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Crédits
Titre : SCP-157-IT
Auteur : ILARS
Traducteur : Picok-Alt
Date de publication : 21 mars 2023
Article gagnant du "Lurkconcorso", traduit pour le Secret Santa 2024.
Objet no : SCP-157-IT
Classe : Euclide
Procédures de Confinement Spéciales : Le visionnage de ce document est autorisé au personnel de Niveau 3 et supérieur ; ceux ayant un Niveau inférieur pourront y accéder une fois que les ingrédients de SCP-157-IT-1 et toutes les données sur SCP-157-IT-2 auront été supprimés du texte.
SCP-157-IT-2 est conservé dans un conteneur hermétique dans l'Aile risques cognitifs de niveau moyen du Site Minerva. Un document avec la transcription de SCP-157-IT-1 est conservé dans un dossier des archives de la même Aile.
Mise à jour du 12/05/1991 : Suite à des accords avec l'Académie Médicis des arts occultes, cette dernière a le droit à la garde de SCP-157-IT-2 dans l'un de ses locaux, à condition qu'il ne soit pas exposé au public et soit mentionné le moins possible. Son siège établi est le Musée des Galeries de l'Académie, dans la ville de Venise.
Mise à jour du 06/07/2004 : Suite à des enquêtes sur la méconnaissance de l'existence de SCP-157-IT-1 au sein de la population, il a été estimé que la diffusion de données relatives à SCP-157-IT-2, notamment sur Internet, ne constitue pas une menace. La proposition de l'Académie Médicis d'exposer SCP-157-IT-2 au public à sa discrétion a été acceptée.
Description : SCP-157-IT-1 est un plat à base de riz. Il est objet d'un Risque Informationnel (désigné comme SCP-157-IT) qui a pour catalyseur la connaissance des origines du plat lui-même et du contexte historique et géographique associé.
SCP-157-IT se manifeste de la manière suivante : les sujets développent un syndrome synesthésique dans lequel ils ressentent des stimuli gustatifs à chaque fois qu'ils observent une peinture créée à Venise entre le 15ème et le 18ème siècle après J-C. Ce syndrome est réversible en traitant les sujets avec des amnésiques pour supprimer tout souvenir de SCP-157-IT-1.
Il a été estimé que SCP-157-IT, s'il n'est pas confiné, se manifeste en particulier dans les groupes démographiques suivants :
- 100 % de personnes connaissent l'histoire du restaurant vénitien connu sous le nom de Harry's Bar ;
- 78 % de personnes ayant une excellente connaissance de l'histoire de l'art vénitien, notamment celle relative à la période de la Renaissance ;
- 20 % des personnes qui fréquentent régulièrement le Harry's Bar : cela signifie au moins un tiers du personnel et toute personne qui y prend un repas au moins une fois par semaine ;
- Tous les membres de la famille de Giuseppe Cipriani âgés de plus de 12 ans.
SCP-157-IT-2 est la désignation donnée à l'objet considéré comme responsable de l'origine de SCP-157-IT.
SCP-157-IT-2 est le "Retable de l'Immaculée Conception", ou "Retable de Sainte Anne", un retable peint par Jacopo Bassano en 1541. Le sujet du tableau est la conception de Marie par sa mère virginale Anne. En plus d'eux, sont représentés saint François et saint Jérôme.
Récupération : En novembre 1957, dans le Sestiere Saint-Marc de Venise, des rumeurs se répandent à propos de personnes affirmant de "sentir la saveur de nourriture en visitant les musées". La Section d'Inspection et de Recherche a dépêché sur place trois agents qui ont recueilli des informations sur des dizaines de personnes touchées par un phénomène inhabituel selon lequel, en observant certaines peintures, notamment celles comportant des éléments chromatiques qui leur avaient laissé une impression particulière, elles ont expérimenté les saveurs des plats qu'ils avaient mangés dans le passé. Lorsqu'on leur a demandé s'ils avaient récemment pris des mesures particulières concernant l'alimentation, la plupart des sujets ont révélé un élément commun : avoir mangé au Harry's Bar au cours des semaines précédentes. Au cours de l'automne, le restaurant, considéré comme un jalon de la restauration vénitienne, a connu une fréquentation légèrement plus importante suite au changement de direction, passé de Giuseppe Cipriani, fondateur et premier propriétaire, à son fils Arrigo.
Entre-temps, les trois agents se sont rendus compte qu’ils étaient eux aussi touchés par le phénomène. Suite à ces dernières informations, leur supérieur a demandé conseil aux chercheurs de la Section des Études Mentales. Le lendemain, deux spécialistes arrivèrent à Venise, escortés par deux autres agents de la SIR-I ; pour des raisons de sécurité, les deux agents ont été tenus dans l'ignorance totale de la situation.
Addendum-157-1 : Entretien avec Giuseppe Cipriani
Interrogateur : Agent Tommaso Curto, SIR-I
Interrogé : Giuseppe Cipriani
Personnel auxiliaire : Docteur Dino Santagata, SSM
Avant-propos : L'entretien a eu lieu au domicile de M. Cipriani. L'agent Curto s'est présenté comme un journaliste venu de Milan pour écrire un article sur les spécialités du Harry's Bar. Le docteur Santagata, venant de terminer avec succès un cours sur les risques informatifs aux États-Unis, a été jugé le plus apte à gérer la situation et fut donc rappelé d'urgence en Italie ; la couverture qui lui est assignée est celle de photographe.
<Début de l'Enregistrement, 30/11/1957, heures 15:21>
[Omis]
Agt. Curto : Et maintenant nous arrivons à la partie la plus intéressante: la relation entre vos œuvres et l’art. La rumeur selon laquelle vos créations les plus célèbres proviennent des expositions au Palais Ducal est-elle vraie ?
Cipriani : On peut le dire. Il y a quelques années, j'ai découvert que le directeur adjoint croyait qu'après chacune de mes visites au Palais, je finirais dans les journaux pour une nouveauté au menu du bar.
Agt. Curto : Oui, on sait que vos plats les plus célèbres sont tous inspirés des peintres vénitiens. Il y a une dizaine d'années, vous avez inventé une boisson alcoolisée appelée Bellini, à base de pulpe de pêche et de prosecco. Peu de temps auparavant, vous aviez participé à une exposition au Palais consacrée à un peintre de la Renaissance nommé Giovanni Bellini. Ce que je ne sais toujours pas, c'est comment les deux choses sont liées… si la couleur est réellement inspirée d'un tableau en particulier.
Cipriani : Oui, j'ai décidé de faire cette boisson avec des pêches blanches de Véronèse car elles étaient les plus proches du résultat que je souhaitais: une gourmandise qui rappelle la soutane de Saint François dans "Saint François dans le désert". La teinte rose est vraiment similaire.
Agt. Curto : Bien… deux ans plus tard, vous avez inventé le carpaccio. Ce plat a fait sensation à l'époque, car on entend rarement dire qu'un restaurant de renom propose une entrée à base de viande crue.
Cipriani : (gémit) Beaucoup de gens, à cette époque, ont accueilli mon idée avec crédulité. Mais la viande crue a plus de valeur qu’on ne le pense… d’un point de vue gastronomique. Par contre, quand Amalia m'a dit que les médecins lui avaient ordonné de ne pas manger de viande cuite, je me suis senti un peu désolé pour elle… eh bien, l'entrecôte était son plat préféré. J'ai donc pris le meilleur filet de bœuf dont je disposais, je l'ai fait couper en tranches les plus fines possibles, je les ai mis dans l'assiette et je l'ai apporté à sa table. Évidemment, je ne l'ai pas servi seul, j'ai dû le parfumer ; j'ai donc mis ma sauce universelle. Un plat très simple, mais qu'elle a mangé avec beaucoup d'enthousiasme. Tout au long de la soirée, en regardant ces tranches de filet, j'ai eu l'impression de les avoir déjà vues, mais d'une manière particulière.
Agt. Curto : Excusez-moi, dans quel sens ?
Cipriani : Eh bien… en regardant cette assiette de filet, j'ai eu le sentiment qu'ils avaient une signification particulière. Puis j'ai compris : les couleurs de cette viande étaient les mêmes que celles que je voyais dans les peintures de Vittore Carpaccio, dont j'ai visité l'exposition quelques semaines plus tôt. Le rouge, le jaune et la terre, cela m'avait beaucoup frappé.
Agt. Curto : Mais il ne s'agit pas seulement de Vittore Carpaccio avec ce plat, n'est-ce pas?
Cipriani : Non, en fait. La cuisine est un art, tout le monde le sait. Cependant, la conscience qu'il est possible de mélanger les pratiques artistiques ne semble pas si répandue: lorsqu'on compose une œuvre d'une forme d'art, on n'a pas à s'inquiéter si des techniques d'un art différent sont utilisées. C'est ce qui s'est passé avec le carpaccio : verser la sauce universelle m'a donné l'impression d'être un peintre manipulant le pinceau versant de la couleur sur la toile. Après ce jour, j'ai décidé de donner plus d'importance au carpaccio en le "peignant" avec la sauce dessus. Je me sentais comme une sorte d’adepte de certains peintres abstraits, ce qui m’a donné l’idée d’appeler cette technique "Kandinskij".
Agt. Curto : (feignant une expression étonnée) Vous avez ainsi donné du sens à un plat déjà particulier et l'avez rendu véritablement extraordinaire. Eh bien, nous arrivons maintenant à ce que nous, dans l'industrie, appelons un "sujet brûlant" : vos travail le plus récent, achevé avant votre retraite.
Cipriani : (surpris) Oh. Le risotto a déjà fait parler de lui jusqu'à Milan. Je ne nie pas que je suis surpris… (hésite) et aussi un peu content. Juste un peu.
Agt. Curto : Le bleu est une couleur que l’on ne voit pas très souvent en gastronomie. Comment vous est venue l’idée de réaliser un plat de cette teinte particulière ?
Cipriani : Eh bien… c'était un jour de septembre lorsque je suis de nouveau entré dans le Palais des Doges. Cette fois, le thème était l'art de Jacopo Bassano. Bassano était un peintre dont la vie est encore mal connue : on sait que son vrai nom était Jacopo da Ponte et que son existence est liée à la ville de Bassano del Grappa, d'où il tire son nom. Mais il se démarque également par la quantité de pièces particulières qu'il crée. (prend une expression contemplative) Quelque part, le long du parcours d'exposition, j'ai vu un tableau qui m'a fait rester à le regarder plus longtemps que tous les autres. Il s'appelle "Retable de Sainte Anne" et représente l'Immaculée Conception. La cape d'Anne était d'un bleu foncé très intense… (silence pendant quelques secondes) Dans ma vie j'ai vu beaucoup de tableaux, et beaucoup de nuances de bleu, mais ce bleu, dans ce tableau, m'a fait décliquer quelque chose dans ma tête. C'était comme… c'était comme si cette peinture m'avait envoyé une impulsion, une étincelle, une idée que je pouvais transformer en ma propre œuvre d'art. J'ai passé des journées à réfléchir à la forme que je pourrais lui donner. Le bleu est une couleur très difficile à restituer en cuisine. Le chou violet était ce qui me rapprocherait le plus de ce que je voulais réaliser, mais j'avais peur que ce ne soit pas suffisant. (il a un tremblement, semblable à un frisson froid) Pour faire court, j'ai finalement trouvé un moyen : j'ai décidé de faire cuire du riz dans de l'eau colorée avec des tranches de chou et une cuillère à café de bicarbonate de soude. À la maison, j'ai fait plusieurs tentatives, jusqu'à ce que… il naisse: un risotto bleu comme les profondeurs de la mer, avec du chou, des échalotes et du radis de Trévise. Comme les autres, c'était une création simple mais pas banale, et dans sa nature particulière il me semblait voir le summum de ma cuisine. J'ai un peu honte de le dire, mais j'ai même pensé à voix haute que ce plat de riz était une sorte de "prolongement" de la Pala, passée d'un art à l'autre.
Agt. Curto : Donc, après Bellini et Carpaccio, vint le temps de Da Ponte… c'est-à-dire de Bassano.
Cipriani : Quand j'ai cuisiné le "Risotto Bassano" au Bar, j'ai laissé tout le monde émerveillé. J'ai dit à Arrigo que j'étais satisfait et lui ai laissé l'entreprise ainsi que mon plus grand travail.
[Omis]
<Fin de l'Enregistrement>
Déclaration finale : M. Cipriani a été soumis à des amnésiques. Le lendemain, Arrigo Cipriani, les membres de sa famille les plus proches et ses collaborateurs ont été soignés également.
Addendum-157-2 : Transfert de SCP-157-IT-2
Le 13/10/1986, une équipe de chercheurs de la Section d'Etudes Mentales et Mémétiques a publié les nouveaux modèles de diffusion de SCP-157-IT, suggérant qu'après la mort de Giuseppe Cipriani, ses effets ont été considérablement réduits. Le 17/08/1990, la direction du Site Minerva a proposé SCP-157-IT-2 pour le "Programme d'élimination des anomalies mineures". Il fut décidé d'en confier la garde à l'Académie Médicis d'Art Occulte ; les négociations se sont conclues avec succès le 04/05/1991.