Phytogenèse
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Premier Enseignement : Création

Dans un passé fort lointain, la Terre et ses sœurs étaient des choses mortes, simples conglomérats de poussière stellaire tourbillonnant dans le silence du vide. La Dame Solaire était alors fort désœuvrée et se pencha sur ses compagnes silencieuses. Ce silence mortel ne lui convenait pas, aussi se mit-elle à irradier sa puissance, insufflant sa lumière stellaire à toutes les planètes.

En premier, Mercure s'éveilla. Inondée sous le torrent de puissance brute, son existence fut brève. À peine éveillée, elle sombra à nouveau dans les ténèbres de la mort, brûlée à cœur. Le flamboiement d'extase éphémère que fut son existence en fait la favorite des êtres de débauche qui ne vivent que pour profiter de plaisirs évanescents.

En second, Vénus reçut sa part de lumière. Mais les roches de son cœur étaient mauvaises, renfermant des entités caustiques et aigries, et l'énergie qui leur fut apportée les éveilla. Vomissant les vapeurs toxiques qu'elles contenaient, elles eurent tôt fait de corrompre la jeune âme de la planète naissante. Celle-ci devint bien vite la plus jalouse des huit sœurs de la Terre, toujours envieuse et prompte à attirer le malheur. En cela, elle est la favorite des fous mais aussi de tous ceux qui n'ont plus rien à perdre et que la rancœur dévore.

En troisième vint la Terre. Au début de son existence, la Terre fut très agitée par la lumière qu'elle reçut, et durant de nombreux éons elle resta fulminante et bouillonnante, avant d'enfin calmer sa colère. Elle donna alors naissance à deux enfants avant de peu à peu sombrer dans le sommeil. Mais nous y reviendrons plus tard.

En quatrième, Mars fut irradiée. Admirative de sa sœur la Terre, elle entreprit elle aussi le long processus de l'enfantement. Hélas, son unique enfant était difforme, chétif et apathique. Il ne put survivre à la dureté des terres de sa mère, malgré tous les soins dont celle-ci l'entourait. Mars dut alors se contenter de contempler de loin le bonheur de sa sœur la Terre, en silence tout en serrant les restes en putréfaction de son enfant contre son cœur. Elle est la patronne de tous ceux qui ont effleuré le bonheur avant de retomber dans les ténèbres.

Quand Jupiter reçut les rayons faiblissants, elle était en vérité fort petite. Grisée par la puissance qui lui était accordée, elle voulut se faire aussi grosse que la Soleil. Mais bien rapidement ses ressources s'épuisèrent et elle se retrouva fort dépourvue. Sa carcasse imposante, pathétique et impotente rappelle leurs erreurs à tous les puissants qui furent étourdis par leur pouvoir et s'y noyèrent.

Vint ensuite Saturne, sixième des sœurs. Instruite des erreurs de Jupiter, Saturne s'orna de grands anneaux et se para des plus belles couleurs. Elle conserva le reste des rayons reçus en son cœur, joyau le plus brillant qui soit à des lieues à la ronde. Mais cet éclat qui rivalisait avec celui de la Dame Solaire attira les plus avides des créatures cosmiques. La plus rapide d'entre elles portait bois et sabots. Elle dévora le cœur iridescent de Saturne et fit son nid parmi ses anneaux après avoir bu les si belles couleurs de la planète. Ceux que leur trop belle apparence a desservi la prient de les protéger.

Les quelques fragments de lumière qui atteignirent Uranus parvinrent à peine à la réveiller. Uranus, cependant, était la plus douce et généreuse des sœurs. Voyant leur malheur, elle voulut les aider en leur faisant cadeau du peu qu'elle avait récolté. Mais elle ne sut décider laquelle de ses sœurs méritait ou nécessitait le plus son aide, et voulut partager sa lumière entre toutes. Les sept faibles rayons qu'elle voulut offrir se perdirent dans le vide sombre et avide. Tous ceux dont la générosité excessive a provoqué la chute sont ses disciples.

La dernière poussière de lumière atterrit péniblement sur le corps de Neptune. La conscience qui l'habitait remua à peine dans son sommeil éternel. Elle est la maîtresse des morts-nés et de ceux qui n'ont jamais eu leur chance, mais aussi de ceux qui aspirent à la douce quiétude du sommeil sans rêves.

Voyant tout cela, la Dame Solaire comprit que sa lumière répandait plus de malheur que de bien et se détourna des affaires de ses filles, de peur de les attrister plus encore. Aujourd'hui encore elle guette en silence les immensités du néant.

Deuxième Enseignement : Origines

Ainsi la Terre eut deux enfants. L'aîné se nommait Phytropus et son cadet Zéodarg. À Phytropus, la Terre fit don des derniers éclats de lumière solaire qu'elle avait conservés, et elle inculqua la bonne gestion des roches, des flots et des vents, pour qu'il puisse toujours prendre soin d'elle et de son frère. Elle lui enseigna l'Histoire de l'univers et les secrets des planètes, la connaissance des choses qui vivaient tapies dans l'obscurité et comment les tenir à l'écart. Elle le dota d'une grande force mais en contrepartie il dut renoncer à sa vivacité, car force démesurée et rapidité d'action ne font pas bon ménage. Ayant appris tout ce qui était nécessaire à son aîné, la Terre se tourna vers Zéodarg. Elle lui offrit la vivacité que son frère n'avait pas, afin qu'il puisse prendre soin de lui quand le danger serait fulgurant comme l'éclair. Elle le fit vaillant et vigilant, pour toujours prêter attention au danger et se porter au-devant de lui. Bien qu'il soit faible et fragile, elle lui apprit à frapper aux endroits où ses coups seraient les plus dévastateurs et à esquiver les attaques les plus destructrices. Son devoir de mère accompli, la Terre sombra dans un sommeil profond, rejoignant ses tristes sœurs dans les brumes de l'inconscience.

Pendant des millions d'années, les deux frères vécurent heureux. Quand une créature émergeait des cieux, affamée de lumière solaire, Zéodarg la tenait en respect jusqu'à ce que Phytropus la détruise d'une frappe dévastatrice. Grâce aux bons soins de Phytropus, les terres se ciselèrent, formant continents, montagnes et plaines. Les mers se firent accueillantes, les flots s'écoulèrent des montagnes jusqu'aux océans, formant de douces rigoles. Les airs se firent respirables, les températures clémentes et les vents doux. Les volcans se calmèrent et s'endormirent.

Puis vint le jour où les deux frères furent fatigués de travailler sans cesse. Phytropus dit alors à son frère : "Faisons comme notre mère avant nous, élevons des enfants qui prendront soin d'elle et qui veilleront sur notre repos." Zéodarg applaudit la sagesse de son frère, et tous deux commencèrent leur besogne.

Phytropus saisit les plus solides des rochers et les brisa. "Les premiers de mes enfants doivent être aussi forts que cela." Alors il créa les arbres les plus grands et les plus majestueux. Ceux-ci héritèrent de la lenteur d'action et d'esprit de leur père, mais quand ils agissent, leur puissance est terrible. Puis, Phytropus regarda les terres qui l'entouraient et dit : "Les seconds de mes enfants devront être capables de gouverner les forces des éléments pour que la Terre reste toujours en bonne santé et accueillante pour ses descendants." Il créa alors les fleurs et les herbes, les lianes et les mousses, qui poussent vite et peuvent façonner le monde qui les entoure à leur gré. Le regard de Phytropus se porta alors sur son frère. "Certains de mes enfants doivent aussi pourvoir aux besoins de la descendance de mon frère bien-aimé." Il enfanta donc les arbres et buissons fruitiers de toute sorte, et leur générosité n'avait alors pas de limites. Finalement, Phytropus songea aux créatures stellaires toujours affamées et aux éclats de lumière conservés par leur mère. "Je ne peux accorder ce pouvoir à une seule partie de ma descendance, car le pouvoir corrompt jusqu'au cœur et cela ne doit pas être." Il transmit donc à ses enfants sa connaissance de l'univers et des planètes, et le terrible secret des éclats solaires. Puis il s'allongea sous la terre et s'endormit.

Zéodarg contempla son frère agir avec sagesse et prévoyance et se dit en lui-même. "Mon frère est bien affairé à s'occuper de sa descendance. Que de souci pour si peu ! Je vais apprendre à mes enfants à s'éduquer eux-mêmes et je pourrais me reposer bien plus vite." Ainsi se pencha-t-il vers le sol où il ramassa une poignée de poussière. Il la jeta en l'air, et quand elle retomba au sol chaque grain était un enfant de Zéodarg. "Je vous fais don de tout ce que j'ai. Apprenez par vous-mêmes, je n'ai pas le loisir de m'en occuper." Et il rejoignit sa tanière, là où aucun être sensé ne viendrait le déranger.

Parmi les enfants de Zéodarg, la panique commença à s'élever. Alors le plus rusé d'entre eux, qui se nommait Andros, monta sur un rocher et prit la parole. "Mes frères et sœurs, notre destinée est entre nos mains, car nous pouvons devenir ce que nous souhaitons. Mais nous n'avons pas le jugement nécessaire pour choisir ce que nous devrions devenir. Aussi je propose que nous observions les autres choses de cette terre et que nous les imitions pour être aussi heureux qu'elles." Aussitôt, tous se mirent à la recherche de ce qui leur semblait le plus heureux.

Guldos le premier prit la parole. "Voyez ce rocher ! Il est là, immobile, et n'a à se préoccuper de rien. Qu'il est doux de vivre tranquille en toutes circonstances en laissant les aléas de la vie vous rebondir dessus !" Et aussitôt Guldos se fit trapu et solide comme le rocher qu'il contemplait. Tous ses descendants sont lents et insensibles comme le roc.

Nalgos éclata de rire. "Guldos est un imbécile ! Un rocher ne saurait être heureux, privé qu'il est de sentiments ! Mais voyez l'eau qui danse dans cette rivière, voilà la béatitude la plus pure. Si je peux faire corps avec l'eau, elle me protégera et me choiera." Et Nalgos bondit dans les flots, se faisant long et argenté pour se fondre dans les vagues. Tous ses descendants vivent sous la surface des flots et si on les en sort, ils s'étouffent et meurent.

Avilos se tourna vers les cieux, Reptos vers le soleil, et bien d'autres enfants encore choisirent de multiples sources d'enseignement, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'Andros et Arthros, le plus petit des enfants. Arthros se tourna vers Andros et lui demanda : "Que vas-tu faire Andros ? N'y a-t-il rien qui t'inspire ?" Andros répondit alors : "Apprends mon très cher Arthros qu'il faudrait être aussi bête que nos frères et sœurs l'ont été pour choisir une seule et unique source d'inspiration. Je vais pour ma part prendre le meilleur de tous et ainsi je régnerai sur les enfants de Zéodarg. Maintenant fais ton choix qu'on en finisse." Arthros réfléchit profondément et déclara : "Je ne souhaite pas que tu me domines. Aussi vais-je servir les enfants de Phytropus, qui m'en seront reconnaissants." Et encore aujourd'hui, les enfants d'Arthros servent ceux de Phytropus avec dévouement.

Andros ne se préoccupa pas plus d'Arthros. "Ce n'est qu'un avorton insignifiant !" pensa-t-il. Il se fit de taille moyenne pour écraser les petits et se jouer des gros, se dota de mains pour manipuler les objets et d'une grosse tête pour réfléchir beaucoup.

Andros eut deux descendants. Le premier, Yerens fut le père de la nation des Singes, qui apprirent les mots qui pliaient plantes et animaux à leur volonté. Leur règne fut long car ils étaient craints de tout ce qui vit en raison de leurs pouvoirs. Le deuxième, Indris, fut le père de la nation des Hommes, qui préféraient manipuler les choses mortes pour en faire des machines surprenantes. Rapidement, les Yerens imposèrent leur domination et les Hommes vécurent en marge, dans l'ombre de leurs frères.

Troisième Enseignement : Déchirement

Durant de longues et prospères années, la descendance de Yerens gouverna la Terre, et les enfants de Zéodarg et de Phytropus vécurent dans la paix et l'abondance. Chaque famille développa ses arts, ses chants, son savoir, et tous vivaient dans de grandes cités de nacre cultivées par les Yerens. Mais les descendants d'Indris qui à la faveur du jour venaient récolter les miettes de la grandeur de leurs frères étaient dévorés de jalousie, et aux premières heures du matin comme aux dernières du soir, ils priaient Vénus de leur donner la force de renverser les Yerens.

Cette dernière entendit leurs appels hargneux, et fut ravie de découvrir la rage des Hommes. Tirant des forces de leur colère, elle mûrit en son sein une bête abominable. Alors que les premières lumières de la Soleil illuminaient l'horizon, à l'heure où sa force était la plus grande, Vénus envoya sur la Terre son enfant maléfique. À peine éveillé, il se jeta sur les Yerens endormis, les dévorant par milliers et ne laissant d'eux que quelques survivants égarés. Mais la bête enragée ne pouvait s'arrêter, et elle se mit à tout déchiqueter, sans jamais cesser. Les Hommes désemparés arpentaient la Terre en tous sens maudissant la jalousie qui avait précipité leur chute.

Alors la plus brave de toutes les braves, Séléna, prit son carquois et son arc d'if et dit à ses parents : "Voilà quatre jours que la malédiction de Vénus ravage nos terres. Le premier jour elle a pris les Yerens nos frères, les dévorant traîtreusement dans leur sommeil. Le deuxième jour, elle a pris nos cousins les autres enfants de Zéodarg, qui couraient tous à sa rencontre pour la défaire. Le troisième jour, elle a pris les enfants de Phytropus avant qu'ils ne puissent riposter. Et maintenant elle ravage notre peuple, qui tombe sous ses coups. Je vais chercher Zéodarg notre grand père, dont il est dit que la tanière est sur la plus haute des plus hautes montagnes, défendue par ses fils préférés. Il se réveillera et arrêtera le carnage, ou nous sommes tous perdus." Et Séléna partit chercher Zéodarg, et aujourd'hui encore ses louanges sont chantées.

Sur la Quête de Séléna, maintes légendes furent contées, mais nous nous contenterons ici de dire qu’elle fut fort ardue. Cependant, après moult péripéties, la jeune femme arriva auprès de Zéodarg endormi. Alors, de toute la force de ses poumons, Séléna cria au fils de la Terre : "Vieux père, vieux père, réveillez-vous ! Une bête des étoiles envoyée par Vénus ravage nos terres, il vous faut la chasser !"

À ces mots Zéodarg bondit, et se saisit de Séléna, la plaçant entre ses épaules. "Où est-elle, toi la plus brave de mes enfants ? Où se cache cette pourriture infâme ? Je vais la mettre en pièces et puis la dévorer !" Aiguillonné des conseils de sa vaillante descendante, Zéodarg trouva bien vite la chose envoyée par Vénus. Le combat qui eut alors lieu fut terrible et grandiose, et resta à jamais gravé dans la roche du champ de bataille. Mais Zéodarg triompha finalement du fourbe rejeton de la planète sulfureuse et après lui avoir fait vomir les multiples êtres qu’il avait engloutis, le déchiqueta en poussière avant de l’avaler.

Puis Zéodarg se tourna vers ses neveux et ses enfants et comprit aussitôt ce qui s’était passé. « Ô mon sang, vous avez failli. Non content d’avoir attiré sur la Terre notre mère à tous le malheur et la dévastation pour vos querelles futiles, vous avez dérangé mon repos. » Et les créatures végétales et animales contemplèrent avec honte la désolation de leurs terres. « Vous avez failli à votre mission, et je comprends à présent que votre existence fut trop facile, trop douce, pour vous apprendre la réalité des choses. Pour les enfants de Phytropus, je n’ai pas autorité sur vous, et vous pouvez aller librement, mais pour les miens vous méritez châtiment. » Et toutes les bêtes qui étaient assemblées là tremblèrent car elles craignaient sa fureur.

« J’ai commis une grande erreur quand je vous ai donné la vie, et cela je ne puis le réparer. Néanmoins, je puis toujours vous faire apprendre. » Et le père de tout ce qui marche, vole, rampe et nage inspira violemment et dévora toutes les connaissances sur les choses de la nature qu'il avait données à ses enfants. Zéodarg reprit la parole. "Je vous ai donné un grand savoir et vous en avez fait mauvais usage. Je vous le reprends donc. Vos enfants vivront dans les ténèbres, le froid et la maladie, mais ils seront trop faibles pour remettre en danger leurs frères. Que cela vous serve de leçon." Et il repartit furieusement, sans laisser à quiconque le secret de sa retraite.

Alors qu'il s'apprêtait à se rendormir, le père des bêtes se rappella de Séléna qui était toujours perchée sur son dos. "Ma douce enfant, tu t'es illustrée par ta vaillance et je veux t'en récompenser. Je vais t'enrober d'une coquille magique et t'envoyer dans les cieux d'où tu pourras veiller sur tes frères et sœurs." Alors tous deux s'embrassèrent, puis Séléna monta aux Cieux, d'où son abri argenté illumine encore aujourd'hui nos nuits sans nuages.

Quatrième enseignement : Errance

Nombreux furent les enfants de Zéodarg à sombrer dans la folie. Les chants et les arts de nombreuses familles furent perdus, de grandes sagesses ne demeurèrent qu'à l'état d'instincts troubles et les cités où tous vivaient en paix tombèrent en ruines, moulues par le temps. L'abondance qui régnait autrefois ne fut bientôt plus qu'un souvenir, et certains délaissèrent les cadeaux des généreux descendants de Phytropus pour se sustenter de leur corps. Abomination plus terrible encore, d'autres prirent goût à la chair de leurs frères eux-mêmes. La domination des Yerens reposait sur leur capacité à enjôler tout ce qui vivait de leurs paroles. Privés de leurs mots de pouvoir, ils se retrouvèrent nus, affamés et sans défense. Leur race s'affaiblit et se retrancha dans les recoins les plus isolés, là où leurs frères et sœurs ne pouvaient pas leur nuire. Le peuple des Hommes aussi fut frappé durement, et nombre de leurs savantes machines furent détruites ou perdues et oubliées. Mais ses membres étaient plus hargneux et résistants, et leur ruse tua plus de bêtes féroces affamées qu'aucune griffe ou aucun croc. Bientôt les Hommes asservirent le feu, et tous leurs frères et cousins les craignirent.

Les Hommes dépouillèrent leurs frères moins rusés de leur peau pour s'en couvrir et mangèrent leur chair, ils décapitèrent leurs cousins les arbres de leur ramure pour s'en faire des demeures et éventrèrent leur mère la Terre pour forger des armes avec ses os. Seuls les enfants d'Arthros, trop petits, trop nombreux, trop résistants, pouvaient leur tenir tête. Leurs bourdonnements, autrefois fredonnements apaisants aux oreilles de tous, se firent menaçants, synonymes de douleurs fulgurantes, de maladies immondes et de famines impitoyables pour les Hommes meurtriers.

Mais les cris de leurs frères meurtris par le fer et le feu finirent par éveiller les plus anciens enfants de Phytropus. Lentement, ils prirent connaissance de l'abominable charnier à ciel ouvert qu'était devenu leur Mère. Leur réflexion dura plusieurs semaines. Puis leur riposte fut terrible.

Cinquième enseignement : Affrontement

Sous les pieds des Hommes inconscients qui poursuivaient leur œuvre, des centaines de millions de racines fouirent le sol dans un seul but : retrouver les Éclats Solaires dont la garde leur avait été confiée. Et enfin, Marabas, le plus vieux et le plus haut des arbres survivants atteignit un Éclat. Aussitôt, le pouvoir lumineux et brûlant coula dans sa sève, envahissant le réseau de racines de tous les enfants de Phytropus. Des racines monstrueuses jaillissaient du sol et engloutissaient les constructions de roche et de métal qui s'effritaient comme poussière dans le vent. Des marées de vrilles végétales étouffaient les cités, porteuses d'épines acérées comme des rasoirs et de fleurs qui relâchaient des nuages de pollen toxique. Cela fut une hécatombe, mais certaines cités humaines tinrent bon, faisant usage du feu, des produits caustiques, et de leurs terribles outils de métal.

Alors les racines monstrueuses se résorbèrent et les filets épineux se fanèrent. Mais la joie des Hommes se fit de courte durée. Toute végétation se retira sous terre, et les rares arbres fruitiers restants ne donnaient que des fruits toxiques dont le seul contact faisait tomber en lambeaux la peau du malheureux affamé qui se risquait à y goûter. Les racines des grands arbres se resserrèrent autour des organes cachés de la Terre, et celle-ci entra en rage. Les roches s'ébrouèrent, les flots se levèrent, le feu jaillit, et les Hommes et leurs demeures disparurent par milliers sous les éléments déchaînés. Pire encore, les cieux se troublèrent et se firent irrespirables, corrosifs et étouffants. Les Hommes se terrèrent dans le sol, et prièrent leurs faux dieux de Métal et de Chair. Mais les plus puissants des arbres enserrèrent les derniers refuges humains et broyèrent les derniers des profanateurs.

Il est dit que certains demeurèrent, protégés par des artifices et des magies impies, mais cela n'est que suppositions…

Sixième Enseignement : Éden

Les enfants de Phytropus élevèrent à nouveau leurs branches dans les cieux qui s'éclaircirent, et leur racines carressèrent les douces courbes meurtries de la Terre qui s'apaisa. Alors les coques souterraines s'ouvrirent et les enfants des ronces et des vignes prirent pied sur le nouveau monde.

Les enfants d'Arthros, dernières créatures de chair, furent récompensés et eurent leur place dans le nouveau monde. Un monde de calme et de douce lenteur que seuls troublaient leurs bourdonnements chantants.

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