After agité
notation: +12+x

"Bord-"

Jeremy eut à peine le temps d’émettre un juron que déjà des ombres pénétraient dans le bar, marchand sur les débris du sas anti-bruit qui venait de voler en éclats.
Des ombres armées.

Neremsa n’eut pas le réflexe d’agir avant que l’un des assaillants ne déclare que le personnel du bar était sans importance, la faute aux multiples pintes qu’il avait ingérées pour digérer les nouvelles de la soirée. Un des hommes armés lui tira une balle en pleine tête, qui traversa deux bouteilles de vin rouge suspendue au bar avant de l’atteindre. Le belge s’effondra derrière le bar.

Mais l’alcool n’avait pas le même effet sur Grym, du fait de son anomalie, et ce dernier trouva la rapidité de réagir, se saisissant de la table où il s’était appuyé, et la brandit devant lui comme un bouclier, envoyant valdinguer les multiples bouteilles de vodka russe présente sur cette dernière. Par chance, celles-ci étaient fermées.
Il fonça rapidement sur le premier assaillant, le renversant, mais les autres ennemis s’étaient déjà positionnés en arc de cercle autour du balafré, rendant son bouclier inutile face à des projectiles venus d’angles différents. Il s’effondra une demi-seconde plus tard, percé par plusieurs coups de feu.

Topy était tombé à la renverse, et était, tout comme Jeremy (qui, lui, avait conservé son équilibre), totalement paralysé.

La poussière retombait, et permettait de mieux percevoir les intrus.
Ils étaient recouverts de la tête aux pieds de tenues de combat, et portaient tous des MP5 munis de silencieux. Un flash back permit à Topy de reconnaitre leurs armes, qui faisaient partie de celles utilisées par les Agents aux stands de tir d’Aleph. Quant au logo présent sur l’épaulière droite de chacun des quatre ennemis, cinq avec celui qui se relevait après une rencontre du troisième type avec une table, ses souvenirs étaient déjà assez bien revenus pour qu’il s’en souvienne.

Trois flèches tournées vers l’extérieur.
« Trois flèches plantées profondément dans notre cul » disait Neremsa aux réunions du personnel dédiées à la sécurité.

Comment l’Insurrection du Chaos les avait-elle retrouvés ? Et surtout, pourquoi ?

L’amateur de table s’approcha des deux compères, en grommelant, et crachant un peu de sang. En passant, il marcha sur Grym, toujours au sol, immobile. Une fois à quelques mètres de Jeremy et Hugo, il s’arrêta, recula d’un pas, et désigna du menton l’amas de ferraille immobile qu’était devenu Benji au moment même où l’assaut avait démarré.

- C’est quoi cette merde ?

Jeremy haussa timidement les épaules et déclara d’une voix hésitante :

- La… mascotte du … bar ?

L’homme ne sembla pas satisfait de la réponse. Il fixa Hugo, puis Jeremy, puis tira une photo d’une poche intérieure.

Son visage était camouflé par une cagoule qui laissait entrevoir sa bouche rougie de sang. Il sourit.

- Bonsoir Dr. Topignac.

Et il leva son arme vers Jeremy.

Puis soudain plusieurs choses se produisirent en même temps.

Neremsa se releva de derrière le bar, un des restes d’une des bouteilles de vin rouge à la main, hagard, une balle à peine enfoncée dans l’épiderme de son crâne qui laissait deviner une couleur métallique cachée sous l’amas de cheveux du belge.

Le bruit attira le tablovore qui se retourna, ainsi que ses quatre comparses, pour braquer de nouveau Neremsa au lieu de Jeremy.

Jeremy attrapa une bouteille de bière vide qui trainait près de lui sur une table.

Benji court-circuita l’ensemble du pub en plongeant un de ses doigts de fortune, une fourchette, dans une prise à proximité, coupant toutes les lumières et plongeant le pub dans le noir.

Grym remua.

Topy cria.

L’after commença.

Il y eut plusieurs coups de feu, chaque coup de feu révélant un peu plus le pub. Topy senti du mouvement autour de lui, et se recroquevilla sous un peu, priant un dieu inconnu jusqu’alors.

Après quelques secondes de chaos, et de Grym criant des numéros et ce qui semblait être des noms de cocktail, un des tueurs de l’IC dégaina une grenade éclairante qui roula, révélant ce que certains dans la pièce qualifieraient de « beau bordel ».

Jeremy avait eu raison d’un des agresseurs à coup de tesson de bouteille. Pour les autres c’était une autre histoire.

L’inconvénient quand on affronte un barman dans son propre bar, c’est qu’il en connait les moindres recoins, y compris avec peu de lumière, c’est son métier.

C’est aussi son métier de connaître les différents numéros de tables, ainsi que leurs emplacements.

C’est aussi son métier de savoir préparer un cocktail dans le noir, même si celui-ci n’est pas fait pour être bu.

Grym avait réussi à réunir les assaillant entre les tables 23, 24 et 27, qui se situaient à quelques décimètres les unes des autres, et qui privaient leurs ennemis de leur liberté de mouvement.
De plus il tenait fièrement les deux bouteilles de vodka qu’il avait envoyée valser en se saisissant de la table-bouclier. Celles-ci étaient vides, et leur contenu avait visiblement été versé dans un espace compris entre les tables 23, 24 et 27.

Les assaillants, trop surpris de voir l’homme qu’ils venaient d’abattre de plusieurs coups de feu quelques minutes plus tôt devant eux, un sourire au lèvre et debout, restèrent immobile quelques dixième de secondes, assez pour Neremsa pour retrouver le chalumeau utilisé pour embraser certains shots.

- 23, 24, 27, ON ENVOIE !
Et il lança le chalumeau à travers la pièce. Grym l’attrapa au vol et crama l’ensemble de la zone éthanolisée par ses soins. Celle-ci ne prit pas longtemps à prendre feu, tout comme l’immortel et les assaillants restants qui commençaient à se rouler au sol.

L’immortel lui, était occupé à récolter les différents verres et contenant non finis autour d’eux pour rajouter de la vodka sur le feu, avant de courir vers Neremsa qui avait déjà dégainé l’extincteur.

- Le point commun entre un « Force 23 », un « B-52 » et un « BanHammer » ?

Le belge rigola tout en vidant presque joyeusement le contenu de l’extincteur sur le balafré qui s’était assez éloigné du reste des immolés pour ne pas les sauver des flammes également. Il déclara d’un air mi-grincheux, mi-amusé.

- Ce sont tous des shots flambés. Bien vu.

Jeremy était trop stupéfait face o l’ensemble de l’action pour sortir le moindre mot. Topy, lui, sortait péniblement de sous le banc où il s’était caché remerciant son dieu inconnu.

Benji demanda d’une voix timide, bien que totalement en 8-bit.

- Quelqu’un peut me relever s’il vous plaît ?

D’une façon ou d’une autre, sa "tête" (une tablette trafiquée) avait été sectionnée de son « corps ». Encore heureux que l’ensemble des circuits gérant son identité se trouvaient ici, ainsi que l’alimentation. Jeremy l’attrapa dans ses bras, mi-émerveillé, mi-intrigué.

Ils entendirent un bruit de portière dehors. Neremsa lâcha brutalement l’extincteur, sauta par-dessus le bar, attrapa le M79 suspendu au dessus de ce dernier, et sorti en courant.

Pourquoi la camionnette de l’IC avait attendu aussi longtemps pour repartir, difficile de le dire. Mais elle n’eut pas le temps de tourner hors de la ligne de mire du lance-grenade, qui explosa le véhicule dans le seconde après. A la grande joie, expressive, de Neremsa :

- ‘culés.

Puis il se pressa de re-rentrer dans le bar qui commençait à être dévoré par les flammes.

—-
Il n’y avait plus de moyen de sauver le bar, c’était fini.

Avec la fumée, il ne trouva pas Grym, mais tomba à tâtons sur Topy, qui était avec Jeremy et Benji (la tête de ce dernier résidant dans les bras du chimiste) à mi-chemin sur la route pavée de tables et de bouteilles qui menaient vers l’arrière-cour où était garé leur 4X4 ;

- ARGENT ?
Topy cria pour étouffer le bruit des flammes.

- ON A VIDE LA CAISSE, OU EST LA PUTAIN DE SORTIE ?
- SUIS MOI. OU EST GRYM ?
- A L’ETAGE, RECUPERE SAC DE JE-SAIS-PAS
Les sacs de non-retour. Deux sacoches militaires d’une trentaine de litres remplies de l’essentiel si jamais il fallait bouger. Bien. Il fallait vite se caler dans cette putain de bagnole avant que toutes les forces armées du monde et autres déboulent maintenant. Sa tête le lançait de plus en plus, son crâne en métal avait peut-être arrêté la balle, il n’avait pas pour autant empêché le choc.

Ils débouchèrent bientôt sur l’arrière-cour, où les attendait sagement leur 4x4. Ils s’empressèrent d’investir le véhicule.

Jeremy s’installa sur le siège passager, à la droite de Neremsa qui mettait déjà les clés sur le contact. Topy s’installa lui sur la banquette arrière, en disposant la tête de Benji sur ses genoux, et en bouclant consciencieusement sa ceinture.

Ils attendirent quelques secondes, dans l’espoir de voir surgir le balafré de l’immeuble en flammes avant que les forces de l’ordre n’arrivent sur site, ce qui, à en croire l’intensité des sirènes, ne devrait plus tarder.

- Mais que fout ce con ?

Le « con » en question apparu bientôt à un balcon au deuxième étage du bâtiment, deux sacs militaires en bandoulière pendants dans son dos. Celui-ci hésita un moment, puis prit appui sur le garde-corps du balcon avant de s’élancer dans le vide. Grym réussit à atterrir, à proximité du 4x4, sur ses jambes, mais celles-ci cédèrent sous un horrible bruit de fracture, suivi d’un cri de l’intéressé.

Jeremy se hâta de sortir du véhicule, afin d’aider l’immortel à gagner la banquette arrière, et de charger les sacs dans le coffre.

Aussitôt l’ensemble des ressources et des membres de la petite équipe à bord, Neremsa fonça hors de l’arrière-cour, puis très vite, le véhicule se perdit dans les rues de Bruxelles, loin des flammes et des sirènes.


Ils firent un premier arrêt rapide, une fois sortis de Bruxelles, pour que Grym remplace Neremsa au volant. En effet, l’adrénaline étant redescendue, ce dernier écopait des doubles effets de l’alcool et de sa blessure récente.
Le balafré prit donc le volant, Jeremy toujours sur le siège passager avant, tandis que Neremsa s’affala sur la banquette arrière, à côté de Benji (qui semblait être éteint), et de Topy, qui demanda presque timidement :

- Bon, c’est quoi le plan, maintenant ?

Neremsa grommela une longue litanie que nul ne comprit, sauf Grym, qui, habitué, traduisit.

- Premièrement, faire le point. L’IC te cherche, va savoir pourquoi. Et apparemment, ils ne connaissaient pas nos visages, à Nerem et moi, donc soit c’est que ton petit cul qu’ils venaient chercher, soit qu’ils n’avaient pas nos localisations en plus de la tienne. Faut voir si tu es un cas isolé ou si un ensemble de noms et d’infos a fuité sur les ex-Aleph, auquel cas, faudra se bouger. Deuzio, briefer rapidement Jeremy. On ne peut pas te lâcher dans la nature, ni même te laisser rentrer chez toi, t’en as trop vu, et ils doivent certainement surveiller le coin. Tercio, essayer de voir si on peut avoir quelqu’un à la Fonda qui sait ce qu’il se passe. L’Agent Rook devrait faire l’affaire. Quattrio-Quatterzo ou comme vous voulez, faut se trouver une planque en attendant. Ça c’est ma partie. Cinquo, trouver du matos, et retaper le disque dur qui nous sert de compagnon de galère. On n’ira pas très loin si on est obligé de le porter à chaque fois, et il nous sera plus utile sous sa forme finale.

Benji émit un léger grésillement qui semblait désapprobateur. Grym pouffa.

- Regardez-le, il n’a même plus assez de batterie pour me vanner. Pauvre bête.

Neremsa grommela de nouveau.

- …on repart en chasse…

Le balafré continua la tirade

- …et on fait main basse !

Et il pressa l’accélérateur en ricanant, filant sur l’autoroute pour la France.

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