Time to come back
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Grym prenait sa pause derrière le pub, dans une arrière-cour qui servait d’aire de livraison pour les camions chargés de boissons diverses qui avaient ainsi un accès direct aux caves de l’établissement, via une légère pente.

C’était également un endroit de choix pour s’en griller une. Enfin, plutôt un, en l’occurrence, vu que la victime de l’instant était un cigare. Saloperies de loi anti-tabac, pensait le balafré. A son époque, on fumait partout, tout le temps, même dans les avions, surtout dans les avions, en fait, pensa-t-il avec amusement.

L’immortel leva les yeux au ciel. Impossible de discerner les moindres étoiles dans le ciel déjà trop illuminé de Bruxelles. Derrière lui venaient des sons étouffés du bar, à moitié atténués par la porte de service légèrement entrouverte. Il pensait encore à ce qu’ils s’étaient dit, lui et Neremsa, quelques jours avant, à propos d’Aleph et du devenir de ses employés. Mieux valait tracer un trait sur ces idées-là, c’était foutu de toute façon, se dit-il alors.

Il alluma son cigare et décida de s’assoir sur le rebord d’une des jardinières qui parsemaient l’arrière-cour. Il en tira quelques taffes, puis, après un moment de réflexion sur ce qui allait chasser de son esprit les bribes de conversations d’il y avait quelques nuits, se saisit de son téléphone dans la poche droite de son jean, et décida d’aller faire un tour sur une célèbre application de rencontres, un léger rictus aux lèvres.

Dix minutes de jugement non argumenté et basé uniquement sur le physique. Le défouloir parfait pour une pause lors d’une nuit de travail acharné.

Il commença à accepter et à refuser quelques profils, avant de tomber sur un qui lui tapa dans l’œil.

« Benjamine, 24 ans »

Brune, cheveux corbeau, mais pas cassants. Rouge à lèvre d’un rouge poignant, mais pas flashy, ou vulgaire. Mascara contrôlé, soulignant les contours des yeux sans les masquer. Yeux vert émeraude. Magnifique. La description soulignait un amour pour les excès et les arts. Magnifique.

Ce fut une acceptation rapide, et aussitôt celle-ci effectuée, une fenêtre apparu signalant que la donzelle avait elle aussi aimé le profil du balafré.

Bingo

Restait à savoir qui allait envoyer le premier message, il fallait dire qu’il était souvent complexe de….

Un message.

Instantané.

L’immortel relu plusieurs fois celui-ci, pourtant uniquement composé de 4 lettres.

« Grym »

Le fait de se faire appeler par le nom qu’il utilisait depuis bientôt plus de 80 ans n’était pas surprenant.
Le fait que quelqu’un l’appelle ainsi alors que sur l’application, il était officiellement « Ray », l’était.

Les différentes possibilités filèrent à toute vitesse dans la tête de l’intéressé, une fois à couvert, et les environs scrutés, évidemment.

Trois petits points s’affichèrent sous le premier message, signe que la fille écrivait de nouveau.

« C’est Benji. J’ai besoin de ton aide. »

Benji ? Tentative de mauvais gout de le duper, couverture grillée par l’IC ? Dur à déterminer. Il fallait d’abord s’assurer de l’authenticité de l’identité du gus.

« Comment tu m’as trouvé ? »

« Je suis actuellement démantelé dans un Site perdu dans le Nord de la France, où ils ont stocké toutes les anciennes données et éléments appartenant anciennement à la branche française et ne valant pas le coup d’être réellement réaffecté à un Site plus important. Ils m’ont démantelé, mais j’ai eu le temps de me transférer dans leur base de données, et toi et Neremsa faites partie des seuls non amnésiés dont j’ai pu déterminer la position. Jolie consommation d’alcool, d’ailleurs. J’ai vu les factures. Ils ont vraiment tout sur vous, vous savez. »

Et merde, pensa le balafré. Ils étaient encore plus fliqués que prévu.

« Et pour l’appli ? Qui allait te dire que j’allais passer par là ? »

« Tu sais, quand je disais que Kaze gardait les enregistrements des caméras de ta cellule, c’était pour de vrai. On pariait sur les nouvelles qui finiraient là-bas. T’es un mort de faim, Grym. C’était sûr que tu allais passer là-dessus. Pour ce qui est du profil, je te rappelle que j’ai été ton disque dur externe pendant un moment. D’ailleurs j’aimerais que tu arrêtes de m’appeler « Boite à porno », je te hais pour cela, tu en es conscient, n’est-ce pas ? Je suis donc la personne connaissant le mieux tes goûts statistiquement en termes d’anatomie féminine. »

Des détails privés. Sa phrase favorite. C’était forcément lui.

« Ok. Ça me suffit. T’as besoin de quoi ? »

« J’ai un léger problème. Il se trouve que dans trois semaines, ils vont balancer les serveurs où se trouvent les archives sur les objets anormaux. J’y suis stocké également, et je ne peux pas risquer de me transférer ailleurs, je pèse trop de TeraOctets pour que ça passe inaperçu. Mais si c’est la seule chose pouvant m’empêcher de finir à la broyeuse incendiaire avec les serveurs, tant pis. »

Wow. Le balafré voyait où voulait en venir l’androïde.

« Tu veux que je braque un Site. »

« Exactement. »

« J’ai accès à rien ici. Nerem est parano et j’ai à peine un téléphone. »

« Je peux tout te fournir. De légers transferts de fichiers passeront sous le radar. Les plans du Site, par exemple. »

Grym soupira. Il savait qu’il retournait dans la galère dont il avait mis quasiment un siècle à se sortir. D’un autre côté, il ne pouvait pas laisser son ami. Et d’un autre encore, il ne pouvait pas se permettre d’embarquer Neremsa dans tout ceci, à nouveau.

Pendant un instant il fut déchiré entre les deux solutions, les yeux levés au ciel. Et c’est alors qu’il entendit le son étouffé du groupe qui jouait dans le pub.

« Time to come back » des Drunks Mums. Un signe suffisant pour l’immortel, qui attendait la moindre raison pour se décider.

« Balance la liste du personnel, et les horaires des gardes. En screenshots, c’est tout ce que je peux recevoir. Et dis-moi comment je peux te sortir de là, exactement. Et les codes d’accès. Pour toutes les portes. Il va falloir que tu me file les bons picture code, un truc qu’un faussaire de moyen ordre puisse contrefaire. »

La soirée était bien commencée.


Neremsa était dans ce que les serveurs appellent le « jus ».

A la fois au sens propre, comme au figuré. Un type un peu trop éméché venait de lui lancer un verre de « Sex on the beach » à la figure. Le pauvre. L’ambulance ne devrait pas tarder, mais en attendant, il fallait nettoyer tout en servant les clients.

« MAIS PUTAIN OU IL EST ENCORE PASSE CE TIRE AU CUL ? »

Le ton et la colère dans la voix du géant barbu ne firent pas de doute quant au destinataire supposé du message, qui se décida à apparaitre à ce moment précis une barre chocolatée à la main.

« Nerem. Prends un Snickers. Tu n’es pas toi-même quand tu es en colère. »

Le balafré esquiva de justesse une poignée de glaçons qui s’éclatèrent contre un mur, sous les rires du staff et des clients autour.

« Boucle-la un peu et dépêche-toi de me nettoyer ce bordel pendant que je vais me changer. »

« Oui, oui. Au fait, j’ai eu le représentant de Ricard, juste là, et ils veulent que j’aille visiter leurs usines en vue du lancement d’un nouveau pastis. Ils veulent qu’on accueille l’évènement de lancement du produit ici. J’ai checké sa proposition, et au niveau des chiffres, c’est intéressant, mais je veux me garantir du sérieux de la chose. »

Le belge grommela.

«Ça inclus un déplacement ? »

« Oui. A Lille. Ils ont leur QG là-bas. »

« C’est quand ? »

« C’est là le problème. C’est le jour de l’inspection sanitaire, dans deux semaines. »

Neremsa lança le torchon qu’il tenait dans les mains dans l’évier derrière le bar avant de grommeler de nouveau.

« Hors de question de te laisser gérer l’inspection sanitaire. En fait, hors de question de te laisser gérer quoique ce soit qui contienne le mot « sain », ou même sa racine, de près ou de loin. Tu as deux jours, mais tu rentres le soir comme prévu ou je viens te chercher par la peau du cul. »

« Bien reçu, Robocop. »

Et le balafré s’en alla chercher un balai sous une pluie de glaçons.


Si vous avez un jour l’impression d’avoir la vie dure, dites-vous que vous n’aurez jamais la vie « braquer un site méga sécurisé uniquement avec des informations reçues par un téléphone » dure.

Mais Grym avait enfin les plans et les listes. Il connaissait désormais les différentes sécurités présentes sur le site, ainsi que les horaires et était actuellement en train d’éplucher les profils des membres du site. Quelques noms lui sautèrent aux yeux. Parfait.

Il commençait à avoir une idée de ce qui allait lui être nécessaire pour pénétrer le Site, accéder à la salle des serveurs, et extraire celui où était caché Benji.

Mais il manquait encore certaines ressources-clés essentielles. Ressources qui, bien qu’étant à sa disposition, n’étaient pas accessibles pour le moment. Et il allait lui falloir un certain appui dans des domaines qu’il ne maîtrisait pas.

Le balafré récapitula les différentes actions nécessaires à la réussite du projet, dressa une liste des ressources indispensables, et des endroits où les trouver. Endroits qui n’en étaient, au final, qu’un seul. Mais pour cela il faudrait s’endetter, et pas dans le sens le plus sexy du terme.

Grym soupira, revérifia si Neremsa n’était pas encore rentré des courses, brûla le papier qu’il venait d’utiliser pour schématiser son plan à l’aide d’un briquet, et dégaina à nouveau son téléphone.

Il composa rapidement un numéro, et porta l’appareil à son oreille, avant d’entendre un :

« Le Pêché Mignon, pâtisserie et traiteur, bonjour. »
« Bonjour j’ai une commande spéciale à passer. »
« Bien monsieur, que vous faudrait-il ? »
« Deux tartes aux fraises, avec supplément chantilly, et un Paris-Brest, avec une inscription en pâte d’amande sur le sommet. »
« Bien monsieur. A quel nom dois-je assigner la commande ? »
« Ray Garett. »
« Bien monsieur. Et pour l’inscription, que souhaitez-vous voir figurer ? »
« Ce qui n’existe pas ne saurait mourir. »
La voix au téléphone changea soudainement.

« Bienvenue au Centre d’appel Nord-Européen du Milieu, M. Grym. Que pouvons-nous faire pour vous ? »

Le balafré se mit à sourire.

« J’aurais besoin d’accéder à mon coffre, et de déposer un cahier des charges. »
« Votre deadline ? »
« Deux semaines. »
« Le paiement sur un si court terme ne sera pas forcément possible en crédits, monsieur. Si jamais cela s’avère véridique, préférez-vous un paiement en service libre ou cadré ? »

C’était la partie que l’immortel n’allait pas aimer.

« Libre. »
« Bien. Votre rendez-vous vous sera communiqué dans les plus brefs délais. »

Et le correspondant raccrocha brusquement.


Deux semaines plus tard.

Tout était calme.

Le Docteur Anton Kreiss était désormais un homme heureux. Lorsque le démantèlement de la branche française de la Fondation fut opérationnel, de nombreux postes pour aider la transition furent créés.

Et ce fut le moment pour lui de quitter l’affreux Site Yod, qui, bien qu’appartenant plus ou moins à la branche française, n’avait pas été démantelé, et était simplement passé aux mains des anglais, de par sa situation géographique.

Depuis son premier jour dans cet endroit qui détenait les records en terme de mortalité du personnel, toutes installations de la Fondation confondues, il avait su que cet endroit allait être un enfer pour lui. La première visite guidée du Site l’avait confirmé dans sa pensée, mais lui avait permis de survivre dans Yod pendant des années. Parmi tous ceux présents avec lui ce jour-là, peu pouvaient encore s’en vanter.

Mais Kreiss avait eu la sagesse d’écouter toutes les instructions de son guide, notamment au niveau de ce qui avait trait au cardio et au maintien d’une certaine forme physique. Trente kilogrammes perdus en 3 ans.

Mais mieux encore, il s’était souvenu d’une phrase prononcée par ce dernier lors de la visite :
« Y’a deux façons de sortir de Yod. Les pieds devant – façon de parler, ne vous attendez pas à ce qu’on retrouve des bouts de vous, même tout petits – ou avec les honneurs. Ceux qui survivent à Yod sont souvent appréciés par la hiérarchie. Survivez à Yod, vous survivrez à un XK. Et si vous tenez quelques années, vous aurez une mutation en or pour finir votre carrière sur un dimensionnel tranquille et intéressant avec une magnifique bourse d’étude. »

Et c’était désormais le cas. Un gros salaire. Un bel appartement de fonction, et une affectation dans un Site dans le Nord de la France qui devait servir de dépôt, le temps que tout l’ancien matériel de la branche française soit réparti. Et pour une fois, aucun objet réellement dangereux, uniquement du matériel, des archives, et quelques objets anormaux mineurs.

Il faisait noir, alors qu’Anton Kreiss rentrait chez lui. La journée avait été quelque peu dure, il fallait l’avouer. Mais au moins il ne risquait pas de mourir ici.
Il glissa ses clés dans la serrure de la porte de son 200m², et ouvrit la porte.

Alors qu’il posait un premier pied dans son appartement, il eut l’impression qu’il y avait quelque chose sur le sol.
Kreiss posa son doigt sur l’interrupteur et alluma la lumière. Il y avait effectivement un prospectus au sol. L’ex-obèse se pencha pour ramasser le papier, ajusta ses lunettes sur son nez, et parvint à lire l’inscription, grossièrement écrite à la main :

«SCUSE ME SIR, DO YOU HAVE A MOMENT TO TALK ABOUT SAPHIR OUR NON-LORD AND OUR NOT-SAVIOR ? »

Kreiss relu plusieurs fois avant de baisser le papier de devant ses yeux. Et c’est là qu’il entendit une voix.

« Je dois admettre que j’étais à court de vannes. Alors Kreissy, on ne dit plus bonjour aux anciens collègues ? »

Kreiss reconnu la voix. Et il vit que quelqu’un était assis dans son fauteuil, sirotant son whisky.
Et brandissant une arme contre lui.

« J’ai un service à te demander. Viens t’assoir. Cette bouteille ne va pas se finir toute seule. »

« Va te faire foutre, Grym. J’ai eu la peur de ma vie. »

« Je voulais juste voir si tu n’étais pas trop rouillé. Viens par là, ça urge un peu. »


Le lendemain, personne ne s’offusqua lorsque le nouveau Directeur du Site Anton Kreiss fit irruption dans la zone des archives, accompagné d’un Classe-D possédant toutes les certifications et attestations que les pauvres gardes non-essentiels chargés de garder la zone n’auraient pas pu identifier comme fausses, même avec le meilleur matériel du monde. D’autant plus que la destruction desdits serveurs devait avoir lieu dans peu de temps. Rajoutez à cela un masque en silicone ultra réaliste, et personne ne reconnut Grym.
Mais cela n’empêcha pas les questions habituelles sur les motivations du directeur et de son sous-fifre de l’instant.

« Avant de les détruire, je voulais vérifier deux serveurs en particulier, j’ai peur qu’ils ne contiennent des données sensibles, et je souhaite les consulter dans la zone que je pense être la plus sûre de cet endroit. Mon bureau. Ce Classe-D va s’occuper de les transporter. Vous pouvez vérifier, les accréditations sont les bonnes. »

Le garde, visiblement déjà fatigué à la moitié de la déclaration de Kreiss, leur rendit les papiers en baillant.

« Allez-y, de toute façon, je doute qu’il y ait quoique ce soit d’intéressant là-dedans, si vous voulez mon avis, Directeur. »

Si tu savais mon cochon, ne put s’empêcher de penser Grym.

Les faussaires du Milieu avaient bien fait leur travail. Il fallait dire que les différents tampons que Grym avait volé et conservé au fil des années dans son coffre personnel avait bien fait un tiers du boulot. Les codes de Benji en avaient fait un autre tiers, et le Milieu le reste.

Le Milieu était une structure dédiée aux services rendus par les criminels de haut vol du paranormal, qui avait réussi à pénétrer toutes les structures et GDI déjà existants. Ainsi, on pouvait voir des personnes de la Fondation et de la Main du Serpent travailler conjointement, dans le plus grand des secrets. Car aucun membre du Milieu ne pouvait nuire à un autre membre, tant que ceux-ci étaient dans des zones appartenant à la structure. Ce qui transformait les zones dédiées en véritables marchés aux informations et aux services en tout genres.

Mais comme disait la devise de ce GDI qui était passé sous le radar pendant des années « Le Milieu donne, le Milieu prend », et il fallait donc maintenant que l’immortel paie pour les services qui lui avaient été rendus. D’où le vol de non pas un, mais de deux serveurs, le second contenant des informations susceptibles d’intéresser d’autres Membres du Milieu.

Une fois arrivés dans le bureau de Kreiss, ce dernier détourna l’attention du garde chargé de surveiller le Classe-D qui accompagnait le Directeur en faisant chuter un vase en cristal d’une table. Une demi seconde, juste assez pour Grym qui se saisit d’une lourde statue en bronze d’une dizaine de centimètres de long posée sur une étagère pour assommer le garde avec.

D’un regard rapide, ils débranchèrent les serveurs, et les ramenèrent dans le bureau de Kreiss, où l’intégralité des informations furent transférées dans quatre disques dur externes étanches haute capacités que Grym avait ramené.

Une fois cette opération terminée, le moins plaisant était à venir. Et il fallait faire vite avant que le garde ne se réveille.

« Merci pour tout, Kreissy. Et… encore désolé. »

Et l’immortel dégaina son couteau.


Les alarmes du site crièrent.

Les gardes se réveillèrent, et tout le monde se mit à courir

« Un Classe-D a tenté de tuer le Directeur, y’a du sang partout ! »

« Où est-il ? »

« Ils l’ont maitrisé à côté du bureau du Directeur, viens ! »

Les gorilles en tenue de combat ne mirent pas longtemps à arriver sur les lieux.

En effet, plusieurs personnes maintenaient un homme en combinaison orange au sol, qui, tout comme les alentours, était couvert de sang.

Anton Kreiss, lui, était entouré de deux autres Docteurs, qui étaient en train de stopper le flot de sang coulant de son avant-bras, et criait :

« FOUTEZ LE A POIL A COTE D’UNE RIVIÈRE ET MOI COLLEZ UNE BALLE DANS LA TÊTE DE CET ENFOIRÉ ! »

Les deux gardes que le Directeur apostrophait se regardèrent un moment d’un air surpris, cette requête ne collant pas aux procédures habituelles, puis finirent par acquiescer face au regard furieux de Kreiss.

Après tout, ils ne voulaient pas finir comme le malheureux en combinaison orange.


Rentrer dans un endroit sécurisé n’est pas forcément le plus dur. Le plus dur c’est d’en sortir.

Et là, le balafré commençait à se demander s’il avait fait le bon choix. Nu comme un ver. Un flingue contre la nuque. Un mal de bide intense. En pleine nuit. Sur une petite corniche surplombant une rivière non loin du Site. Et tout ce qu'il pensait se résumait en une phrase. Il allait être en retard. Mais ses pensées philosophiques furent vites interrompues.

Il entendit vaguement le bruit, mais n'eut pas le temps de sentir la balle s'échapper de sa bouche, transperçant tout ce qui se trouvait sur son chemin. Il ne repris conscience que quelques centaines de mètres en aval de la rivière, bénissant Kreiss d'avoir ordonné de le faire exécuter juste à proximité de son 4x4.

L’immortel marcha nu dans la forêt pendant quelques minutes avant d’atteindre sa voiture. La douleur commençait à devenir insupportable, mais le pire était encore à venir.

Il souleva une roche à proximité sous laquelle il avait caché les clés du véhicule, et d’un clic, il déverrouilla les portes.

Il se jeta sur la boite à gants, en tira un étui contenant un scalpel, et ressorti de la voiture avant de s’ouvrir le ventre en deux.

Il s’efforça de ne pas crier alors qu’il enfonçait ses mains dans ses entrailles, en tirant les quatre disques durs, emballés dans des sacs et numérotés.

« J’aurais jamais cru accoucher d’un androïde » pensa-t-il avant de s’esclaffer seul dans la nuit.

Il ne manquait plus qu’à rentrer vite au pub en espérant que Neremsa ne râle pas trop. Et faire son virement à Kreiss, aussi.


Où était passé ce con encore ?

Neremsa consulta sa montre à plusieurs reprises. Il avait deux choix. Laisser tomber le service pour aller chercher son P90 à l’étage et partir traquer son colocataire, ou lui faire confiance, dans les limites du raisonnable, et attendre qu’il revienne.

Il remercia le personnel plus tôt que prévu, et alla chercher son USP.45 sous son oreiller, avant de redescendre dans le bar, pour verrouiller l’ensemble des portes et fenêtres, puis il se dirigea vers l’arrière-cour pour attendre dans la pénombre que Grym se pointe.

La patience lui donna raison, car peu de temps après, le véhicule de ce dernier s’approcha dans la nuit.

Neremsa attendit que Grym descende, puis constata que celui-ci déchargeait des sacs plastiques recouverts de sang, et que le siège conducteur avait pris une teinte rougeatre à certains endroits.

« Bordel de merde, Grym. »

L’intéressé sursauta, sans lâcher son précieux chargement, puis leva les mains en l’air à la vue du pistolet qui était pointé vers lui.

« Je te jure que je peux tout expliquer. »

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