SCP-9610

Objet no : SCP-9610

Classe : Keter

Procédures de Confinement Spéciales : Une IAA de la Fondation doit être affectée à la surveillance du réseau internet mondial afin de détecter et effacer toute évocation numérique de SCP-9610-1 ou -2.

Tout support imprimé évoquant SCP-9610-1 ou -2 destiné à la parution grand public doit être bloqué afin d'opérer les modifications nécessaires à la dissimulation de SCP-9610-1 et -2, et corrigé afin de correspondre aux publications santé/bien-être disponibles habituellement dans le grand public.

Tout individu ayant connaissance de SCP-9610-1 doit être appréhendé sans délai et amnésié avant retour à la vie civile. Tout individu ayant connaissance de SCP-9610-2 doit être exécuté, et le décès maquillé pour évoquer une cause naturelle ou accidentelle.

Description : SCP-9610-1 est un état de conscience modifiée qui peut survenir chez tout être humain. Le processus permettant l'émergence de SCP-9610-1 est encore incompris à ce jour, mais il a pu être identifié que les facteurs suivants en favorisaient la survenue :

  • Pratique de la méditation1 et de la contemplation.
  • Haut niveau de conscience de soi, mesurable par des échelles cliniques telles que la Self-Consciousness Revised Scale.
  • Expérimentation répétée de substances hallucinogènes.

L'apparition de SCP-9610-1 est un phénomène graduel se superposant à la conscience humaine sans l'effacer. La phase initiale de l'apparition de SCP-9610-1 se manifeste par la survenue de symptômes de ralentissement psychique2 et de dissociation type dépersonnalisation/déréalisation, d'abord ponctuels puis de façon de plus en plus envahissante.

Dans la phase avancée du processus, les sujets atteints décrivent une dilution partielle du Soi, confondant leur identité propre avec celle des personnes et objets environnants, ainsi qu'une capacité d'empathie accrue. Cette phase est souvent à l'origine d'un état de confusion chez le sujet, celui-ci n'étant plus capable de se percevoir entièrement ou de ressentir ses besoins vitaux.

La dernière étape de l'apparition de SCP-9610 est la prise de conscience de SCP-9610-2.

SCP-9610-2 est un espace extra-dimensionnel de nature spirituelle, uniquement accessible à la psyché des êtres conscients vivants ou spectraux, qui correspond à la représentation consciente de [DONNEES SUPPRIMEES]. Il s'agit d'un espace3 indéfini et incolore, habituellement vide de toute présence.

Il semble que SCP-9610-2 soit un espace commun à tous les êtres conscients. En effet, tout être vivant accédant psychiquement à SCP-9610-2 est en capacité de ressentir la présence des autres êtres conscients qui s'y trouvent simultanément, et peut échanger des informations avec eux sans considération de distance.

Addendum No1 : Rapport de découverte

La Fondation SCP a été alertée sur l'existence de SCP-9610 par le Département des Affaires Spectrales, après que ce dernier ait repéré de fortes perturbations au sein des communautés spectrales de nombreux cimetières et la disparition d'une partie des spectres connus et surveillés par le département.

Superviseur,

Nous revenons vers vous avec des éléments préliminaires concernant les bouleversements constatés au sein des différentes entités et communautés spectrales sous la juridiction de notre département. Comme vous le savez, depuis déjà plusieurs mois, nous avons décelé des disparitions inexpliquées ainsi que des migrations depuis ces communautés vers des localisations terrestres pour la plupart inconnues.

En d'autres termes, ils se cachent. Nous ne savons pas encore de qui ou de quoi, vous savez en effet que la plupart des spectres acquièrent au fil de leur non-vie un goût prononcé pour la palabre, selon leur adage "Tuons le temps mieux qu'il ne nous a tué", ce qui les rend en général peu coopératifs. L'apparition de cette menace les a profondément divisés, entre ceux qui veulent fuir, ceux qui veulent riposter et enfin la plus grande partie d'entre eux, rendue amorphe à tout événement par le passage du temps.

Il persiste malgré tout une piste. L'un d'entre eux, plus loquace que ses congénères, a accepté de nous informer, sous réserve d'être interrogé par "quelqu'un d'important". Bien qu'il puisse s'agir d'un piège dont le motif nous échappe, la disparition des spectres représente une trop grande atteinte au monde de l'anormal, et ne rien faire serait contraire à la politique de la Fondation SCP. C'est pourquoi nous recommandons d'accepter sa proposition, sous réserve que la rencontre se fasse dans nos locaux pour des raisons de sécurité.

Veuillez agréer l'expression de nos salutations respectueuses.

— Le Département des Affaires Spectrales



Suite à l'acceptation de la proposition ci-dessus, la rencontre a été organisée dans une annexe du Site-██ spécialement aménagée pour inclure des mesures de sécurité anti-spectrales.

[DÉBUT DE LA RETRANSCRIPTION]

Chercheur Penberton : Bonjour, je suis le chercheur Penberton, du Département des Affaires Spectrales. Je vous prie de bien vouloir décliner votre identité.

Archibald T. Hunferth : Penberton ? J'ai connu un Penberton dans le temps, mais je ne saurais pas en dire plus maintenant, quelqu'un d'assez oubliable. Vous êtes simple chercheur ? N'avais-je pas mentionné que je souhaitais converser avec quelqu'un d'important ?

Penberton : Vous l'avez mentionné effectivement. Mais les personnes importantes sont souvent très occupées, vous allez devoir faire avec moi. Identité ?

A.T. Hunferth : Ah comme je les envie ! Vous savez, la vie de spectre, si vous me permettez la boutade, n'est pas sans une certaine monotonie. Alors j'accepte de vous parler si vous avez l'amabilité de me distraire suffisamment. Mon nom est Archibald Tabor Hunferth, marchand spécialisé dans le commerce d'épices exotiques. Du moins anciennement, cela fait bien 3 ou 4 siècles que j'ai raccroché maintenant.

Penberton : Très bien. Je vous propose d'entrer dans le vif du sujet si vous le voulez bien. Nous souhaiterions en savoir plus sur les phénomènes inhabituels qui touchent la communauté des spectres depuis plusieurs mois.

A.T. Hunferth : Les disparitions ? Vous avez raison d'utiliser le mot "inhabituels", car bien que nous autres fantômes soyons capables de nous rendre invisibles à volonté sans effort, là il s'agit d'un phénomène bien différent. C'est que nous sommes chassés comme de vulgaires esclaves, comme des bêtes sauvages ! Ils ont eu certains d'entre nous, alors ceux parmi nous qui disposent encore de leur vivacité prennent leurs dispositions pour pouvoir perdurer ici-bas.

Penberton : Ici-bas ? Vous voulez dire que l'on vous exorcise ? Qui vous chasse exactement ?

A.T. Hunferth : Allons, l'exorcisme, c'est une simple invention du théâtre, ou du cinéma, comme vous dites maintenant. On peut nous chasser d'un endroit, mais cela que fera nous déplacer un peu plus loin. Voyez-vous…

Penberton : [le coupe] Venez en aux faits je vous prie.

A.T. Hunferth : Oui bien sûr, vous avez raison mon garçon, les faits nécessitent célérité, alors je vais canaliser mes paroles. Il me faut cependant vous donner quelques détails préliminaires pour que vous compreniez, car cela a à voir avec la mort et l'après-vie. Que connaissez-vous exactement de l'après-vie ?

Penberton : Question difficile. De nombreuses cultures et croyances ont théorisé l'après-vie de façon très diversifiée.

A.T. Hunferth : Je ne vous parle pas de ces fadaises, mais de la vraie après-vie. Au moment du trépas, elle nous est révélée, ou plutôt elle vient à nous. Car il s'agit à la fois d'un lieu et d'un état. Et elle est absolument terrifiante. Imaginez-vous soudainement être transporté dans une vieille maison de laquelle l'occupant est parti soudainement en emportant toutes ses affaires.

Penberton : Vous pouvez préciser ?

A.T. Hunferth : C'est vide, atrocement vide. Pas de son, pas de couleur, rien. Seulement le sentiment que son occupant en est parti précipitamment sans finir le travail. Essayez de vous imaginer l'éternité dans un endroit comme ça. Eh bien moi je n'ai pas pu, et les autres spectres non plus. Alors nous avons rebroussé chemin, c'est pourquoi nous nous trouvons toujours ici-bas.

Penberton : Je veux bien vous croire, mais une chose m'échappe. Si l'au-delà est tel que vous le décrivez, pourquoi n'y a-t-il pas plus de fantômes ? Cela signifie bien que la plupart y restent non ?

A.T. Hunferth : Nous touchons là au vif du sujet. Voyez-vous, les morts ne sont pas les seuls à pouvoir accéder à l'au-delà. Certains vivants arrivent à y pénétrer, spirituellement parlant. C'est que nos âmes, celles à l'origine du vivant, viennent toutes de là au départ, et ont migré il y a longtemps vers le monde matériel. Du coup il existe en chacun de nous un chemin vers cet endroit. Et lorsqu'un vivant fait l'expérience de cet endroit, cela ne le laisse pas indemne.

Penberton : C'est-à-dire ?

A.T. Hunferth : Quand on arrive dans cet endroit, il se passe quelque chose, une sorte de compréhension intuitive de ce qu'il est. Alors les vivants prennent peur, car ils savent ce qui les attend au bout du chemin. De tout temps, ces voyages spirituels ont eu lieu. Et les voyageurs ont pris des mesures, pour que l'après-vie ne se dépeuple pas, et qu'il persiste un semblant de vie dans l'après-vie si je puis dire. Ils se sont fait chamans, prêtres, guérisseurs, guides spirituels. Et ils ont infusé dans leurs clans, leurs villages, leurs communautés l'idée d'une récompense posthume, d'un dieu qui attend les fidèles. Et le temps a fait le reste. Alors quand vient le trépas, la plupart acceptent leur sort et attendent leur jugement, c'est pourquoi nous ne revenons pas tous.

Penberton : C'est ça les disparitions ? Des chamans qui vous renvoient dans l'au-delà ? Ce sont eux que vous fuyez ?

A.T. Hunferth : C'est à peu près ça. Même s'il s'agit en vérité plus de vulgaires spirites que de chamans, tout ce discours sur les pouvoirs de la nature, ce n'est que de la poudre aux yeux pour camoufler aux vivants leurs vraies motivations. Avant, ils opéraient à un niveau local, alors on pouvait trouver des arrangements. On se faisait passer pour des âmes maudites, ça renforçait leur discours, et eux ne nous forçaient pas à retourner là-bas. Tout le monde y trouvait son compte. Mais ils se sont regroupés avec le temps, ils sont entrés en contact les uns les autres et se coordonnent partout.

Penberton : Une grande conspiration chamanique en quelque sorte ? Mais comment font-ils pour vous forcer ? On ne peut pas toucher un fantôme que je sache ?

A.T. Hunferth : C'est un peu ça. Ils ont même un nom, la Diaspora. Je vous ai dit, les âmes viennent toutes de cet endroit, et eux se voient comme des exilés qui veulent reconstruire ce monde avant d'y retourner. Et ils sont malins. Ils ne peuvent pas nous toucher mais ils peuvent nous voir à l'oeil nu même quand nous sommes invisibles, c'est un effet secondaire du voyage spirituel. Alors ils nous repèrent facilement. Ils ont commencé par utiliser des mots mielleux, raviver nos vieux souvenirs, nous parler de nos proches qui nous attendent, ils sont très bons pour faire vibrer la fibre nostalgique. Certains se sont laissés convaincre, mais pas tous. Vous savez, en tant qu'ancien marchand, je sais quand on veut me vendre de la camelote. Alors ils sont passés à la suite.

Penberton : Dites m'en plus.

A.T Hunferth : Ils ont menacés de s'en prendre à nos descendants, puis ont saccagé nos tombes pour troubler notre quiétude. Mais le pire, c'est qu'ils ont retourné certains des nôtres. En échange de laisser tranquille leur descendance, ils leur demandent de nous capturer et nous ramener de force dans l'au-delà, car un spectre peut toucher un spectre. Alors nous devons nous méfier de tout et de tous, c'est pourquoi beaucoup se cachent. Pour l'instant ça marche, car vous n'êtes pas sans savoir que beaucoup des nôtres sont rendus léthargiques par le temps long, donc ils n'ont qu'à se pencher pour les cueillir, mais à ce rythme, il ne restera bientôt plus qu'une poignée d'entre nous, traqués comme des bêtes sauvages.

Penberton : Très bien, je vous remercie. Si vous nous avez tout dit, nous allons maintenant mettre fin à…

A.T. Hunferth : [le coupe] Attendez ! Une dernière chose s'il vous plaît. Je ne sais pas ce que vous allez faire de tout ça, mais j'aurais une requête à vous soumettre. Se cacher dans la nature, ce n'est pas vraiment mon style, je suis un urbain. Mais les combattre est au dessus de mes forces. C'est pourquoi je souhaite demander l'asile à la Fondation, ici ils n'oserons pas attaquer et je serai en sécurité.

A.T. Hunferth : Nous n'avons habituellement pas vocation à accueillir des réfugiés, mais en échange de quelques informations supplémentaires, cela pourrait se faire. Je dois questionner ma hiérarchie sur la question.

[FIN DE LA RETRANSCRIPTION]



Après accord du Directeur du Département des Affaires Spectrales, A.T. Hunferth a été placé sous la protection de la Fondation4, selon les conditions suivantes :
- Rester visible en permanence.
- Ne converser avec des membres du personnel que sur sollicitation.
- Ne pas quitter les locaux qui lui sont attribués sans autorisation préalable.
- Enseigner à quelques membres choisis de la FIM Mu-13 "SOS Fantômes" la technique nécessaire à l'accession de SCP-9610-2 en vue de l'Opération Hermès.

Addendum No2 : Opération Hermès

La perspective de l'existence de SCP-9610-2, et surtout celle évoquée par A.T Hunferth de son possible accès spontané par n'importe quel être humain, et la menace que cela représentait pour le maintien du Voile, ont amené à l'organisation de l'Opération Hermès.

Son objectif principal était de percer à jour la marche à suivre nécessaire à l'accession de SCP-9610-2, dans le but de développer les mesures de confinement adéquates contre ce phénomène.

Les objectifs secondaires étaient de vérifier la véracité totale des informations rapportées par A.T. Hunferth, et d'en apprendre plus sur le groupe mentionné comme la Diaspora, ainsi que d'évaluer la possibilité de mettre en place un avant-poste au sein de SCP-9610-2. Cinq membres de la FIM Mu-13 "SOS Fantômes" ont été sélectionnés pour prendre part à cette opération. Leur première accession à SCP-9610-2 a eu lieu 3 mois après le début de l'entraînement.

À la suite de la quatrième mission d'exploration au sein de SCP-9610-2, les 4 agents en mission n'ont pas repris conscience au terme prévu de l'exploration. L'agent Héraclès a été détecté par le système de sécurité sous forme de spectre dix minutes après, au dessus de son corps physique. Il est supposé au vu de son comportement qu'il n'était dans un premier temps pas conscient de cette apparition ni de sa condition, ses gestes représentant une lutte contre un ennemi non perçu par le système de sécurité.

Dans les dernières secondes avant sa disparition définitive5, il a été enregistré que l'agent Héraclès prononçait le nom d'Hunferth.

[DÉBUT DE LA RETRANSCRIPTION]

Chercheur Penberton : Je ne peux pas dire que je sois ravi que nous devions nous entretenir à nouveau, en particulier dans ces circonstances tragiques, mais trop de questions doivent trouver des réponses. Savez-vous pourquoi nous sommes là ?

Archibald T. Hunferth : Eh bien mon garçon, que vous arrive-t-il aujourd'hui ? Il semble que toute votre éducation se soit évaporée depuis la dernière fois, vous est-il arrivé quelque chose ? Êtes-vous souffrant ? Vous travaillez trop sans doute ! Moi-même de mon vivant, je ne comptais pas heures et il m'est arrivé plusieurs fois de…

Penberton : Je n'ai pas le temps pour discuter anecdotes aujourd'hui. J'imagine que vous savez ce qui est arrivé à l'équipe d'exploration de SCP-9610 ?

A.T. Hunferth : Ces pauvres garçons ? Oui j'ai été entretenu quant à la tragédie qui les a touchés. Ils avaient pourtant suivi tous mes enseignements, mais l'au-delà est un endroit dangereux. Je les avais pourtant prévenus des dangers que je connaissais, et de la présence probable de certains qui me sont inconnus.

Penberton : Hum hum… Dites-moi, vous savez quel a été le dernier mot de l'agent Héraclès quand il est revenu ?

A.T. Hunferth : Il est revenu ? Je croyais qu'ils étaient tous morts ! Mais pourquoi ne m'a-t-on rien dit ? Vous et votre culture du secret. Vous savez, les spectres aussi ont des sentiments, du moins certains d'entre eux dont je me flatte de faire partie. Vous pourriez être plus empathique.

Penberton : Je n'ai pas dit qu'il était revenu vivant. Son fantôme seul est revenu brièvement, avant de disparaître à nouveau, comme happé. Et le dernier mot qu'il a prononcé était votre nom. Alors vous allez être content car je vais exaucer votre demande, plus de secrets entre nous. Vous allez tout nous dire maintenant.

A.T. Hunferth : Mais enfin, vous mettez ma parole en doute ? Sachez, monsieur Penberton, que la famille Hunferth a toujours été réputée pour son code d'honneur intransigeant. C'est comme cela que nous avons prospéré dans le commerce. Comme le disait toujours mon grand-père, un bon commerçant offre autant de confiance qu'il ne vend de marchandises.

Penberton : Alors peut-être voudrez vous lire ceci d'abord ? Il s'agit d'un journal que l'agent Héraclès tenait sur l'avancée de sa mission. Prenez quelques minutes pour le lire, j'attendrais patiemment.

L'entrainement se déroule bien pour l'instant, malgré le caractère excessivement verbeux de notre instructeur. Il parle sans cesse, de tout et de rien. Mais les sessions avec lui sont heureusement courtes, ça laisse le temps de s'entrainer à la méditation.
Je sais que nous n'y sommes pas encore, mais les gars et moi sentons tous qu'il se passe quelque chose. Pour le décrire fidèlement, j'ai l'impression que tout mon être n'avance pas à la même vitesse. J'ai le sentiment qu'une partie de moi a déjà franchi la ligne qui nous sépare de SCP-9610-2. Cela me laisse une impression de vide, et j'ai du mal à penser à autre chose. Mais Hunferth nous avait prévenu, c'est le signe que nous sommes sur le bon chemin.
Je dis nous car je sens que les autres sont dans le même état. Ils parlent moins mais j'ai l'impression de mieux les comprendre. Ils ont l'air de supporter dans l'ensemble, mais je vais faire remonter de garder un oeil sur Orphée6, je le sens plus anxieux que les autres.

Cela fait 2 mois que l'opération a commencé, et nous approchons enfin du but. D'après Hunferth, notre affinité avec le monde spectral et ses précieux (sic) conseils nous ont permis d'aller plus vite que la normale.
Il a beau être toujours aussi envahissant, il est vrai que ses conseils nous ont bien aidés. Cette impression de vide s'est estompée également. Ou plutôt elle n'est plus aussi gênante. La présence des autres aide, je les ressens parfois comme s'ils étaient moi. Apparemment c'est normal, parce qu'en s'éloignant de nos corps on saurait plus distinguer nos limites. Mais eux ne sont pas là. Personnellement je pense c'est un signe de notre résolution à avancer comme un seul homme. Sinon nous aurions tous abandonné avec Psyché.

Nous y sommes enfin arrivés. Cela fait maintenant une semaine que nous avons accédé à SCP-9610-2. Passé la première fois, il est beaucoup plus simple d'y revenir, un peu comme si on était marqués par cet endroit.
J'écris cela sans aucun enthousiasme cependant. Cet endroit est à la fois comme Hunferth nous l'avait décrit et différent en même temps. Il n'y a rien, ni son, ni couleur, c'est presque comme si rien n'existait. Mais il y a cette impression persistante. C'est assez bizarre à décrire, il y a un côté nostalgique, un peu comme si je me trouvais sur la tombe d'un vieux parent. On s'y déplace à l'intérieur aisément, mais il n'y a rien, aussi loin qu'on aille. Et malgré le vide, nous avons tous cette sensation, celle d'être coincés au sein de quelque chose, c'est dur à décrire, comme si cet endroit était vide et plein en même temps.

Toujours rien. Ou plutôt rien de clair. Nous croisons de temps en temps des défunts fraichement débarqués. Ils nous sentent aussi, ça se fait instantanément. Certains nous prennent pour des anges ou des créatures de l'au-delà parfois, on arrive à le sentir, même en évitant le contact direct.
On se pose tous la même question avec les gars : pourquoi on a croisé si peu d'âmes jusque là ? Si cet endroit est vraiment l'au-delà, il devrait être rempli normalement. Il meurt des millions de gens chaque année, et des dizaines de milliards d'êtres humains ont foulé la Terre depuis que l'espèce existe. Où sont-ils tous ? Ils devraient être là normalement. À moins que cet endroit ne soit pas vraiment la Fin ?


A.T. Hunferth : Et bien ? Lire ses mots ravive ma tristesse de le savoir disparu, c'était un homme bien, comme on n'en croise que peu, dans la vie comme dans la mort. Mais lui-même reconnait la valeur de mes enseignements, je ne vois rien de nature à remettre en doute ma bonne foi.

Penberton : C'est à moi de décider de cela. Pour l'instant, j'aimerais aborder certains points que mentionne Héraclès dans son journal. Pourquoi n'avons nous pas rencontré plus d'âmes ?

A.T. Hunferth : Mais je l'ignore ! Je vous l'ai dit, je ne me suis pas éternisé là-bas, seulement le temps de réaliser ou j'étais et d'en repartir. À la mort, les âmes sont transportées là-bas, c'est tout ce que je sais.

Penberton : Transportées ?

A.T. Hunferth : Transportées, déplacées, convoyées, peu importe le terme, c'est une figure de style.

Penberton : C'est très intéressant. Vous aviez pourtant mentionné précédemment que SCP-9610-2 venait à vous, pas que vous alliez à lui. Que dois-je comprendre ? Qu'il vous est arrivé d'y retourner ?

A.T. Hunferth. : Ne me faites pas le coup du lapsus, c'est un non-sens intellectuel indigne de nos entretiens. Transporté, venu, peu importe, je ne réfléchis pas précisément à chacun de mes mots. Si vous doutez de moi, gardez moi prisonnier, je vous assure que je ne m'enfuirai pas.

Penberton : J'en suis certain, pourquoi s'enfuir quand vous êtes là où vous souhaitez être. Que vous soyez notre hôte ou notre captif, tant que vous êtes ici, vous êtes mieux protégé de cette Diaspora que n'importe où ailleurs dans le monde je me trompe ? Mais qu'en est-il de vos descendants ?

A.T. Hunferth. : Vous voyez le mal partout. C'est parfois une qualité, mais pas dans notre cas je vous l'assure. Je suis venu ici car vous cherchiez un informateur je vous rappelle. Quand à mes descendants, ils ne portent plus mon nom depuis déjà plusieurs générations. La Diaspora ne fera pas le lien avec moi.

Penberton : La Diaspora non, mais nous oui. Vos descendants sont assez aisés je crois ? La fortune que vous avez accumulé de votre vivant leur a permis de prospérer avec le temps, il me semble. Et par des moyens parfois moins honnêtes que vous le prétendez. Qu'arriverait-il si les autorités obtenaient des preuves de certaines… opérations frauduleuses disons ?

A.T. Hunferth : Vous… Vous n'oseriez pas !?

Penberton : Tout dépend de vous. Il me faut toute la vérité. Et sans palabre je vous prie.

A.T. Hunferth : Soit… je n'ai plus vraiment d'autre choix de toute façon. Oui j'y suis retourné, plusieurs fois. Mais pas depuis que je suis dans vos locaux, c'était avant. La Diaspora nous laissait tranquille au début, je veux dire les spectres encore animés. Mais une fois que les amorphes se sont raréfiés, nous sommes devenus leur cible prioritaire. Je vous l'ai dit, je n'ai pas le goût de la vie en nature. Et je n'ai pas supporté leur harcèlement. Alors j'ai… J'ai collaboré. J'ai chassé mes semblables pour eux. Je les ai ramené dans l'au-delà, parfois de force. Mais je n'ai jamais aimé ça, alors quand vos hommes sont venus en quête de réponses, j'y ai vu une planche de salut pour m'extirper de cette situation.

Penberton : D'où votre envie de rester ici. En tant que traître à vos semblables et à la Diaspora, vous ne tiendriez pas longtemps dehors. Mais il reste encore des inconnues. Où sont ces fantômes maintenant, et les morts de l'Humanité ? Notre équipe n'a rencontré que peu de spectres dans SCP-9610-2.

A.T. Hunferth : Pourtant ils y sont bien. Mais sous une autre forme. Ils sont retournés à ce qu'ils étaient avant, bien avant, et se sont fondus dans la substance de SCP-9610-2. Car SCP-9610-2 n'est pas un lieu à proprement parler. C'est un cadavre, un cadavre spirituel.

Penberton : Un cadavre spirituel ? Que voulez-vous dire ?

A.T. Hunferth : Pour faire simple, disons que les mondes matériel et spirituel n'ont pas toujours été interconnectés comme maintenant. Comme je vous l'ai déjà dit, l'âme en tant que concept tire son origine de SCP-9610-2. Mais à l'époque, les âmes n'étaient pas séparées en de multiples individualités comme elles le sont aujourd'hui au sein du vivant. Elles étaient regroupées en un seul être, le Grand Esprit, un peu comme vos cellules ne sont qu'une partie de votre corps.

Penberton : Pourtant nous n'avons rien trouvé s'apparentant à un grand esprit non plus.

A.T. Hunferth : Héraclès l'a touché du doigt intuitivement dans son journal, même s'il ne l'a pas parfaitement compris. Ce sentiment qu'il décrit, celui d'être coincé, c'est le reste de ce qu'était le Grand Esprit. On sait qu'un jour, il a quitté SCP-9610-2 pour le monde matériel, peut-être par intention, peut-être par accident. Et qu'il a disparu en tant qu'entité au même instant. Imaginez que chaque cellule de votre corps se détache pour vivre sa propre aventure et ne laisse qu'un squelette, et vous aurez une bonne idée de ce qui lui est arrivé. Son énergie vitale est devenue la vie telle que nous la connaissons, et son corps spirituel est l'au delà, une carcasse vide dans laquelle on se sent coincé pour toujours.

Penberton : Donc si je comprends bien, les morts fusionnent avec la carcasse… avec SCP-9610-2 ?

A.T. Hunferth : C'est ça, ils reprennent leur place originale en quelque sorte. C'est le but ultime de la Diaspora, de renvoyer toute l'énergie vitale pour réveiller le Grand Esprit et retrouver une sorte de paradis originel. Mais ce sont des fanatiques, ils ne réalisent pas que leur plan revient à envoyer du courant électrique dans un cadavre pour le ressusciter… C'est une impasse.

Penberton : J'imagine que ce sont eux qui ont attaqués nos hommes ? Avez vous une idée du pourquoi de cette agression ? Ils voulaient nous faire passer un message ?

A.T. Hunferth : C'est possible, mais je crois surtout que l'avertissement était pour moi. Mais il n'y a pas que ça. Quand j'étais encore avec eux, j'ai perçu chez eux de nombreux doutes. La plus grande peur de leurs membres, c'est de mourir avant d'avoir réussi à ressusciter le Grand Esprit. Bien sûr, ils deviennent fantômes à leur tour, mais avec la raréfaction de la communauté spectrale, ils risquent d'être chassés également. Alors certains, et ils sont de plus en plus nombreux avec le temps, ne se limitent plus aux spectres, pour accélérer le processus, nourrir la carcasse du Grand Esprit plus rapidement.

Penberton : C'est à dire ?

A.T. Hunferth : C'est pourtant simple. Ou croyez-vous que l'on trouve des âmes en dehors de celles des spectres ?

Penberton : D'accord. Donc si je vous suis, on doit s'attendre à quoi ? Des tueries, des massacres ? Héraclès a été surpris car il était sur leur terrain, mais sur Terre, nous avons largement les moyens de stopper le danger qu'ils représentent. À moins que vous ne me disiez qu'ils sont des millions.

A.T. Hunferth : Ne faites pas l'erreur de les sous-estimer ! Certes, leurs effectifs vivants ne sont pas si nombreux, mais la mort n'est qu'un autre état pour eux, et des spectres extérieurs les rejoignent chaque jour. Certains veulent juste soustraire leurs descendants à la menace, d'autres pensent échapper à la Diaspora en les détournant vers les vivants, et enfin les derniers, traumatisés par leur expérience de l'au-delà, les rejoignent volontairement, se raccrochant à l'idée de le changer.

Et si nous autres spectres ne pouvons pas vous toucher, nous ne sommes pas pour autant impuissants contre les vivants. Nous pouvons vous suivre, espionner vos conversations et vos actions sans que vous ne le sachiez. En ce moment même, certains de vos agents sont sûrement déjà sous la surveillance spectrale de la Diaspora. Les vôtres comme ceux de toutes les organisations dangereuses pour eux. Et ce n'est pas tout. Nous pouvons posséder vos esprits, vous hanter, infuser en vous l'idée de la mort, jusqu'à que vous vous y précipitiez seuls pour vous offrir au Grand Esprit. Ou ouvrir le chemin, SCP-9610-1 comme vous l'appelez, et faire prendre conscience aux vivants de ce qui les attend. Bien sûr, cela ne sera pas instantané, mais ça a déjà commencé, et ça ne fera que s'amplifier. Car le temps et la mort réduiront vos effectifs aussi sûrement qu'ils augmenteront les leurs.

Penberton : [ses pupilles deviennent progressivement bleues, en même temps que ses mouvements deviennent plus lents] Tu as raison. Et ne pense pas pouvoir nous échapper éternellement, traître. Tu es en sécurité pour l'instant, mais ne t'y habitue pas.

[FIN DE LA RETRANSCRIPTION]

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