Objet no : SCP-894-FR
Niveau de Menace : Rouge ●
Classe : Non-confiné
Procédures de Confinement Spéciales : L'équipe de surveillance de SCP-894-FR doit signaler au Département de l'Écologie et du Développement Durable l'apparition de toute nouvelle espèce SCP-894-FR-A au sein de l'écosystème SCP-894-FR. En cas de découverte d'une nouvelle espèce SCP-894-FR-A, une instance doit être prélevée et transférée au Site-Nun Méditerranée pour analyses.
Des herbicides doivent être pulvérisés régulièrement sur une distance de 200 mètres autour de l'écosystème SCP-894-FR afin de prévenir toute apparition de plante non anormale.
Des patrouilles sous-marines et déploiements de drones doivent être organisés quotidiennement afin d'arracher toute instance d'une espèce SCP-894-FR-A se développant hors de l'écosystème SCP-894-FR. Ces instances doivent ensuite être incinérées sur le Site-Nun Méditerranée. Toutes les instances de l'espèce SCP-894-FR-A-361, quelle que soit leur localisation, doivent être arrachées à l'écosystème SCP-894-FR, recevoir les derniers sacrements lors d'une cérémonie funéraire puis être incinérés.
Description : SCP-894-FR désigne l'apparition d'une flore maritime anormale au sein de la fosse sous-marine de Cassidaigne,1 en mer Méditerranée.
Cette flore, composée de plusieurs espèces (nommées collectivement SCP-894-FR-A), a pour particularité de ne pas être basée sur le carbone comme l'ensemble de la vie connue, mais sur l'oxyde de fer(III), présent en abondance dans la zone de par sa forte concentration en boues rouges.2 De par leur organisation basée principalement sur ce composé auxquels s'ajoutent des métaux lourds et divers plastiques, ces espèces ont toutes en commun une structure plus résistante à la pression de sélection des écosystèmes environnants. A l'inverse, elles exercent sur ceux-ci une influence néfaste, à l'instar des espèces invasives non anormales, et ce par 3 mécanismes :
- Leur plus grande survivabilité générale : En lien à leurs compositions biochimiques atypiques, les espèces SCP-894-FR-A ne constituent pas une source de nourriture et n'ont donc aucun prédateur.
- Leur radioactivité : Toutes les espèces SCP-894-FR-A intègrent dans leurs structures organiques des radionucléides3 et favorisent une augmentation de la radioactivité environnementale locale.4 Cela a pour effet des effets délétères sur autres formes de vie de leur milieu, facilitant leur disparition.
- L'extension de leur milieu naturel : Parmi les espèces SCP-894-FR-A, certaines ont pour particularité d'accumuler tout au long de l'année dans leur organisme la boue rouge présente dans leur environnement, et de la relâcher par pulvérisation au moment de la phase de floraison. Cela a pour effet de disperser ces boues plus largement et étendre leur écosystème.
Parmi les composés et dérivés les plus fréquents au sein des structures organiques des espèces SCP-894-FR-A dans leur globalité, on retrouve :
- Oxyde de fer(III)
- Oxyde de titane
- Oxyde d'aluminium
- Plastiques divers
- Chrome
- Zinc
- Plomb
- Nickel
- Radionucléides
- Mercure
- Arsenic
De par les changements environnementaux qu'a provoqué SCP-894-FR au sein de la fosse de Cassidaigne, on n'y retrouve actuellement plus aucune trace de vie organique carbonée.
Addendum no1 : Contexte écologique
Comme décrit précédemment, les espèces SCP-894-FR-A sont toutes des formes de vie basées sur l'oxyde de fer(III), composé présent en abondance dans la fosse de Cassidaigne sous forme de boue rouge. Bien que non anormale, la boue rouge n'est pas d'un composé d'origine naturelle, mais un déchet produit lors de la fabrication industrielle d'alumine et d'aluminium. Sa présence au sein de la fosse de Cassidaigne a pour origine les rejets au sein de cette dernière d'une usine locale de fabrication d'alumine.

FICHE D'INFORMATIONS
Département de l'Écologie et du Développement Durable

Les boues rouges présentes dans la fosse de Cassidaigne sont issues de l'usine de production d'alumine de Gardanne (Bouches-du-Rhône), qui les y rejettent via un pipeline sous-marin de 55 km de long. Depuis 1966, cette usine produit à partir de roches de bauxite, via le procédé Bayer,5 de l'alumine, composé nécessaire à la fabrication de nombreux produits industriels et technologiques6.
Le procédé Bayer produit cependant en plus de l'alumine un déchet industriel inexploitable, la boue rouge. Avec l'autorisation de l'état français, cette boue rouge a été déversée depuis 1967 au sein de la fosse de Cassidaigne, ce qui a occasionné une destruction très importante de la biodiversité pré-existante, considérée par de nombreux experts scientifiques comme particulièrement riche et spécifique. Au total, il est estimé qu'entre 1967 et 2016, entre 20 et 32 millions de tonnes de boue rouge ont été ainsi rejetées en Méditerranée.
Une évolution de la législation en 2016 a interdit le rejet de boues rouges par l'usine, l'obligeant à les traiter pour en extraire une fraction solide et une fraction liquide. La fraction solide des déchets, la Bauxaline, est stockée à terre et commercialisée suite à la découverte de possibilités d'exploitations industrielles. La fraction liquide est elle toujours rejetée en mer dans la fosse de Cassidaigne. Bien que moins toxique que la boue rouge, elle reste dangereuse pour l'environnement, étant basiquement une lessive de soude contenant de l'arsenic, du vanadium et de l'aluminum.
Si la présence des boues rouges est expliquée par l'activité industrielle humaine, elle ne suffit cependant pas à elle seule à expliquer l'apparition des espèces SCP-894-FR-A. Les analyses comparatives avec d'autres zones importantes de rejets marins de boues rouges ont permis de confirmer SCP-894-FR comme un phénomène unique à la fosse de Cassidaigne :
- Golfe de Gênes - Société Montedison.
- Côte dalmate7 - Usine d'Obrova (Croatie).
- Côtes jamaïcaines.
Addendum no2 : Analyse cellulaire
Représentation schématique d'une cellule végétale non anormale.8
Les cellules d'espèces SCP-894-FR-A ont plusieurs points communs avec les cellules végétales non anormales en terme d'organisation. On y retrouve ainsi :
- Une grande vacuole centrale : Qui participe au maintien de la turgescence de la cellule et aux échanges moléculaires entre la cellule et les autres structures de la plante.
- Une paroi d'allure pectocellulosique : L'appellation pectocellulosique est ici impropre car si la paroi semble avoir un rôle similaire aux parois pectocellulosiques classiques9, elle n'est pas composée de cellulose et de protéines mais d'oxyde de fer(III) associé à des métaux lourds ou des plastiques.
- Des plasmodesmes : Qui participent à la communication entre cellules adjacentes.
Coupe cellulaire d'une instance SCP-894-FR-A.
Cependant, à l'inverse de la vie végétale carbonée, les cellules d'espèces SCP-894-FR-A n'ont pas de chloroplastes. Elles sont ainsi incapables de synthétiser de la chlorophylle et donc de convertir la lumière en énergie. Il est supposé, bien que cela reste encore à ce jour une simple hypothèse, que l'apport énergétique nécessaire à leur métabolisme provienne des radionucléides présents dans leurs organismes. Cela explique également leur aspect rouge plutôt que vert, de par leur composition majoritairement basée sur l'oxyde de fer(III) et l'absence de chlorophylle.
Addendum no3 : Analyse phénotypique
Au total, 366 367 espèces SCP-894-FR-A sont actuellement identifiées et en cours d'études au sein du Site-Nun Méditerranée.10 Ces espèces, diverses par de multiples aspects, ont en commun de posséder des anatomies et phénotypes d'allure générale végétale, mais différents des espèces maintenant éteintes de la fosse de Cassidaigne. Leurs textures et solidités apparaissent extrêmement variables en fonction de la présence et la proportion des composants de leurs organismes, mais toutes sont plus résistantes que des plantes non anormales.
Ci-après, quelques exemples d'espèces SCP-894-FR-A parmi les mieux connues actuellement :
| Apparence | Notes |
SCP-894-FR-A-1. |
Micro-algue présente en abondance au sein de l'écosystème SCP-894-FR. Elle intègre dans sa composition une proportion de radionucléides très supérieure à la moyenne des espèces SCP-894-FR-A, à l'origine de son caractère luminescent. |
SCP-894-FR-A-6. |
Algue de croissance principalement souterraine. Son développement déstabilise les sols et provoque des glissements de terrain, ce qui a pour effet de propager les boues rouges dans les fonds marins. Sa structure intègre en majorité de l'oxyde de fer(III) et des plastiques, à l'origine de son apparence partiellement transparente. |
SCP-894-FR-A-17. |
Cette espèce démarre sa croissance de façon souterraine également, sous la forme d'un réseau racinaire tubulaire. La particularité de ce réseau est qu'il peut s'étendre au delà du périmètre des boues rouges, ou il fleurit et éclot en une à cinq structures plastiques creuses. Lorsque l'éclosion est totale, la fleur expulse des boues rouges convoyées à travers les tubes racinaires, permettant l'extension de l'environnement propice à SCP-894-FR. Sa structure est principalement plastique, d'où sa couleur bleue ou blanche plutôt que rouge. |
SCP-894-FR-A-35. |
Il s'agit de petits tubercules à partir desquels vont pousser des ramifications. Ces tubercules captent les plastiques de leur environnement, à partir desquels ils synthétisent des câbles tubulaires. Ces câbles ne sont pas vivants, mais permettent aux instances SCP-894-FR-A-35 de se connecter en un vaste réseau interconnecté. Ils fournissent également un support pour de nombreuses autres espèces SCP-894-FR-A. |
SCP-894-FR-A-124. |
Algue rouge dont l'apparence est proche d'une algue non anormale, phénomène rare au sein des espèces SCP-894-FR-A. Cependant, chaque appendice est en réalité un filin bio-métallique extrêmement coupant. Cette espèce ne se développe que sur un périmètre restreint au sein de la zone de l'anomalie. |
SCP-894-FR-A-287. |
[DONNÉES CENSURÉES] |
Notes : Les espèces SCP-894-FR-A forment un écosystème singulier du point de vue écologique. En effet, tout écosystème a pour point commun d'être le résultat d'interactions internes multiples entre les organismes vivants qui le constituent ainsi qu'entre ces mêmes organismes et leur environnement physique.
Dans le cas d'un écosystème non anormal, ces interactions ont pour aboutissement une stabilité qui permet le maintien de l'écosystème. L'écosystème SCP-894-FR, lui, n'atteint jamais cette stabilité et apparait presque entièrement dirigé vers l'extension du périmètre des boues rouges, d'une façon que l'on pourrait improprement qualifier de "comportement invasif".
Nous ne disposons pas à l'heure actuelle d'éléments suffisants pour expliquer ce phénomène. Il est raisonnable de penser qu'une plus grande connaissance des mécanismes à l'origine de SCP-894-FR pourrait nous permettre d'avancer sur ce point, ainsi, nous recommandons de débloquer des moyens en ce sens. Il nous est en effet indispensable de pouvoir réfréner ce caractère invasif afin de garder l'anomalie sous contrôle.
Addendum no4 : Exploration
Mise à l'eau du sous-marin (modèle Nautile) pour la mission d'exploration 894-FR
Suite à la découverte de SCP-894-FR, une première mission d'exploration a été lancée par le Département de l'Écologie et du Développement Durable, à bord d'un sous-marin de poche, choix motivé par une volonté de discrétion du fait du caractère purement observationnel de la mission.
Pour cette même raison, la mission ne comptait qu'un agent présent au sein du sous-marin, afin de pouvoir le piloter et effectuer des clichés de l'écosystème SCP-894-FR pour analyses ultérieures.
Mission d'exploration de la zone d'implantation de SCP-894-FR
Agent Tolmac : Tolmac à base, Tolmac à base. Nous arrivons aux abords des… Plantes ? Je suppose qu'on va dire plante pour faciliter les échanges, mais ce que j'ai devant moi est très loin d'un paysage floral.
Base : Bien reçu, agent. Essayez de nous décrire le plus précisément possible ce que vous voyez.
Tolmac : Ca ressemble un peu à une immense déchetterie sous-marine. Mais une déchetterie atypique, et avec tout ce qui a été balancé dans la Méditerranée, on manque pas de points de comparaison. Là c'est un peu comme si… C'est pas une formulation très professionnelle, mais j'ai l'impression de voir des ordures parodier la vie.
Base : Je comprends que ce ne soit pas facile à décrire, c'est souvent le cas lorsqu'on découvre une anomalie. Mais essayez d'être le plus exact possible dans vos descriptions.
Tolmac : Oui vous avez raison. Ça s'étend à perte de vue déjà. Avec le relief, l'évaluation des distances est pas simple, mais je dirais sur plusieurs kilomètres à vue de nez. Des kilomètres de plastiques, de métaux, il y en a absolument partout. Et organisés en structures complexes.
Base : Quels genres de structures ?
Tolmac : Ça ressemble à des plantes. Ou pour être exact, à de mauvaises reproductions faites avec les moyens du bord. Il y en a plein de variétés différentes. Je prends quelques clichés11. Il y en a plein de différentes, majoritairement rouges. Pas une trace de verdure.
Base : Clichés bien reçus. D'autres observations ?
Tolmac : En quelque sorte oui. C'est plutôt une non-observation, mais je voulais signaler que je ne vois absolument aucune forme de vie animale. Ni poissons, ni crustacés, rien du tout. C'est comme s'ils s'étaient évaporés.
Base : Ok. Essayez de vous enfoncer un peu plus là-dedans, il faut que l'on en apprenne plus. Et restez prudent.
Tolmac : Pas besoin de me le dire deux fois ! Rappelez moi pourquoi on a pas envoyé un Classe D ? C'est ce qu'on fait pour ce genre de missions d'habitude non ?
Base : Directives venues d'en haut. Les Classes D sont devenus une ressource rare. Alors ils les réservent pour certaines anomalies, celles où on a aucun moyen de faire autrement.
Tolmac : Ouais je vois… Les missions environnementales c'est secondaire en gros. On croirait entendre des politiques ! Bon allez, avançons. Pour l'instant, pas de grand changement. Les différentes espèces de plantes semblent se répartir selon des critères spécifiques, c'est vraiment comme un vrai écosystème. Et il y a de nouvelles espèces aussi, que je voyais pas tout à l'heure. Allez hop, c'est dans la boîte ! Et on repa… Oh putain !
Base : Tolmac ? Que se passe-t-il ?
Tolmac : Ça va, j'ai juste été surpris. Certaines de ces plantes ont la capacité de projeter de la boue visiblement. Mais y a pas de casse. Cela dit ça obstrue une partie de mon champ de vision. Heureusement qu'il y a de la lumière.
Base : Oui j'ai vu ça sur vos clichés. Restez prudent quand même, vu le rayonnement lumineux émis, c'est de la radioactivité. Normalement le sous-marin et votre équipement sont équipés pour ça, mais si ça brille trop, faites demi-tour.
Tolmac : Je note. Ah, je crois que j'ai trouvé quelque chose d'intéressant là, j'essaie de me rapprocher doucement.
Base : Qu'est-ce que vous voyez ?
Tolmac : Des algues, toujours rouges12. Mais circonscrites à une toute petite zone, ça fait une sorte de monticule, ma main à couper qu'il y a un truc intéressant en dessous. Je sors les pinces.
Base : Essayez de ne pas trop en arracher, rappelez vous qu'on est pas là pour faire des prélèvements. Ni déclencher de réaction imprévisible.
Tolmac : Je sais je sais. De toute façon, je risque pas d'en arracher beaucoup, c'est que ça résiste ! Et ça abîme les pinces j'ai l'impression.
Base : Beaucoup de dégâts ?
Tolmac : Non, c'est superficiel, des rayures principalement. Ah ça y est, ça cède enfin ! Voyons voir… Oh bordel, qu'est-ce que c'est que ça !? Y a un cadavre ! Humain !
Base : Un cadavre ? D'après les mesures préliminaires, il est impossible qu'un cadavre puisse perdurer dans un tel milieu.
Tolmac : Et ben le cadavre ici présent a pas l'air d'accord avec vos mesures ! Pas d'erreur possible, c'est clairement un humain. Les algues rouges sont comme plantées dedans. Où plutôt, c'est comme si elles poussaient dans le cadavre. Il est transpercé par endroits. Oh et y a pas que les algues qui le transpercent j'ai l'impression, y a autre chose.
Base : Comment ça autre chose ? D'autres espèces SCP-894-FR-A ?
Tolmac : Non non, quelque chose de plus petit, y en a plusieurs plantés sur le crâne. Attendez, je zoome. Voyons voir… Je crois bien que ce sont des clous. Oui c'est ça, des gros clous. Dont la tête est gravée avec des symboles.
Base : On ne distingue pas bien sur les clichés, il y a une sorte de déformation. Méfiez-vous, c'est probablement un effet anormal.
Tolmac : Je fais quoi du coup ? On est venus pour en apprendre plus sur tout ça, et là on a clairement quelque chose. Si on arrête maintenant, on aura fait ça pour rien.
Base : Je suppose que vous avez raison. Si on ne peut pas les photographier correctement, on pas le choix, il va nous falloir un échantillon. N'en prélevez qu'un seul, ça devrait aller.
Tolmac : Ça me va, je prélève ça et je rentre. J'ajuste les paramètres et… Oh putain !
Base : Agent Tolmac !? Que se passe-t-il ?
Tolmac : Les algues ! Au moment où j'ai arraché le clou, elles se sont dressées d'un coup ! Je crois que ça a perforé le fond de la coque, les alarmes sonnent de tous les côtés.
Base : Remontez tout de suite ! On ne sait pas ce qu'elles peuvent faire d'autre.
Tolmac : Bien reçu. J'ai jamais été aussi content d'obéir à un ordre !
L'agent Tolmac a pu remonter à la surface sans autre obstacle, seuls des dégâts mineurs étant à déplorer sur le sous-marin.
Addendum no5 : Origines
Après passage par le Département des analyses, le clou prélevé lors de la mission d'exploration 894-FR a été transmis au Département des Recherches Ésotériques et Occultes suite à l'identification du caractère occulte des symboles gravés sur sa tête.
Les différents symboles et caractères gravés ont ainsi pu être associés à une déclinaison provençale des arts occultes, la magie des masques.

FICHE D'INFORMATIONS
Département des Recherches Ésotériques et Occultes
Dans la langue provençale, le terme "masque" ne désigne pas des objets de déguisement ou de dissimulation du visage, mais est employé dans le sens de sorcier (masco) et sorcière (masca). De la même façon, un individu victime d'un sort n'était pas désigné comme ensorcelé, mais emmasqué.
La tradition provençale distingue ainsi deux types de masques :
- Les emmascaïre, qui jettent les sorts et les malédictions.
- Les demascaïre, dont le rôle est de désenvoûter et dissiper la magie.
Bien que leur but soient différents, les 2 types de masques utilisent cependant des procédés communs dans leur manipulation des énergies occultes, mélangeant des éléments organiques animaux (foie, coeur etc…) et des éléments inorganiques, souvent des objets du quotidien (aiguilles, tissus, etc…). L'utilisation de symboles cabalistiques et d'essences végétales provençales13 est également répandue.
Il n'a pas été immédiatement possible de déterminer l'identité de la personne à l'origine de l'envoûtement des clous, la magie des masques étant jusque là considérée comme une tradition disparue depuis la première moitié du XXème siècle ne disposant plus d'aucun pratiquant. L'analyse de différentes données civiles14 n'a pas non plus permis d'avancer sur cette question.
Ce n'est que trois mois plus tard qu'a pu être appréhendée en mer la créatrice des clous envoûtés, Mme Angèle Marconi, lorsque les équipes de surveillance l'ont détecté en pleine nuit en train de jeter l'ancre au dessus de la zone SCP-894-FR et préparer du matériel de plongée sous-marine.
Interrogatoire d'Angèle Marconi
Agent Pernet : Bonjour, veuillez entrer et vous asseoir, nous allons commencer l'interrogatoire. Je vais vous demander de décliner votre identité dans un premier temps.
Angèle Marconi : Vous pouvez commencer par me dire qui vous êtes ? Je vois bien que vous n'êtes pas de la police !
Pernet : Bien sûr. Nous ne sommes pas de la police mais c'est tout comme. Nous représentons la société de Sauvegarde des Côtes et des Plages, qui assure la surveillance et la préservation de la zone dans laquelle vous vous trouviez. Nous avons toute autorité pour appréhender et interroger les individus qui projettent d'attenter à l'intégrité du littoral.
Marconi : Attenter à l'intégrité du littoral ? Vous vous moquez de moi ? J'étais en balade en bateau. Vous arrêtez tous les bateaux de plaisance de Méditerranée c'est ça ?
Pernet : Pas tous. Seulement ceux qui naviguent sans immatriculation au beau milieu de la nuit avec du matériel suspect à bord. Alors, vous pouvez me donner votre identité maintenant ?
Marconi : Je ne vous donnerai rien du tout. Ce que vous appelez du matériel suspect, ce sont mes outils d'océanographie. Et votre société là, j'en ai jamais entendu parler. Si vous avez un souci avec l'immatriculation de mon bateau, j'exige d'être transférée aux forces de l'ordre, j'en répondrai devant eux.
Pernet : J'ai bien peur que ça ne marche pas comme ça. Vous n'êtes pas en position d'exiger actuellement. Votre seul choix est de répondre à nos questions volontairement ou sous la contrainte.
Marconi : C'est ce qu'on va voir !
Angèle Marconi bouge alors l'annulaire de sa main droite. Lorsqu'elle fait cela, les mailles du bracelet de son poignet droit se détachent et volent à grande vitesse vers l'agent Pernet et les 2 gardes à ses côtés. Lorsqu'elles atteignent leurs cibles, les mailles ne font que rebondir sur eux avant de tomber au sol, inertes.
Marconi : M… Mais qu'est ce que… !?
L'agent Pernet détache un bouton de sa chemise et révèle une amulette gravée, dont le centre brille d'un bleu léger.
Pernet : Nous avions envisagé ce genre de comportements de votre part, et avions donc pris nos dispositions. Souhaitez vous tenter un autre tour de ce genre, ou bien nous pouvons enfin passer aux questions ?
Marconi : Mais vous êtes qui en vrai ?
Pernet : Je vous l'ai dit, nous sommes de la société de Sauvegarde des Côtes et des Plages. Disons seulement que nous sommes une couverture parmi d'autres pour quelque chose de plus grand. Acceptez vous de coopérer maintenant ?
Marconi : Je n'ai plus le choix non ? Je suppose que si je refuse, vous allez pas juste me remettre à la police ?
Pernet : Effectivement. Avant de commencer, puis-je vous demander ce que votre collier était censé nous faire ?
Marconi : Il devait infuser en vous des émotions positives à mon égard. Vous m'auriez eue à la bonne et m'auriez laissée partir, puis vous m'auriez oubliée.
Pernet : Intéressant. Et subtil aussi. Je vais vous redemander votre identité au passage : nom, prénom, âge, profession.
Marconi : Je m'appelle Angèle Marconi. J'ai 42 ans. Et actuellement je suis fleuriste.
Pernet : Et qu'est-ce qu'une fleuriste venait faire en pleine nuit à plusieurs kilomètres des côtes ?
Marconi : J'ai pas toujours été fleuriste, j'étais océanographe avant, spécialisée en biologie marine. Je venais faire des observations. Je suppose que vous savez déjà ce que j'étais venue voir non ?
Pernet : Je confirme. Mais quel était votre but exactement ? On ne vient pas observer cet endroit juste pour la beauté du lieu.
Marconi : Non… Plus de nos jours en tout cas… Je venais observer l'évolution des plantes sous-marines, si on peut encore les appeler comme ça…
Pernet : Encore ?
Marconi : Oui. Maintenant ce sont des abominations métalliques, mais elles étaient des plantes avant. Des vraies plantes. Des milliers, de pleins d'espèces différentes.
Pernet : Comment le savez-vous ?
Marconi : Parce que c'est moi qui les ait rendues comme ça… [Sanglote] Mais je ne voulais pas…
Pernet : Soyez plus précise, je vous prie.
Marconi : C'est pas facile… C'était il y a quelques années déjà… Je vous ai dit, j'étais océanographe avant. J'ai commencé y a un peu plus de 20 ans, d'abord avec mes études, puis mon travail ici sur la côte. Je me suis assez vite intéressée à la fosse de Cassidaigne.
Pernet : Pourquoi cela ?
Marconi : À cause de mon père. Il était océanographe aussi, c'est lui qui m'a transmis la vocation. Tous les étés, il m'emmenait plonger un peu partout en Méditerranée, c'était des moments privilégiés, il était très occupé autrement. Il me parlait tout le temps de la fosse, des dégâts causés par cette foutue d'usine, du massacre écologique qui avait lieu sous ses yeux…
Pernet : Mais du coup, pourquoi avoir transformé les plantes ? Pourquoi en avoir fait ça ?
Marconi : Ce n'est pas ce que je voulais ! Je voulais les sauver. Quand je me suis intéressée à la fosse et son écosystème unique, il était déjà sévèrement endommagé par l'usine. Et il y avait déjà des défenseurs, des militants. J'ai travaillé avec eux pendant des années, mais malgré tous nos efforts, ça ne changeait rien. L'usine continuait à recracher ses ordures et la flore continuait à périr. Alors j'ai voulu aller plus loin, un rituel magique. Pour tout remettre en ordre.
Pernet : Comment connaissez vous la magie d'ailleurs ?
Marconi : Par ma grand-mère maternelle, c'est elle qui m'a appris. Mon père était un amoureux de la Provence et la Méditerranée, mais il venait d'ailleurs. Du côté de ma mère, c'est différent. On a toujours été là, du coup mes parents me laissaient beaucoup chez elle quand j'étais enfant. Elle était juste à côté, c'était pratique pour eux.
Pernet : Votre grand-mère était une masque ?
Marconi : Vous connaissez les masques ? En même temps, vous étiez renseignés sur mes pouvoirs, donc ça parait logique. Elle se serait énervée si vous l'aviez appelée comme ça. Elle me disait toujours : "Demascaïre, pas masque ! Je ne suis pas une jeteuse de sorts, moi !" quand elle m'apprenait ses secrets.
Pernet : Je comprends mieux. Cependant, les masques, en particulier les désenvoûteurs comme votre grand-mère, ne sont pas censés être assez puissants pour altérer tout un environnement.
Marconi : Ça c'est de ma faute… Ce que je fais est différent de la magie de ma grand-mère. Avec mon métier, j'ai acquis une formation scientifique solide, ainsi qu'une grande connaissance de la flore marine méditerranéenne. Ça m'a permis de modifier les méthodes de ma grand-mère, de les adapter à ma propre expérience.
Pernet : Et ce rituel dont vous parliez tout à l'heure ? Que comptiez vous faire au départ ?
Marconi : Je voulais ramener les plantes disparues. Enfin, leurs âmes plus exactement. Qu'elles puissent réintégrer leur milieu d'origine.
Pernet : Vous comptiez inonder la fosse de Cassidaigne des fantômes de sa flore disparue ? Mais c'est impossible ! Les âmes florales sont trop différentes des nôtres pour que l'on puisse les manipuler.
Marconi : Ça n'a rien d'impossible quand on a consacré sa vie entière à étudier la flore. Et qu'on s'y prend au bon moment. J'avais tout préparé, le bateau, le matériel, et j'ai commencé mon rituel exactement au coucher du soleil !
Pernet : Pourquoi le coucher du soleil ?
Marconi : "La journée pour l'humanité, et la nuit pour les esprits. Ils viennent toujours au coucher, et repartent dès le lever. Si tu veux les rencontrer, sois là à leur arrivée." C'est un des enseignements de ma grand-mère.
Pernet : Pourtant vous avez échoué.
Marconi : Si seulement… Ce que j'ai fait est pire que l'échec.
Pernet : C'est-à-dire ?
Marconi : J'ai bien ramené leurs âmes. Toutes, sans exception. J'étais en train de les guider loin de la fosse, je voulais qu'elles soient réabsorbées par les plantes vivantes, ça leur aurait permis de réintégrer la nature, se réincarner. Mais j'ai été interrompue pendant le rituel. Je n'ai pas eu le choix, j'ai dû faire au plus vite pour ne pas qu'elles repartent, alors je les ai orientées vers la fosse, c'était le fond le plus proche…
Pernet : Et elles sont devenues…
Marconi : Oui. Toutes ces choses en métal et en plastique, ce sont elles. J'ai projeté leurs âmes en plein dans les boues rouges, et elles s'y sont attachées plus que je ne m'y attendais. Elles se sont incarnées dans ces choses qui ont fleuri dans toute la zone, et depuis elles souffrent atrocement. Et partagent leur souffrance à tous les alentours… C'est comme ça qu'elles se "reproduisent" d'ailleurs, elles tuent de nouvelles plantes dont les âmes se lient à leur tour aux boues rouges.
Pernet : Je vois. Vous avez dit avoir été interrompue. Par qui exactement ?
Marconi : Il était seul. Je ne connais pas son nom mais c'était un agent spirite de la Diaspora. Je voulais ramener des âmes sur Terre alors que les spirites veulent toutes les envoyer dans l'au-delà. Mon projet ne pouvait que leur déplaire.
Pernet : Mais comment ils étaient au courant ?
Marconi : Je pense qu'ils me surveillaient. J'avais déjà eu affaire à eux auparavant, quand je débutais dans l'occulte. Ma magie me permet de manipuler des morceaux d'âme et de les stocker dans de la matière inerte, c'est comme ça que ça fonctionne. Du coup, ça a vite attiré leur attention.
Pernet : Et ils vous ont laissé faire à l'époque ?
Marconi : Mieux que ça, ils m'ont recrutée ! Ils m'ont enseigné la vraie nature de l'âme, m'ont instruit sur l'au-delà et le Grand Esprit. J'ai beaucoup avancé grâce à ça. Mais leurs délires spirites là, c'était clairement pas pour moi, alors je me suis distanciée, j'ai continué à suivre mon propre chemin. Mais techniquement, je fais toujours partie de la Diaspora, ce n'est pas un engagement dont on peut vraiment démissionner.
Pernet : Et du coup, quand le type est arrivé, que s'est-il passé ?
Marconi : Il m'a menacé avec son arme, c'est là que j'ai dû rediriger toutes les âmes comme je vous disais tout à l'heure. Du coup il a cru que j'avais interrompu mon rituel. Ensuite il m'a tenu tout un laïus sur la gravité des mes actes, et que j'allais devoir en répondre devant l'assemblée des sociétés spiritistes, et patati et patata…
Pernet : L'assemblée des sociétés spiritistes ?
Marconi : Oui, c'est le nom qu'ils donnent à leur branche. Moi j'en fais pas partie, je suis dans ce qu'ils appellent "les occultes". Ce qui m'intéresse, c'est de réparer la mort, pas le Grand Esprit. Mais ce sont eux les plus puissants alors ils exercent une sorte de pouvoir sur nous tous. Se retrouver devant eux, c'était l'assurance de me voir condamnée à la mort, où pire, l'esclavage fantomatique. C'était hors de question !
Pernet : Et donc ?
Marconi : Ben vous voyez ce que j'ai voulu faire avec vous tout à l'heure ? Avec mon bracelet ? J'ai fait la même chose avec lui, sauf qu'au lieu de mailles, je lui ai envoyé des clous. Beaucoup de clous. Ensuite il est tombé à l'eau et je suis repartie au cas où un autre arrive. Puis j'ai fui, j'ai quitté mon travail et je suis devenue fleuriste. Ça attire moins l'attention et ça me permet de commander incognito du matériel pour perfectionner ma magie.
Pernet : [Sort le clou prélevé lors de la mission d'exploration 894-FR] Ce genre de clous ?
Marconi : Vous l'avez retrouvé ? Et vous avez retiré les clous ? Ne me dites pas que vous avez vraiment retiré les clous ?
Pernet : Nous avons retrouvé son cadavre oui. Et nous n'avons prélevé que celui-là, les autres sont toujours en place. Pouvez vous m'informer de la raison de votre panique ?
Marconi : Son cadavre ? Mais il n'est pas mort ! C'est à ça que servent les clous. Un clou absorbe une petite partie de son âme, c'est comme une sorte d'ancre. Si vous en retirez, ça crée une fuite, et les morceaux d'âmes peuvent progressivement réintégrer le corps. Tout le piège à clous s'en trouve fragilisé.
Pernet : Vu l'état de son corps, même s'il en récupérait le contrôle, il ne pourrait de toute façon pas s'extirper des "plantes" qui le colonisent, non ?
Marconi : Mais bon sang, c'est justement ça le problème ! Vous avez créé une faille dans mon piège à âme ! Et maintenant la sienne peut s'écouler tranquillement dans tout l'écosystème ! Je vous ai dit que les plantes capturaient les âmes des êtres vivants à leur portée tout à l'heure. Imaginez ce qu'il sera capable de faire quand il se sera totalement fondu dans ces choses !
Pernet : Dans ce cas j'imagine qu'il va nous falloir monter une équipe spécialisée pour étudier cela effectivement.
Suite à cet entretien, Mme Angèle Marconi a été placée en détention le temps de pouvoir statuer sur son sort. Une équipe de surveillance spécialisée, sous la responsabilité du Département de l'Écologie et du Développement Durable a été montée afin de pouvoir surveiller l'évolution et la progression de l'écosystème SCP-894-FR.
Addendum no6 : Données complémentaires
Durant les 6 mois suivants, aucun changement dans l'écosystème SCP-894-FR n'a été signalé par l'équipe de surveillance spécialisée. Cette situation a changé en août 20██ avec l'apparition d'une nouvelle espèce SCP-894-FR-A
| Apparence | Notes |
SCP-894-FR-A-367 (Site-Nun Méditerranée). |
Les instances SCP-894-FR-A-367 se composent d'une longue tige dressée, se terminant par 2 à 5 appendices distaux. Les appendices distaux se replient et se déplient de façon régulière. |
Sur ordre du directeur du Site-Nun Méditerranée, Mme Angèle Marconi a été mise au courant de cette nouvelle évolution, puis il a été proposé de la recruter au sein de l'équipe de recherche 894-FR. Lors de cet entretien, celle-ci a posé comme condition à son acceptation que la Fondation SCP intervienne pour stopper les rejets toxiques au sein de la fosse de Cassidaigne.
Du fait de l'absence de lien objectivable entre la présence des boues rouges et l'émergence de SCP-894-FR15, cette demande a été rejetée par le médiateur en charge des négociations sur ordre du conseil O5. La mise en place d'un nouveau terrain d'entente est actuellement en cours d'étude.
