Alchimiste d'un jour, Alchimiste pour toujours
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…Ce que j'ai fait ? C'est une question compliquée. Honnêtement, je ne me souviens pas de certaines parties du processus, et à un moment, quelque chose s'était certainement produit pendant la nuit alors que je dormais. Je ne pense pas que je puisse un jour réitérer cette sorte d'imprégnation à nouveau, et rien que l'essayer me tuerait…

-Ruslav Diaghilev/Nimue’lar
Apocryphe

Une petite feuille tombait doucement sur la butte qui faisait face aux portes de Camelot. Une simple manipulation de l'Æther Airé l'amena dans la main d'Arthur. Il sourit légèrement en l'écrasant entre les bouts de ses doigts. Il se tourna vers son compagnon dans la selle de son cheval, une main sur la poignée de l'épée à sa ceinture, "Bienvenue dans ton foyer, Lancelot. Magnifique, n'est-ce pas ?"

À côté de lui, Lancelot admirait la ville qui s'étendait à perte de vue et la forteresse qui se dressait au-dessus d'elle au loin. "Je n'ai jamais rien vu de pareil, Sire. J'avais entendu parler de sa majesté même dans mon village, mais je n'avais jamais imaginé qu'elle puisse être à la hauteur de ces descriptions." Les vêtements simples de Lancelot tranchaient avec ceux d'Arthur, robustes mais quelconques. Ses mains étaient couvertes de cicatrices et calleuses, à la fois à cause de l'épée et du soc de charrue.

Arthur serra les genoux et son cheval partit au trot, descendit la butte et parvint jusqu'au petit chemin empierré qui menait à la ville. Ils chevauchèrent dans un silence relatif tandis que les gens de la ville saluaient et s'inclinaient devant leur roi, le groupe à sa suite causant un petit vacarme comme à son habitude. Les chevaux, les domestiques et les hommes d'armes faisaient au mieux une cacophonie absolue, et leur approche de Camelot n'était pas vraiment discrète.

Arthur descendit de selle en arrivant à l'écurie en-dehors de la ville, caressant le cou de l'haquenée alors qu'il tendait les reines au palefrenier de l'écurie extérieure, "Il est un peu tendu aujourd'hui, je crois que sa patte arrière gauche est un peu raide." Les sens Ætheriques d'Arthur avaient parcouru le cheval pendant la majeure partie de la matinée, et il s'inquiétait du nœud de malaise dans le corps de la créature.

Le palefrenier acquiesça quelque peu roidement, "Oui sire, je m'en occuperai." Le palefrenier marmonna quelque chose dans sa barbe.

Les courants Æthériques dans l'épée à la ceinture d'Arthur pulsèrent légèrement, et Arthur regarda le palefrenier et sentit une sensation de gêne. La lame était unique en son genre, mais Arthur était encore en train d'essayer de déterminer précisément ce qu'elle pouvait faire. Depuis qu'il l'avait prise, il avait découvert des pouvoirs et des extensions de ses sens chaque jour ou presque. Les efforts de Nimue'lar avaient réussi au-delà de toute attente, et Caliburn, comme ils l'avaient nommée, était une épée aux pouvoirs uniques, la fusion du potentiel humain et de la science lunarienne.

Auprès de la porte, la grande silhouette de Gauvain se profilait, les mains entrecroisées en attendant Arthur. Les épaules de l'homme de haute stature étaient larges, plus habituées à une hache de bûcheron qu'à une épée, mais il s'était distingué en prenant les armes. Les recommandations de champions de Merlin s'étaient avérées justes jusqu'à présent.

"Merci, je reviendrai plus tard. Lancelot, Gauvain, avec moi," dit Arthur en traversant les portes et en entrant dans la cité, alors que plusieurs gardes étaient postés près du pont-levis et sur les remparts de l'enceinte extérieure. Il y avait eu bien trop d'attaques au goût d'Arthur dernièrement, mais il n'y avait qu'un nombre réduit d'hommes disponibles pour défendre la cité pendant qu'Arthur était parti en expédition.

Lancelot eut quelques difficultés pour suivre l'allure d'Arthur, et le grand Gauvain vint se placer de l'autre côté de leur roi alors qu'il entrait dans la cité. En passant auprès d'eux, le peuple s'inclinait et murmurait des paroles obséquieuses sur le passage de leur seigneur. Cela mettait toujours Arthur mal à l'aise, mais leur demander de ne pas le traiter comme un roi ne faisait que les rendre anxieux et furieux. "Gauvain, au rapport."

Gauvain se tourna vers Arthur et acquiesça en dévisageant avec circonspection Lancelot, "Oui, sire. Quatorze hommes ont répondu à notre appel, et quarante-six personnes de plus sont venues s'installer dans la cité et ses alentours. Le projet d'extension de l'enceinte a… progressé, mais je me dois, une fois de plus, d'attirer votre attention sur le fait que les fonds pour l'enceinte, plus les nouveaux soldats, plus les divers autres projets, sont…" la voix de Gauvain se perdit.

Arthur s'arrêta et se tourna vers lui, "Intenables ? Je comprends. Parles-en à Merlin, il trouvera les fonds."
Du coin sombre d'une allée, Merlin sortit à grands pas dans sa grande cape qui recouvrait les épaules de son hôte fraîchement possédé. "Merlin trouve les requêtes pour trouver continuellement des fonds tout à fait avilissantes, sire."

Arthur fronça des sourcils en voyant son ami, "Merlin, tu sais pourquoi nous en avons besoin, et tu es le seul qui en soit capable. Cesse de te plaindre, et fais ce qui t'est demandé. Ou bien ne suis-je plus ton sar, désormais ?"

Gauvain et Lancelot échangèrent un regard tandis que leur roi et Merlin se disputaient. Juste hors de portée de voix, Lancelot se pencha vers l'homme plus grand en fronçant légèrement les sourcils, "Est-ce qu'il est toujours… avec…"

Gauvain haussa les épaules et regarda le jeune homme, ses yeux bruns indifférents aux étranges comportements de son roi, "Je ne suis pas en position de demander pourquoi. Il a uni Britania et repoussé les envahisseurs. Je lui pardonnerai quelques excentricités de temps à autres. Et tu es ?"

Lancelot regarda honteusement ses mains, "Lancelot. Arth— le Roi m'a demandé de venir avec lui. Donc je suis venu."

Gauvain hocha la tête comme pour acquiescer, "Que faisais-tu avant qu'il ne te trouve ?"

Lancelot haussa les épaules, "J'étais un fermier qui jouait au soldat."

Gauvain posa une main sur son épaule et serra légèrement, "Fini les jeux, Lancelot. Bienvenue." Arthur et Merlin s'éloignèrent d'un pas raide, toujours plongés dans leur conversation, la moitié de leurs mots inconnus des deux hommes. Ils se dépêchèrent de les rattraper, en les suivant aussi près que possible sans s'immiscer dans leur conversation.

Les yeux d'Arthur se promenèrent sur les petites gens de la cité, divers marchands, artisans et professionnels. Chacun d'eux était un élément précieux de la machinerie du royaume. Il était toujours surpris de l'étendue de son affection pour eux. L'affection que cet homme avait avant qu'Arthur ne possède son corps mourant et sauve sa vie. Bien qu'il la lui ait volée dans le processus. "Merlin, je ne sais pas si je serai capable de les sauver."

Merlin grogna en direction d'Arthur et posa la main sur les poils de son menton qui n'étaient alors qu'une barbe grise de trois jours. La barbe qu'il avait toujours arborée dans son corps naturel lui manquait. "Ce n'est pas notre guerre, Arthur'sar. Elle ne l'a jamais été."

Arthur s'arrêta et plongea ses yeux dans les siens, le pétrifiant de son regard. "Si tu insinues une fois de plus que ces gens ne valent pas la peine d'être protégés et sauvés, nous en viendrons à des mots… Æthériques. Est-ce clair ?"

Merlin resta stupéfait, les mots d'Arthur équivalents à une menace de mort. Merlin était puissant, un des Alchimistes les plus puissants que leur société ait jamais produit, mais Arthur était… même avant l'épée, il était fait pour le combat. Il déglutit durement, et inclina poliment la tête. Il était pas sûr de ce qui l'avait forcé à obtempérer, mais il savait qu'il dirait oui.

"Bien. Quoi qu'il en soit, c'est notre guerre désormais, à moins que tu aies un corps lunaire de rechange qui reste quelque part ?" Le sourire décontracté d'Arthur revint sur son visage, tandis que l'épée vibrait légèrement à son côté. La main d'Arthur se resserra sur la poignée de l'épée.

Un mouvement soudain attira l'attention de Gauvain, un éclair blond. Le chevalier tournoya en un clin d'œil, et ses pieds n'étaient qu'un flou à peine visible tandis qu'il se plaçait entre son roi et l'objet mouvant, déterminé à l'arrêter, peu importe ce que c'était. Une petite fille blonde se figea de peur alors que la main du grand chevalier avait à moitié tiré son épée de sa fourreau, ses yeux habités d'une flamme avant qu'il ne réalise que la "menace" était une petite enfant avec une fleur dans sa main. Il rengaina son épée honteusement et se détendit, la ville entière s'arrêtant net pour fixer le chevalier.

Lancelot était émerveillé par la vitesse à laquelle Gauvain avait réagi. Comment avait-il fait cela ? Il avait à peine eu le temps d'apercevoir la fillette et Gauvain était déjà entre eux. Derrière Gauvain, Lancelot aperçut Arthur en train de rengainer l'épée iridescente qu'il portait, trois bons mètres plus près de lui qu'il ne s'en souvenait. Gauvain était rapide, mais comment Arthur avait-il fait ça ?

"Repos, Gauvain, je ne pense pas que ce soit une assassine," dit Arthur en s'avançant, son épée prudemment remise dans le fourreau à sa hanche. Arthur s'accroupit et regarda la fillette dans le blanc des yeux, qui étaient toujours écarquillés par l'appréhension. Il sourit largement et tendit la main vers elle, un petit chiffon dans sa main pour essuyer les larmes de peur. "Je suis désolé pour le grand chevalier, petite, il est très protecteur de son roi. Quel est ton nom ?"

Elle cligna plusieurs fois des yeux et marmonna "Aeleen…"

Les yeux d'Arthur dérivèrent jusqu'à la fleur dans sa main gauche. Son bras droit était fermement maintenu auprès de sa poitrine dans une écharpe. "Qu'est-il arrivé à ton bras, Aeleen ?"
La fillette haussa les épaules, "Un des moutons était fou et l'a cassé quand il a eu peur." Elle s'avança légèrement et tendit la rose rouge brillant, sa tige longue et fine. Elle était sur le point de fleurir, "C'est pour vous, messire… ma mère m'a dit de vous le donner parce que vous êtes notre roi."

Arthur lui prit la fleur, le contact du bout de ses doigts frais contre sa petite main, souriant, et inspira profondément pour sentir la fleur. L'odeur était brillante et éclatante. Après avoir passé des éons sur Luna, les odeurs de la terre étaient si pénétrantes pour son nez. "Mmm… j'aime beaucoup la senteur des roses, Aeleen, je te remercie." Il tendit sa main droite et toucha son épaule, empli de cette même sensation d'affection, satisfait du geste simple de cette fillette et de ses parents. Sa main gauche agrippa Caliburn pour garder l'équilibre alors qu'il serrait doucement et souriait.

Un éclair de lumière blanche et bleue surgit et les Æthers s'écoulèrent librement tandis que l'énergie se déversait de Caliburn à Arthur et en Aeleen. Lancelot et Gauvain émirent tous deux une brève exclamation en voyant les courants d'Æther de leurs propres yeux pour la première fois, un éclair de compréhension les traversant. Une sensation d'émerveillement mêlé d'admiration submergea Lancelot, et il sut que sa vie avait changé à jamais en cet instant.
La main d'Arthur s'éloigna vivement de la petite fille, aussi surpris que tous les autres de voir les éclairs de lumière et les énergies Æthériques se déverser de lui. Aeleen poussa un cri de surprise et cligna des yeux en voyant sa main droite se plier et se libérer de l'écharpe. Sa bouche s'ouvrit de joie, et elle sauta en avant pour étreindre Arthur. "Merci ! Ma mère avait raison, vous êtes un bon roi !" Elle se retourna et courut jusqu'à ses parents qui l'attendaient, tous deux stupéfaits.

Arthur se releva lentement en baissant les yeux sur sa propre main, ce même sentiment d'amour et de connexion s'atténuant désormais, s'évanouissant en même temps que les dernières énergies Æthériques. "Je… n'ai… quoi ?"
Merlin s'avança d'un pas pesant et regarda Arthur durement dans les yeux, "Que viens-tu de faire ?" siffla-t-il, car les courants Æthériques qui étaient apparus étaient d'une magnitude supérieure à tout ce qu'il avait vu quiconque manier, même Mordred lui-même.

Arthur laissa sa poigne sur la poignée de Caliburn se relâcher et prit une profonde inspiration, "Je ne sais pas pourquoi cette épée me l'a laissé faire," sa voix s'évanouit, puis il serra sa main droite en un poing, "Mais je sais comment." Arthur se retourna et dégaina Caliburn en faisant face à Lancelot et Gauvain.

"À genoux, tous les deux," dit Arthur, d'un ton absolu. Sa prise sur l'épée se resserra et les deux hommes s'agenouillèrent sans mot dire. Arthur se plaça devant Gauvain et posa les quinze derniers centimètres de Caliburn sur une épaule, libérant les mêmes Æthers en Gauvain que ceux qui étaient passés dans la petite fille, mais simplement d'une façon différente. Il décrit un arc de cercle avec l'épée, la posa sur son autre épaule et libéra plus d'énergies, d'un autre type, les liant tous deux ensemble. "Tu es désormais Sieur Gauvain, chevalier et gardien personnel des armes de ton roi. Lève-toi et marche avec moi en confrérie et en puissance."

Alors qu'il répétait l'opération avec Lancelot, Gawain se releva, presque stupéfait par le flot de pouvoir qui déferlait dans son corps. Tout autour de lui, il pouvait voir nettement les courants d'Æther, s'écoulant dans, hors de et autour de tous et tout. Merlin et Arthur brillaient presque, avec quelque chose d'autre en eux deux. D'une pensée, il attira ces courants, et le temps ralentit, ses sens cent fois plus aiguisés. Avec une autre sensation, un autre courant fut attiré, ses mains et doigts devenus flous même pour ses propres perceptions accrues. Il croisa le regard d'Arthur… et celui de la créature qui habitait le corps de son Roi également. "Tu vois désormais, n'est-ce pas Gauvain ? Et tu peux le ressentir. Tout comme je le peux." Gauvain ne peut que hocher la tête, saisi de confusion.

Merlin fixa Arthur, "Qu'est-ce que tu viens de faire, tu viens de nous révéler à tous les humains de Camelot ?!"

Arthur se retourna et rengaina Caliburn en faisant face à Merlin. "Je sais comment nous pouvons vaincre Mordred, Merlin."

…En fin de compte, les pouvoirs que donnaient l'épée étaient moins fantastiques que ce que vous auriez pu imaginer, et ils venaient tous de la même source : Arthur. Au final, il la forgea en l'arme qu'elle était. Tout ce qu'elle fit était augmenter ce qu'il n'était déjà… mais plus de ce qu'il était se trouvait être plus de pouvoir que quiconque n'en avait jamais possédé… et la seule fois que quelqu'un le referait fut la seule fois où j'ai dû brandir la lame, des millénaires plus tard…

-L'Administrateur, alias Merlin’Aer
Apocryphe


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