Les portes de l’église Saint-Antoine des Quinze-Vingts avait déjà et plus souvent qu’à leur tour vu des hommes en proie à la peur ou au désespoir venir les pousser dans l’espoir d’y trouver un refuge ou le salut de leur âme. Le malheureux qui venait aujourd’hui de les franchir n’était pas moins effrayé lorsqu’il entra dans la bâtisse nimbée de silence à cette heure de la nuit, essoufflé. En revanche, ce qui le distinguait des autres venus trouver ici un abri physique ou spirituel était que celui-ci n’était âgé que de neuf ans.
L’enfant longea les murs, le souffle court, empêchant sa curiosité de s'arrêter sur les vitraux qui regardaient le plafond, indifférents. Il avait toujours aimé les vieilles églises avec leurs décorations d’un autre temps et leur calme immuable et intemporel.
Un calme qui ne durerait malheureusement pas, le motard qui l’avais pris en chasse venait de pousser la porte à son tour avec bien moins de douceur que l’enfant ne l’avait fait et les hommes en noir qui descendaient du fourgon militaire derrière lui n’allais pas être plus discrets ni respectueux.
“On sait que t’es là gamin ! On va te trouver alors fait pas plus d’histoire et viens avec nous ! On te fera pas de mal, on est pas des monstres.”
C’était stupide. Les monstres ne lui avaient jamais vraiment fait peur, mais les militaires armés qui le prenaient en chasse, ça, c’était une autre histoire..
Et tout cela simplement parce qu’il avait voulu jouer avec des tableaux. Jouer, tout bêtement. Il ne les avait même pas abimés en plus, le monde était vraiment injuste.
L’enfant rampa dans une alcôve alors que les militaires commençaient à envahir l’église, regardant sous chaque banc pour le retrouver. Il pria en silence et leva les yeux au mur. Il sourit en croisant le regard d’un Christ peint.
SCP-XXX-FR désigne un garçon âgé de neuf ans dont le nom est inconnu et probablement membre du groupe d'intérêt des Oiseaux de Papier.
“On l’a trouvé, il est là !”
La fouille avait été minutieuse, mais les militaires mirent néanmoins un temps conséquent à retrouver le fugitif qu’ils avaient piégé dans cette église. Les issues étaient étroitement surveillées, même dans le cas peu probable où il serait parvenu à leur échapper, quelqu'un l’aurait aperçu.
Lorsque l’un d’eux appela, le reste du groupe convergea dans sa direction. L’homme pointait du doigt la cachette où l’enfant était figé. Ce fut leur leader qui brisa le silence.
“Bon, ça sera plus simple comme ça remarque.” Il appuya sur un bouton d’oreillette à la base de sa gorge. “L1, oui on l’a trouvé. On le ramène. Prévoyez léger pour le nettoyage, y’a pas eu de casse finalement… Très bien. Embarquez-moi ça vous !”
“Sage comme une image !” Plaisanta l’un des hommes sans qu’aucun autre ne relève sa plaisanterie.
Celui-ci dispose d'une aptitude anormale lui permettant d'entrer et sortir à sa volonté de dessins ou d'œuvres peintes.
De là où il était, l’enfant pouvait tout voir. Ils avaient fini par le trouver, mais au moins ici, ils ne pouvaient pas le suivre, c’était déjà ça.
Le monde extérieur se mit à bouger lorsqu’ils décrochèrent le tableau pour l’emporter. C’était toujours aussi déstabilisant, le mieux à faire était de s’allonger sur le sol et de fermer les yeux en attendant que ça passe. Il n’y avait rien d’autre à faire de toute façon. S’il sortait maintenant, ils l’attraperaient immédiatement. Il devait attendre. Au moins, lorsqu’il y avait des personnages, il n'était pas entièrement seul dans le tableau.
Lorsque SCP-XXX-FR est présent à l'intérieur d'une œuvre, celle-ci le représente aussi, modifiant sa composition artistique et la disposition des éléments présents jusqu'à ce qu'il la quitte. Elle reprendra alors son apparence d'origine.
La façon dont SCP-XXX-FR perçoit son environnement lorsqu'il se trouve à l'intérieur d'une image n'est pas déterminée. Il est cependant avéré que l'anomalie à conscience de l'environnement autour de l’image où elle se trouve.
Clic
Il y avait eu un bruit et la fenêtre sur le monde était devenu noire. Ils avaient dû mettre le tableau quelque part, dans une boîte ou quelque chose, ce n’était pas bon signe. S’il n’avait pas l’espace pour sortir, il pouvait toujours essayer, il n’y arriverait pas. Il le savait bien, les grands à la Cour l’avait déjà bien assez souvent embêter en posant le tableau sur le sol pour l'empêcher de sortir pour s'amuser à ses dépends.
L’enfant s’allongea sur le sol sableux. Autant essayer de dormir et de se reposer. Qui sait où ils l'amenait à présent ?
La façon dont SCP-XXX-FR perçoit son environnement lorsqu'il se trouve à l'intérieur d'une image n'est pas déterminée. Il est cependant avéré que l'anomalie a conscience de l'environnement autour de l’image où elle se trouve.
“Mon garçon sort d’ici. On ne va pas te faire de mal, je veux seulement te poser quelques questions. Tu ne seras même pas obligé de parler si tu veux, juste oui ou non avec la tête.”
Le tableau resta aussi immobile que tous les tableaux du monde. Mais celui-ci contenait bel et bien un enfant qui refusait d’en sortir. Le chercheur se gratta la tête. Il était spécialiste en histoire de l’art et, fierté personnelle, assez calé en anart. Mais les enfants étaient décidément un domaine où il devait s’avouer particulièrement ignorant.
“Je suis sûr que si tout se passe on pourra même t’amnésier et te trouver une gentille famille. Ça te dirait pas ?”
Toujours rien. Non définitivement, un psychologue ou n’importe qui d’autre sachant s’y prendre avec les enfants ferait davantage l’affaire. Il avait simplement l’impression de parler à un tableau et c’était tout particulièrement décourageant.
SCP-XXX-FR fut découvert le 24/07/2023 dans une reproduction d'une toile pieuse affichée dans l'église Saint-Antoine des Quinze Vingts, dans le 12eme Arrondissement de Paris, après une série d'effractions commises dans plusieurs musées d'art parisiens les jours précédents. Lors de ces effractions, les gardiens remarquèrent la présence d'un personnage d'enfant moderne apparaissant et disparaissant de plusieurs tableaux, modifiant temporairement leur apparence ainsi que des rires d'enfant. Aucun intrus ne fut autrement aperçu et aucun vol ne fut reporté par les équipes de sécurité des musées.
“Tu veux un chamallow ? J’ai demandé à ce qu’il n’y ait que nous deux dans la pièce et j’ai ramené des bonbons et des gâteaux pour si tu veux manger pendant qu’on discute.”
Le monsieur chauve était parti. Une dame avait pris sa place et même si elle avait l’air plus douce, l’enfant ne comptait pas sortir. Le logo cousu sur leur blouse et le décor aseptisé grossièrement redécoré en salle de jeu ne trompaient pas, les SCP lui avait mis la main dessus.
Il avait entendu assez d’histoires sur eux racontées par Papy ou d’autres adultes de l’Outre-Paname. Ils n’étaient pas les méchants mais pas les gentils en plus. Ils étaient avant tout dans le camp du plus grand nombre. Pas le leur donc. Il avait même entendu dire qu’ils volaient la mémoire et que se souvenir d’une rencontre avec eux était bien rare. Il ne voulait pas qu’on lui vole sa mémoire.
Tant qu’il ne se laissait pas avoir et qu’il gardait conscience de ce qui se passait, c’est qu’ils n’avaient pas encore gagné.
Avec cette ferme pensée en tête, il chassa de son esprit l’envie de chocolat qui grandissait au fond de son estomac et serra un peu plus fermement le bras du personnage du tableau.
Durant la période suivant sa capture par la Fondation, SCP-XXX-FR refusa ou fut incapable de quitter le tableau dans lequel il fut trouvé. Il fut remarqué que ses traits semblaient de plus en plus émaciés et pâles à mesure du temps.
La faim était là et lui rongeait l’estomac comme un renard cherchant à sortir pour trouver quelque chose, quoi ce que soit, à se mettre sous la dent. Il avait si faim qu’il lui semblait à présent même qu’il n'avait jamais eut faim auparavant et que le petit creux séparant deux repas n’était que le caprice d’un ingrat qui avait la chance de ne jamais avoir à goûté à la véritable faim.
Mais pire que cela, c’était la soif, plus sournoise que la fin, elle lui brouillait la vue, il la sentait lui presser le cerveau dans une migraine infernale, il se sentait faible, si faible. Même rester assis ou allongé était un effort insurmontable. Et l’eau de la rivière du tableau qui n’était que pigment et goût de lin… Non, c’était vraiment ça le pire.
L’enfant sourit. Le personnage était là, souriant, rassurant et solide comme un rocher. Lui aussi avait jeûné dans le désert de ce tableau et cette solidarité donnait du baume au cœur au jeune anormal. Il tiendrait, comme l'autre avait tenu.
Addendum : Le 26/07/2023 à 10h32, SCP-XXX-FR disparut spontanément du tableau, ne laissant sur l'image que les vêtements qu'il portait. Il est supposé que SCP-XXX-FR soit mort de déshydratation en refusant de quitter l'œuvre dans laquelle il se trouvait.
C’était la fin. Il avait passé les dernières heures à refuser d’y croire mais l’évidence était là. Personne ne viendrait le sauver. Il n’y aurait pas de fin heureuse. Seulement une fin.
Les doigts de l’enfant glissèrent hors du bras qu’ils tenaient. Il n’avait plus la force. À cause de ces hallucinations, le personnage semblait lui adresser un sourire compatissant. Il sourit, à son tour, une toute dernière fois.
“C’est fini ?”
Le personnage ne répondit pas.
Niveau de Menace : Orange ●
“J’aurais pu sortir d’ici, mais ils m’auraient attrapé et j’aurais parlé. Les Oiseaux, c’est mes amis, je peux pas faire ça. Tu les aimerais bien je pense, surtout Papy…”
Le personnage ne répondit pas.
Classe : Neutralisé (anciennement Euclide)
“Toi aussi tu es mort pour que les autres puissent vivre…”
Le personnage ne répondit pas.
Procédures de Confinement Spéciales : Le tableau représentant SCP-XXX-FR doit être conservé dans un casier de stockage standard du Site-Kybian à l'abri de l'humidité et de la lumière. Les documents papiers concernant SCP-XXX-FR sont stocké dans ce même casier.
“À tout de suite…”
Le personnage ne répondit pas.
SCP-XXX-FR dans son état actuel.
