Prison Break, le cool en moins, les pêches en plus
notation: +8+x

Je regarde ma cellule et je déprime en contemplant un espace ridiculement petit. Un lit et quatre mètres carré d'espace vide. Putain mais comment quelqu'un a pu se dire que c'était une bonne idée d'enfermer des gens dans un espace aussi cloîtré ? J'entends la serrure tourner, puis je vois la porte s'ouvrir, et une tête de jeune fille rousse passe par l'ouverture. Heureusement, ou malheureusement, j'ai des souvenirs des six derniers mois.

Charlotte est une des nombreuses surveillantes à bosser ici. Je trouve qu'elle me ressemble physiquement beaucoup. Rousse, cheveux longs, visage très ressemblant au mien, un peu plus jeune que moi. Tout à fait mon style, mais avec une différence majeure au niveau du caractère. Cette salope est une sadique qui use et abuse de ses droits pour rendre petit à petit la vie des détenues impossible. Que ça soit de nous réveiller brutalement lorsque l'on dort bien ou de nous faire patienter le plus longtemps pour débuter la promenade. Et bien sûr, ça l'amuse.

"Ça va, Françoise ? Je t'ai pas réveillée trop brusquement ?" me demande-t-elle en souriant.

"Non, ça va, merci. Et toi, tu vas bien ?"

"Oui, j'ai reçu une demande en mariage de mon fiancé. On va se marier dans le sud, au soleil. Je t'aurais bien invitée, mais quand tu sortiras, tu auras neuf ans de retard."

Elle glousse.

J'ai envie de t'exploser la tête contre un mur.

"Allez, lève-toi, y'a une douche qui t'attend."

Je sors de mon lit doucement et la suis. Derrière la porte, la salle commune/cuisine que je partage avec trois autres détenues, Megan, Célia et Zoé, enfermées respectivement pour tentative de meurtre, braquage et séquestration. Elles sortent une par une de leurs cellules et la surveillante nous escorte à la douche commune.

Dans le couloir grisâtre, des détenues plus mortes intérieurement les unes que les autres passent, le regard vide. J'étais pareil qu'elles avant d'être recruté par la Fondation, un vrai zombie. Un prisonnier parmi tant d'autres. Je m'en souviens encore. J'avais la même sensation qu'ici. Ces couloirs sombres, ils me hantent encore.

La douche est étrangement lumineuse et blanche. Un environnement aseptisé, froid. J'ai l'impression d'être dans mon labo. Tant de souvenirs.

Je me déshabille, puis me place sous un des pommeaux. Le jet d'eau chaude me fait rapidement oublier dans quel enfer je vis. Les yeux fermés, je sens la vapeur remonter, me frôlant les narines. Mes problèmes partent, en même temps que l'eau qui glisse sur ma peau.

Après tout ce que j'ai fait pour eux. Après leur avoir cédé les droits de MA création? Après avoir étudié pour eux des DIZAINES de maladies anormales, j'ai droit à ÇA ? Ils m'ont jeté comme un jouet dont on ne veut plus. Un corps dégoûtant. Répugnant. Autant qu'eux.

Ils vont le payer

Mais enfermé ici, je vais pas aller loin.

Réfléchir

L'eau chaude dégouline sur ma peau.

Agréable


Trois jours. Trois putain de jours à chercher des idées d'évasion et j'ai pas trouvé. Chaque plan que j'ai eu ne pouvait se solder que par un échec, en majorité parce que je ne connaissais pas les plans de la prison. Avancer à l'aveuglette est une très mauvaise idée, et pas besoin d'un Bac +8 en sciences de l'évasion pour le savoir.

Pendant ces trois jours j'ai eu envie de renoncer. Mais au cours d'une discussion matinale avec Megan dans notre salle commune, j'apprends quelque chose.

"T'es sérieuse ? Je peux vraiment aller sur le net en étant cloitrée ici ?"

"Ouais, carrément ! Mais je pensais pas que tu pouvais pas le savoir."

"En même temps, si on m'avait dit que c'était aussi simple que ça, j'y aurais pas cru."

"Avec une clé 3G et un ordi, c'est simple comme se faire cracher dessus par Charlotte. Presque toutes les prisonnières vont sur Internet."

"Hahaha, je prend en note."

"Tu veux que je te prête la mienne ? On capte bien à la salle info. En plus ils nous foutent la paix, vu qu'on fait semblant de bosser."

"Ouais, pourquoi pas. J'ai des trucs à vérifier."

Elle me tend la main et je prends l'appareil.

Après une fin de matinée banale et ennuyeuse comme les autres c'est l'heure d'aller prendre un repas morne dans une cafétéria tout aussi grise. Cafétéria dans laquelle je suis la seule personne souriante. J'en profite pour regarder la télévision accrochée au plafond. C'est le journal, présenté par… par…

Le vieux du DCD, là… Octavio Gandolfi.

Je manque d'éclater de rire devant tout le monde.


J'arrive à la salle informatique, pleine à craquer de détenues apprenant à se servir d'ordinateurs, comme d'habitude, à l'exception d'une place restante dans un coin. Je m'inscris sur le registre et je m'y précipite donc avant que quelqu'un me la vole. Je m’assieds, sors le gadget de ma poche, et le branche sur la tour en essayant de le garder caché. Une dispute entre deux prisonnières démarre, ce qui me permet d'être plus discret. Je regarde l'écran, qui s'allume enfin et je rentre mes identifiants.

Nom : [Françoise Tombemine]

Mot de passe : [●●●●●●●●●●●●]

Je manque de m'identifier avec mon vrai nom. L'habitude…

Qu'est-ce qui fallait que je fasse, déjà ? Ah oui, c'est vrai.

J'y repense maintenant, mais j'aimerais bien savoir ce qu'elle devient. Peut-être que je pourrais la retrouver.

J'ouvre le navigateur et recherche ce dont j'ai besoin.

Que voulez-vous chercher ? [Anne Schlierenzauer]

Uniquement des résultats pour un champion de saut à ski. Elle devrait pourtant être trouvable…

Immédiatement après, le bloc-note intégré à l'ordinateur s'ouvre, avec un message des plus étonnants.

Bonjour François.

Mon cœur s'emballe. C'est elle. Je le sais. Je… je dois la contacter. J'écris sur le bloc-note.

Anne ?

Non.

Qui êtes-vous ?

Mon nom n'a pas d'importance, vu que tu ne me connais pas ou que tu m'as oublié, mais tu me connaissais autrefois sous le nom de Marc Benjamin. Je bossais avec toi dans un endroit appelé Site-Aleph, en temps qu'ingénieur. Imagine si le paranormal existait vraiment. Il faudrait une organisation pour le dissimuler à la population.

Les amnésiques ont cessé de faire effet. Je me souviens de la Fondation. ^^

Oh…

Benji semble hésiter quelques instants. Je ne l'ai jamais beaucoup croisé, mais je connaissais son existence. Je ne me souvenais pas qu'il était expert en informatique, je devrais quand même me méfier.
Il recommence à écrire.

J'ai trouvé que tu étais enfermé ici en farfouillant la base de données de la Fondation, et je t'ai trouvé sur ce poste grâce à tes identifiants.

Donc les amnésiques ne font plus effet sur toi ? Ça veut donc dire que tout le monde se souvient, maintenant ?

Je n'ai jamais été amnésié. Il s'agit d'une longue histoire que je te raconterai si on se croise.

N'empêche que tu tombes bien. J'ai envie de me casser d'ici, mais je peux pas le faire seul. À chaque fois que j'imagine un plan, je ne peux pas le mettre en application parce que je suis incapable de prévoir les rondes des surveillantes, l'emplacement des caméras, et je ne connais pas les plans du pénitencier, en plus.

Eh bien je peux t'aider. Par contre, je ne peux te parler que depuis les ordinateurs, donc tu seras seul pour l'évasion. Peux-tu me raconter ce que tu voulais faire pour t'évader ?


Ça fait maintenant une semaine que je prépare le plan. Une semaine que je collecte des noyaux de pêches au réfectoire à chaque repas. Heureusement qu'on est en été… Marc m'a dit qu'il s'arrangerait pour dresser petit à petit les détenues les unes contre les autres, pour finir par une bagarre générale demain midi au réfectoire lorsque l'une d'entre elles parlerait à une autre, ce qui déclencherait un effet domino ; une histoire d'argent, il me semble. Il me fait également un topo sur les informations qu'il trouve chaque jour dans l'intranet du pénitencier : plans de la prison à diverses époques, les diverses tentatives d'évasions que l'établissement a subies, les horaires des gardes…

Je regarde la pendule. Dix-sept heures trente.

J'attrape une pêche dans ma poche, et je la mange. J'attrape le noyau, je le frotte contre les joints de mon carrelage pour le râper. Ça fait mal au mains, mais je continue. Au bout d'une dizaine de minutes, je me rend compte que je ne l'ai pas assez abimé. Je le pose sous un pied de mon lit et saute dessus. Un craquement retentit. Je ramasse le noyau et j’extraie "l'amande" contenue à l'intérieur. Il faudrait que j'en ai une vingtaine pour que le plan fonctionne. Je recommence encore et encore avec mes autres noyaux, et je les pose dans mon oreiller.

Je prends également le téléphone de Megan, auquel je branche la carte SIM de sa clé 3G. Ça me sera utile.


Aujourd'hui, c'est le grand jour. Benji m'a communiqué les informations dont j'aurai besoin, je sais quoi faire, la bagarre est prête à se déclencher. Je prends mes amandes de pêche.

Arrivé au réfectoire, je les avale toutes le plus vite. Si je me suis trompé sur la dose, j'aurai le droit à un suicide au cyanure, mais ça devrait normalement aller.

Wow, ça… ça tourne… des étoiles… blanches… je… je…
…tombe dans les pommes.

J'entends une voix.

"Alors François ? On croyait avoir pris ma place ? Tu as peut-être le corps, mais moi j'ai les rêves, hahaha… ainsi que les vrais souvenirs…"

"Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

J'ouvre les yeux, je suis dans un lit. Je sors le téléphone que j'avais préalablement caché dans ma chaussure et j'écris sur le bloc-note intégré.

Je suis réveillé

Bien. Maintenant, attrape un objet contondant, il va falloir que tu assommes une surveillante.

Je me lève et mes yeux sont attirés par une lampe de bureau qui traine. Au moins, y'a personne dans l'infirmerie.

J ai pris une lampe

Je suis en ce moment même en train d'analyser les caméras. Le poste de garde est à quelques couloirs d'ici. Il y a une surveillante attendant la fin de sa journée en regardant ses messages. Une dénommée Charlotte d'après son badge, je ne sais pas si tu la connais.

Donc je fais quoi ?

Tu devras traverser le couloir qui longe la zone administrative. Il est placé sous haute surveillance et n'ai pas le contrôle total des caméras de ce côté. Le bon côté des choses, c'est que toutes les surveillantes, sauf celle qui glande, sont au réfectoire. Le couloir n'est donc gardé que par les caméras dont je t'ai parlé. Je peux les couper, mais pendant peu de temps. Tu vas devoir tracer, mais sans faire trop de bruit vu qu'il y a du monde qui bosse par-là. Il faudra ensuite que tu neutralises la-dite garde, puis que tu prenne son uniforme et son badge. Avec la faible résolution des caméras, j'ai cru que c'était toi. Tu devrais te faire passer pour elle sans trop de problème

Ok. Et ensuite ?

Je te le dirai après.

Je sors, et après un déplacement le plus silencieux possible.

Prends à droite, puis la deuxième à gauche. Tu arriveras au couloir cité.

Je suis le chemin qu'il m'a indiqué.

C'est bizarre, c'est vachement moins gris et sombre ici

Stop. Je neutralise les caméras. À mon signal, tu auras une quinzaine de secondes pour franchir ce couloir sans faire un boucan du diable. Vas-y

Je cours sur la pointe des pieds en comptant les secondes dans ma tête. Au milieu du couloir, je glisse sur le sol mouillé et je me gamelle.

Relève toiiiiiiii, alleeeeeez

Je me traine en dehors du champ de vision des caméras.

Stop. Prends à gauche et tu es arrivé.

Je tourne à gauche.

J'arrive devant la porte. Je toque et me cache dans un angle mort. Elle s'ouvre. Je vois une mèche de cheveux roux. Je bondis et je frappe. Encore. Elle tombe. Je la traine dans la pièce. J'attrape son badge, j'échange mon uniforme avec le sien et la traine dans un casier après l'avoir menottée avec des attaches qui trainaient.

Bouffe, connasse…

Les bruits commencent à s'estomper. L'émeute est finie. Je me grouille de passer discrètement. à travers les gardes et me dirige vers l'entrée de la prison en dissimulant mon visage le mieux possible.

L'employée à l'entrée risque de griller ta couverture. Je vais la distraire dès que tu passeras.

Je me change aux vestiaires, vides, comme prévu, avec les vêtements civils de mon ex-geôlière. Lorsque je m'apprête à passer devant la jeune femme qui gérait l'accueil, son écran se met à fumer et émettre des étincelles. Je fais comme si de rien n'était et…

Je sors

Je suis enfin libre. Pour la deuxième fois en un mois. J'espère que Marc va bien. Je regarde le téléphone qui m'indique un nouveau message.

J'ai également fait libérer un de mes collègues du DI&ST. Si tu veux le rejoindre, je lui ai dit qu'il pourrait te trouver à Grenoble, dans une usine de voitures désaffectée au nord de la ville. Je sais que ça devrait te faire plaisir de revoir ta ville natale.

Merci

En fouillant l'intranet de la Fondation, je suis tombé sur quelques chose, et je me suis dis qu'il faudrait que je t'en parle… Mais je pense que tu finiras par t'en souvenir seul…

Crache le morceau

Je ne peux vraiment pas. Ah, et j'oubliais, jette ta carte SIM, ils vont te géolocaliser, sinon.

Le bloc-note se ferme.

Connard

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