SCP-6005
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Dr Gabriel : Veuillez donner vos nom, rang et fonction.

Agent Hawley : Va te faire foutre.

Dr Gabriel : Veuillez donner vos nom, rang et fonction.

Agent Hawley : À quoi ça rime ? Vous allez me rétrograder en Classe-D ou m'envoyer en Arizona. Dans tous les cas, je serais mort dans le mois.

Dr Gabriel : Veuillez donner vos nom, rang et-

Agent Hawley : C'est ce que je ne comprends pas. Qui est-ce que vous allez mettre sur cette chose, maintenant ? Bunkman ? Ce putain d'imbécile a pas les épaules pour la tâche. Ou Carter, peut-être ? Je suppose que l'agent le plus corrompu de l'Oregon est exactement ce que vous recherchez.

Dr Gabriel : Ce n'est plus de votre ressort, à présent. Vous avez eu votre chance, et vous l'avez gâchée.

Agent Hawley : Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait de contraire aux pratiques de la Fondation ?

Dr Gabriel : Nous y reviendrons. Pour l'instant, veuillez donner vos-

Agent Hawley : Bon. Mon nom est Douglas Hawley, agent de Niveau 3, assigné à SCP-6005, né à Gulf Shores, dans l'Alabama, numéro de sécurité sociale 215-

Dr Gabriel : Ça suffira. Savez-vous pourquoi vous êtes ici aujourd'hui ?

L'Agent Hawley soupire et s'adosse à son siège.

Agent Hawley : Pour être honnête, j'en ai pas la moindre idée.



SCP-6005


PAR ORDRE DU CONSEIL O5

Le fichier suivant est classifié au Niveau 4/6005.

Tout accès non autorisé est strictement interdit.

Objet no : SCP-6005 Niveau 4/6005
Classe : Keter Classifié

dogmountain.jpg

Dog Mountain, Gorge du Columbia, Washington, la dernière apparition connue de Cassandra "Cassie" Higgins.


Objet no : SCP-6005

Classe : Keter

Procédures de Confinement Spéciales : Le projet de confinement de SCP-6005 est actuellement en cours d'étude par l'Agent Douglas Hawley John Bunkman, assigné au Site-64. Les pistes étant actuellement explorées sont détaillées ci-dessous sont en procédure de réalignement conceptuel, celle-ci devant s'achever le 12/12/25.

Tout individu victime de SCP-6005-1 doit être détenu au Site-64 et interrogé. Sa famille doit être informée qu'il souffre d'une maladie mentale débilitante et qu'il a été conduit hors du pays pour se faire soigner. Les sujets ne doivent pas être retenus plus longtemps qu'un mois avant d'être amnésiés et relâchés Les sujets doivent être détenus aussi longtemps que nécessaire dans le cadre des recherches.

Tout évènement SCP-6005 potentiel doit être supprimé des médias locaux. Un scénario de couverture plausible concernant l'évènement doit être diffusé auprès de la famille de la victime, et des amnésiques doivent être administrés si nécessaire. Un suivi psychologique et du soutien doivent être fournis aux familles, en liaison avec les services médicaux locaux.

Tout enregistrement concernant le Site-1015 doit être transféré à la charge de l'Agent Hawley. Ils sont actuellement conservés dans la Salle des Scellés 5C de l'Aile E du Site-64.

cascadiamap.jpg

Image satellite de la biorégion de Cascadie.

Description : SCP-6005 désigne les disparitions de 1 943 personnes dans des lieux densément boisés de la biorégion de Cascadie, de 1985 à nos jours. Aucune trace d'aucun de ces individus n'a été retrouvée.

Des individus d'origines diverses ont été victimes de SCP-6005, chacun vivant dans ou autour de la biorégion. Aucune corrélation n'a été décelée entre le genre, l'âge, l'ethnie, les revenus, les intérêts politiques ou quelqu'autre facteur social que ce soit des victimes. La seule coïncidence notable est un taux de troubles mentaux anormalement élevé parmi les victimes. En conséquence, aucun évènement SCP-6005 n'a pu être prédit.

La désignation anormale de SCP-6005 est due au nombre extrêmement élevé de disparitions qui semblent se produire exactement de la même manière : un individu fait un voyage, seul, dans le bois le plus proche. Ce voyage est imprévu, sans aucune note ou autre explication, et la victime n'emmène aucune provision. Aucun enregistrement d'un évènement SCP-6005 n'a pu être récupéré. Bien que des explications non-anormales aient été étudiées, aucune n'a été considérée plausible.

SCP-6005 a initialement été identifié en 1992, lorsqu'une des premières IA d'analyse de la Fondation a détecté le taux de disparition anormalement élevé. À la suite de la suppression appropriée et de l'administration d'amnésiques parmi les familles des victimes ainsi que dans les médias locaux, afin d'éviter la détection de l'anomalie par le public, SCP-6005 a été assigné au Site-64 pour confinement. Cependant, aucun chercheur ou agent n'a fait de progrès sur la recherche le concernant ou son confinement.

Gabriel : Ça ressemble à un sacré mystère.

Hawley : Les mots peuvent être décevants. Ce que personne ne pige jamais, c'est que notre ton clinique, notre neutralité objective, est un biais en son genre.

Gabriel : Je ne vous suis pas bien.

Hawley : Les agents assignés à ce truc étaient tous de parfaits incompétents, voilà ce que je veux dire. Personne ne s'intéressait au détail. C'était pas glamour, il n'y avait aucune piste sérieuse - merde, plein de gens pensaient au début que ce n'était même pas une anomalie.

Alors ça a été refilé à des Niveau 2 au comportement douteux et à des gros et vieux arnaqueurs proches de la retraite. Rien de très inhabituel ; le Site-64 est un rouage prestigieux. Le Directeur et ses sbires voulaient impressionner les O5 avec de brillantes expéditions dans Trois Portlands ou des œuvres d'anart païennes qu'ils prenaient d'assaut à Seattle. Personne ne se souciait de quelques gosses disparus, bêlés haut et fort par une IA expérimentale. Je ne sais même pas comment ça a pu rester dans les fichiers toutes ces années.

Gabriel : Vous décrivez une bien austère vision de notre organisation.

Hawley : Doc, arrêtez vos conneries. Qu'est-ce qu'ils vont me faire ? Je suppose que ça n'a plus grande importance, mais je voudrais savoir comment je vais mourir.

Gabriel : Je ne peux vraiment pas -

Hawley : OK. Très bien. Je peux rester assis là toute la journée les bras croisés. On ne peut pas m'emmener tant que l'interrogatoire n'est pas fini, c'est ça ?

Gabriel soupire et dépose son stylo sur la table.

Gabriel : Je ne peux pas vous répondre car je n'en sais rien. C'est au-delà de mon accréditation. Je suis juste là pour compléter les archives.

Hawley fixe Gabriel et sourit momentanément.

Hawley : Amusant.

Hawley sort une cigarette et l'allume, fixant toujours Gabriel.

Hawley : Très bien, doc, je vais jouer votre jeu. Je devine que je n'ai rien à perdre. La pièce est finie et le rideau est levé. Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

Gabriel : En premier lieu, je veux savoir pourquoi vous avez été assigné sur ce projet. Et comment vous vous sentiez par rapport à ça.

Hawley : Pour vous dire la vérité, doc, j'ai obtenu l'affectation car j'ai été assez stupide pour avoir une idée brillante.

Addendum no1 : Le 23/12/18, le Directeur Adley a désigné l'Agent Hawley au projet SCP-6005 après que ce dernier l'a contacté avec une nouvelle suggestion de recherche : employer l'analyse des rêves sur un spectre étendu de patients en psychiatrie dans la région du Nord-Ouest Pacifique afin d'identifier tout élément commun. Hawley a rappelé les résultats pertinents de l'analyse des rêves lors de l'étude de SCP-3007, argumentant qu'i ls'agissait d'un domaine de recherche potentiellement négligé.

Le Directeur Adler a octroyé à Hawley une force d'intervention de deux agents et trois chercheurs pour travailler hors du Site-64 pendant une période de deux mois, avec une possibilité d'extension dans le cas de résultats positifs.

Après un mois, Hawley et sa force d'intervention avaient découvert une importante connexion entre les rêves de 5 individus parmi une sélection de 150. Ces rêves étaient tous récurrents (à l'exception de quelques variations), et tous concernaient les forêts, les arbres et la nature. Le tableau suivant donne des exemples d'un rêve vécu par chaque sujet :

Date du rêve Sujet Description du sujet Description du rêve
06/01/19 6005-23 Femme de 33 ans originaire de Portland, dans l'Oregon. Antécédent d'implication indirecte avec la communauté anartiste. Le sujet a déclaré se tenir debout au bord d'une forêt profonde qui "sentait le pin". Une haute montagne pouvait être vue de l'autre côté de la forêt ; le sujet a eu peur de la montagne et a couru dans la direction opposée, mais s'est retrouvé profondément dans la forêt qu'il avait vue précédemment. Le sujet a déclaré se sentir soulagé par cela, étant donné que la couverture des arbres lui cachait la montagne.
12/01/19 6005-142 Homme de 44 ans originaire du Comté de Latah, dans l'Idaho. Aucun antécédent anormal. Le sujet possède un fusil de chasse Remington. Le sujet a déclaré chasser un cerf à travers une forêt clairsemée, qui est devenue de plus en plus épaisse à mesure qu'il avançait. Le sujet a levé son arme pour tirer sur le cerf ; cependant, le fusil s'est coincé dans les branchages et le cerf s'est enfui.
18/01/19 6005-203 Femme de 78 ans originaire du Comté de Skamania, dans l'État de Washington. Aucun antécédent anormal. Le sujet a déclaré cueillir des baies sauvages dans une forêt tropicale, lorsque les baies se sont mises à grossir rapidement. Le sujet a placé ses mains par-dessus sa tête et s'est retrouvé dans une clairière vide, de nuit. Le sujet a déclaré ressentir une vive paranoïa.
19/01/19 6005-02 Homme de 24 ans originaire de Seattle, dans l'État de Washington. Anarchiste local éminent, supposé avoir été un membre du collectif d'anartistes Et Maintenant On Est Cool ? Le sujet a rêvé qu'il était un scarabée vivant sur une branche d'arbre. La branche s'est soudain tordue autour d'une arme à feu levée par un homme d'âge moyen. Le sujet a rampé jusqu'au canon de l'arme et a regardé l'intérieur pendant une longue période.
21/01/19 6005-09 Homme de 19 ans originaire de Haïda Gwaïi, en Colombie Britannique. Aucun antécédent anormal, bien que son neveu soit Nora Ivanov, anartiste éminent et militant des Premières nations. Le sujet a déclaré regarder le soleil à travers un couvert végétal ; cela lui causait une douleur conséquente, mais il refusait de s'arrêter. Après plusieurs minutes, les arbres ont commencé à couvrir le soleil, calmant la douleur et l'angoisse ressenties.

Ce qui suit est l'enregistrement audio d'un interrogatoire entre l'Agent Hawley et 6005-09.

Date : 22/01/19

Interrogateur : Agent Douglas Hawley

Second Agent présent : Agent John Caspar

<Début de l'enregistrement>

Agent Hawley : -et ça enregistre. OK, précisons pour les archives que ceci est un interrogatoire entre l'Agent Douglas Hawley et Tom Ivanov, désigné 6005-09 dans un cadre officiel.

6005-09 : Est-ce que, hum, vous êtes obligé de-

Agent Hawley : Désolé, encore un instant, gamin. En tant que Niveau 3, je me désigne officier superviseur, l'officier en second sera l'Agent Caspar, qui se trouve quelque part à Seattle à présent donc pas très utile pour qui que ce soit, aujourd'hui est le 22 janvier, bla bla bla, vous connaissez la suite.

Son de l'appareil d'enregistrement étant déposé sur la table.

Agent Hawley : Très bien, gamin, ça ne va pas durer bien longtemps. Je veux que tu me parles de ces rêves.

6005-09 : Ben, hum…

Agent Hawley : Réponds simplement à la question. J'ai pas toute la journée.

6005-09 : …OK, ben, j'ai commencé à les avoir il y a quelques mois. En septembre, je crois - l'université venait tout juste de reprendre. Je n'étais pas dans le meilleur état, alors -

Agent Hawley : Ouais, ouais, ta vie est vraiment triste. Et à propos des rêves en eux-mêmes ?

6005-09 : Ben, je suis dans une forêt. Je suis toujours dans une forêt - ça change tout le temps. Et je regarde le soleil.

Agent Hawley : Tu ne devrais pas faire ça.

6005-09 : Écoute, mec, c'est un rêve, c'est pas censé être réaliste -

Agent Hawley : OK, OK, du calme. Qu'est-ce que, hum, tu ressentais ?

6005-09 : Je suis effrayé. Je ne peux pas m'arrêter. Je dois continuer à regarder. Quand j'étais petit, il y avait cet enfant qui s'appelait Walter, il m'avait fait faire ça une fois. Il me disait de regarder le soleil.

Agent Hawley : Et les arbres ?

6005-09 : Ils s'approchent lentement. Je suis coincé là, juste à le regarder, pendant dix bonnes minutes, quelque chose comme ça. Je ne peux pas bouger, même pas penser. Et puis les feuilles commencent à le couvrir.

Agent Hawley : Elles sont toujours attachées aux arbres ?

6005-09 : Ouais. C'est agréable, à ce moment. Ça devient bien sombre.

Agent Hawley : Hm. Est-ce que c'est le soleil lui-même qui t'effraye, ou la lumière ?

6005-09 : Je ne s- la lumière, je crois. J'ai le sentiment que des gens pourraient me voir.

Agent Hawley : Et la forêt est réconfortante ?

6005-09 : Ouais. Elle semble sûre. Il n'y a personne là-bas, vous voyez. Juste des arbres, et l'odeur de la mousse et de la terre humide. J'ai vu un cerf, au loin. J'ai vu des lianes. Elles étaient de plus en plus épaisses, et puis il n'y avait plus du tout de lumière.

Le son de pieds traînants peut être enendu.

6005-09 : Écoutez, je dois vraiment y aller, j'ai un truc.

Agent Hawley : Tu as dit à l'Agent Jones que tu étais libre toute la journée.

6005-09 : Ouais, mais- écoutez, j'ai vraiment besoin d'y aller, OK ?

Agent Hawley : Qu'est-ce que tu ressens pour les bois en général ? Tu fais souvent des randonnées ?

6005-09 : Quoi ? Non, pas vraiment. Avant oui, avec ma tante Nora, mais-

Agent Hawley : Nora Ivanov ? Oui, nous avons un dossier pour elle. Elle est en Alaska là, c'est ça ?

6005-09 : Vous avez un dossier sur ma tante ?

Agent Hawley : Réponds simplement à la question.

6005-09 : …Non, c'est faux. Elle a disparu.

Agent Hawley : Intéressant. À notre connaissance, elle a passé la frontière avec un groupe de la Mai- un groupe d'activistes. Elle est allée se planquer à Nome.

6005-09 : Non, elle allait le faire, mais elle a disparu une semaine avant. Pourquoi est-ce que vous avez un dossier sur elle ?

Agent Hawley : Très intéressant.

Le son d'un stylo écrivant rapidement peut être entendu.

Agent Hawley : OK, écoute - on va devoir te garder ici un moment.

6005-09 : Quoi ? Pourquoi ? Je dois aller à - je dois sortir d'ici.

Agent Hawley : C'est d'ordre médical. Tu présentes les symptômes d'un insecte qui traîne dans le coin. Je suis désolé, gamin. Nous informerons ta famille, tu n'as aucun souci à te faire.

6005-09 : Non. Je veux sortir. Je veux aller dans les bois.

Il y a une longue pause.

Agent Hawley : C'est vrai, ça ?

L'Agent Hawley coupe l'enregistrement.


Hawley : Je n'arrête pas de penser à cet interrogatoire. Je ne comprenais pas à l'époque.

Gabriel : Vous ne compreniez pas quoi ?

Hawley : Je voulais juste savoir comment ils étaient connectés. Je n'étais pas sûr que ça ait quoi que ce soit à voir avec les disparitions, ou si c'était seulement anormal. Je n'écoutais pas ce qu'il avait à me dire.

Hawley écrase sa cigarette.

Hawley : Il a essayé de sortir cette nuit-là. Il n'arrêtait pas de déblatérer sur les arbres. Nous avons dû l'entraver de nouveau et je - ben, je ne l'ai vu qu'une seule fois après. Vous vous y retrouverez d'ici un moment. Mais les mois passaient, nous ne pouvions pas justifier l'occupation d'une cellule pour un quelconque gamin avec de drôles de rêves récurrents, alors…

Gabriel : Alors vous l'avez laissé partir. Vous n'auriez pas dû faire ça. C'est contraire au protocole.

Hawley : Bon sang, est-ce que vous n'avez que ça en tête ? C'était la décision d'Adler, pas la mienne. Il voulait des résultats, mais pas si ça se traduisait par la perte de précieuses cellules. Il a fallu moins d'une semaine pour que le dossier de disparition n'arrive. À ce moment, je m'y attendais.

C'est à ce moment que l'étendue du problème l'a frappé. Six personnes parmi 150 avaient eu ces rêves, et chacune d'entre elles avait disparu dans le mois. Si on transposait ça à la région entière…

Gabriel : Des milliers de gens, au moins.

Hawley : Ouaip. Et nous n'étions même pas sûr que ça concernait juste les patients ayant des problèmes mentaux. Comment est-ce que vous définiriez seulement la maladie mentale ? Véritablement, efficacement, pas juste d'une manière qui soit utile au traitement ? Des milliers et des milliers de gens pourraient juste s'aventurer dans les forêts et ne plus jamais être revus.

Gabriel : Ce serait terrifiant.

Hawley : Embêtant.

Gabriel : Bon Dieu, Hawley, vous n'avez donc pas de cœur ? Nous sommes supposés être ceux qui aident les gens.

Hawley éclate de rire.

Hawley : Le sommes-nous ? Quel âge avez-vous, doc ? Vous semblez être dans la cinquantaine, là. Peut-être la soixantaine. Vous devez avoir bossé avec nous un bon moment. Vous pensez toujours que c'est ce à quoi la Fondation sert ? Aider les gens ?

Hawley s'adosse à sa chaise, secouant la tête.

Hawley : Nous vivons dans un monde de dragons. Ils se cachent dans les montagnes ou dans des boîtes de papier, mais ils sont là. Je voulais tout savoir, voir l'autre côté du puzzle, comprendre pourquoi les choses sont telles qu'elles sont. Pourquoi les dragons se sont cachés, alors que la corruption se répand partout.

Gabriel : C'est pour ça que vous avez rejoint la Fondation ?

Hawley : Probablement pas. Je ne m'en souviens déjà plus.

Gabriel se redresse, frottant ses tempes. Hawley allume une seconde cigarette.

Quoi qu'il en soit. Des gens disparaissaient dans les bois. Ce gosse voulait désespérément s'y rendre, lui aussi ; il disait qu'il s'y sentait heureux et protégé. Nous avons obtenu quelques informations supplémentaires dans le mois qui a suivi - les gens n'arrêtaient pas de rêver sur des forêts et s'en allaient, désirant s'isoler.

Gabriel : Vous pensez que c'était délibéré ? Un projet d'anart qui aurait mal tourné ?

Hawley : Nan, c'était pas assez visible. Nous sommes les seules personnes à l'avoir remarqué. C'était aléatoire, sans objectif. Tout le monde pouvait en être victime, en étant rendu effrayé ou traumatisé. J'avais aucune idée de quoi faire, sauf…

Gabriel : Sauf ?

Hawley sourit lentement et prend une bouffée de sa cigarette.

Hawley : J'avais entendu parler d'un truc pareil avant. Y a des années. Un rêve partagé qui a détruit le Site-1015.

Gabriel : Le Site - Le Site-1015 ? Il a été décommissionné il y a des années.

Hawley : Ouais, bien avant mon arrivée. Mais un type que j'ai connu, Christof, il a été transféré quand tout s'est effondré. Je lui ai demandé de me raconter, et il m'a parlé d'un truc qu'ils ne pouvaient pas résoudre. Ils continuaient d'amener des gens qui tiraient sur les barreaux de leur cage et hurlaient à propos d'un jardin.

Gabriel : Un jardin ?

Hawley : Ouais. Ils ne savaient pas ce qui le provoquait. Mais il n'a pas dit ce qu'il s'est passé, et il s'est fait tuer peu de temps après. Ça m'est resté, cependant - lorsqu'ils ont tous commencé à rêver de la forêt, je me suis demandé si ça avait un lien.

Gabriel : Alors qu'avez-vous fait ?

Hawley : J'ai cherché dans les dossiers de 1015. Que dalle. Les archives entières avaient été nettoyées.

Gabriel : Qu-quoi ? Vous voulez dire qu'elles étaient censurées ?

Hawley : Non, supprimées. Absolument que dalle. Des en-têtes, mais pas de fichier.

Il y a un silence de quelques secondes.

Gabriel : Personne au Site-64 ne ferait ça. Ça va à l'encontre de tous les protocoles.

Hawley : Et ? Vous avez quoi, cinquante ans ? Soixante ? Vous devez vous souvenir de ce à quoi cet endroit pouvait ressembler. Même à l'époque de mon arrivée, c'était déjà comme ça. Quelqu'un merde, relâche une anomalie dans la nature, et les archives se retrouvent perdues. C'est comme ça que le jeu continue.

Gabriel : Oh, allons bon. Quelque chose d'aussi gros ? Nous l'aurions remarqué, depuis le temps.

Hawley : Peut-être que ça n'était pas si gros. Peut-être que c'était minuscule. Quelques gosses font de mauvais rêves - qu'est-ce que ça change ? Personne ne le remarquerait, et si ça arrivait, personne ne soupçonnerait un directeur à la retraite. Je ne m'y intéressait pas vraiment. C'était une piste, c'est tout ce qui importait.

Gabriel : Bon sang, Hawley, vous vous intéressez à quelqu'un d'autre que vous-même ?

Hawley : Du calme, doc. Je me lève le matin et je sens l'odeur du café et je me mets au boulot. C'est notre lot à tous. Voilà ce qu'est le monde. Des bureau gris et des produits de nettoyage.

Quoi qu'il en soit. Je suis revenu voir le gamin. C'était avant que nous le laissions s'en aller. Je suis revenu et je pensais que je pourrais essayer de réveiller l'eau qui dort.

Addendum no2 : À la suite des succès initiaux de l'opération, l'Agent Hawley lança une étude concernant un possible lien avec le Site-1015, un Site décommissionné situé dans le sud de l'État de Washington. L'agent Hawley se souvenait de "rumeurs" circulant au Site-64 quelques années auparavant, qui affirmaient que le Site-1015 avait eu à traiter une situation similaire. Cependant, après étude, il découvrit que les archives du Site-1015 avaient été supprimées sans aucune explication déplacées dans une installation sécurisée dans l'Ohio lors d'une maintenance de routine.

Se rappelant que les rumeurs faisaient mention d'un jardin, Hawley interrogea 6005-09 une seconde fois, dans l'espoir de développer cette piste.

Date : 12/04/19

Interrogateur : Agent Douglas Hawley

Second Agent présent : Agent John Caspar

<Début de l'enregistrement>

Agent Hawley : Salut, Tom. Comment te sens-tu ?

6005-09 : Je veux rentrer à la maison.

Agent Hawley : Je ne te crois pas. Désolé, gamin, mais on ne te laissera pas te barrer dans les bois de sitôt.

6005-09 : Je m'en fiche. Vous pouvez pas me garder ici.

Agent Hawley : Nous pouvons et nous le ferons. Mais si tu réponds à mes questions, nous pourrions envisager de te laisser sortir. Nous avons besoin de cette cellule, après tout.

6005-09 : …OK, très bien. Que voulez-vous ?

Agent Hawley : Est-ce que tu te rappelles d'avoir rêvé d'un jardin ?

Il y a un silence de plusieurs secondes.

6005-09 : Non. Je ne m'en souviens pas. C'est une forêt. Ça a toujours été une forêt, je vous l'ai - je vous l'ai déjà dit avant.

Agent Hawley : Es-tu sûr, Tom ?

Agent Caspar : Du calme, Doug.

6005-09 : J'ai dit que je ne savais pas.

Des sons de papiers froissés peuvent être entendus.

Agent Hawley : Très bien. Profite de ton séjour, gamin.

Le son d'une chaise déplacée peut être entendu.

6005-09 : Attendez, je - attendez.

Le son s'arrête.

Agent Caspar : Quelque chose à dire ?

6005-09 : Je n'ai pas vu de jardin - mais il y avait quelque chose. Plusieurs trucs. Des trucs qui n'étaient pas censés être là. Des trucs qui sonnaient - faux.

Agent Hawley : Faux ? Faux comment ?

6005-09 : C'est - C'était pas censé être là. Un vase, un râteau, un parterre de fleurs. Je les ai vus - placés juste comme ça, couvert de cette crasse, je -

Agent Hawley : Crasse ?

Il y a une pause de plusieurs secondes.

6005-09 : Ça sonnait faux. Vous comprenez ça ? Ça polluait la forêt. C'était pas naturel. C'était des trucs d'humains, et ils n'ont rien à faire dans la forêt. Ils devraient être là-dehors, sous le soleil. Vous voyez ? Vous comprenez ça ?

Agent Hawley : …Non, je ne comprends pas.

Le son d'une chaise déplacée peut être de nouveau entendu.

Agent Hawley : Donc d'où crois-tu qu'ils provenaient ?

6005-09 : …Du dehors. Quelque part, je - je ne sais pas. Ils ne font pas partie de la forêt, hein ? C'est des trucs qui ont été apportées de l'extérieur. Je ne sais rien d'autre, je le jure, vous pouvez me laisser partir maintenant ?

Agent Hawley : Nous pourrions encore -

Agent Caspar : Ouais, Tom. Nous pouvons te laisser partir. Merci.

<Fin de l'enregistrement>

À la suite de cet interrogatoire, Hawley interrogea de nouveau les quatre autres individus examinés auparavant, à la recherche de tout schéma ou objet lié à un jardin, au jardinage, ou à des paysages humains dans leurs rêves. Chacun d'eux exprima une détresse extrême face à cette série de questions, mais tous ont été capables de donner des exemples de ces schémas :

Sujet Description des éléments du rêve
6005-23 Le sujet déclare que, dans son rêve récurrent, la montagne se transformait souvent en une rotonde typique des jardins paysagistes anglais du XIXe siècle. Dans ces cas-là, le sujet décrit percevoir le son de marbre brisé après que les arbres ont obscurci sa vision.
6005-142 Le sujet déclare cesser de chasser le cerf pour tirer sur de nombreuses carpes sautant depuis la surface du sol de la forêt. Le sujet déclare entendre de l'eau couler. Le sujet touche toutes les carpes avant de s'effondrer dans "une sorte d'obscurité tranquille".
6005-203 Le sujet raconte un rêve similaire à son exemple précédent, excepté qu'au lieu d'une clairière, elle se trouve sur un lit de fleurs vandalisé. La détresse du sujet était particulièrement aiguë lors de cette description, et celui-ci dut être évacué de la salle d'interrogatoire.
6005-02 Le sujet déclare être tiré depuis le fusil mentionné dans le rêve précédent. Le sujet se retrouve dans un immense lac, entouré des corps de nombreuses carpes. Le sujet déclare ressentir une détresse extrême, mais ne pas se noyer.

Ceci enjoignit à l'Agent Hawley d'étudier l'ancien Site-1015 lui-même, dans l'objectif de déterminer si des matériaux ayant survécu pourraient être utiles à l'enquête. Le 19/04/19, les Agents Hawley et Caspar entreprirent une exploration de la zone.

<Début de l'enregistrement>

Les deux agents se tiennent debout dans la clairière d'une zone forestière. Un immense bâtiment de béton en ruine peut être aperçu plusieurs centaines de mètres devant.

Commandement : OK, nous enregistrons. Veuillez donner vos noms pour les archives.

Agent Hawley : Bien reçu. Ici l'Agent Douglas Hawley, assisté par l'Agent Caspar, actuellement au sein du périmètre de l'ancien Site-1015. Le bâtiment est parfaitement visible devant nous, comme la caméra devrait le montrer. Euh, autre chose ?

Commandement : Numéro de la documentation pour l'autorisation d'expédition.

Agent Hawley : Bordel de merde, il y en a tellement ces temps-ci… tiens-moi ça, John…

Hawley donne sa lampe torche à Caspar et fouille son sac à dos.

Agent Hawley : Nous y sommes… 4666266. C'est bon, ou vous voulez mon groupe sanguin avec ?

Commandement : Ne soyez pas impertinent avec moi. Vous devriez avoir fait ça depuis la base. Et vous avez oublié le protocole approprié lors du dernier interrogatoire.

Agent Caspar : Il a raison, Doug.

Agent Hawley : Bordel de merde… allons-y, finissons-en.

Les deux agents approchent du bâtiment principal. Celui-ci est visiblement abandonné et quelque peu délabré ; la plupart des fenêtres sont fissurées ou brisées. Débris et plantes envahissantes sont éparpillés aux abords du bâtiment.

Agent Caspar : Nerveux ?

Agent Hawley : Nan. Et toi ?

Agent Caspar : Nan.

Les deux approchent de l'entrée principale et la poussent. Les verrous extérieurs semblent être complétement détruits ; la porte s'ouvre, révélant une salle d'accueil en ruine. Un immense plafonnier écrasé a répandu du verre par-dessus un bureau en bois rond ; des plantes, dont un petit arbre, ont poussé à travers des dalles de béton fissurées. Plusieurs portes mènent vers des couloirs.

Agent Caspar : Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? Les anciens Sites ne sont pas supposés être démolis ? Ou être un minimum protégés, ou quelque chose ?

Agent Hawley : Bonne question.

Commandement : Certains anciens Sites sans aucun reste de matériaux anormaux sont juste abandonnés. Ça fait des économies, il y a des couvertures mises en place, ça ne change pas vraiment grand-chose qu'il y ait un bloc de béton de plus quelque part dans les bois.

Agent Hawley : Aucun graffiti ici, par contre. Absolument personne n'est venu là.

Commandement : C'est assez éloigné de tout centre de population.

Agent Hawley : Mmh. Ouais.

Agent Caspar : On est sûr qu'il n'y avait plus rien d'anormal laissé derrière ?

Commandement : Oui.

Agent Hawley : Apparemment.

Commandement : Oui. Finissez-en avec vos conspirations absurdes et sortez de là, Doug, il y a un match que je ne veux pas rater.

Agent Hawley : Bien.

Hawley prend la tête, ouvrant une porte sur un côté.

Agent Caspar : Tu es sûr que c'est la bonne direction ?

Agent Hawley : Première porte sur la gauche, seconde à droite vers les escaliers, cinquième sous-sol. Tout devrait y être. Lampes allumées, John.

Les deux allument leurs lampes et suivent l'itinéraire indiqué par Hawley. Le bâtiment, bien que délabré, semble toujours structurellement intact ; cependant, la plupart des jonctions ont été fissurées, révélant nombre des raccords de béton.

Après avoir descendu le couloir et les escaliers, le duo ouvre une porte donnant sur une petite pièce souterraine de bureaux ouverts. Il n'y a aucune source de lumière. Tous les luminaires ont été retirés.

Agent Caspar : Bon, ça semble prometteur.

Agent Hawley : Tais-toi. Et fouille. Il pourrait encore y rester quelque chose.

Les deux agents fouillent la pièce ; rien ne peut y être vu, à l'exception d'une porte rouge au bout. Quelques morceaux de ruban adhésif jaune et noir se trouvent à son pied. Hawley s'en approche.

Agent Hawley : Tiens, tiens, tiens.

Agent Caspar : Qu'y a-t-il ?

Agent Hawley : Quelqu'un ne voulait pas que qui que ce soit entre là-dedans.

Hawley tend la main vers la poignée.

Agent Caspar : Une minute, attends -

Hawley ouvre la porte. Une immense salle de stockage vide peut être vue de l'autre côté.

Agent Hawley : Bordel.

Commandement : Prêt à laisser tomber ?

Agent Hawley : Nope.

Hawley entre dans la pièce et parcourt ses surfaces avec sa lampe torche. Dans un coin, le plafond s'est effondré ; quelque chose est visible sous les décombres. Hawley s'y dirige et l'éclaire avec sa lampe ; c'est une boîte en carton avec des papiers visibles à l'intérieur.

Agent Hawley : Jackpot.

Agent Caspar : Comment est-ce qu'ils ont raté ça ?

Caspar commence à faire le tour de la pièce avec sa lampe torche.

Agent Hawley : Bonne question. Très bonne question. Ce plafond a dû s'effondrer ensuite, hein ? Placement très pratique dans ce cas… à moins que ça s'effondrait déjà quand ils sont partis.

Hawley commence à tirer la boîte hors des décombres. Caspar continue à éclairer avec sa lampe torche, puis s'arrête.

Agent Caspar : Doug ?

Agent Hawley : Ouais ?

Agent Caspar : Est-ce que ce vase a toujours été là ?

Hawley se retourne brusquement et regarde dans la direction pointée par Caspar. Un vase de jardin, d'environ un mètre de haut, se tient dans le coin opposé de la pièce.

Agent Hawley : Non, il n'y était pas. Commandement, est-ce que vous recevez ?

Commandement : Oui. Restez calmes, rappelez-vous votre entraînement. Vous n'êtes actuellement pas préparés pour ça. Je me mets en ligne avec l'Intervention Rapide, je les informe d'un possible incident d'irréalité sur votre position.

Agent Hawley : Merci. On prend la boîte et on s'en va.

Agent Caspar : Bien reçu.

Hawley et Caspar se dirigent vers la boîte et la traînent hors des décombre. Caspar la ramasse ; Hawley éclaire là où le vase se trouvait. Une petite gravure de métal d'un chérubin peut maintenant être vu.

Agent Caspar : Putain.

Agent Hawley : C'est bon. Ça pourrait être inoffensif.

Agent Caspar : Est-ce que ça a un jour été inoffensif ?

Agent Hawley : Tu marques un point.

Hawley et Caspar sortent de la pièces et courent vers la porte. Hawley se retourne avant de l'atteindre et éclaire la porte rouge.

Une forme humanoïde se tient debout devant elle ; elle a la taille et les proportions d'une femme d'une dizaine d'années mais est entièrement composée de bois, avec des feuilles à la place des cheveux. Son visage est caché derrière les feuilles.

Agent Hawley : Bonjour ?

La forme lève son visage. Son visage est une sculpture statique. Elle lève une main vers Hawley. Sa voix est distordue et n'a pu être rendue compréhensible qu'après amplification.

Forme : Ce lieu était une ruine, autrefois.

La forme fait un pas en avant.

Forme : Êtes-vous… un ange ?

Un torrent d'eau s'échappe du plafond, emportant de nombreuses racines et branches. La forme est frappée et se désintègre en morceaux de bois, puis l'eau se dirige vers les agents.

Agent Caspar : Putain.

Hawley et Caspar courent dans les escaliers puis dans le couloir. L'eau ne semble pas les suivre, mais le son de vagues rapides peut être entendu. Les partis bétonnées des murs sont maintenant composées de bois, mais ils ne croisent aucune entrave à leur passage. Les agents traversent la salle d'accueil mais découvrent un grand arbre bloquant les portes.

Agent Caspar : Putain.

Agent Hawley : Tais-toi. Commandement, sortie de secours ?

Commandement : Première à votre droite, quatrième à gauche ; devrait y avoir une coupe-feu.

Agent Hawley : Reçu.

Hawley et Caspar se déplacent dans le couloir. Une grande fontaine est visible ; des fleurs poussent autour.

Agent Caspar : Tu sais ce que je pense ?

Agent Hawley : Non. T'arrête pas de courir.

Agent Caspar : Ce vase. Est-ce qu'il est apparu, où est-ce qu'on l'a juste pas remarqué -

Agent Hawley : J'ai dit, t'arrête pas de courir !

Les agents prennent la quatrième à gauche ; une porte coupe-feu est visible. Le son d'un chant peut être entendu ; la chanson n'est pas distinguable.

Les agents ouvrent la porte et se retrouvent à l'extérieur. Ils courent une centaine de mètres plus loin, dans les bois alentours, avant de s'arrêter.

Agent Caspar : Putain.

Agent Hawley : Arrête de dire ça. Commandement, on dirait qu'on est en sûreté ? Je crois ?

Commandement : Bien reçu. Récupération en route maintenant. Est-ce que vous avez les informations ?

Agent Hawley : Caspar n'a pas lâché la boîte.

Agent Caspar : J'ai oublié que je la tenais encore…

Agent Hawley : Il veut bien entendu dire par là qu'il a accompli un travail exemplaire sous la pression.

Commandement : OK. Extraction imminente.

<Fin de l'enregistrement>

À la suite de cet évènement, le Site-1015 a été sécurisé par une force d'intervention du Site-64 ; cependant, aucune autre activité anormale n'a été détectée. L'Agent Hawley a commencé à trier les documents récupérés ; bien qu'ils aient été désorganisés, la plupart traitant de sujets très divers, un document pertinent a été récupéré à ce jour :

Document 6005-01 : Entrée de journal du Sujet 6005-435

Je me réveille, je fais le tour de ma chambre. Il y a une fenêtre, située en hauteur sur le mur, qui me permet de regarder la lune. C'est pas censé être une chambre cruelle, c'est juste qu'ils ne s'en soucient pas vraiment.

Ils sont fatigués. Ils me regardent de travers, pas par cruauté, mais parce qu'ils n'ont plus la force. Ils dégoulinent à travers le béton dont ils s'entourent d'eux-mêmes, le béton protégeant une chose qu'ils ont perdu de vue depuis.

Du coup la nuit dernière, j'ai rendu de nouveau visite au jardin.

Je sais qu'ils nous l'ont interdit. Je sais ce qu'ils nous ont dit de faire, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Les parterres de fleurs étaient retournés, mais la terre était toujours là, répandue sur l'herbe. Je l'ai remise à sa place. Je pense que les autres n'ont pas remarqué.

Ça ressemblait au début de l'automne. J'ai vu un rossignol que Nora avait fait. Il a chanté pour moi, et j'ai chanté pour lui. Le ciel était couvert, mais cette couverture d'automne qui promet la pluie. La même couverture qu'on peut voir par-dessus un pâté de maisons ternes, mais c'était meilleur ici, c'était une couverture de jardin. Une couverture faite pour les jardins. Comment quelqu'un d'autre aurait pu faire ça ?

J'ai grimpé la colline et regardé en bas. La colline se faisait déchiqueter - presque comme une montagne. La rotonde s'enfonçait dedans, alors je l'ai remise en place aussi. J'ai senti le marbre sur mes doigts. J'ai regardé dedans et il y avait une tombe d'argent, sculptée en prenant un rocher de la terre et en prenant l'argent du rocher. Mais on reformera toujours le rocher, on le remettra à sa place, on y insérera des racines d'argent.

Y a-t-il des jardins à New York ? Est-ce qu'une allée est un jardin ? Est-ce qu'une bande d'herbe à Baltimore est grand-chose de plus qu'un terreau vert comme la tombe de Babur ? Par-dessous les sirènes, il vole la lumière entre les gratte-ciels.

J'ai regardé les chemins entrecroisés, où le gravier avait été éparpillé, où mes amis avaient placé chaque caillou avec tant d'amour. Je sais que nous ne sommes pas censés le faire, mais je l'ai remis en place, aussi. J'ai tout remis en place, morceau par morceau, les fontaines et les jardins en quartiers et les tombes octogonales et les Cascades lointaines au-delà. Elles se teintent de bleu dans la pénombre.

Pendant un moment, ça paraît naturel de nouveau. C'est comme ça devrait l'être, comme ça aurait toujours dû l'être, tout Portland étouffé par l'herbe, les gens allongés et mangeant des lotus et dessinant le ciel en rouge et blanc, jusqu'à Seattle, jusqu'à Vancouver, jusqu'à Haïda Gwaïi et jusqu'aux rivages des Tlingits, des feux de camp fumant dans les lointaines vallées tandis que les Cascades s'élèvent encore et encore.

Puis j'ai de nouveau regardé, et ça sonnait faux. Ce n'était que des trucs en béton. Je sais que ça n'en était pas, mais un ange m'avait dit que ça l'était, un archange envoyé à Marie, et la seule verdure restante se trouve dans les arbres au loin.

Il n'y a pas de retour en arrière. J'avais l'habitude de rêver, autrefois, mais maintenant le monde éveillé ressemble à un rêve. Je peux comprendre, intellectuellement, ce qu'ils m'ont fait, mais je ne peux pas revenir en arrière. Cet endroit n'est que ruines, une prison, des murs gris menant à ce qu'ils gardent en son cœur.

Le pouvoir. On en revient sans cesse au pouvoir.


Hawley : Je l'ai lu et les choses ont radicalement changé. Elle écrivait si bien.

Gabriel : Vous ne devriez pas vous attacher à eux.

Hawley : Qu'est-ce qui ne va pas chez vous ? Vous parlez de bonté -

Gabriel : Vous n'avez jamais eu à voir ce qu'il se passe lorsqu'ils perdent le contrôle, Hawley. J'ai travaillé pour le Site-19. J'ai vu des centaines de Classes-D se faire tordre le cou parce que nous voulions apprendre.

Hawley : Alors vous êtes juste perdu autant qu'elle l'était. Ne pensez-vous pas que c'est magnifique ?

Gabriel : Expliquez.

Hawley : Un monde entier, un monde harmonieux, un… une sorte de collaboration. Tout le monde, morceau par morceau, se rapprochant jusqu'à faire un tout, mais avec ses morceaux maintenus. C'est ce que tout le monde a toujours voulu, non ?

Gabriel : Pas moi. Je sais faire la différence entre la nature et le contre-nature.

Hawley : Mais qu'est-ce que ça veut seulement dire ? De temps en temps, je fais de la randonnée, vous savez. Dehors, dans l'ouest. Je regarde les Cascades et, ben, leur nom a vraiment un sens. Si vous louchez juste un peu, elles semblent se fondre les unes dans les autres, chacune d'entre elles. Une montagne entrant en collision avec une autre, déchirant la terre, plongeant dans le firmament sur des hauteurs faramineuses. Une gigantesque cascade, se créant de plus en plus loin tandis qu'elle se déverse et progresse.

Gabriel : Très poétique. Mais ça ne change pas ce qu'est une anomalie.

Hawley : Bon sang, doc, vous avez vraiment avalé la propagande de la Fondation d'un trait, hein ?

Gabriel : Ce n'est pas de la propagande. C'est la vérité. Vous savez ce qui se passerait si un réseau psychique devait se répandre à travers tout le Nord-Ouest Pacifique ? Votre petit jardin qu'est la Cascadie pourrait écraser tout ce que nous y aurions jamais construit. Les anomalies sont des aberrations. Ce sont des cicatrices dans la fabrique du temps, des excroissances contre-nature de la réalité. Cette fille et ses amis auraient percé le Voile, renversé des villes -

Hawley : Vous n'en savez rien. Vous ne faites que supposer. J'en sais rien, doc. Je ne pense pas que la vie soit comme ça. Vous ne pouvez pas décider ce qui est naturel ou non.

Gabriel : Vous non plus.

Les deux se fixent du regard pendant quelques secondes.

Gabriel : L'ambition est une chose dangereuse, Agent Hawley. Je l'ai vu pourrir des hommes de l'intérieur.

Hawley : Ça les rend meilleurs, doc. Comment est-ce que ça pourrait leur faire quoi que ce soit d'autre ? Comment est-ce que vous savez ce qui est juste et approprié ? Nous existons grâce à des mutations au travers des millénaires - pourquoi ce ne serait pas la prochaine ? Pourquoi avons-nous à définir de petites lignes autour de ce qui devrait être confiné ou non ? Nous pourrions rendre les choses meilleures. Nous en avons le pouvoir.

Gabriel regarde sa montre. Hawley soupire et s'adosse à sa chaise.

Gabriel : Que s'est-il passé ensuite ?

Hawley : Ah, doc. C'est là le problème, vous voyez. C'est à ce moment qu'un trou s'est ouvert sous mes pieds.

Addendum no 3 : Dans les semaines suivantes, les recherches de Hawley se sont concentrées sur le tri des documents récupérés. Parmi ceux-ci, deux documents ont été considérés particulièrement importants pour les recherches et ont été reproduits ci-dessous.

Document no 1 : Enregistrement audio d'un interrogatoire entre le Dr Castro et 6005-435, 1984.

<Début de l'enregistrement>

Dr Castro : Bonjour, 6005-435.

6005-435 : Je m'appelle Cassie.

Dr Castro : Ta désignation est 6005-435. Commençons.

6005-435 : …Okay.

Le son de quelqu'un écrivant sur un carnet est entendu pendant plusieurs secondes.

6005-435 : Est-ce qu'on peut -

Dr Castro : Désolé, je te demande juste un instant.

Le son d'écriture continue pendant plusieurs secondes, avant de s'arrêter brusquement.

Dr Castro : Très bien, du coup. Qu'as-tu vu la nuit dernière ?

6005-435 : …La forêt.

Dr Castro : Est-ce que c'est tout ?

6005-435 : Oui.

Dr Castro : Je sais que tu mens.

6005-435 : Je dis la vérité.

Dr Castro : Est-ce que tu te souviens de ce que [CENSURÉ] t'a dit, Cassie ? À propos de l'autre endroit ?

6005-435 : Oui.

Dr Castro : Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

6005-435 : Que - que c'est contre-nature. Que ça avait été placé dans nos têtes pour nous faire du mal. Que c'est - que c'est mauvais.

Dr Castro : Voyons voyons, Cassie, ce n'est pas tout à fait ça, je me trompe ? Il t'a dit pourquoi ça t'a été donné.

Il y a un silence de plusieurs secondes avant que le Dr Castro ne soupire.

Dr Castro : Je pensais que nous avions dépassé ce stade, 6005-435.

6005-435 : Ce n'est pas mon nom.

Dr Castro : C'est ta désignation. Le jardin est contre-nature car c'est un acte de violence de l'humanité sur la nature, tu te rappelles ? Ça dévore les sols naturels et ne peut être produit qu'en brûlant les arbres. Tu ne te rappelles pas ce qu'il t'a montré ? À propos des arbres ?

6005-435 : Mais - mais je ne le ressens pas comme ça -

Dr Castro : Bien sûr que non. Ce n'est jamais le cas. Cassie, c'est très important. Tu ne peux pas faire du mal aux rêves comme ça, OK ? Tu ne peux pas faire de mal à la forêt de cette façon. Pense à ce que tu lui fais.

6005-435 : O-oui. Je suis désolée.

Dr Castro : Très bien. Les excuses sont le premier pas vers le pardon.

Une chaise déplacée peut être entendue.

Dr Castro : J'espère voir du progrès lors de notre prochain entretien, Cassie. [CENSURÉ] serait si déçu.

6005-435 : Est-ce - est-ce qu'il est là ?

Dr Castro : Pas aujourd'hui, j'en ai peur. Mais il reviendra vite.

6005-435 : …OK.

<Fin de l'enregistrement>

Document no 2 : Fichier SCP-6005 original, daté de 1984.


PAR ORDRE DU CONSEIL O5

Le fichier suivant est classifié au Niveau 5/6005.

Tout accès non autorisé est strictement interdit.

Objet no : SCP-6005 Niveau 5/6005
Classe : Keter Classifié

Dark_Forest.jpg

Site de l'évènement de confinement du Projet Vulpine pour le spécimen 6005-435, daté du 06/09/1984.


Objet no : SCP-6005

Classe : Keter Euclide

Procédures de Confinement Spéciales : SCP-6005 est actuellement confiné par le Projet Vulpine, qui doit assurer un auto-confinement perpétuel. Cependant, des instances de SCP-6005-B doivent être capturées régulièrement et emmenées au Site-1015 afin d'assurer la réussite de la conversion en instances de SCP-6005-C.

Description : SCP-6005 est un champ télépathique, contenant actuellement plus de 10000 membres. SCP-6005 semble se manifester naturellement sans aucune interférence extérieure et s'étendre dans le Nord-Ouest Pacifique et l'Idaho.

Les victimes de SCP-6005 (ci-après dénommées instances de SCP-6005-B) ont créé un environnement partagé uniquement accessible à travers les rêves, ci-après désigné SCP-6005-A. Avant l'implémentation réussie du Projet Vulpine, SCP-6005-A prenait la forme d'un jardin élaboré, incorporant de nombreux styles dans sa structure et semblant couvrir une majeure partie du Nord-Ouest Pacifique dans le rêve.

Les forces télépathiques combinées de SCP-6005 ont produit un effet significatif sur la réalité elle-même. Des signalements de changements environnementaux et de coordination de communautés sur de grandes échelles facilités par SCP-6005 ont été rapportés. En tant que tel, SCP-6005 représente une menace significative pour la réalité elle-même.


Hawley : C'était en soirée lorsque nous l'avons découvert. Le soleil se couchait. La boîte était remplie à ras bord de saloperies et nous avions à trier jusqu'au dernier papier avec précaution, juste au cas où une quelconque anomalie du Site s'y serait glissée. J'étais assis là avec Caspar en face de moi et le ciel se couvrait de rouge et mon cœur s'est arrêté de battre.

Gabriel : Pourquoi ?

Hawley : Pourquoi ? Doc, vous ne comprenez pas ce que ça veut dire ? Nous l'avons créé. Quoi que ce soit, nous l'avons créé.

Gabriel : Je suis sûr qu'ils avaient leurs raisons. Le confinement est une affaire délicate.

Hawley : Délicate - putain mais de quoi vous parlez ? À un moment ils rêvent d'un jardin, au suivant ils souffrent d'un traumatisme sévère et veulent disparaître dans les bois. Ce n'est pas du confinement, c'est - c'est un génocide, doc.

Gabriel : Ça n'est pas ça. Non. Ce n'est pas ce que nous - ce que la Fondation ferait. C'est du confinement.

Hawley : Ça a été planifié. Les disparitions étaient planifiées, puis enterrées si profondément que la Fondation a oublié.

Je l'ai rapporté à Adler. Je lui ai montré ce que nous avions trouvé. Il ne l'a pas apprécié du tout. Ça n'était qu'un jeu tant qu'il y avait une opportunité de résoudre un mystère séduisant, mais l'expression sur son visage m'a tout dit. "Ce n'est rien du tout," m'a-t-il dit. "Je vous retire de l'affaire." Il l'a donnée à Caspar - la pauvre, la faible merde - jusqu'à ce qu'il puisse trouver quelqu'un de "plus approprié". Il avait un ton huileux.

Gabriel : Vous auriez dû faire ce qu'il vous a dit.

Hawley : Pourquoi ? Doc, allez. Vous êtes une personne. Vous n'êtes pas un robot. Vous pensez que ces Classes-D auraient dû avoir le cou tordu ? Vous pensez que la collecte de données n'est pas partie intégrante du programme de confinement ?

Gabriel : Je n'étais pas - j'étais ailleurs avant le 19. J'ai vu les sacrifices qui doivent être faits. Ils en valent la peine.

Hawley : Ils la valent ? Pourquoi ont-ils été sacrifiés ? La normalité ? Qu'est-ce que ça veut seulement dire à présent ? Pourquoi avons-nous à décider où le réel s'achève et où l'irréel commence ? Comment est-ce que vous définissez ne serait-ce qu'un début à ça ?

Parce que c'est ce qu'est la Fondation, doc. C'est ce que Cassie voulait dire. On en revient toujours au pouvoir, le pouvoir de définir ce qui est bien ou pas, le pouvoir d'ériger des murs et des lignes et un code moral qui n'a aucun sens, qui ne mène à rien. La Fondation existe pour une seule et unique raison : se protéger et se perpétuer elle-même. Et personne ne se rappelle pourquoi, ou la raison derrière.

Gabriel : Est-ce que vous cherchez à sceller votre sort, Hawley ? C'est de la trahison.

Hawley : Vous le pensez toujours ? Après avoir entendu tout ça ? Après avoir entendu les milliers de gens qui s'en sont juste - allés ?

Gabriel : Oui. Toujours.

Hawley se redresse sur sa chaise et fixe Gabriel.

Hawley : Lequel - sur quel Site avez-vous dit que vous étiez avant le 19, doc ?

Gabriel fixe Hawley pendant plusieurs secondes avant de commencer à sourire lentement.

Gabriel : Je suppose qu'il y avait un addendum à ce document.


Addendum 6005-1 : Description du Projet Vulpine

Le Projet Vulpine est un projet de réorientation psychologique de grande envergure organisé par [CENSURÉ]. [CENSURÉ] a remarqué la réussite de l'emploi de l'analyse des rêves pour le confinement de SCP-4321 et a proposé l'utilisation d'une manipulation des rêves sur une grande échelle afin d'altérer la manière dont SCP-6005 est perçu et exploité par SCP-6005-B.

Les fondations essentielles de SCP-6005 étaient SCP-6005-A et les sensations de contentement mutuel et d'expérience positive qui résultaient de sa construction et de son utilisation. En conséquence, l'objectif premier du projet Vulpine est de créer une association négative envers SCP-6005-A parmi les instances de SCP-6005-B et de créer une sphère conceptuelle distincte dans laquelle SCP-6005 serait confiné par lui-même.

Cet objectif a été atteint en implantant, par l'usage de médicaments et d'un entraînement psychologique, l'idée que le "jardin" est une imposition humaine causant activement des dommages et de la souffrances à la nature, en opposition à une vie en harmonie avec cette dernière, et que toute activité de création ou interaction avec le jardin cause activement des dommages et des souffrances à la faune et à la flore du jardin.

Le motif central de "jardin" est alors remplacé par le motif de la "forêt". Ce motif encourage la croissance et l'envahissement d'une forêt au sein de l'espace des rêves, avec un encouragement de l'aspect "loi de la jungle" de la vie en forêt, destiné à créer un emplacement artificiel de la forêt comme étant dénuée de coopération. Les instances de SCP-6005-B devront apprendre que l'isolation, les ténèbres, une couverture forestière dense et l'évitement des autres instances sont vitaux pour une survie continue et une vie éthique.

Un effet secondaire préoccupant de ceci est le nombre de symptômes traumatiques apparaissant parmi les instances de SCP-6005-C, avec des symptômes de dépression et de TSPT de plus en plus récurrents. Une minorité de membres du Comité d'Éthique était soucieuse de cette tendance, mais a retiré ses objections lorsqu'elle a pris connaissance du danger potentiel de SCP-6005 et de l'échec des autres mesures de confinement.

Une fois implantée, cette idée a été capable de se reproduire de façon mémétique à travers SCP-6005. Depuis le 20/09/84, SCP-6005 peut être considéré comme totalement confiné de lui-même. SCP-6005 doit désormais être considéré comme effectivement neutralisé en tant que menace, ses membres n'étant plus capable de représenter un danger significatif envers la normalité.


Addendum 6005-2 : Échantillon d'entretien avec une instance de SCP-6005-B au cours du processus de conversion.

[CENSURÉ] : Bonjour, Cassie.

6005-435 : Bonjour, monsieur.

[CENSURÉ] : Comment te sens-tu aujourd'hui ? Tout se passe bien ?

6005-435 : Oui, monsieur.

[CENSURÉ] : Ils m'ont dit que tu ne mangeais pas très bien. J'espère que c'est passé.

6005-435 : Un peu, monsieur.

[CENSURÉ] : Bien. Bien.

Le son d'une chaise déplacée peut être entendu.

[CENSURÉ] : Maintenant, écoute, Cassie, parce que c'est important. J'ai entendu qu'il y avait eu quelques incidents récemment.

Il n'y a pas de réponse.

[CENSURÉ] : Est-ce que tu es encore allée visiter le jardin ?

6005-435 : …Non, monsieur.

[CENSURÉ] : Je crois que tu me mens, Cassie.

Il y a une autre pause.

[CENSURÉ] : C'est bon. Tu peux tout me dire. C'est pour ça que je suis là. Tu es en sécurité ici. Tu n'as pas besoin de -

6005-435 : Ne me parlez pas comme si j'étais un enfant. J'ai 17 ans.

[CENSURÉ] : Cassie !

Il y a un léger son de froissement.

[CENSURÉ] : Tu dois nous faire confiance, Cassie. Nous voulons seulement aider. C'est pour ça que nous sommes là. Pour aider les gens.

6005-435 : C'est juste…

[CENSURÉ] : Oui ?

6005-435 : Je ne comprends pas comment ça peut être contre-nature. Nous avons fait un endroit qui était lumière, qui était liberté. C'était beau. Nous n'avons rien déchiré, nous n'avons - nous étions heureux. Je n'avais jamais entendu un rossignol avant.

[CENSURÉ] : Il y a des rossignols dans la forêt aussi.

Il y a un son de coup.

6005-435 : Je ne veux pas aller dans la forêt ! Je veux que ça soit comme c'était ! Je veux parcourir le chemin et étendre mes bras, je veux - pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'on doit - on doit -

6005-435 commence à pleurer.

[CENSURÉ] : Oh, Cassie. Je suis tellement déçu. Nous en avons déjà parlé.

6005-435 : Je sais, je veux juste - je ne veux pas -

[CENSURÉ] : Je suis désagréablement surpris en ce qui te concerne, vraiment. Tu es une fille intelligente. Tu dois avoir oublié une fois de plus. Ne sais-tu pas combien ils hurlent ? Ce n'est pas à toi de leur dire là où ils doivent croître, où ils doivent vivre. C'est à eux. Ils croissent comme ils veulent croître.

6005-435 : Je - je sais, mais je ne peux pas le ressentir, je ne le peux juste pas.

[CENSURÉ] : Tu as réellement oublié. Devrais-je te le rappeler ?

6005-435 : N-non, je vous en prie, monsieur, pas encore -

[CENSURÉ] : Tu dois comprendre, Cassie.

6005-435 : Je comprends, je comprends, vraiment…

[CENSURÉ] : Je crois que tu mens.

Il y a le son d'un sac froissé.

[CENSURÉ] : Tu vas devoir l'écouter encore, Cassie. Écouter leur douleur. Je sais que ce n'est pas drôle, mais tu dois savoir ce que tu leur fais subir. Ils ne peuvent pas se défendre. Ce ne sont que des arbres.

6005-435 : Je vous en prie…

[CENSURÉ] : Qu'est-ce donc que tu m'as demandé, la dernière fois que je suis venu ? Ce que les autres disaient ?

6005-435 : …Êtes-vous un ange ?

[CENSURÉ] : <riant> Eh bien, ce n'est pas tout à fait vrai, bien sûr. Je partage juste mon nom avec l'un d'eux. Un archange. Celui qui est venu à Marie et qui lui a dit ce qu'elle devait faire, ce qui était vrai. Et maintenant je suis venu te dire ce qui est vrai, Cassie.

6005-435 : Je suis désolée.

[CENSURÉ] : C'est très bien. Nous sommes juste là pour aider. Nous serons toujours là pour aider.

<Fin de l'enregistrement>


Hawley : "Et le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth."

Gabriel : Je ne suis pas un mégalomaniaque, Hawley. Je suis simplement un docteur. J'ai simplement fait ce que j'avais à faire.

Hawley : Ouais. Un confinement propre et meilleur, j'ai raison ?

Gabriel : Le Comité d'Éthique n'a eu aucun problème avec mes actions.

Hawley renifle bruyamment.

Hawley : Vous aviez tout de même le choix, Gabriel. Vous pouviez tout de même faire les choses différemment.

Gabriel : Et l'avez-vous fait ? En quoi êtes-vous différent de moi ? Vous êtes un agent de la Fondation depuis des années, maintenant. Vous êtes autant complice que moi.

Hawley : Nous le sommes tous, tous les jours. Mais lorsque vous avez été abrité, chanceux, capable d'éviter les endroits sombres de ce monde- lorsque vous êtes comme ça et que vous arrivez devant le pouvoir, vous avez un choix. Vous pouvez faire ce que vous faites, ce que Caspar et Adler ont fait et juste faire profil bas en prétendant que tout va bien, comme si c'était normal que le ciel soit sombre et les immeubles gris. Ou vous pouvez faire ce que j'ai fait.

Gabriel : Oh ? Et qu'avez-vous fait ?

Hawley sourit lentement.

Hawley : Il y a une chose qui m'a toujours préoccupé. Nous n'avons jamais eu une bonne description du jardin. Ça n'a jamais été qu'évoqué, mais nous n'avons jamais découvert à quoi il ressemblait. Je me demande où se trouve les meilleures places pour s'allonger, s'allonger et regarder les nuages.

Gabriel : C'est ça qui vous préoccupait ? Vous avez échoué ! Vous n'avez jamais découvert pourquoi ils disparaissaient !

Hawley : Oh, ça c'était facile, finalement.

Gabriel : C'était facile ?

Hawley : Savez-vous ce qu'est la Cascadie, docteur ? En tant que biorégion ?

Gabriel : Je ne suis pas tant que ça intéressé par l'écologie.

Hawley : Le concept est simple : une région environnementale dans laquelle les communautés, le système de vie des gens, ont plus de sens lorsqu'elles sont reliées à des zones environnementales particulières. C'est une idée intéressante ; une façon de vivre plus harmonieuse. Toute cette région, avec ses montagnes et ses forêts, fonctionne avec des communautés interconnectées puisant dans le monde qui les entoure.

Gabriel : Fascinant. Et quel est le rapport avec ce qui nous intéresse ?

Hawley : Ce que ça signifie, espèce de connard stupide, c'est que vous n'aviez aucune idée de ce que vous faisiez.

Gabriel : Il n'y a aucune raison d'employer ce langage. Je remplissais simplement ma fonction en tant que docteur de la Fondation.

Hawley : Ouais, la fonction qu'ils ont dû cacher et enterrer car ils ne pouvaient pas supporter la honte. Vous avez oublié qu'un réseau télépathique est un réseau. Un système. Quelque chose d'inhéremment interconnecté et relié. Vous n'avez pas redirigé l'énergie psychique vers l'intérieur, vous l'avez juste cachée quelque part de plus pratique.

Gabriel : Je ne vous suis pas.

Hawley : Non, je suppose que vous ne suivez pas. Vous ne comprenez pas ce que les gens sont, n'est-ce pas ? Assis dans votre petit bureau, à regrouper ensemble des nombres, à faire laver votre bel ensemble. Est-ce que vous comprenez ce que le pouvoir vous a fait ? Ou avez-vous toujours été comme ça ?

Gabriel : Bien. Puisque vous ne souhaitez pas coopérer, alors je pense que nous en avons terminé ici. J'imagine qu'ils vous enverront en Arizona pour quelque chose comme ça.

Hawley : Quelque chose comme quoi ? Comme je l'ai dit, je n'ai pas la moindre idée de la raison de ma présence ici.

Gabriel : Vous l'avez dit vous-même. Nous avons du pouvoir ; pas vous. Et nous voulons vous voir disparaître.

Hawley : Humm. Bien, c'est une façon de voir les choses. Juste une petite question, cependant, doc.

Hawley se lève.

Hawley : Où est-ce que vous pensez être ?

Gabriel regarde autour de lui. Lui et Hawley se trouvent dans une forêt dense, assis autour d'une table en bois sculptée. L'après-midi est presque terminée, et le ciel est nuageux.

Gabriel : Qu- bordel de merde ?

Hawley : L'énergie psychique ne peut se rediriger vers l'intérieur. Elle ne disparaît jamais. Elle bout, elle brûle, elle trouve d'autres chemins. Vous lui avez dit de devenir une forêt, alors elle en a trouvé une. Du Yukon jusqu'au Cape.

Gabriel : Comment sommes-nous arrivés là ?

Hawley: Je vous ai drogué et emmené ici. Et puis les arbres ont fait le reste. Incroyable ce que les gens peuvent ne pas remarquer sous l'influence de la télépathie. Tenez, une fois j'ai loupé un vase vraiment grand dans le coin d'une pièce.

Gabriel : Je ne comprends pas, je ne - bordel de merde, mais qu'est-ce qui se passe ?

Hawley rit amèrement.

Hawley : Votre langage, docteur. Je leur ai parlé de vous. Je leur ai dit ce que vous avez fait. Ils sont tous là, docteur. Tous vos vieux amis. Comme vous le leur avez justement dit.

Une forme émerge des arbres. Elle a la taille et les proportions d'une femme approchant de la vingtaine, mais est entièrement composée de bois. Son visage est une sculpture statique, la même que celle de la forme du Site-1015, la même que Cassie Higgins arbora lorsqu'elle ne vit plus aucun choix lui rester.

Gabriel : Qui - qu'est-ce que c'est ? C'est une blague ?

Hawley : Non, docteur. Pas de blague ici. Ils savent exactement ce que vous avez fait. Ce qu'ils ont perdu. Ils sont tous venus ici et se sont perdus, puisqu'il ne leur restait plus aucun choix.

Une main de bois émerge d'un arbre proche et attrape Gabriel par l'épaule.

Gabriel : Faites - Faites-les partir ! Soyez maudit, Hawley, faites-les partir !

Hawley : Pourquoi ? Ils exercent simplement leur pouvoir. N'importe quelle miette qu'ils puissent réclamer. Les dragons rugissent de nouveau.

D'autres mains émergent des arbres et depuis la terre, chacune d'elle attrapant un membre de Gabriel. Il se débat, mais sans succès. Hawley rit à nouveau et sort une cigarette. La forme observe, en silence.

Gabriel : Vous ne pouvez pas faire ça ! Ce n'est pas naturel ! J'ai fait ce qui devait être fait, j'ai fait -

Les mains commencent à tirer Gabriel vers l'arbre. Des fissures commencent à s'ouvrir dans l'écorce.

Gabriel : Vous - arrêtez-les, Hawley ! Arrêtez-les maintenant ! Ce n'est pas juste ! Vous ne pouvez pas me dire ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas !

Hawley se retourne et approche son visage très près de celui de Gabriel.

Hawley : Vous non plus.

Gabriel hurle et continue de se débattre. Les mains le tirent vers l'arbre. Hawley jette sa cigarette par terre et s'en va, sifflant gaiement. La forme se contente d'écouter.

Plus tard ce jour-ci, il pleut. La cigarette est réduite en bouillie. Le tabac se répand dans le sol, indistinct de celui-ci, trempé comme lui.

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