SCP-8969




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BRILLANT : Le fichier est en attente d'archivage, sous réserve de l'évaluation de l'ASIA.

LAC : Le fichier n'a pas été édité ou mis à jour depuis plus de quinze ans.

VAGABOND : Le fichier est lié à l'initiative de colonisation extra-stellaire Projet VAGABOND.





1/8969 NIVEAU 1/8969
CLASSIFIÉ
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Objet no : SCP-8969
Neutralisé

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SCP-8969 sur la Lune, photographié par le satellite ARCHIMEDES-2.


PROCÉDURES DE CONFINEMENT SPÉCIALES : SCP-8969 s'est dissipé et ne nécessite aucun effort de confinement supplémentaire ; la Division des Affaires Stellaires continuera de surveiller les données de télémesure récoltées au-dessus du Bassin Aitken par les satellites ARCHIMEDES dans l'éventualité où SCP-8969 se reformerait.

Bon voyage, équipe VAGABOND.

DESCRIPTION : SCP-8969 était une anomalie spatiale instable mesurant 5,6 km2 de surface s’étant formé dans le Bassin Aitken sur la Lune, l'unique satellite naturel permanent de la Terre, entre le 15 janvier 2001 et le 11 mai de la même année. Initialement, SCP-8969 ressemblait superficiellement à un portail dimensionnel de Classe-W (communément appelé Voie) que ce soit dans sa forme ou sa fonction. L'insertion d'une sonde dans SCP-8969, par des membres du personnel de la Division des Affaires Stellaires présent sur place, sous ordre de la Directrice Adjointe des Affaires Stellaires Lt Casey Temple a indiqué que, contrairement à un portail de Classe-W, SCP-8969 ne nécessitait pas de rituel d'accès (aussi connu sous le nom de Toc) et ne menait pas à la Bibliothèque des Vagabonds.

À la place, la sonde fut envoyée à grande vitesse dans un système solaire alors inconnu situé à environ 6 500 années-lumière de la Terre, dans le bras de Persée de la Voie lactée. Afin de faciliter les communications portant sur ce système, celui-ci fut nommé Vanaheim. La sonde subit de sévères dommages résultant de sa traversée de SCP-8969 (alors encore immature) mais resta assez opérationnelle pour rapidement entrer en orbite autour de la cinquième et plus grande lune de la cinquième planète du système, désignée Vanaheim-f5. Au cours de sa descente, la sonde a capturé des données visuelles et environnementales qui suggèrent fortement la présence de vie végétale à la surface. Des tests contrôlés ont plus tard confirmés ces informations et ont prouvé que les conditions à la surface de l'astre étaient propices à l'apparition de vie animale. Il s'agit de la première rencontre avec une vie extraterrestre dans l'histoire humaine connue.

Étant donné que le procédé de maturation de SCP-8969 reflétait celui des Voies classiques, des projections ont indiqué qu'il atteindrait sa stabilité maximale dans approximativement trois mois avant de rapidement se déstabiliser et se dissiper. À son pic de stabilité, il sera assez stable pour que des personnes et d'importants cargos puissent le traverser sans quasiment aucun risque.

À la suite d'une séance d'urgence avec le Conseil O5, le Directeur des Affaires Stellaires Michael Atreus approuva l'exécution de l'Opération VAGABOND : la transformation d'urgence du VSF Otrera, initialement crée comme prototype de secours pour la base lunaire Site Stellaire-1 et ensuite modifié dans le but de devenir le premier avant-poste de la Fondation sur Mars, en un vaisseau de colonisation équipé pour servir de base opérationnelle avancée autosuffisante sur Vanaheim-f5. La Directrice Adjointe Lt Temple fut promue Commandante et Capitaine du VSF Otrera et les préparatifs visant à transformer ce dernier en premier véritable vaisseau spatial de l'humanité ont immédiatement commencé.


Section 8969.1

INTRODUCTION


Archive historique de l'ASIA » Division des Affaires Stellaires » Projet VAGABOND » Histoire de la mission

Au cours du cycle de maturation de SCP-8969, les administrateurs des Affaires Stellaires ont lancé un programme massif visant à trouver de potentiels candidats pour la mission VAGABOND, qu'ils viennent de la Fondation ou non.

En raison de la complexité logistique lié à la transportation de centaines de personnes sur la surface lunaire, les membres du personnel ont été placés dans l'une des trois catégories suivantes :

  • GROUPE I : Membres du personnel essentiels à la mission ; commandement du vaisseau, personnel navigant, astro-ingénieurs, navigateurs, mécaniciens, et cetera. Le Groupe I fut transporté au Site Stellaire-1 via VSF dès que leur entraînement pris fin. Ils attendirent au Site Stellaire-1 ou à la Station Médusa jusqu'au jour du départ où ils furent à bord de l'Otrera quand ce dernier traversa SCP-8969.
  • GROUPE II : Membres du personnel non-essentiels mais importants à la mission ; administrateurs, biologistes, physiciens, fermiers, xénologistes, ingénieurs et mécaniciens auxiliaires, etc. Le Groupe II s’entraîna sur Terre, il fut transporté sur la surface lunaire après la complétion de l'Otrera, quelques jours avant le départ du vaisseau. Ils passèrent dans SCP-8969 à bord de l'Otrera ou à bord d'une des navettes auxiliaires.
  • GROUPE III : Groupe de soutien non-essentiel ; cuisiniers, cartographes, troupes de sécurité, assistants auxiliaires, etc. Le Groupe III s’entraîna sur Terre et fut directement transporté sur Vanaheim-f5 via navettes auxiliaires. Des membres additionnels du Groupe III continuèrent à être envoyés au Site Stellaire-3, une fois que ce dernier fut établi, via navette jusqu'à ce que la déstabilisation de SCP-8969 passe la fenêtre de Martin et que le voyage ne soit plus réalisable.

Le 26 février 2001, la première vague d'arrivage du Groupe I, consistant en trente membres du personnel essentiels au Projet VAGABOND, arriva au Site Stellaire-1 à bord de la navette VSF Iskander. Parmi ces membres se trouvaient les ingénieurs ayant conçu l'Otrera, des astronomes ainsi que des physiciens dont la présence était cruciale pour évaluer la faisabilité de la mission. La Commandante Casey Temple, Capitaine de l'Otrera faisait aussi partie de cette première vague.

85 JOURS AVANT LE LANCEMENT

MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE

«DÉBUT DE L'ENREGISTREMENT»


[Touche le microphone.]

TEMPLE : Bonjour ? Ça fonctionne ? Ok, cool.

[Silence.]

TEMPLE : Ok. Bonjour. Je suis Case. Enfin, légalement je m’appelle Erin, Lt Erin Casey Temple. Commandante. Commandante Casey Temple. Merde. Je suis pas encore habituée. Désolée. Attends, pourquoi est-ce que je m’adresse des excuses ? Recommençons.

[Elle inspire.]

TEMPLE : Journal de bord de la Capitaine, date stellaire… nous n’avons pas de dates stellaires. Nous sommes le 14 mai, il est 19:03 GMT sur Terre. D’ailleurs, je ne suis pas encore vraiment Capitaine étant donné que l’Otrera n’a pas pris la mer. Pris l’espace ? Peu importe. Je suis assise dans mon lit de camp situé dans les logements qu'on a construit à la hâte à l’extérieur du cratère. Putain, j’ai oublié de parler du cratère.

TEMPLE : Ok, vous savez quoi ? J’y arrive pas, je vais réessayer dans une heure.


«FIN DE L'ENREGISTREMENT»

MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE

«DÉBUT DE L'ENREGISTREMENT»


TEMPLE : Ok. Je suis de retour. Tâchons d’être professionnel ce coup ci.

[Pause.]

TEMPLE : Je suis la Commandante Casey Temple. J’ignore qui écoutera ce message dans le futur mais je suis la Capitaine du VSF Otrera, ce dernier est actuellement en train d’être rénové dans le Bassin Médusa, sur la Lune. Dans moins de trois mois, ce vaisseau va, avec un équipage de six-cent membres, tomber dans un trou de ver qui apparu sur la face cachée de Lune et s’enfoncer un kilomètre dans la surface de Vanaheim-f5. Nous avons pour mission d’établir une base opérationnelle avancée pour l’humanité et pour la Fondation. C’est un aller simple ; le trou de ver se dissipera certainement peu après.

TEMPLE : Ces jours-ci, je passe mon temps à suivre une formation de commandant, c’est un programme de cours, de leçons et de lectures préparé à la hâte pour essayer de me préparer à un travail que personne sur Terre ou dans l’espace n'a jamais réalisé auparavant. Je n'ai rien de mieux à faire pendant qu'ils préparent mon vaisseau et mon équipage pour moi. Le Dr Hoisen, notre psychologue, a recommandé à chacun d’entre nous de conserver ces petits journaux audio personnels pour documenter nos pensées. Si nous avons de la chance, nous aurons l'occasion de renvoyer les fichiers sur Terre avant que le trou de verre ne se ferme. Pour toujours.

[Silence.]

TEMPLE : Ça m’arrange un peu qu’il nous ait recommandé de faire ça car honnêtement je suis putain de terrifiée. Il existe environ cent mille combinaisons différentes de choses qui pourraient mal tourner. Mais je fais de mon mieux pour ne pas y penser. Sans succès, pourrais-je ajouter. Vu la façon dont ma dernière expédition pour le compte de la division s’est terminée, il n’est pas facile pour moi de penser que cette mission-ci se finira bien. Peut-être que l’Otrera ne pourra pas être modifié à temps. Peut-être que les spécialistes se sont trompés dans leur analyse de l’évolution de la formation du trou de vers et que les humains ne peuvent pas le traverser sans encombre. Peut-être que les O5 vont tout simplement réaliser que l’opération ne vaut pas le coup et l’arrêter.

[Silence.]

TEMPLE : Ou peut-être que je ne suis juste pas faite pour ça.


«FIN DE L'ENREGISTREMENT»


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Le VSF Otrera est un vaisseau spatial de la Fondation de classe GUI construit entre 1975 et 1978, en parallèle avec son vaisseau-jumeau, le VSF Akhenaten. En 1979, l'Akhenaten établit le Site Stellaire-1, la première présence permanente de la Fondation sur la Lune. Les vaisseaux de classe GUI sont notables en raison de leur incorporation de diverses paratechnologies qui leur permettent d'approcher une planète à haute vitesse et de s'enfoncer dans sa surface sans endommager le cargo ni blesser le personnel transporté. Cela crée un large espace habitable protégé des dangers environnementaux au sein du vaisseau ainsi qu’une large "flèche" autour de laquelle un site entier peut être construit.

La classe GUI avait originellement été conçue uniquement pour aller sur la Lune et ne pouvait donc contenir qu'un maximum de 50 membres du personnel. Au cours des années suivantes, le Site Stellaire-1 était devenu autosuffisant et la directive primaire des Affaires Stellaires s'était mue en la construction d'une installation permanente sur Mars. L'Otrera fut donc progressivement modernisé et agrandi, de sorte qu'il pouvait accueillir 200 membres du personnel en 1991. Les astro-ingénieurs ont mis l'accent sur la modularité dans la philosophie de conception du vaisseau, cela a porté ses fruits lors de sa deuxième série de mises à niveau en 2001.

61 JOURS AVANT LE LANCEMENT


MESSAGE AUDIO — ING. SR KARL WILHELM

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Ingénieur Senior Karl Wilhelm

WILHELM : La meilleure ingénierie est celle que l'on n'a pas à effectuer. Nous avons de la chance à cet égard ; les ingénieurs des Affaires Stellaires d'il y a quelques décennies ont déjà découvert les secrets permettant de générer de la force de propulsion, des boucliers thermiques, une dispersion des forces, une protection cinétique, et cetera via la paratechnologie. Dans leurs grandes sagesse, ils nous ont laissé, au fond d'un cratère sur la Lune, ce qui est possiblement l'un des objets les plus avancés jamais créé par l'Homme.

WILHELM : Mais peu importe. Nous le reconstruisons, meilleur que ce qu'il était auparavant, supérieur à la somme de ses composants. Je mentirais si je disais que ce n'était pas vivifiant ; cette machine a un plus grand but que la plupart des choses que la Fondation créées. Elle n'est pas une Ancre à Réalité de Scranton ou une cellule de confinement plus sécurisée. Elle est le futur.

WILHELM : Elle accomplira son but, elle le doit.

MESSAGE AUDIO — LT ATREUS


ATREUS : L'Otrera est une très belle structure. Un long cylindre argenté et effilé de quatre-cent mètres de long. Une lance en soi, et prévue d'être utilisée comme telle. Enfin, à bien y penser, il n'a jamais vraiment été prévu qu'elle soit utilisée. C'est sa sœur, Akhenaten, qui fut lancée sur la lune pour former le mât de tente du Site Stellaire-1 ; l'Otrera était une solution de secours, destinée à être utilisée en cas de catastrophe. Quand ladite catastrophe n'arriva pas, on a tout simplement laissé l'Otrera là-haut avant de l'oublier jusqu'à ce qu'on ait besoin d'elle pour Mars.

ATREUS : Ça fait bizarre, maintenant, de la voir être une ruche d'activité une nouvelle fois. J'ai pris le rover pour Médusa et rampé à travers un tunnel. Ça ressemble à l'idée que je me fais de l'intérieur d'une fourmilière : une centaine d'ingénieurs se précipitant pour souder des tôles sur un squelette et y appliquer des protections thermiques. Des exosquelettes qu'ils utilisent pour soulever les objets lourds ; même quelques grues miniatures pour mettre en place les énormes fragments courbées qui composent la coque. Et cette lance argentée à moitié désassemblée au centre de tout cela, étendue au sol sur toute sa longueur.

ATREUS : J'ignore comment papa a réussi à convaincre le Conseil de réaliser ce gaspillage ou pourquoi je suis ici. Mais là maintenant, en voyant l'Otrera couchée là alors qu'ils retirent les propulseurs et étendent son corps, je dois avouer que je n'ai pas la moindre idée de comment ils comptent mener à bien ce projet.

MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE


TEMPLE : Je me plais à imaginer que dans un futur lointain quand quelqu'un écoutera ces enregistrements, l'humanité, l'humanité non-Voilée je veux dire, se sera installée sur la Lune. Je ne sais pas trop comment la Fondation expliquerait la présence du gratte-ciel qui est déjà sur place mais supposons qu'elle y arrive et que la personne qui écoute les enregistrements veut savoir comment c'est de vivre sur la Lune.

TEMPLE : Mauvaises nouvelles : ça craint. Le cratère de Médusa est recouvert d'un bouclier métallique servant à empêcher les débris de percuter et de compromettre l'intégrité de l'Otrera pendant sa construction. Le Groupe I envoyé là-haut ne vit toutefois pas dans le cratère. Nous vivons soit dans un groupuscule d'habitations, ou juste à côté dudit groupuscule, comme moi, soit à quatre heures de route en rover, au Site Stellaire-1. Si vous avez déjà eu des hamsters et un de ces labyrinthes colorés en plastique créés pour eux, alors dites vous que c'est à peu près ça mes conditions de vie depuis 3 mois. Faible gravité, plafond bas, peu d'eau, nourriture déshydratée insipide. Prendre une douche est quasiment un rêve et de temps en temps un rocher percute le dôme et nous rends tous nerveux.

[Pause.]

TEMPLE : Bon dieu, que cet endroit m'a manqué. Je suis allée marcher dehors pour avoir les pensées claires l'autre jour. J'ai parlé avec le Dr Hoisen, il dit que c'est normal de ressentir ça dans ces circonstances. Je ne pense pas qu'il ait tord ; ça me paraîtrait vraiment bizarre que quelqu'un venant soudainement de se faire imposer le fardeau de la survie de l'humanité soit ravi de cet arrangement. C'est la pression ultime. Mais que ce soit normal ou non ne change pas ce que je suis en train de réaliser : je ne sais pas si je suis capable de faire ça. J'ai échoué la dernière fois et ils m'ont clouée au sol. Mais ce qui est en jeu cette fois est tellement plus important. Rien que sortir de ma chambre me rend nerveuse car tout le monde me regarde et que je n'arrête pas de penser que "leur survie dépend du fait que je ne fasse pas tout foirer". Pas la meilleure chose à penser quand on a déjà tout fait foirer par le passé.

TEMPLE : Je lève les yeux vers le ciel, vers la Terre, attendant ce moment dont tous les astronautes célèbres parlent, ce moment de paix totale où l’on a l’impression de ne faire qu’un avec l'univers. Il ne vient pas.


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Le 10 juin, le nouveau châssis étendu de l'Otrera a été soumis à des tests de résistance par les ingénieurs pour déterminer s'il pouvait résister à la force qui lui serait appliquée. Les poutres ont été déplacées de 0,9 centimètre, ce qui se situe largement dans la plage de résistance à la traction de 0,75 à 1,50 centimètre. L'extension du châssis fut le premier et le plus important obstacle à la mise à niveau de l'Otrera, il était prévu qu'elle prenne 35 jours même avec de l'assistance anormale. Elle n'en pris que 26.

Le transport des membres du personnel du Groupe I sur la surface lunaire se poursuivit sans interruption, tous les vaisseaux de la Fondation n'étant pas assignés à d'autres missions importantes furent réquisitionnés pour faciliter cette migration. Le 7 juin, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la population de la Lune dépassa les 100 individus.

49 JOURS AVANT LE LANCEMENT


MESSAGE AUDIO — DR CHRIS LI

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Dr Chris Li

LI : J'adorais l'espace quand j'étais gamin, j'ai regardé L'Étoffe des héros, j'avais des piles de bouquins sur le système solaire, le soleil et toutes sortes de choses. Mais les fantaisies de l'enfance ont une façon bien à elles de se faire écraser par la réalité. J'ai grandi et découvert que je n'étais pas particulièrement doué pour les sciences où il y avait beaucoup de maths ; la physique, les maths purs, l’ingénierie. La chimie c'était plus mon truc, surtout la chimie des plantes. C'était intéressant mais pas trop en raccord avec un programme spatial qui était de toute façon en train de mourir.

LI : Donc à la place, j'étudie les plantes, qu'elles soient anormales ou non, au Site-15. Je ne suis pas chercheur aux Affaires Stellaires ou astrophysicien, je suis juste botaniste. Quand deux liaisons d'AffStel m'ont abordé avec un papier contenant différentes données chimiques sur de la terre, j'ai simplement supposé que c'était en rapport avec une anomalie classifiée dont ils ne souhaitaient pas me parler. Ça arrive souvent. Ils m'ont simplement dit, en termes vagues, qu'ils voulaient savoir si ce sol pouvait supporter la vie. Quand je leur ai dit qu'il avait tout ce qu'il fallait (azote, potassium, phosphore) ils m'ont demandé si je pouvais les orienter vers la personne la plus qualifiée de la Fondation sur la fertilité du sol et la botanique. Je leur ai alors dit, un peu gêné, qu'ils étaient en train de lui parler.

[Pause.]

LI : Et maintenant je suis sur la Lune, en combinaison d'astronaute alors qu'on regarde le premier vaisseau spatial de l'histoire de l'humanité se construire. La vie a une façon bien à elle de faire les choses.

MESSAGE AUDIO — DRE ALEJANDRA CASAUS


CASAUS : Je ne m'attendais pas à grand-chose quand l'équipe d'exploration s'en était allé sur un rover pour enquêter sur l'anomalie Archimède, c'est comme ça qu'on l'appelait avant qu'elle soit désignée comme SCP-8969. On était à peu près 50 au Site Stellaire-1 quand c'est arrivé. Depuis, ce nombre s'est envolé, on est maintenant presque 150.

CASAUS : Je me suis ouvertement moqué d'eux quand ils m'ont dit que l'anomalie ressemblait à une Voie. Il n'y a pas de Voies sur la Lune. C'est insensé. Et puis, les photos ont commencé à arriver. Cet éclat irisé caractéristique, tel celui d'une flaque d'essence que quelqu'un aurait renversé par inadvertance sur la surface lunaire. L'ondulation de l'espace qui l'entoure, tel l'asphalte par une chaude journée. Quand j'ai obtenu la permission de visiter le site en tant que scientifique en chef du Site Stellaire-1, j'avais déjà fait la moitié du trajet en rover.

CASAUS : La Lune n'est tout simplement pas très anormale. À part nous, il n'y a pas grand chose là-haut. Et puis alors, ça arrive de nulle part. Une occasion unique de nous propulser plus loin que quiconque avant nous. Je ne suis pas croyante mais c'est difficile de nier la présence d'un signe quand on en voit un, vous savez ?

CASAUS : Ils ne voulaient pas que la scientifique en chef du Site Stellaire-1 parte mais dès que j'ai vu l'Otrera c'était fini. J'ai demandé à partir. Elle est magnifique et elle a besoin de transporter les esprits les plus brillants que l'on a à offrir. Je suis assez intelligente pour savoir que j’en fais partie.

MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE


TEMPLE : Je pense que c’est le temps de faire une révélation au cas où vous n’auriez pas déjà deviné : ce n’est pas ma première fois sur la Lune. J’ai été recrutée par le Corps d’Astronautes de la Fondation juste après l’alunissage de l’Akhenaten. En 1980, j’étais sur la putain de Lune. Jusqu’à aujourd’hui, le Site Stellaire-1 fut notre magnum opus à AffStel ; une fois qu’on est là-haut, qu’on le voit de nos propres yeux, on comprend aisément pourquoi c’est le cas. Un gratte-ciel dont le bout est enfoncé dans la régolithe lunaire. L’intérieur est vide de toute chose superflue mais qui en a quelque chose à faire du confort quand on peut sauter de murs en murs ? Quand on peut mettre sa combi et marcher dehors, au milieu de la poussière lunaire, et voir la Terre dans son intégralité, elle qui alors ressemble à une bille bleue qu’on peut éclater entre nos doigts ?

[Soupire.]

TEMPLE : Comme beaucoup de membres du personnel de la Fondation et la plupart de nos astronautes à cette époque, j’ai des prothèses. Pour moi, c’était aux jambes. Un accident de voiture alors que j’étais en train de parler à la NASA pour passer leur programme de formation. Mes jambes n’ont pas été la seule chose qui fut écrasée ce jour-là. La chose pour laquelle j’ai travaillé toute ma vie à fait bang. J’étais abattue. Ma mère m’a dit que je n’ai pas ouvert la bouche pendant des semaines. Je fixais juste le ciel depuis mon lit d’hôpital. Puis, un jour, j’ai reçu une visite d’un type en costume noir qui m’a dit qu’il représentait une organisation qui pourrait m’aider. Pas seulement à récupérer mes jambes mais à aller sur la Lune. J’ai pensé que c’était un genre de farce particulièrement cruel. J’ai failli bondir de mon lit pour l’étrangler. Heureusement que je l'ai pas fait.

TEMPLE : Ce fut ma première rencontre avec le Directeur.


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Les modifications structurelles de l’Otrera furent complétées le 6 juillet. Il faisait 204 mètres de long à l’origine, après les modifications il avait plus que doublé de longueur pour atteindre les 413 mètres. Un mois avant le départ, les ingénieurs se sont concentrés sur le développement des intérieurs pour l'habitation humaine et, surtout, sur l'amélioration des systèmes de propulsion afin de supporter le poids supplémentaire.

À ce stade, quasiment tous les membres du personnel du Groupe I étaient sur la surface lunaire.

32 JOURS AVANT LE LANCEMENT


MESSAGE AUDIO — DRE ALEJANDRA CASAUS


CASAUS : Depuis qu'on a trouvé le trou de vers, on envoi quasiment toutes les sondes qu'on peut grappiller à travers. Il est placé à un endroit très pratique : assez proche de la planète pour qu'elle soit la contributrice gravitationnelle la plus importante mais assez loin d'elle pour qu'on puisse récolter des données sur tout ce qui l'entoure.

CASAUS : Le soleil, ou ce qui y ressemble, est en fait une naine blanche, le noyau incroyablement compact laissé pour compte quand une étoile comme notre soleil meurt et s’étend, perdant ainsi ses couches extérieures. C'est probablement la petite gemme bleue la plus magnifique que j'ai jamais vu. Malheureusement, lorsque ces couches sont perdues la plupart de la luminosité de l'étoile s'en va avec. C'est donc bien plus difficile pour les naines blanches de soutenir des planètes habitables. C'est là que la géante gazeuse entre en scène.

CASAUS : Enfin, on pensait que c'était une géante gazeuse au début. On l'appelle toujours géante par simplicité. En réalité, cet astre est ce qui s'appelle une naine brune, c'est une type d'objet sous-stellaire qui est trop large et chaud pour être une géante gazeuse mais trop petit et froid pour être une étoile. Il fusionne du deutérium et émet donc des radiations mais il les émets surtout sur des longueurs d'ondes du spectre infrarouge. Il réchauffera notre nouvelle planète mais la majorité de notre lumière viendra de la naine blanche.

CASAUS : Vu que la planète est très proche de la géante, elle est en rotation synchrone. Ça veut dire qu'on a besoin de faire une distinction entre le "côté jour", le côté constamment exposé à la géante, et le "côté nuit", le côté qui ne la voit jamais. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas tous deux de la lumière. La planète tourne autour de la géante à peu près toutes les dix heures, il y a donc 5 heures de lumière suivies par 5 heures de ténèbres, moins à peu près vingt minutes pour le côté jour quand la naine est derrière la géante. Même le terme "côté jour" est un peu exagéré, la géante fournit un niveau faible, bien que constant, d’illumination mais pas plus que ce que fournit une pleine lune. Oh, et la lumière est rouge.

CASAUS : Mon expertise s’arrête là. Je suis peut-être scientifique en chef mais je ne suis que physicienne. J’ai demandé aux docteurs Li et Novikov de nous briefer la Commandante et moi sur les conditions de la surface, en particulier celles sur l’habitabilité et la vie native à la planète, aussi vite que possible.

CASAUS : Il nous reste un mois. Nous allons utiliser chaque seconde.

MESSAGE AUDIO — DR ARVIND RAJENDRAN


RAJENDRAN : Je connais la Commandante Temple depuis longtemps. Elle était et est toujours l'une des meneuses-née les plus intelligentes, coriaces, sages et compétentes que j'ai eu le plaisir d'assister. Ce sont toutes des raisons que j'ai invoquées quand j'ai refusé de lui enlever ses prothèses en 87, j'ai fait de même pour la vingtaine d'autres membres du personnel d'AffStel qui venaient d'être cloués au sol. Je saisis la gravité de ce qui est arrivé à Amoni-Ram ; je travaille à la Fondation depuis bien avant la naissance de la plupart de mes collègues. Mais la réalité des choses, c’est que même en 1987 nous n’avions aucune preuve médicale que les membres du personnel dotés de prothèses paratechnologiques n’ayant jamais mis le pied à Amoni-Ram étaient sujets à l’influence de Robert Aram. Bien entendu, ça n’a pas empêché le Conseil O5 de rappeler tous les membres du personnel qui en avaient et d’ordonner leur interrogation. Ce qui, à l’époque, incluait 80 % des astronautes du Site Stellaire-1, menés par la Commandante Temple, bien qu’elle était alors encore Lieutenante.

RAJENDRAN : Je suis infiniment reconnaissant au Directeur d’être intervenu quand il l’a fait car se faisant il a empêché la plupart de son personnel d’être estropié une nouvelle fois et il m’a empêché d’avoir à le faire ou de risquer d’être mis à la porte. Ce jour-là, il a assuré la loyauté de quelques-uns et quelques-unes des hommes et femmes les plus braves que j’ai jamais connus. Malheureusement, même lui ne put empêcher la fin du programme Site Stellaire ; pendant 5 ans, le Site Stellaire-1 fut sombre, silencieux et complètement vide. Les opérations ont fini par reprendre, avec la condition que seuls les membres du personnel n’ayant pas de prothèses paratechnologiques pouvaient être astronautes. Lieutenante Temple et son équipe ont été mutés à des emplois de bureaux au quartier général d’AffStel et je suis allé avec eux pour subvenir aux besoins liés à leurs prothèses.

RAJENDRAN : Le truc avec les prothèses paratechnologiques c’est que c’est une des procédures médicales les plus compliquées qui existe. Chaque salle d’opération a besoin d’un chirurgien, d’un ingénieur et d’une demi-douzaine de techniciens au grand minimum. Depuis que Prometheus a coulé en 91, ça devient de plus en plus dur de récupérer les informations dont on a besoin sur leurs modèles. Cette connaissance se perd.

RAJENDRAN : Quasiment un tiers de l’expédition a une prothèse, qu’elle serve à remplacer un membre comme celles de la Commandante ou qu'elle ait un rôle aussi bénin qu’un appareil d’enregistrement oculaire. La seule raison pour laquelle la Fondation permet cela, c’est le fait qu’on part si loin de la Terre que si quelque chose arrive, elle ne sera pas en danger et n’aura aucune raison de le savoir. Je peux juste espérer qu’ils nous donneront ce dont nous avons besoin pour y arriver. Je suis la personne ayant le plus d’expériences médicales sur les prothèses dans toute la Fondation et je suis encore loin d’être un expert. J’espère seulement que je peux être ce que ces gens ont besoin que je sois.

MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE


TEMPLE : Je ne suis pas très proche de beaucoup de gens ici. Surtout depuis que j'ai été clouée au sol. J'en parlerai davantage plus tard. Mais le directeur ? Il a pris des risques pour moi bien trop souvent pour que je ne l'apprécie pas. Un type bizarre, mystérieux, avec beaucoup d'influence au Conseil mais qu'il vaux mieux ne pas avoir comme ennemi.

TEMPLE : Bref, revenons là où j’en étais. J’essaye de socialiser plus qu’avant dans les habitations. Je pense que la plupart des gens ne me reconnaîtrait pas si je n’avais pas ces jambes. On se démarque pas mal dans une foule quand on a une paire de guibolles venant des Labos Prometheus sous la taille. Bien que je sois loin d’être la seule à avoir ce genre de prothèses ici, plein de bonnes personnes avec des bras en métal ou des implants oculaires. C’est plus simple de leur parler, on a une expérience commune.

TEMPLE : Je pense surtout que je ne sais pas trop ce que je fais. Quand j’étais dans l’armée de l’air, la relation qu’on avait avec nos subordonnés était plutôt bien définie. C’était pareil à AffStel. Mais là ce ne sont pas juste des gens à qui je donne des ordres, ce sont des personnes que je vais mener pour le restant de ma vie, littéralement. Je ne peux pas simplement être une N+1. Je dois être quelque chose de mieux. Je dois être une meneuse.

TEMPLE : Mon second, Lieutenant Atreus, est venu aujourd’hui, pour voir comment la rénovation du vaisseau avance. Il vit au Site Stellaire-1 le reste du temps. C'est un bon garçon, même s'il a un peu la hargne. C’est le fils du Directeur et ce sont de sacrés gros souliers à chausser. Quoi qu'il en soit, il était choqué. Et, je l'avoue, moi aussi. Je les ai convaincus de me laisser voir le pont. Vous n'allez pas le croire. Moi-même je ne suis toujours pas sûre d'y croire.

TEMPLE : Le Directeur m’a appelé hier. Ça n’a pas duré longtemps, quelques minutes seulement ; d’ici la visio avec la Terre est une plaie, nous essayons donc d’éviter. C’était sympa. Rien d’important.


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Les modifications des systèmes de propulsion du VSF Otrera furent mineures par rapport à la révision structurelle. Le vaisseau est alimenté par le même carburant à haut rendement qui avait alimenté le VSF Akhenaten mais la gravité plus faible de la Lune fait que même avec trois fois la masse de ce dernier les systèmes de propulsions existants seraient en mesure de lancer l’Otrera dans l’orbite lunaire. L'attention s'est portée sur le réétalonnage du système de propulsion en fonction de la nouvelle répartition du poids, quelque peu particulière, de l'Otrera. L'intérieur a été construit en partant du principe que pendant la majeure partie de sa vie après l'atterrissage, le vaisseau serait une structure statique "à l'envers", la proue et le tiers supérieur du vaisseau finiraient par être enterrés. Les cabines de l'équipage étaient donc concentrées vers la proue, les zones de stockage et de chargement quant à elles étaient placées au milieu.

Les dernières évaluations psychologiques des membres du personnel commencèrent deux semaines avant le lancement.

15 JOURS AVANT LE LANCEMENT


MESSAGE AUDIO — DRE HANNA NOVIKOV

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Dre Hanna Novikov

NOVIKOV : Je réalise que je fais partie d’une très petite minorité de personnes ici qui ne connaissaient pas la Fondation jusqu’à récemment.

NOVIKOV : Quand j’ai été contactée par cette organisation, je pensais que c’était une genre de blague. Des agents m’ont informés que j’étais la meilleure experte qu’ils ont pu trouver sur l’exobiologie. Je les ai remerciés pour le compliment et leur ai dit qu’il y avait bien meilleur que moi sur le sujet avant de leur souhaiter au revoir. Ils ont alors clarifié leur propos en disant que j’étais la meilleure experte qu'ils ont pu trouver parmi ceux dont la disparition ne ferait pas lever de sourcils et que c’était dans mes meilleurs intérêts de travailler avec eux.

NOVIKOV : J’ai continué à croire que c’était une blague jusqu’à ce qu’on m’envoie de l’autre côté de l’océan, qu’on me forme à la hâte et qu’on me place dans une navette. Quand j’ai atterrie sur la base lunaire, j’ai commencé à croire que c’était un rêve et me suis donné deux semaines pour me réveiller. Je suis une femme ponctuelle et au quinzième jour j’ai donc digéré le choc et l’émerveillement que m’a procuré ma nouvelle réalité en quinze minutes avant de me mettre au travail. Il y a un mois de ça, le vaisseau était éviscéré comme un animal blessé. Aujourd’hui sa coque brille et l’intérieur est en train d’être construit. Les choses changent vite et je ne vais pas être laissée en retrait.


MESSAGE
AUDIO — ING. SR WILHELM


WILHELM : Plus que deux semaines. Je pourrais difficilement être plus choqué ou fier de mon équipe. C’est le travail d’une vie. On l’a complété en moins de trois mois. Il faut reconnaître que cela a été facilité par le fait que nous travaillions tous avec des modèles préexistants et avec un budget véritablement infini, sans oublier le fait que le vaisseau n’était pas construit sur Terre. Ce qui veut dire qu’on a jamais eu à s’inquiéter de ne pas s’échapper de l’orbite. À bien des égards, ce vaisseau n’est pas conçu pour voler ; il est conçu pour tomber.

WILHELM : Dans tous les cas, la coque est recouverte de boucliers thermiques et l’intérieur est quasiment terminé. Quatre par cabine ça va faire serré mais quand le vaisseau sera arrivé et que l’expédition pourra construire de nouveaux bâtiments ils devraient, avec un peu de chance, être moins à l’étroit. Enfin, c'est pas comme ci je le saurais un jour.

WILHELM : Une des raisons pour laquelle je me suis lancé tête la première dans ce projet était pour éviter de répondre à une question clé : allais-je y aller avec eux ? Plus jeune, j’aurais répondu oui sans hésiter. Mais j’ai cinquante ans. J’ai une femme et deux enfants. La Fondation m’a assurée qu’elle s’en occuperait mais quel genre d’homme serais-je si je partais pour l’aventure en laissant ma famille croire à ma mort ? Beaucoup de gens sur ce vaisseau ont fait ce choix et quand il partira, il laissera beaucoup de familles brisées et de personnes absentes à leur propre enterrement.

WILHELM : Non. Non, j’ai fait ma part ; l’Otrera partira sans moi. Je ne saurais jamais si mon magnum opus réussira. Je ne peux que faire les calculs et espérer.

MESSAGE AUDIO — DR CHRIS LI

LI : Pendant qu'Hanna s'habitue à sa nouvelle réalité, je travaille avec elle pour établir un dossier sur les conditions de vie dans notre nouveau monde. C'est une fille intelligente mais visiblement dépassée par la situation. Moi aussi je serais dépassé à sa place. Bon sang, je suis déjà à ma place.

LI : La planète est un peu plus petite que ce à quoi on est habitué. 80 % de la gravité de la Terre mais avec une atmosphère plus épaisse. On pense que l’atmosphère est protégée des vents solaires par un champ magnétique incroyablement puissant qui protège aussi la surface des radiations les plus néfastes de la géante. Pour ce qui est de l’eau, il n’y a qu’un océan qui va d’un bout à l’autre de l’équateur, séparant ainsi le nord et le sud en deux continents massifs.

LI : La vie en elle-même est abondante, surtout pour ce qui est de la végétation. C’est principalement des nuances de vert mais qui tirent vers le jaune du côté jour et vers le bleu du côté nuit. On est presque sûrs que cela a à voir avec l'équilibre des longueurs d'onde entre la naine et la géante. On a aussi vu des preuves de l’existence d’animaux ressemblant à des insectes mais on pense qu’ils seraient plus larges et moins abondants que sur Terre étant donné que l’oxygène atmosphérique est plus élevé.

LI : Dans l’ensemble, il n’y a rien que la Dre Novikov ou moi n'avions trouvé qui indique que c’est un endroit dangereux pour une implantation humaine. La façon dont les espèces natives réagissent à notre présence est encore inconnue et ça prendra du temps de s’ajuster aux conditions de cette planète mais on s’ajustera. À moins que quelque chose de catastrophique n’arrive… ça pourrait être notre nouvelle maison.

MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE


TEMPLE : Je me sens un peu mieux maintenant.

TEMPLE : La conversation que j’ai eu avec le Directeur m’a fait du bien je pense. Beaucoup de bien. Depuis, je passe énormément de temps dehors vers les habitations. À parler à des gens. À apprendre à les connaître. On est un groupe diversifié, composé de personnes venues du monde entier. Ici tous les genres, ethnicités, croyances et milieux sont représentés. C’est une concentration indescriptible d’expériences du monde, entassées dans un tas de tentes sur la Lune. Et ils me respectent tous.

TEMPLE : Pour je ne sais quelle raison, cela ne me terrifie plus. C’est… vivifiant. C’est pas pour citer Trek à tour de bras mais on va vraiment là où personne n’est allé avant nous. Ce n’était qu’une possibilité abstraite à l’époque mais ça semble si proche maintenant. Le vaisseau est quasiment terminé, ils sont sur les ordinateurs maintenant, ce sont des composants cruciaux mais je leur fait confiance. Ils ont réussi à monter ce projet à partir de rien, et rien que pour ça ils ont toutes mes félicitations.

TEMPLE : J’ai eu une réunion avec Casaus et Atreus, la scientifique en chef et le commandant en second de l’Otrara. Techniquement c’est moi qui suis aux commandes mais j’ai eu une pelletée de mauvaises expériences avec des subordonnés ayant l’impression d’être, eh bien, des subordonnés. Je suis plus qu’heureuse de partager la responsabilité du poste avec eux. Et ils savent que c’est moi qui décide à la fin, pas eux. Je pense qu’on va avoir une bonne relation.

TEMPLE : On a aussi choisi l’endroit où on se posera aujourd’hui. Nos cartes sont assez basiques mais on a trouvé une petite péninsule sympa sur le continent au nord, près de la ligne séparant le côté jour et le côté nuit. Et c’est peut-être égoïste mais je suis la Capitaine, j’aimerais bien faire le premier pas dehors. Enfant, j’ai regardé Neil Armstrong faire son premier saut maladroit sur la Lune, c’est peut-être cliché de dire ça mais c'était vraiment quelque chose.

TEMPLE : Avec un peu de chance, les premières jambes à fouler ce nouveau monde seront faites d’acier et de fibre de carbone. Et avec encore un peu plus de chance, les premiers poumons qui respireront l’air de cette planète le feront tranquillement.


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Les derniers jours de préparation avant le lancement du VSF Otrera ont vus se dérouler la transportation des membres du personnel du Groupe II de la Terre au Bassin Médusa avec des provisions et autres équipements essentiels. Des centaines de tonnes de rations furent chargées dans le vaisseau afin de subvenir aux besoins de l’expédition jusqu’à ce que l’agriculture puisse être établie, ces provisions furent accompagnées du nécessaire agricole. Des copies redondantes de données numériques hautement compressées ont été placées à différents endroits du navire, ensemble elles couvrent une archive vaste et diversifiée de connaissances humaines. Des embryons ayant été rapidement congelés ont aussi été chargés dans le bateau afin de refléter, de manière approximative, la diversité génétique de l’humanité, ils sont accompagnés d’utérus artificiels. Les membres du personnel encore attachés à la Terre reçurent la permission d’enregistrer des messages à caractère personnel à destination de leurs amis et des membres de leur famille. Ces enregistrements seront distribués si un scénario de Fin de la Mascarade de Classe BM survient.

4 JOURS AVANT LE LANCEMENT


MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE


TEMPLE : Une partie stupide de moi pensait qu’on serait moins occupé une fois la rénovation du vaisseau terminée. J’avais complètement tort.

TEMPLE : Cet endroit est une véritable volière maintenant. De plus en plus de personnes arrivent, je ne pensais même pas qu’on aurait besoin de certains d’eux, on a des généticiens, des architectes, des banquiers, des historiens, des mécaniciens, des linguistes. On a même reçu une livraison ultra sensible venant tout droit de la terre : vingt-mille embryons humains ayant été rapidement congelés. Je savais bien qu’ils ne s’attendaient pas à ce qu’on recrée la population humaine à la main mais c’est tout de même impressionnant à voir. Le camp est plein à craquer, on loge donc les nouveaux arrivés dans l’Otrera.

TEMPLE : Oh, c’est vrai. J’ai visité l’endroit où je travaillerais dorénavant, maintenant qu’il est terminé. Et putain, je dis oui. Oui. C’est un mastodonte. On est entré par la soute, elle est en train d’être remplie avec tous les objets dont on pourrait un jour avoir besoin et une machine pouvant fabriquer d’autres choses au cas où. C’est plus ou moins impossible de l’explorer entièrement vu que le vaisseau est allongé sur la longueur alors qu’il est conçu pour se tenir à la verticale mais j’ai l’idée. Des rangées et rangées de cabines, une médiathèque dont le contenu va d’Homère à Deep Space Nine, une piscine (vide, évidemment), je veux dire j’ai même un compartiment privé.

TEMPLE : Et le pont. Si vous le voyez un jour vous n’en reviendrez pas. Le fait que ce bijou ne volera qu’une fois me rend un peu triste. Debout devant ce hublot, les mains jointes derrière le dos, à les regarder enlever le métal recouvrant l'embouchure du cratère… Je pense que je comprend enfin de quoi ces astronautes célèbres parlaient.

[Silence.]

TEMPLE : Le Directeur avait raison. Je comprends maintenant. C’est ça ma destinée. On ne peut échapper à son destin. Cette pensée ne me fait plus peur désormais.


0 JOURS AVANT LE LANCEMENT

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Le 7 août, le VSF Otrera fut hissé à la verticale par 17 grues avant d’être stabilisé dans le cratère Médusa. À 2h01 GMT, le moteur principal du vaisseau fut activé et l’Otrera prit son envol, se fixant sur un vecteur de poussée qui l'amènerait sur l'orbite lunaire jusqu'à ce qu'il soit en position d'arrêter sa poussée et d'entamer une descente contrôlée vers SCP-8969.

À 7h12, l’Otrera traversa SCP-8969 et entra dans le système Vanaheim, ce fut la première fois que l’humanité quitta le système solaire. Sa chute contrôlée vers la surface de Vanaheim-f5 continua, l’Otrera resta en contact régulier avec le Commandement des Affaires Stellaires. À 9h33, le vaisseau entra dans la surface de la Zone d’atterrissage 1. Comme prévu, les communications avec l’Otrera furent alors interrompues temporairement. Les navettes secondaires furent conservées jusqu’au rétablissement de la communication.


MESSAGE AUDIO — CDT CASEY TEMPLE

«DÉBUT DE L'ENREGISTREMENT»


COMMANDEMENT : Otrera, répondez s’il vous plaît.
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COMMANDEMENT : Otrera, répondez s’il vous plaît.
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COMMANDEMENT : Otrera, répondez s’il vous plaît.
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COMMANDEMENT : Otrera, répon—

OTRERA : Otrera à l’appareil. Je vous entend parfaitement Commandement.

[Cris de joie provenant du Commandement de la mission en arrière-plan.]

COMMANDEMENT : Ravi de vous entendre une nouvelle fois, Commandante. Quelle est la situation ?

OTRERA : C’était un peu mouvementé vers la fin, on a eu quelques bleus. Mais tout le monde est vivant. Le pire qu’on a eu c’est un bras cassé. L’Otrera est fermement enfoncé à 105 mètres de profondeur, les dégâts structurels subis par la coque sont négligeables.

COMMANDEMENT : Quel est l’angle ?

OTRERA : Stabilisé à 1,45 degrés. C’est quasiment un sans-faute. Ce bébé ne va nulle part.

COMMANDEMENT : C’est excellent, excellentes nouvelles. On pourra envoyer les navettes VSF dès que vous nous donnerez votre feu vert.

OTRERA : Les relevés des capteurs devraient arriver dans une dizaine de minutes, j’aimerais les recevoir avant.

COMMANDEMENT : Bien reçu.

OTRERA : J’adorerais discuter mais l’équipage attend pour pouvoir ouvrir le premier sas menant à l’extérieur.

COMMANDEMENT : Vous avez un problème mécanique avec ?

OTRERA : Non. Ils m’attendent juste. La Capitaine a le droit de faire le premier pas, vous savez. J’ai préparé un beau petit discours et tout.

COMMANDEMENT : Ah.

OTRERA : Je reviens dans une minute. Je dois aller à la rencontre de mon destin.


«FIN DE L'ENREGISTREMENT»










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Des provisions et des membres additionnels du Groupe III continuèrent à être envoyés à travers SCP-8969 pour le projet VAGABOND jusqu’au 28 août, jour où le passage passa la fenêtre de Martin et que le transport d’équipements et de provisions devient risqué. Les signaux radio furent toujours capables de passer, et le Site-69 continua à échanger avec le Site Stellaire-3 jusqu’à ce que les distorsions causées par la déstabilisation de l’anomalie rendent même la simple communication textuelle impossible. SCP-8969 se déstabilisa alors rapidement, comme prédit. Le dernier échange avec le Site Stellaire-3 fut reçu le 9 septembre à 6h41, le voici :

RESPIRONS TRANQUILLEMENT
ON SE VOIT DE L’AUTRE CÔTÉ

Étant donné que le système Vanaheim est à approximativement 6 500 années lumière de la Terre, il est peu probable que les échanges soient un jour repris. SCP-8969 s’est complètement dématérialisé le 10 septembre à 16h40, il y a 34 ans, 5 mois et 16 jours.

Nous ne leur souhaitons rien d’autre que la meilleure des chances.


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