SCP-239-FR
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Objet # : SCP-239-FR

Niveau de Menace : Blanc o

Classe : Sûr

Procédures de Confinement Spéciales : SCP-239-FR doit être conservé dans un coffre fermé à clef. Afin de veiller à l'intégrité de l'objet, une température de 18°C et un taux d'humidité fixé à 50 % doivent être maintenus à l'intérieur du coffre. Une clef doit être donnée au responsable du site, et une seconde au chercheur chargé des tests en cours.
Les pages décrochées de SCP-239-FR ainsi que l'objet en lui-même possèdent une relative fragilité, et une grande délicatesse est demandée lors des tests. Durant la manipulation de SCP-239-FR, la présence de deux gardes armés est nécessaire pour assurer la sécurité de l’équipe de recherche. Tout Classe-D affecté par SCP-239-FR devra être placé en observation, et pourra, au bout d’une semaine, être réintégré au service actif après reconditionnement.
Toute utilisation en-dehors des tests classiques devra être approuvée par un membre du personnel possédant une accréditation de niveau quatre ou cinq.

Description : SCP-239-FR se présente sous la forme d’un livre usagé de cent quarante-sept (147) pages, de 34 cm x 24,2 cm x 2,3 cm, possédant une couverture en cuir de vache noir. Cette dernière possède une gravure représentant la mort, symbolisée ici par une faucheuse dotée d'une faux à lame retournée. L’inscription "Memento Mori" est écrite en lettre d'or sur la tranche de SCP-239-FR. L'objet semble émettre un léger rayonnement ultraviolet (à 293 nm environ), ainsi qu’une légère chaleur (14,3 Watt).

Il a été remarqué que le comportement de SCP-239-FR varie en fonction de la proximité de la mort du sujet qui le manipule.

Si le sujet ouvrant SCP-239-FR est amené à décéder dans les trois heures et vingt-quatre minutes suivantes, il ne trouvera que des pages vides. Si l’on a pas demandé au sujet d’écrire dans SCP-239-FR, celui-ci en fera souvent la demande, invoquant « l’inspiration », ou une simple « envie ». Celui-ci écrira en général une page de texte, dans la langue qu’il maîtrise le mieux. Si l’auteur ne sais pas écrire, celui-ci remplacera souvent son texte par un dessin abstrait. A la fin de sa rédaction, le sujet, peu importe son état psychologique avant l'écriture, se retrouvera extrêmement calme et docile. Il restera cependant toujours doté de ses pleines capacités intellectuelles. Cet état d'apaisement durera jusqu'à la mort du sujet, souvent marqué dans les derniers instants par une expression de surprise, ou de panique. Aucune tentative d’arrêter l’écriture n’a jusque là abouti. Le sujet semble toujours réussir à finir par une phrase complète, ou une injonction suffisante à elle même, malgré le caractère aléatoire des arrêts.

Si le sujet ouvrant SCP-239-FR n’est pas amené à décéder dans les trois heures et vingt-quatre minutes suivantes, l'objet se présentera comme un livre entièrement rempli de témoignages d’environ une page chacun, regroupant les dernières pensées de leurs écrivains respectifs. Les textes, bien que parfois d’un niveau littéraire assez simple, se révèlent tous d’une grande profondeur, et d’une beauté souvent déroutante pour le lecteur. Celui-ci se retrouvera incapable d'arrêter la lecture après avoir commencé celle de n'importe quelle page, et ce malgré les consignes qui lui sont données. Le sujet semble alors être dans un état de concentration intense. Un stimuli physique violent (coup de matraque, électrochoc…), ou une perte de contact visuel avec la page pendant plus de trois (3) secondes peuvent cependant ramener le sujet à la raison. Il est à noter que lecteur semble capable de comprendre tous les textes présents dans SCP-239-FR, et ce quel que soit la langue utilisée par l'écrivain. A la fin de la lecture du témoignage, le sujet restera alors immobile, pendant une à deux secondes, dans l'incapacité de réagir, avant de retrouver le contrôle de son corps. Toute trace de la conscience du sujet semble alors avoir été effacée, pour être remplacée par la conscience de l’écrivain. La page de témoignage se détachera de SCP-239-FR dans les minutes qui suivent, laissant une trace de déchirure. Cette page n’émettra, contrairement au reste du livre, plus aucun rayonnement. La relecture du témoignage ne déclenchera aucun événement, et la page sera considérée comme une simple feuille de papier.

Pour une meilleure compréhension des effets de SCP-239-FR, deux témoignages recueillis lors des tests sur celui-ci sont disponible en addendum de ce document.

Une théorie en cours d'étude suppose qu’il ne s’agirait pas d’un remplacement de conscience, mais d’un échange avec celle du lecteur. Cette hypothèse, bien qu'impossible à prouver en raison de la proximité supposée entre la mort de l’écrivain et le possible transfert, est actuellement celle qui fait le plus consensus au sein de l'équipe de recherche. En effet, l’observation de certains tics nerveux, ou micro-expressions au moment de la mort de l’écrivain semblent confirmer cette thèse.

Une page de SCP-239-FR peut être arrachée. Si c’est une page blanche, elle perdra l’effet prodigué par SCP-239-FR. Si c’est une page écrite, l’effet est conservé. Lire une photocopie de page n’entraîne aucun effet. Les pages tombées ne sont pas remplacées, mais il semble que des feuillets de pages vierges puissent être ajoutés.

SCP-239-FR fut trouvé à la suite de l’incident dit du "Nouveau Breton" (voir résumé disponible en archive), dans les archives de la prison de [DONNÉES SUPPRIMÉES], dans la ville de [DONNÉES SUPPRIMÉES], en France. L'objet était donné aux condamnés à mort avant leur exécution entre 1843 et 1975, pour y noter leurs dernières pensées.

Addendum 239-FR-01 : Une étude menée à la caméra fait état de 47 témoignages encore présents dans SCP-239-FR. La Fondation s’est appliquée à garder ce chiffre constant. On y trouve 43 témoignages de condamnés et 4 de Classes-D. On trouve également les traces de 23 pages déchirées avant les tests menés après sa récupération.

Après enquête, tous les auteurs des feuillets disparus ont pu être identifiés grâce à la liste des condamnés de la prison.

Sur les 23 pages manquantes, 13 ont pu être mises en relation avec un changement de comportement d’un proche de l’enquête, ou de la famille du prisonnier après son décès. 5 feuillets ont pu être retrouvés.

L’ensemble des témoignages présents dans SCP-239-FR ou leurs photocopies sont disponibles dans la base de données de la Fondation.

Addendum 239-FR–02 : Une investigation historique a montré que l’objet a été introduit pour la première fois en décembre 1843, à l’embauche d’« Aimé Raynard », un nouveau bourreau dans la prison. Il exerça jusqu’en 1857, année où il partit en retraite. SCP-239-FR semble avoir alors été donné d’exécuteur en exécuteur. Le dernier bourreau ayant exercé dans la prison est mort le 20 mars 2009. L’interrogation de sa fille a permis de récupérer un papier signé d’Aimé Raynard, et transmit en même temps que le livre à toute sa lignée.

« Le bourreau prend la vie, mais, tout comme la faucheuse, il ne ramène pas l’âme à lui. Laisse-le écrire ce qu’il veut, mais ne le relis jamais, car les récits d’un homme sont les fragments de son être, et il mettra toute son âme dans son dernier. Celle-ci, la faucheuse la laisse aux dieux ; contente-toi de la laisser à d’autre. Nous ne sommes pas le juge, mais le bourreau.»

Le seul acte de décès trouvé au nom « d’Aimé Raynard » date du 6 Novembre 1839, retrouvé flottant dans la Loire, pieds et mains liés. Après examen, les papiers fournis à la prison par le premier exécuteur se sont révélés être des faux.

Résumé du rapport de l'incident du "Nouveau Breton" :

Le 10 juin 2013, M. Bernot, journaliste, est trouvé délirant dans les rues de [DONNÉES SUPPRIMÉES]. Celui-ci, originaire de Grenoble, s’exprime alors en Breton, langue qu’il ne connaissait apparemment pas avant cette crise. Après examen, celui-ci se présente comme [DONNÉES SUPPRIMÉES], condamné à mort en 1913, et incarcéré dans la prison de [DONNÉES SUPPRIMÉES]. Il présente des connaissances poussées sur l’individu susnommé, et sur les us et coutumes du début XXème, mais semble ne rien connaître sur sa vie en temps que « M. Bernot ».
L'équipe chargée de l'enquête a trouvé une ébauche d’article sur [DONNÉES SUPPRIMÉES] sur son ordinateur personnel, saisi à son domicile. Celui-ci semble vouloir commémorer le centenaire de sa condamnation, et a été modifié pour la dernière fois le 8 juin 2013. En retraçant le chemin d’enquête du journaliste, l'équipe a trouvé SCP-239-FR dans une étagère, dans les archives de la prison de [DONNÉES SUPPRIMÉES], et l'a transmis à la Fondation pour étude. Des amnésiques ont été administrés aux policiers et médecins ayant pris M. Bernot en charge avant sa récupération, ainsi qu’au personnel des archives ayant connaissance de SCP-239-FR.

Traduction du breton du témoignage de M. Bernot, après exposition à SCP-239-FR, tel que recueilli par la police de [DONNÉES SUPPRIMÉES] :

Il était quatre heure du matin. Ils venaient toujours nous chercher affreusement tôt pour votre dernier jour. « Votre demande de grâce a été rejeté, c’est la fin. » J’étais angoissé en sortant de ma cellule. Je savais que c’était la dernière fois que je la voyais… Quelque part, j’étais heureux aussi, que toute cette histoire se termine. Plus de juge, plus de mitard, plus de problème. On me proposa de voir l’aumônier, j’acceptais. Une confession rapide. J’ai essayé de la faire durer, mais je n’ai jamais été doué pour ça. Je crois que l’aumônier s’en est rendu compte, et a voulu couper court.
Ensuite, on m’a sorti du bâtiment. Avant de passer à la guillotine, je traînais, ralentissais le pas. On me fit attendre dans une petite pièce que les derniers préparatifs soient prêts. Un des gardes qui m’accompagnait me proposa une cigarette. J’acceptai volontiers. Je me vois encore lui demander du feu, et faire semblant de rater l’allumage du briquet à plusieurs reprises, pour gagner du temps. Quelques secondes de grappillées à la mort. Je tirais le moins possible, pour la faire durer. Après tout, c’était censé être ma dernière, j’avais bien le droit de la savourer. Jamais fumé un truc aussi dégueulasse. Je pensais déjà en redemander une, correcte cette fois, quand le bourreau apparut dans la pièce. Il tenait dans ses mains un grand livre noir, un peu sinistre. Il m’expliqua que chaque condamné était libre d’y écrire ses derniers mots. Pour laisser un truc, à la postérité…

Comme si quelqu’un se préoccupait des condamnés. J’allais refuser, j’ai jamais été ni littéraire ni dramatique, quand le bourreau posa la plume sur la table, et me tendit le livre. J’ouvris le livre au hasard, par curiosité, et tombais sur une page vide. J’ai regardé la plume, et, sans même trop y réfléchir, je m’étais déjà assis, et j’avais commencé à écrire. Je n’ai jamais été très doué pour écrire non plus, mais les mots coulaient sous la plume. Des mots tels que je ne pourrai jamais en ressortir. J’ai fini d’écrire en même temps que j’ai fini ma cigarette. Sans faire attention, j’avais un peu trop tiré dessus. Mais cela n’avais plus d’importance. J’étais calme, j’avais accepté mon sort. On me proposa une autre cigarette, je l’ai refusée. J’avais le sentiment d’avoir accompli quelque chose. D’avoir « laissé un truc » comme disait le bourreau. Au final, ça m’a fait plus de bien que le prêtre.

Je m’approchais docilement de l’échafaud. Je n’avais pas peur. A la prison, les exécutions se faisaient toujours dans le calme. Je me demandais si les autres avaient aussi ressenti la même chose. On me coupa les cheveux, et mon col de chemise, pour ne pas risquer de bloquer la lame. J’ai posé ma tête sur le billot, sans dire un mot, face au panier. Et j’ai attendu le son de la lame. Ce son, je ne l’ai jamais entendu.

J’ai cligné des yeux, et l’instant d’après, j’étais dans un lieu inconnu, face à ce livre, aux mots que j’avais écrits. Le papier avait jauni. Je suis resté comme figé un moment, avant de remarquer que mes mains étaient étranges. J’avais la peau plus foncé qu’au moment de mon exécution, et portais une alliance, alors que je n’ai jamais été marié. J’ai arraché la page de mon témoignage, et l’ai fourrée dans ma poche. J’ai fermé le livre, et l’ai reposé sur une étagère proche. En cherchant à m’enfuir, j’ai reconnu partiellement la prison, mais pas mal de choses avaient changé. Il y avait des gens, mais j’ai réussi à faire semblant jusqu'à la sortie de la prison. Apparemment, je n’étais pas là en tant que prisonnier. Je me suis éloigné un peu. J’étais plus grand aussi je crois, et j’avais du mal à courir avec ce corps-là. Je ne reconnaissais rien, ne comprenais rien. J’ai vu un kiosque à journaux, et je me suis approché. J’ai vu la date un magazine. 2013. Ce n’était plus la ville que j’avais connu. Je me suis jeté sur une flaque d’eau pour voir mon reflet. Ce n’était pas mon visage non plus.

C’est à ce moment là que j’ai commencé à crier.

Témoignage de personnel de Classe D sur SCP-239-FR :

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