Pauvre con
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C’était sûr.

Les sirènes étaient en train de retentir, le trou avait été constaté il y a à peine quelques minutes, mais semblait dater d’il y a quelques heures.

En soit, ce n’était pas une priorité. Il y avait pire. Il y a toujours pire. Mais cela représentait tout de même un risque.

Au mieux, ils disposeraient d’une petite vingtaine d’hommes et de deux hélicoptères. C’était tout ce qu’il y avait à espérer.

- Quel était son statut au dernier état des lieux ?
- Perturbé. Son état a empiré depuis l’incident, bien qu’il soit resté immobile ces trois derniers jours.
- Combien de temps depuis l’incident ?
- Trois semaines.
- Et pas d’améliorations, donc.
- Non. Comme vous le savez, son état l’a même conduit à agresser le personnel l’accompagnant. Surtout les nouveaux venus. Nous ne l’avions pas vu dans cet état depuis… les premiers temps où nous l’avions récupéré.
- Vous mentionnez l’Agent Rejsel. Est-il sorti du coma ?
- Toujours pas. Mais les médecins sont confiants. Suite à son agression, nous avons placé le sujet en détention renforcée. Il a tenté de forcer la porte la première semaine, avant de rester immobile.
- Vous pensez qu’il ressent de la culpabilité ?
- A propos du premier incident ?
- Oui.
- Je le pense oui. D’autant plus qu’avec son comportement troublé, nous n’avons pas eu l’autorisation de le faire sortir pour qu’il participe à la cérémonie.

- Que va faire l’entité à présent ?
- Changez de ton. Je vous vois venir.

- Directeur Frog. S’il vous plaît.

- Je pense savoir. Mais je veux être là.


Il y avait un léger crachin. Une pluie calme, de celles qui apaisent plus qu’elles n’agacent. Le ciel était d’un gris clair, et il allait bientôt faire nuit.

Le cimetière était plus actif que d’habitude ce jour-là. Deux enterrements, un jeune homme qui s’était tué en scooter, et une vieille dame qui avait chuté dans ses escaliers. Rien d’autre que la tristesse quotidienne.

Quelques personnes étaient également là, déposant des bouquets sur les tombes. Un être se démarquait de l’ensemble. Il n’avait pas de bouquet, mais un petit paquet dans les mains.

Cela faisait un moment déjà que l’individu était là. Il n’avait pas bougé d’un pouce, ni dit un seul mot. Il contemplait juste la stèle de pierre à ses pieds, en silence.

Une voiture noire s’arrêta dans l’allée. Puis deux. Puis trois. On entendait au loin le ronronnement timide d’un hélicoptère qui restait en stand-by.

Plusieurs personnes sortirent des voitures, mais parmi eux, seul un homme d’une cinquantaine d’année s’approcha de l’individu.
Il portait un long manteau noir, et certains de ses cheveux noir corbeau, qui tentaient vainement de cacher ses lunettes, palissaient déjà d’une vie bien remplie. Sous son manteau, une chemise et un badge, qui entrechoquait la croix de Saint-Pierre que l’homme avait au cou.

Il arriva tranquillement aux côtés de l’individu, et doucement, posa une main sur son épaule.

- Allez, viens. On rentre à la maison.

L’individu contempla une dernière fois la stèle, et souffla deux mots à son intention.

- Pauvre con.

Il s’en alla vers les voitures, non sans avoir déposé le paquet qu’il avait tenu tout ce temps sur la tombe qui mentionnait :












A notre ami, frère d’arme et collègue,
Neremsa V. Vandrake
1987 – 2037
Tombé au combat
א

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