Pas lui...

L'agent Jenkins était confortablement assis dans son bureau. Et ça lui plaisait.

Il avait eu la chance, quelques années plus tôt, d'avoir accompli un exploit qui lui avait valu une renommée légendaire, une admiration craintive de la part de ses collègues et, il va de soi, une promotion lui permettant d'accéder à ce bureau si convoité. Ici, pas de danger à chaque couloir, pas de SCP à rattraper, pas de malades mentaux à surveiller. Juste un sentiment de plein pouvoir permanent, et la satisfaction de ne pas avoir à accomplir ces tâches ingrates.

De plus, ses sous-fifres (il adorait les nommer comme ça, il se sentait encore plus puissant) n'osaient pas le déranger. Des rumeurs terribles circulaient sur lui, qu'il avait savamment répandues, qui s'étaient enjolivées avec le temps, le faisant dorénavant passer pour la solution ultime en cas d'évènement de classe K. C'est à dire qu'il ne sortait quasiment jamais de son bureau.

Cependant, alors qu'il dégustait son troisième verre de café de la journée (bien qu'il n'était que 11 heures), un garde rentra dans son bureau en sueur. L'agent Jenkins fut à la fois surpris, du fait que la personne qui était entrée avait somptueusement ignoré le petit écriteau placé sur la porte sur lequel était marqué "ne pas déranger" (cela faisait au moins 6 mois qu'il n'avait pas bougé), mais en même temps en colère contre l'individu qui le dérangeait pour la première fois depuis plusieurs semaines. Il prit une posture imposante sur son fauteuil, choisit le regard le plus autoritaire qu'il pouvait et parla avec une voix sèche, qui aurait décollé le papier peint s'il y en avait.

"Qu'est-ce qui se passe encore ?"

Le "encore" était évidemment de trop. Personne n'osait lui demander quoi que ce soit.

Le garde parut se ratatiner sur lui-même devant le charisme que devait dégager l'agent Jenkins à ce moment là, puis dit avec difficulté :

"Monsieur, je…

— Oui ?

— Nous… nous avons un problème.

— J'approuve.

— Vous… Vous êtes déjà au courant ?

— J'ai même deux problèmes.

— Ah… Ah bon ?

— Oui, le premier, c'est que vous avez pénétré dans mon bureau SANS TOQUER."

Le garde faillit tomber face à la puissance de ces deux derniers mots. Un météorologue qui serait passé par là aurait enregistré un vent de 6 Beaufort.

"Deuxièmement, QUI VOUS A ENVOYÉ ICI !?"

Il s'était levé pour impressionner le gars. D'habitude, c'est à ce moment là qu'ils partent, effrayés devant tant d'autorité. Mais celui-ci resta.

"Ce sont les O5, monsieur !"

Il lui tendit un papier avec toutes les signatures et les autorisations. L'agent Jenkins le lui arracha des mains et lut. Sa figure se décomposa à mesure qu'il apprenait qu'il devait reprendre du service. Il tenta de garder un air digne. Peut-être qu'il pourrait sauver la situation… Une ou deux magouilles… Quelques agents qui voulaient se sacrifier pour le bien de la Fondation…

"Et ? Je ne vois pas ce que j'ai à voir avec ça !

— C'est que… En raison de vos exploits, le conseil des O5 a décrété que vous étiez le seul à pouvoir confiner, voir éliminer le SCP qui les effraie."

"Éliminer", "O5" et "effraie" dans une même phrase qui ne parle pas d’exécution ? Mais qu'est-ce qui se passait ?

"Si c'est 682, vous pouvez vous en sortir sans moi.

— Non, c'est pire.

— Pire que ce gros lézard ? Une épidémie de 113-B qui menace toutes nos archives ?

— Vous êtes bien en dessous de la vérité.

— Nos agents infiltrés dans l'Insurection du Chaos ont été découverts ?

— Toujours pas.

— On a passé Grym dans 914 sur "très fin" ?

— Non plus.

— Alors c'est quoi ?"

Il sentit la peur. Les O5 l'envoyaient à la mort. Il ne pourrait jamais vaincre quelque chose de pire que ce qu'il avait cité. Il commençait à regretter d'être assis ici…
Le garde vint lui chuchoter à l'oreille. L'agent Jenkins fut perplexe :

"Un coffre ?

— Affirmatif, monsieur.

— Qu'est ce que vous voulez que je fasse d'un coffre ?

— C'est lui le SCP, monsieur."

L'agent Jenkins fut pris d'un fou rire qui dura une bonne minute. Lorsqu'il retrouva son calme, il fut curieux de comprendre comment un coffre pouvait effrayer à ce point les O5.

"Un coffre ! Qu'a-t-il de dangereux ?

— Il est conscient, monsieur.

— C'est tout ? Je ne vois pas ce que…

— Et il a des pieds, plein de pieds.

— Et alors ? Ce n'est pas parce qu'il se déplace qu'il…

— Il dévaste tout sur son passage.

— Comment ? Il fonce dessus ?

— Non, il mange tout.

— Tout ?

— Même les agents que nous avons envoyés.

— Envoyez un char d'assaut alors !

— Déjà fait monsieur.

— Et ça n'a pas suffit ?

— Il l'a mangé lui aussi."

L'agent Jenkins avait commencé à ressentir de la peur avec l'énumération de toutes ces caractéristiques. Voilà qui lui rappelait quelque chose…

"Vous avez essayé le bombardement ?

— J'ai bien peur qu'il ne soit invulnérable."

Il se prit la tête entre les mains. Il connaissait maintenant son ennemi. Et il en était désespéré.

"Donc c'est là que j'interviens.

— Oui, monsieur, vous êtes notre dernière chance. Nous avons tout essayé, mais le SCP continue d'avancer, dévastant les populations civiles et les sites sur son passage, ce qui crée des brèches de confinement à la chaîne. Tout le monde attend vos instructions."

Il inspira profondément et se leva lentement. Il n'avait aucune chance. Lui, la Fondation et peut-être même la Terre entière étaient condamnés.

"J'arrive."

En sortant de son bureau, il pensa avec amertume à tous les ennemis et autres créatures légendaires qu'il aurait pu affronter : des dragons, des démons, des singes intelligents, des dieux… Mais non, il a fallu qu'il tombe sur ce putain de coffre à pattes.

Bouffé par un coffre, quelle fin merdique.

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