Quand les sapins iront mieux
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Mukasew Lake, Canada, 16 décembre 1628, 19:02 heure locale.

Une soirée magistrale tombait sur la forêt vierge des pins du lac. Les ombres floues du soir venaient refroidir la surface calme et opaque de l’étendue d’eau. L’horizon était plongé hors du temps, bordant un paysage congelé dont il ne s’échappait presque aucun son. Alors que la nuit s'étendait, impassible et souveraine, une traînée de lumière vint déchirer le firmament, coupant l’herbe sous le pied des étoiles et rasant partiellement la forêt. Le lac s’évapora pendant un instant, et gela aussitôt dans l’air qui tentait de reprendre ses droits divins. Le vacarme était tonitruant et inopportun, on avait bafoué la toile gelée et millénaire dont la nuit était l’artiste et maintenant la terre toute entière en tremblait.

Le feu, la glace et le bois craquèrent pendant trois jours et trois nuits. Enfin, on put entendre le vent faire frissonner les aiguilles des sapins survivants. Un hurlement métallique retentit dans l’air. Un peu moins d’une décennie plus tard, le lac s’était teinté de rouge.



Paris, France, 17 décembre 1909, 18:39 heure locale.

— Je vous assure, Monsieur De Fursac, j’ai rarement vu des conditions aussi avenantes !

— Voyez-vous cela ! Je ne suis pas le seul à avoir entendu ça, j’espère ?

Il y eut un mouvement de désapprobation général ainsi que quelques rires timides dans la salle.

— Et j’imagine que pour Monsieur Guillerot aussi, les conditions étaient favorables ?

Silence gêné parmi l’assemblée de la Confrérie des Conquérants. L’accusé tenta alors d’attaquer pour assurer sa défense.

— Au diable Guillerot ! On ne lui a jamais appris qu’il ne fallait pas fricoter avec les indigènes ! Excusez-moi du peu, mais sa passion pour les conquêtes exotiques habitait moins sa tête que son entre-jambe ! Il ne l’a pas volée, sa flèche dans le cœur, et son incompétence seule me fait mauvaise presse.

L’Assemblée s’agitait. Tout du moins elle s’agitait autant que le pouvaient une quinzaine de personnes dans un luxueux appartement parisien, déjà rempli à ras bord de souvenirs de par-delà le monde, acquis plus ou moins de bon droit. L’homme fulminait, fermé à toute remise en cause de ses capacités. Son adversaire reprit la parole.

— Monsieur Warner. Comprenez bien que je suis un investisseur audacieux, pas un pigeon outrecuidant. Mademoiselle Miceli a déjà fait fortune auprès de vous et vous pensiez peut-être que cela effacerait le reste ? Grands dieux, Warner ! Même la presse commence à parler de vous. Alors ce filon de cuivre au Canada ? Je n’y vois pas le moindre intérêt. Plus personne n’a besoin de cuivre ici.

— Mais là-bas, la demande est forte ! Réfléchissez-y, Bartholomé, l’électricité est encore en pleine expansion dans ces régions. Et vous savez ce qui serait parfait pour transporter toute cette éle–

À bout, Bartholomé McLaren venait d'agripper le démarcheur de renom par le col. On devina le bruit d’un monocle tombant sur le tapis.

— Cessez vos jérémiades, Vincent Warner. Ce que j’essaye de vous faire comprendre, c’est de ne pas me prendre avec des pincettes. Cette association ne porte pas le terme « Conquérants » dans son nom pour rien. Je veux toutes les paperasses administratives cachées, toutes les catastrophes naturelles, toutes les tribus indigènes du coin, leurs poitrines voluptueuses et leurs armes acérées, qu’elles m’effleurent avec délice et danger, je veux tout ça et plus encore.

Le silence s'abattit sur le salon, ponctué par les souffles de Bartholomé McLaren. Vincent Warner répondit.

— Il y a des tremblements de terre. Souvent. Personne ne s’en approche, c’est pour cela que le filon est inexploité.

— Parfait. Quoi d’autre ?

— Et bien, on dit que… Enfin, ce sont les rumeurs des villes aux alentours. Concernant la couleur de l’eau à proximité. Il vaut mieux constater cela de nos propres yeux plutôt que de se fier uniquement aux rumeurs.

— Magnifique. J'ai hâte.



Site-031, Canada, 18 décembre 2020, 23:29 heure locale.

— Tu vas lui offrir quoi, à Noël, à ta fille ?

— Un sapin, sûrement.

— … Genre… Un petit sapin ? Ou une branche ?

— Bien sûr, sois pas con.

L’Agente Frenier ne put réprimer un bruyant bâillement. Sa mâchoire claqua, immédiatement suivie d’un petit cri de douleur et d’un soupir de gêne. Le Chercheur Rochemont continua de prendre des notes. Sa collègue détestait le silence, et le bruit ne le gênait pas particulièrement. Mais voilà, il était minuit et il avait eu une dure journée.

— Terrence, t’as rien de mieux que des sapins ? Déformation professionnelle ? L’année dernière c’était quoi, c’était…

— Une pomme de p-

— Ah oui oui, c’est vrai, une pomme de pin. Super cadeau, génial.

La ventilation supplanta le silence. Terrence Rochemont pianotait sur son clavier.

— Putain Terrence, tu fais une fixette. J’ai entendu dire que tu n’avais pas été prendre rendez-vous avec Alicia depuis les dernières grandes vacances !

— Qui ?

— Alicia Morin, la psychologue du site ! Terrence, je pense que tu devrais vraiment prendre rendez-vous, ou elle pourrait finir par faire remonter ça à la direction.

— Je crois que personne n'a été vérifier la salle des relevés sismiques depuis six heures. T’as pas une ronde à faire ?

— … Merde, Terrence. Merde.

Eva Frenier se dirigea vers l’aile Ouest du site en ronchonnant, sortant sa lampe torche qui claqua avec fracas contre le trousseau de badges d’accès qui pendait à sa ceinture. Le Chercheur Rochemont resta impassible. Sur ses écrans, des forêts de sapins, dans la nuit noire, impassibles.



Wilmot City, Canada, 19 décembre 1921, 22:04 heure locale.

— … Et l’vingtième jour, l’boug est sorti tout’hurlant d’son bail. Et d’vinez quoi…

Tout le bar était désormais pendu aux lèvres du vieux Jimmy Welshon. Même la patronne avait ses mains moites sur le zinc, et les clients avaient suspendu leurs commandes en attente de la chute.

— On mirait qu’son buste sur deux guiboles. Ses épaules pissaient l’sang, pis rin au bout tiens donc. Avec les camarades on s’est même d’mandés comment qu’avait fait son coup pour pas s’vautrer, l’boug de Français. Et alors, il a crié à la beste de Fox Mine, un truc sorti d’nulle part qu’il avait dérangé dans sa sieste sous l’sol et qu’avait bousillé sa mine et les pauv’bougs qu’étaient enchâssés à l’intérieur tiens.

— Arrête don’ tes conneries, vieux taré !

Tous s’étaient figés et il était impossible de deviner d’où provenait la voix du perturbateur. Les esprits inquiets s’étaient plutôt concentrés sur Jimmy Welshon, qui s’était redressé de tout son mètre quatre-vingt seize. Sa cage thoracique bombée, sa voix put éclater de toute sa puissance dans le bar.

— Le vent’ s’est levé alors ! Tiens ! La bourrasque d’l’Ouest a sifflé dans les bois jusqu’la mine maldite où s’terrait la beste ! L’Gaston aurait eu l’temps d’boire un cul sec qu’on entendit tous un gueulement qui secoua nos bois jusqu’les racines ! V’là la terre qui s’pête les poumons, qu’on s’t’ait tous dit ici, mais point d’que dalle ! Les bourrasques charrient l’son d’Lucie, la voix d’Satan ! Coincé du fond d’Fox Mine, son beuglement qu’est comme d’un tuyau d’orgue ! On sent l’soufre et la vapeur qui gèlent d’ici, tiens ! Pis les bois ont craqué, pendant ben jusqu’au soir, et ça pétait d’partout, on croyait l’grisou sur terre, qu’le ciel s’détachait du sol ! Pus d’boug sain d’esprit traînasse ses godasses près d’Fox Mine et d’Mukasew Lake. Y’a un poète d’passage qu’a écrit un truc à c’propos à l’époque. Comme quoi qu’les aurores boréales, c’t’aient les failles ent’l’ciel et la terre qui brûlaient encore, les cicatrices d’la nuit.



Fox Mine, Canada, 20 décembre 1967, 00:12 heure locale.

Les sapins étaient calmes. Cependant, ce n’était pas un calme comme celui qui avait pu habiter leurs ancêtres des siècles plus tôt. Celui-ci était tendu, malsain et apeuré. Les sapins avaient hérité de ce gène au cours du temps, cette rigidité qui garantissait leur survie. Chaque nuit depuis des siècles, la nuit tentait de réparer le paysage qui lui avait été volé.

Plus aucun animal n’habitait dans cette portion de la forêt. Tous avaient fui, ou avaient sombré dans le lac. Les sapins, eux, n’avaient pas pu fuir.



Balise Météo de Toronto, Canada, 21 décembre 2020, 06:20 heure locale.

— T’es en r’tard câlisse.

La jeune femme déposa rapidement son fatras sur le porte-manteau, qui vacilla dangereusement. Sa collègue qui lui faisait face n’avait pas l’air d’être dans son meilleur jour.

— Je m’excuse, j’ai des obligations personnelles, en plus on m’avait invitée à un brunch hier soir.

— Tssss, c’tes Américaines, tabarnak… Quand c’est qu’tu t’mettras pour d’bon à ta foutue job ?

— Oh, ça va, c’est vrai que c’est palpitant comme job !

Son insistance sarcastique sur les syllabes du mot palpitant irritait l’autre au plus haut point. C'était à se demander sérieusement ce qu’elle foutait là. Vera dite “la Vétérane” regarda sa stagiaire s’installer devant les écrans. Enfin bon. S’affaler serait un terme plus exact. Vera poussa un soupir exaspéré.

— C’est quoi ça ?

La stagiaire s’était redressée et avait les yeux rivés sur les relevés. Son comportement était suffisamment inhabituel pour alarmer Vera, qui vint constater par elle-même la petite nouveauté transmise par les appareils de mesures météorologiques.

— C’est quoi quoi ?

— Attendez, j’essaye de ne pas interpréter tout ça n’importe comment… Vous voyez la masse d’air chaud au sud qui remonte ?

— Oui, j’vois ça. Hold on, t’as raison gamine, c’est un blizzard. Fuck off, c’est tain d’rare en c’te saison.

— À cette vitesse, tout le Nord du Canada va être obligé de passer Noël confiné chez lui.

— Ben tu vois quand tu veux. J’te laisse, j’dois passer un call.



Abords de Mukasew Lake, Canada, 22 décembre 1967, 10:27 heure locale.

— C’est ici ?

— Oui monsieur.

— Ffff… Bordel de… Mais combien de lacs comme ça on a au Canada ?

— Monsieur ?

— Pardon. Note à moi-même, ne pas laisser échapper d’informations confidentielles. Vous oubliez ça, mh ?

— C’est noté, monsieur. Vous voulez aller voir ?

— Certainement pas. Faites boucler la zone. Je vais organiser une réunion avec le Conseil des Superviseurs pour aviser de la suite.

— Procédure de Confinement habituelle donc ?

— Prenez un peu d’assurance, Bertier. Ça n’est pas en répétant tout ce que je dis d’une manière différente que vous dépasserez le stade de secrétaire.



Mukasew Lake, Canada, 23 décembre 2020, 16:57 heure locale.

— On devrait rentrer, Alice, il commence à faire noir !

— Naaan, on y est pas encore !

Deux petites formes se découpaient parmi les paysages boisés et les neiges fondues. La première s’agitait tous azimuts, tandis que la deuxième semblait plus récalcitrante à faire le moindre mouvement.

— Mais Aliceeee… Papy m’a appris que ces nuages-là c'est des nuages de tempête !

La dénommée Alice se planta devant son frère, en haut de la montée.

— On est là que pour quelques minutes. Le temps de trouver un sapin pour maman. T’imagine quand elle verra ça ?

— On aurait pas dû dépasser la clôture d’abord… Ça dit qu’il y a des glissements de terrain.

— Mais c’est ici qu’on trouve les plus supers sapins ! C’est hyper grand ici, si on reste à côté de la clôture il se passera rien !

— Mais siiii puis ça fait au moins 20 minutes qu’on voit plus la clôture !

— Mais naaaan !

— Mais siiiiiii !

— Mais nan puis en plus les sapins ils sont toujours plus beaux je veux trouver le plus beau pour maman alors on continue.

— Et comment tu veux le ramener d’abord ?

— Bah on pousse tous les deux et ça va tomber. J’ai ramené un couteau. Pour les branches.

— C’est dangereux.

— Nan je suis assez grande pour utiliser un couteau c’est maman qui l’a dit.

Les deux enfants progressaient dans la forêt alors que le ciel s’assombrissait de plus en plus. Ils arrivèrent en vue du lac. Les vents ridaient sa surface sombre, dans une tentative vaine de remuer les profondeurs impassibles de l’eau. Une forte odeur de métal se dégageait de l’étendue glacée. À vrai dire, l’odeur se rapprochait plus de celle d’un charnier que d’une concentration importante de fer en oxydation dans les sols, mais cette vieille explication de leur grand-père suffisait à convaincre les deux enfants que les rives rouge sang étaient parfaitement normales. Malgré tout, la couleur semblait bien plus écarlate dans cette zone interdite au public. Peu importe, les explorateurs portaient toute leur attention sur les sapins.

Leurs aiguilles les habillaient dans une structure harmonieuse et spectrale, laissant siffler le vent entre les alignements d’épines. Ces sapins étaient curieusement très calmes face au vent qui soufflait désormais avec une puissance glaciale dans les collines. Pas un seul ne tremblait, et la forêt toute entière se liguait contre la tempête, rigide.

Le temps était exécrable, et les enfants regrettaient de ne pas pouvoir assister au spectacle de la lumière du soleil déclinant entre les branches. La forêt filtre alors l’éblouissement sapin après sapin, chacun passant à l’autre son ombre et les rayons qui la découpent. Ainsi, à chaque minute, le spectateur attentif assiste à un kaléidoscope mouvant de rayons solaires apparaissant et disparaissant au bon vouloir des branches, un lent stroboscope naturel sous lequel on ne danse pas, ou alors avec lenteur, à la vitesse de la nature et du monde. Mais les enfants regrettaient surtout de n’avoir fait plus tôt demi-tour, car le spectacle était maussade et désagréable, et la pression du vent montait à la gorge, les faisant suffoquer par instants. Malgré tout, les sapins restaient souverains, et la curiosité les poussaient à avancer.

Avant même d’avoir pu se poser afin de prendre la décision collective de rentrer à la maison, les enfants arrivèrent dans une portion de la forêt où les sapins étaient absents. Contrairement à ce que leur abnégation curieuse et passionnée pouvait le laisser supposer, ce ne fut pas l’absence de sapins sur facilement deux cents mètres à la ronde qui les choqua. Non, ce qui les plongea dans cet état second partagé entre la crainte et la curiosité, c’est ce qui se trouvait à la place des sapins.

Le vent n’arrivait plus à camoufler le grondement des machines qui bourdonnaient. La terre elle-même en frissonnait, et les crachats de fumée noire rivalisaient avec les nuages de blizzard, qui n’avaient pas la moindre chance. La bête de métal était colossale et agitée. Ses engrenages, appendices et orifices se repliaient sur eux-mêmes, se contorsionnaient, se réajustaient en permanence. Quelques fois le tout se bloquait, et après un grand claquement la machine bougeait d’un coup et reprenait un rythme soutenu. La mouvance permanente laissait de temps à autre apparaître des mécanismes rongés par la corruption et la rouille, tournant dans le vide. Certaines parties restaient fixes car elles avaient fondu et fusionné entre elles, causant ces claquements désagréables lorsque leur absence de mouvement empêchait l’immense relique de continuer ses contorsions malsaines. Les deux enfants ne pouvaient s’empêcher de fixer ce bloc de chaos avec leurs yeux incrédules. La tempête éclata d’un coup, une bonne fois pour toutes.

Le vent souffla avec une puissance peu commune. Les sapins cédèrent à la pression et les branches se secouèrent. Certaines craquèrent. Les gigantesques lamelles métalliques restées à l’extérieur de la structure vibrèrent si fort que certaines se détachèrent et volèrent en fragments qui vinrent se ficher avec force dans le sol et les arbres aux alentours. Les poulies claquaient, les engrenages grinçaient, les tuyaux grondaient, le métal résonnait, la machine hurla dans le blizzard. En un éclair, la machine se déploya et lacéra le paysage. Le blizzard recula. Les sapins volèrent en éclats. La terre fut pulvérisée. Le lac fut noyé. Alice cria.

Les lamelles vibrèrent.



Archives numériques du Site-031, Canada, 24 décembre 2020, dernière mise à jour (15:19)

Objet # : SCP-███-FR

Classe : Euclide Actuellement non-confiné

Niveau de Menace : Orange

Procédure de Confinement Spéciale : une clôture indiquant des risques de glissements de terrain doit être installée et régulièrement entretenue autour de la zone comprenant l’ancienne exploitation minière de Fox Mine ainsi que la région de Mukasew Lake sur environ vingt (20) kilomètres. Des couvertures de désinformation doivent être menées afin de ne pas éveiller les soupçons de la population locale quant aux activités sismiques de la zone de confinement de SCP-███-FR.

Tout individu extérieur au personnel de la Fondation retrouvé dans l’enceinte du confinement de SCP-███-FR doit être rapidement appréhendé par la Force d’Intervention Mobile Lambda-12 (“Bûcherons de Nordmann”) afin d’être interrogé, amnésié puis relâché.

L’espace aérien au-dessus de l’anomalie doit être dégagé en permanence. Les prévisions météorologiques canadiennes doivent être transmises au Site-031 afin d’anticiper les pics d’activité de SCP-███-FR. En cas d’activité intense de SCP-███-FR, le Protocole Gluskab devra être enclenché. Les populations locales ainsi que le Site-031 devront être évacués, et la FIM Lambda-12 devra se préparer à intervenir.

L’analyse de la composition de l’eau du Lac Mukasew doit être empêchée.

Description : SCP-███-FR désigne un automate métallique d’origine inconnue, d’approximativement vingt-cinq (25) mètres de hauteur pour quatre-vingt dix (90) mètres de large, selon son activité. En effet, la taille et la forme de SCP-███-FR sont variables et empêchent des mesures précises. L’anomalie présente un état de détérioration avancée : plusieurs éléments semblent dans un état d’oxydation important, et d’autres ont été soumis à des températures intenses ayant fait fondre et fusionner plusieurs mécanismes de l’anomalie.

SCP-███-FR est hostile et extrêmement sensible au son, et attaquera n’importe quel élément de son environnement immédiat produisant des sons dont l'intensité dépasse un seuil environnant les 60 décibels. Lors des tempêtes et des bourrasques, SCP-███-FR aura ainsi tendance à devenir incontrôlable et à saccager son environnement. Malgré tout, SCP-███-FR semble encastré dans le sol, et ses mouvements sont pour l’instant limités. Lorsque le bruit environnant n’excède pas les 50 décibels, SCP-███-FR reste tout de même en mouvement permanent, mais ses composants mécaniques ont tendance à s’articuler autour d'eux-mêmes.

La source d’alimentation de SCP-███-FR est inconnue. Il a été théorisé que l’anomalie se servait des arbres abattus comme d’un carburant ; cependant et compte tenu du fait que l’anomalie est fortement endommagée, son comportement ne semble pas être habituel, ou en tout cas conforme à celui prévu par ses concepteurs (quels qu’ils soient). La source d’alimentation de SCP-███-FR pourrait donc tout aussi bien être d’origine anormale.

Historique : les premières traces témoignant de l’existence de SCP-███-FR remontent à 1914. On estime que l’anomalie se trouvait dans un état de stase, et que l’exploitation du terrain par un certain Bartholomé McLaren a obligé SCP-███-FR à rentrer dans un état actif, détruisant partiellement l’exploitation de Fox Mine. SCP-███-FR est donc potentiellement présent sur les lieux depuis bien plus longtemps. L’analyse de la composition de l’eau de Mukasew Lake a notamment permis de déterminer que [DONNÉES SUPPRIMÉES]

L’anomalie n’arriva en possession de la Fondation qu’en 1967, année durant laquelle elle établit le premier confinement.

Addendum #1 : Fragment d’un poème anonyme témoignant du réveil de SCP-███-FR

Sous l’aurore s’effrite le silence nocturne, révélant l’urne d’or qui s’ensable en frissonnant.
Le fragment solitaire d’une machinerie austère, gelée par la nuit passée.
Ainsi au matin le sable s’immisce du sol à l’intérieur de la mécanique.
L’automate tend vers le soleil, montant de sa hauteur, mais la terre s’efface.
Son secret s’enlise alors que le courroux de ses courroies déchire l’atmosphère.
Nul ne sait son but, son mystère, le métal mouvant descend sous terre.
Une dernière fois son cri retentit
[perdu]

Addendum #2 : Mise à jour du 24/12/2020 - Brèche de Confinement

Le 20/12/2020, à 06:25, un message d’alerte est envoyé par l’agent infiltré au sein des services météorologiques de Toronto au Site-031. Le message est malheureusement détourné par un collectif de l’Église Orthodoxe Canadienne de l'Engrenage (GdI-004C), affilié au Groupe d’Intérêt #004, “L’Église du Dieu Brisé”. L’alerte ne parvient pas au Site-031, dès lors incapable de prévoir la menace. On estime que le but des Orthodoxes était de permettre la libération de SCP-███-FR, qu’ils considéraient comme étant une partie de leur Dieu.

Le 22/12/2020, le Chercheur Terrence Rochement (Accréditation 3/B, spécialiste de l’étude comportementale de la flore locale) quitte le Site-031 pour obligations personnelles, et ne revient pas jusqu’au 01/01/2021. Par manque de rigueur administrative, le personnel restant sur place ne dispose pas des accréditations nécessaires à l’enclenchement d’un Protocole Gluskab. En effet, la procédure demande la validation d’au moins un membre du personnel de niveau 3/B ou supérieur en plus de la Directrice du Site, afin d’éviter toute erreur.

Le 23/12/2020 en fin d’après-midi, une tempête se déclare autour de la zone de confinement de SCP-███-FR. Le Protocole Gluskab ne peut être enclenché et le Site-031 effectue donc une évacuation d’urgence, cependant sans réussir à contacter les Sites proches à cause de la tempête afin d’aider à l’évacuation des villes alentours. Aux alentours de 17:14, SCP-███-FR a atteint un pic d’activité extrêmement intense et parvient à s’extraire de terre. Il se déplace et sort de sa zone de confinement. Ses mouvements sont extrêmement erratiques et de vitesse variable, et il devient crucial d’évacuer les populations proches du Site-031.

À 17:37, la Directrice du Site-031 parvient à joindre le Site-034, qui aide à l’évacuation des villes de Lyne Lake et Wilmot malgré la tempête. Actuellement, les procédures de désinformation sont toujours en cours d’application. SCP-███-FR s’est calmé après la tempête et est retourné dans un état stable. Un reconfinement doit être réorganisé au plus vite, et il est impossible de déplacer à nouveau l’anomalie en raison de son extrême sensibilité/agressivité. Le bilan total est de 16 morts et 11 blessés internes, ainsi que de 2 morts civiles.

Une demande a été transmise au Conseil des Superviseurs et au Comité d’Éthique afin de statuer sur la part de responsabilité des membres du personnel du Site-031 dans la brèche de confinement, notamment en ce qui concerne le Chercheur Rochemont. Par ailleurs, une proposition de remaniement des conditions générales à l’application des protocoles d’urgence a été soumise afin d’éviter des incidents similaires à l’avenir.



Trois Portlands, Oregon, 25 décembre 2020, 06:03 heure locale.

— Joyeux Noël.

Terrence Rochemont déposa la branche de sapin en face de sa fille. Il s’assit auprès d’elle, puis poussa un long soupir.

— Bon sang. Ça fait un sacré moment que je ne suis pas passé te voir, toi et ta mère. J’ai été très pris par le boulot en ce moment… Et oui, c’est que ça rapporte d’observer les sapins !

Terrence se tut.

— Désolé. Je comprends. Je sais que je ne devrais pas passer aussi peu souvent. Mais comment dire… je suis très important au boulot, et ils ont besoin de moi. C’est un miracle si j’obtiens deux congés par an ! Je ne jure que par les aiguilles et les forêts, moi-même ça me rend malade parfois. Tous ces putains de sapins, ils… oui, je sais, papa a dit un gros mot, pardon… tous ces sapins, ils me rappellent à quel point je suis loin de vous deux et je…

Terrence pleura. Longtemps.

— Tu sais Lily, quelque chose fait du mal à ces sapins. Beaucoup de mal, depuis très longtemps. Et l’on ne peut rien faire. Toute la forêt est paralysée par la peur maintenant, les sapins ont peur, ils se sont fait robustes, rêches, mais discrets et immobiles. C’est le travail de papa de comprendre ce que ressentent ces sapins. Et aussi… d’empêcher que la chose qui leur fait du mal s’échappe pour faire encore plus de mal ailleurs.

Terrence resta assis. Une éternité.

— Je ne peux pas rester là. J’aimerais, mais j’ai un poste à remplir. Il faut bien que ton père empêche le monstre de sortir de la forêt, hein ? … Bon, je vous laisse, ta mère et toi. Je vous promets de revenir vous voir. Quand les sapins iront mieux, Lily. Quand les sapins iront mieux.

Terrence quitta le caveau familial.

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