Descente planétaire : 4
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Le ronronnement constant des systèmes de refroidissement et des signaux de contrôle électroniques déconcentrait le Dr Boeckmann. Il avait du mal à discerner chaque voix avec tout ce bruit, et il faisait une chaleur infernale dans la salle exigüe des serveurs. Il comprenait pourquoi il leur fallait se réunir ici. Ça ne le rendait pas plus agréable pour autant.

"Combien de temps avons-nous, sergent ?" Le Dr Kumaran ouvrit la réunion ; il sortait tout juste d'une conférence. Au début, Boeckmann se hérissait en voyant la capacité du chef d'équipe à passer sans effort de son apparence publique souriante à cette autre facette qu'il montrait aux agents. Désormais, avec Vénus en vue, il devait admettre qu'il ressentait une certaine admiration face au calme de Kumaran.

Pang vérifia sa montre. "Dix-sept minutes, monsieur."

"Bien. Ce sera de toute façon bref."

Boeckmann se repassa les derniers examens médicaux de tous les membres de l'équipe dans sa tête, vérifiant et revérifiant en essayant de voir si quelque chose pourrait compromettre la mission. Nisa se tenait à côté de Kumaran ; la commandante en second était aussi calme qu'à l'accoutumée. La tendinite dans son genou droit répondait bien à la kinésithérapie.

Whitlock et Garima se tenaient côte à côte face à lui. Les plus jeunes Cythéréens étaient tous deux en bonne santé, mais ils l'inquiétaient. Nisa l'avait persuadé de laisser les choses couler, mais il n'aimait pas ça. Le corps avait une nature assez prévisible, alors qu'on ne pouvait pas faire confiance au cœur.

Pang, évidemment, était Pang. Boeckmann avait fait l'erreur de faire un bras de fer avec le chef de la sécurité à la fête d'Oktoberfest du vaisseau. Pang irait bien.

Rapidement, le Dr Kumaran redonna l'objectif principal et le plan. Tout était dans le mémo, alors ils ne passèrent pas trop de temps à en parler. Toutes les objections (et Boeckmann avait certainement des objections) avaient été discutées, réfutées et rejetées il y a un moment. Le point par point se déroula de la même façon, et chacun des membres présenta ses réflexions de dernière minute. Garima confirma qu'une exposition minimale ne causerait pas de séquelles permanentes. Pang leur donna les dernières nouvelles sur la recherche - toujours infructueuse - d'agents de l'Orthodoxie. Whitlock leur rappela la composition probable du labyrinthe et ce qui pouvait et ne pouvait pas être fait dans les combinaisons robotiques.

"Dr Boeckmann ?" C'était à son tour.

"Je me dois de réitérer mes objections quant au déroulé de la mission. Les probabilités de blessures et de pertes sont bien trop élevées par rapport aux chances de succès."

Kumaran laissa brièvement poindre son exaspération sur son visage. "Oui, merci Kurt. Estimez-vous que la condition physique de l'équipe soit bonne ?"

"Ce n'est pas leur condition physique qui m'inquiète."

"Donc rien à redire, alors ?"

Boeckmann fronça les sourcils. Il regarda Nisa. Elle croisa son regard, compatissante, mais inflexible. Il se tourna une fois de plus vers Garima et Whitlock, inconscients de la tension entre leur chef d'équipe et leur médecin.

"Non, Dr Kumaran."

Ils passèrent en revue les derniers détails en parlant rapidement et doucement. La montre de Pang bipa, et ils rassemblèrent tous leurs affaires. Des poignées de main et des accolades furent échangées entre tous les membres de l'équipe, la méfiance et les désaccords relégués au second plan, remplacés par un désir mutuel de voir tout le monde s'en sortir vivants et intacts.

Un ou deux à la fois, partant chacun séparément, ils sortirent de la salle des serveurs. Lui et Nisa attendirent leur tour pour partir.

"Kumaran s'est très rapidement rangé à ton avis là-dessus."

Qasim sourit. "Oui, une fois qu'il a réalisé que faire sortir ces choses de leur cachette était la façon la plus rapide de les tuer."

"Ça ne te contrarie pas ?"

"Cette mission, c'est comme tout le reste de la vie, Kurt. Nous y allons à l'aveugle, et le vrai chemin se révèlera malgré tous les plans que nous avons pu faire."

Qasim jeta un œil par la porte. Il n'y avait personne dans le couloir. Elle se tourna vers le médecin et l'embrassa sur la joue.

"Allahu akbar, mein freund."

Et sur ce, elle quitta la pièce. Boeckmann était seul.


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