Une enluminure trouvée sur la page d’ouverture de SCP-6587, représentant Adam nommant les animaux.
Objet no : SCP-6587
Classe : Sûr
Procédures de Confinement Spéciales : SCP-6587 est préservé dans une unité de stockage standard dans l’Aile des Artefacts Anormaux du Site-24. Des copies numériques du contenu du livre sont disponibles sur demande pour le personnel de recherche possédant une autorisation de Niveau 3 ou supérieur.
Description : SCP-6587 est un bestiaire médiéval compilé dans la région française de l’Averoigne. Malgré son âge, SCP-6587 est dans un état remarquablement bon, sans taches ou dommages visibles.
Alors que la paternité de SCP-6587 reste incertaine, l’analyse graphologique suggère qu’il a été écrit par un seul individu à un certain moment se situant dans la fin du douzième siècle. La préface porte l’inscription suivante (traduite depuis le latin médiéval) :
Que toutes les louanges soient pour Dieu,
Pour toutes ces merveilles qu’Il m’a montrées
Bien que SCP-6587 soit physiquement non-anormal, son confinement est justifié par la nature unique de son contenu. Comme avec d’autres manuscrits similaires, SCP-6587 contient des descriptions détaillées de différentes espèces animales accompagnées d’illustrations.
Cependant, tous les animaux documentés dans SCP-6587 apparaissent comme correspondant à ceux dont l’existence étaient inconnues des Européens à l’époque de l’écriture, incluant des espèces endémiques d’Océanie et des Amériques. Cependant, il doit être noté que ces représentations sont hautement embellies, et largement dépourvues de toute bases scientifiques, et la plupart d’entre elles reposent à la place sur des allégories et du symbolisme religieux.
SCP-6587 a été d’abord obtenu par les Archives Noires1 en 1895. Après que son authenticité fut confirmée par des universitaires médiévistes, SCP-6587 a été transféré à la charge de la Fondation en 1904.
Addendum : De multiples passages traduits venant de SCP-6587 ont été transcrits par le Département de la Mythologie et du Folklore en dessous :
Sur l’Ignavus2
Dans les forêts vibrantes d’Antillia, là se cache la plus détestable des créatures, le paresseux ignavus. Sans aucun doute la plus indolente créature de la Création, l’ignavus a la face d’un ours et le corps d’un singe, avec de la fourrure épaisse et emmêlée d’une négligence incessante. Tellement détachées sont ces créatures des affaires spirituelles qu’elles peuvent ne jamais poser les pieds sur le sol, mais se confinent elles-mêmes au sommet des arbres, usant de leurs trois grands talons pour s’accrocher apathiquement aux branches. Ici, l’ignavus passe toutes ses journées dans un sommeil insouciant, trop engourdi pour rêver, et s’enthousiasme seulement une fois par mois pour se nourrir et se reproduire.
Comme les saisons passent, la fourrure négligée de la bête oisive commence à être envahie d'une sorte de moisissure verte nauséabonde, qui invite à la compagnie des mouches et des vers. Après avoir consommé la peau putride de la créature, ces vermines continueront à se nourrir de la chair et des entrailles de l'ignavus, bien que cet animal soit si docile qu'il ne prête guère attention à sa propre destruction.
Sur le Peregrine3
Parmi les nombreux animaux curieux que l'on trouve dans les régions sauvages et indomptées de Terra Australis, aucun n'est aussi étrange en apparence que le fier peregrine, qui est l'ennemi des hommes maladroits et grossiers. Avec un bec de canard, une peau de loutre, des griffes de coq et une queue de castor, ce sont les seules bêtes de toute la Création à donner à la fois des œufs et du lait. Le peregrine limite ses déplacements aux lacs et aux bords des rivières, se nourrissant d'arbustes et de petits poissons, et ne représente aucune menace pour les hommes qui l'approchent, à condition qu'ils témoignent à cette bête rare le respect qui lui est dû.
Le peregrine patient ne retient sa colère redoutable que pour ceux qui jugent bon de rire et de se moquer lorsqu’ils rencontrent sa forme extraordinaire. Le peregrine insulté frappe alors le malheureux rustre et lui inflige avec ses éperons une piqûre plus puissante que celle d'une épée ou d'un serpent, lui causant la mort la plus lente dans la plus grande des agonies. Que le peregrine nous rappelle de ne jamais nous réjouir des défigurations ou des malheurs des autres.
Sur l’Opilio4
L'opilio est une créature à peine plus grande qu'un chat, qui a une fourrure argentée, une queue nue, un visage blanc et un museau effilé. Ces bêtes ne vivent pas plus d'un an et ne s'accouplent qu'une fois. La femelle opilio possède deux utérus et expulse une portée comprenant pas moins de vingt et dix petits dans la journée après la conception. Ces petits naissent sans poils, chacun pas plus gros qu'une abeille, et passent leurs premiers mois accrochés au dos et aux flancs de leur mère pendant qu'elle leur apprend à fourrager et à se protéger.
Si l'un des membres de sa myriade de couvées tombe de sa place, la mère opilio le remarquera et commencera rapidement sa recherche. Elle errera par tous les temps, renonçant à la fois au sommeil et à la nourriture jusqu'à ce que le petit perdu soit récupéré. Une fois retrouvé, la mère opilio saisira le bébé égaré avec les doigts de sa queue et le remettra à sa place, après quoi elle et ses enfants se réjouiront. En ce sens, l’opilio peut être considéré comme une illustration vivante de la parabole de la brebis perdue, dans laquelle le berger abandonne ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour retrouver celle qui s’est égarée de son troupeau.
Sur le Boreae5
Dans les étendues glaciales de l'extrême nord, il existe une espèce d'oiseaux dressés appelée les boreae, qui ne peuvent pas voler mais qui sont de bons nageurs. Faute de graines ou de baies, les boreae se nourrissent uniquement de poissons et on peut les voir glisser sur le ventre sur les collines gelées pour se déplacer plus facilement. Ces oiseaux ne sont ni tout à fait vertueux ni tout à fait méchants. Tout comme les hommes, les boreae ont un potentiel à la fois pour le bien et le mal, comme le montre leur plumage dense, qui est coloré en noir et blanc d’égales mesures. Un borea qui a vécu sept ans perdra toutes ses plumes en une seule fois à la veille du solstice d'hiver.
Lorsque cela se produit, les oiseaux doivent voyager dans leur nudité pour gravir une grande falaise de marbre, avant de se jeter à l'unisson de sa corniche. Ceux d'entre eux qui ont mené une vie de décadence insouciante plongeront impuissants vers les rivages escarpés en contrebas, où leurs restes ensanglantés seront dévorés par les léopards de mer affamés. Cependant, les boreae qui ont vécu humblement et vertueusement, par la grâce de Dieu, feront usage de leurs ailes, et s'envoleront en direction du sud vers le juste et verdoyant domaine du prêtre Jean, pour vivre pour toujours dans le pays de chaleur et d'abondance.
