupart des gens ne reviennent pas !" La voix grésillante remplissait la boutique.

Lucius, anxieux, trébucha sur le comptoir, sa main appuyant sur le bras. "Ouais, j'y avais pensé. Puis j'ai réalisé que je dois payer mon loyer." Il releva ses manches et posa les coudes sur le comptoir avant de s'y affaler. "Du coup me voilà."

"Mmh… Tu as besoin de café ? Il y en a probablement sur les étagères."

Lucius ricana en fermant les yeux. "Ouais, que je devrais payer."

"Non, non !" lança Opar. "Tu peux prendre tout ce que tu veux, la boutique se réapprovisionne !"

"Et je vais probablement devoir le faire…"

"Nan, la boutique se réapprovisionne pendant la nuit !" le coupa Opar. "Une fois un employé avait pris tout ce qu'il pouvait prendre dans le magasin et tout a été replacé le lendemain. C'est plutôt flippant, hein ?"

"Quoi ? Tu penses que c'est flippant ?" Lucius leva les yeux au ciel d'un air désespéré et grogna. "Et alors un esprit bizarre du haut-parleur, hein, ça fait pas flipper !? Ça te fige pas de peur, hein ?!" Il leva les bras, continuant à se plaindre. "Et pourquoi pas ce truc mi-chat mi-chien qui m'a attaqué quand je venais !?" Lucius remonta sa manche afin de révéler une longue griffure sur son avant-bras qui commençait à saigner. "Ça fait un peu peur, n'est-ce pas ?! N'est-ce pas ?!"

L'épicerie fut plongée dans le silence alors que Lucius se détendait, se frottant les tempes.

"Tu sais quoi ? Je vais peut-être le prendre ce café… Et peut-être aussi des bandages…"


"♫ L'Étoile d'Or, c'est l'épicerie pour toi et moi ♫" Opar chantait sans prêter attention à Lucius qui venait juste de rentrer.

"♫ Que les étoiles brillent ou non, quand tu attends dans la neige blanche, si tu as besoin d'un gros jambon ou même juste d'une tranche ♫"

Enthousiasmé par la chanson, il ignorait les rires de Lucius. "♫ Alors viens donc à l'Étoile d'Or, l'épicerie pour toi, et, moi. ♫"

"Tu savais que j'étais là quand tu chantais, hein ?" demanda Lucius en levant la tête vers le haut-parleur.

"Ou-ouais, carrément," bafouilla Opar en essayant de trouver une excuse. "Je- je voulais que tu l'entendes ! C'est la chanson de la boutique !"

"T'es sûr ?" Il commença à retirer sa veste en la rangeant derrière le comptoir. "Elle a l'air un peu datée. Je veux dire, il n'y a pas toujours de la neige. Vous avez une chanson pour chaque saison ou tu chantais juste parce que tu aimes chanter et ça sonnait bien ?" le taquina-t-il.

"Je- heu-" Opar bafouilla à nouveau, puis s'arrêta avant de marmonner : "Tais-toi."

Il y eut un moment de silence alors qu'ils étaient tous les deux perdus dans leurs pensées.

"Hé, sinon…" Lucius se grattait nerveusement la nuque. "Je voulais, comment dire, m'excuser pour avoir crié hier, c'était con de ma part, je crois. Face à toutes les bizarreries que j'ai croisées dans cette ville tu es l'une des meilleures."

"Merci, Lucius. J'accepte tes excuses." Opar inversa les rôles en taquinant à son tour. "Donc tu t'es senti mal ? Awww, tu tiens à moi ?"

"Ouais, ça te pose un problème ?"

"Heu, non, je crois pas."

"Bien."

Ils se turent pendant quelques minutes alors que Lucius observait la boutique vide. Il remarqua qu'il y avait une autre machine à café sur l'étagère là où se trouvait celle qu'il avait prise. Une boutique qui se réapprovisionne toute seule… Je devrais exploiter ça. Je pourrais prendre à manger pour chez moi et-

Opar interrompit les pensées de Lucius. "Hé, Lucius…"

"Ouais ?" Il leva les yeux avec curiosité, notant dans un coin de la tête qu'il devait voler à manger avant de partir.

"Merci. Beaucoup de gens me détestent, mais t'es plutôt sympa."

"T'es plutôt sympa aussi, Opar."


En attrapant un sac en papier, Lucius marchait le long des rayons, attrapant plusieurs produits alimentaires. Du lait, des pommes, peut-être quelques biscuits… Il déroulait sa liste mentalement, ajoutant ses éléments dans le sac lorsqu'il les apercevait.

Puis, soudainement, quelque chose attira son regard. Une boisson orange dans une bouteille en verre. Boisson à l'Orange de la Brasserie Weskint.

Il lâcha son sac, retenant son souffle. "Non. Ça ne peut pas être ça."

"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Opar.

Lucius se pencha en avant et attrapa la bouteille, dévissa le bouchon et commença à la vider. La nostalgie l'envahissait alors que le goût orangé de la boisson attaquait ses papilles. Les souvenirs de son enfance défilaient dans sa tête alors qu'il goûtait au mélange parfait de l'acidulé et du sucré, le goût parfait de l'orange, le tout sans gaz.

"C'est parfait." Il rayonnait, tenant une bouteille vide.

"Ce soda ?"

"Non, c'est pas du soda, c'est ce qui le rend si bon !" s'exclama Lucius qui prit une autre bouteille en la regardant. "C'est une boisson à l'orange. Pas de pétillant, mais ce n'est pas un jus d'orange, c'est juste… C'est juste génial."

"Hm. J'aimerais bien goûter, mais…"

"Ouais, désolé…" Lucius soupira, arborant un grand sourire. "Je me souviens boire de ça tout le temps quand j'étais gamin." Il fronça les sourcils. "Mais ils ont arrêté d'en vendre il y a des années. Comment c'est arrivé ici ?"

"Eh bien cette boutique est plutôt vieille," répondit Opar, "Je pense que, vu qu'elle est toujours magiquement réapprovisionnée, ce produit est resté ici."

Lucius prit plusieurs bouteilles, les plaçant dans son sac en papier.

"Tu sais quoi, Opar ? Je suis content d'avoir eu un boulot ici."

Opar rit. "Et je suis content que tu l'aies eu aussi."


Lucius entra brusquement dans la boutique, un gros carton dans les bras. Il faillit trébucher et le posa sur la table derrière le comptoir. Il essuya la sueur de son front et leva la tête en s'écriant : "Je t'ai apporté un cadeau !"

"C'est quoi ?!" lança Opar dans un grésillement, avant de se calmer un instant après. "Attends, heu, je peux pas vraiment faire grand-chose avec-"

"C'est un ordinateur !" l'interrompit-il, sortant de la boîte une grosse tour et un écran.

Alors qu'il démêlait les câbles, Opar semblait encore plus excité alors qu'il parlait. "Wow, un ordinateur ! Peut-être que je peux interagir avec !" Alors qu'il semblait trépigner d'impatience, il devenait inquiet. "Mais tu ne l'as pas apporté pour moi, si ? Je sais que tu parlais de tes problèmes financiers et…"

"Nan, c'est bon." Les ventilateurs de l'ordinateur se mirent à tourner alors que Lucius venait de le brancher et d'appuyer sur le bouton d'allumage. "Je l'ai trouvé dans ma cave il y a un moment, alors je n'en ai pas vraiment besoin. En plus je fais mes courses ici du coup je n'ai pas besoin de payer pour la nourriture. C'est plus facile pour payer le loyer." Une petite sonnerie retentit alors que l'ordinateur affichait le bureau. Lucius ouvrit Paint et leva les yeux vers une enceinte. "Tu peux essayer de déplacer la souris ? Ou de dessiner quelque chose ?"

La souris commença à clignoter sur tout l'écran, dessinant une caricature de Lucius tenant une bouteille orange dans un sac en papier, le tout surmonté d'une bulle lisant, 'Agrougrou, je suis Lucius et je suis jamais content !'

"D'une, pas cool. De deux, wow ! C'était super rapide !" s'exclama-t-il en étudiant le dessin.

Opar dessina autour de la caricature, croquant plusieurs petites images du magasin, le ciel étoilé et une femme étrange aux cheveux noir portant un long imper gris qui trainait sur le sol derrière elle. "C'est qui, elle ?" demanda Lucius, curieux.

La voix d'Opar sortit des enceintes de l'ordinateur. "Eh bien toutes les nuits je m'éteins pendant environ deux heures. C'est bizarre, je me retrouve dans ce paysage vide et il n'y a que les étoiles quand je lève les yeux… Enfin, bref, une fois que je me rallume je vois cette dame sortir précipitamment de la boutique. Je ne l'ai jamais revue depuis…"

"Hmm…" Lucius réfléchissait, des idées fusant dans sa tête. "Est-ce que tu as du matériel de camping ici ?"


En récupérant un sac de couchage sur une étagère, Lucius installa un campement de l'autre côté du comptoir. "Tu as dit que tu t'éteignais à quelle heure ?"

"À genre huit heures. Donc probablement dans pas longtemps." Opar chuchota par les hauts parleurs de l'ordinateur. "Pourquoi tu v-eux f-ai-" Sa voix ralentit, bugga et se tut alors que les lumières de la boutique s'éteignirent, laissant Lucius dans l'obscurité. En se glissant sous le comptoir, il retint sa respiration alors qu'il entendit la porte de derrière s'ouvrir.

"Bon Dieu, ils ont volé du matériel de camping ? Au moins une partie du boulot est fait pour moi…"

Lucius se glissa lentement hors du dessous du comptoir et se redressa juste assez pour apercevoir la même femme qu'Opar avait dessiné. Elle sauta par dessus le sac de couchage et sortit une règle en bois. Elle la leva au dessus de sa tête, la fit tourner, puis l'abaissa. En un instant, l'étagère émit une forte lumière ainsi que des étincelles, avant de s'arrêter et révéler un nouveau sac de couchage sur l'étagère.

"Et voilà, comme neu-" Elle s'arrêta. "Qui est là ?!" hurla-t-elle en se retournant face à Lucius qui l'épiait, essayant de se cacher sous le comptoir. "Je te vois !"

Lucius paniqua en silence, se cachant dans son sac de couchage. Il entendit de légers bruits de pas alors que la femme s'avança vers lui, tirant le sac. "Qui es-tu ?"

"Je-je peux vous demander la même chose !" hésita-t-il.

Soudainement, la règle se retrouva sur sa gorge. "Qui. Es. Tu." demanda la femme.

"L-Lucius Bell ! Je suis nouveau ici me tuez pas je suis un employé !"

Elle retira la règle en reculant elle-même et elle la rangea dans son imperméable. "Je vais pas te tuer mais tu ne devrais vraiment pas être là…" Elle soupira et retourna vers la porte, s'arrêtant un instant. "Et pour répondre à ta question, je suis Le Fournisseur. Ravie de faire ta connaissance, mais je dois y aller."

"Attendez !" lança Lucius en la suivant. "Vous êtes un fouineur ?"

"Le Fournisseur, pas un fournisseur." Elle se tourna pour voir Lucius confus avant de se retourner, la main sur la porte. "Je réapprovisionne les étagères. Tu viens de me voir le faire. Maintenant, encore, je dois y aller."

"Oh. Attendez !" lança à nouveau Lucius, faisant échapper un grognement dramatique au Fournisseur. "Vous pouvez rester ici ? Juste en attendant qu'Opar soit à nouveau en ligne ? Je voudrais-"

"Ah non !" Le Fournisseur se tourna à nouveau et cria : "Opar est le pire ! Je suis contente qu'il soit toujours éteint quand je suis là !"

"Eh bien… Je trouve qu'il est gentil."

"Eh bien, encore," Elle se retourna. "Peut-être que tu es trop nouveau."

Et elle était partie.

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