On a tous besoin de Lui.
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Le 9 janvier 2017, dans l'école.

16H00.

Une école hors du commun ouverte à tous. Telle était l’école dans laquelle Jean voulait rentrer. Telle était l’école dans laquelle Jean était entré.

Mille cent soixante-quinze membres dans cette école française rassemblant une palette de personnalités et de personnes toutes plus atypiques les unes que les autres.

Une école où seul un petit nombre était en train de roder dans les couloirs. Mais une école tout de même. Car on y avait appris des choses. Car on en a enseigné. Car on a partagé et on a reçu. On a rencontré. Et on a écrit des sommes faramineuses de feuilles pour certains, et rendu la compréhension plus accessible au plus grand nombre pour d’autres.

Là où cette école se démarquait des autres, c’était premièrement ses horaires : elle était ouverte tous les jours et toutes les heures… et ce n’était pas vraiment une école en fait.

Elle représentait une communauté de personnes sérieuses qui l’étaient un peu moins. En cause, certaines personnes qui étaient pleines de bonne volonté et pour certaines, de bon goût, mais qui n’arrivaient pas à se démarquer des autres.

Et Jean en faisait partie.

Jean était un jeune homme venant tout juste d’avoir quinze ans et s’intéressant grandement, comme la majorité des membres de cette école, à la science-fiction et au paranormal. Adepte de certaines séries et joueur de jeux vidéos, il pensait se faire une place dans la communauté et devenir un membre éminent pouvant se vanter d’avoir un casier à son nom. Mais voilà, tout ne s’était pas passé comme Jean le souhaitait.

Alors qu’il pensait pouvoir discuter avec ses idoles, ceux possédant un casier, il s’est vite rendu compte qu’elles étaient antipathiques pour certaines, ne répondaient pas à ses questions pour d’autres, et toujours, toujours le suppliaient de lire un foutu document qui n’allait sans doute pas changer sa vie.

Alors qu’il arpentait les couloirs vides pour transmettre son devoir entièrement rédigé sur le bureau, Jean se dit qu’il devrait sans doute donner son avis sur des discussions de la cantine. Notamment sur les enfants immortels dans un jeu.

Tout fier de son devoir lui promettant un grand nombre d’appréciations et commentaires positifs, cela faisait de nombreuses années qu’il y avait pensé avant son inscription après tout, il regarda avec envie le tableau des trophées où une magnifique copie sur les suites était accrochée. Mais pas pour tout de suite. Il devait d'abord commencer à réserver son casier. Après tout, il le méritait.

Puis, détournant les yeux pour observer au détour d’un couloir ces personnes antipathiques qu’il admirait néanmoins, il en questionna une sur une anecdote qu’il avait remarqué dans un devoir non terminé. Le devoir 110-Machin. Le regard et le soupir qu’il reçu en retour alors qu’ils s'éloignaient le fit se sentir triste. Une tristesse qui passerait sûrement dans les prochains jours, il avait quand même réfléchi pendant plusieurs heures à une théorie, alors… Pourquoi ? Il était sûr que la sienne était révolutionnaire pourtant !

Tout en se demandant pourquoi cette tristesse était présente dans leurs yeux, on l’héla alors qu’il s'apprêtait à voir les casiers.

-C’est bien toi qui a déposé ce devoir ?

-Oui Meusieur.

-Je ne pense pas t’avoir déjà vu dans notre école. Tu as rempli ton dossier au secrétariat ?

-Non Meusyeur, j’é dyréctement daiposer mon deuvoir sure vot’buro, j’été trèp presser !

-J’entends bien mais… tu n’as pas mis de post-it dessus… Ni même rangé dans une pochette. Tu as juste posé ton tas de feuilles sur le bureau, celui réservé aux dossiers acceptés en plus, et tu es parti. Et puis la mise en forme n’est pas fameuse, de même que l’idée. Et soigne ton orthographe nom de Dyeu.

-A ? Sé pas com sa que sa marche ?

-Non. Donnez-moi votre carnet jeune homme.

-Que mais… c’ai injuste !

-Nul n’est censé ignorer le règlement. Tu devrais le savoir, non ?

-Sa va, on est pas dans une aicole de droit, sé pueblic icy.

-C’est justement parce que c’est public que nous sommes aussi durs. C’est donnant-donnant : si tu ne fais pas d'efforts, nous n’en feront pas non plus.

Puis il s’éloigna tout en lui rendant son carnet où un mot était gribouillé. Son nom ainsi qu'une annotation présente sur les documents officiels étaient écrits en haut, à gauche de celui-ci : [Disc]. Apparemment c’était sans conséquence mais il devrait faire attention.

Tss, tous les mêmes, pensa t-il, ces vieux cons ! Ils se prenaient pour qui à tout commander ? C’est une école publique où je pensais me détendre, pas un vrai bahut.

Dire que j’avais été pris. J'ai tenté de le faire douze fois puis j’ai lu vite fait un truc sur le bouquin. J’ai sûrement dû mettre un truc intéressant. Bah, je suis là maintenant et je compte bien être sur le tableau.

Tout en relisant son mot lui indiquant que son dossier avait été jeté pour que la place soit gardée à un meilleur, il écuma sa rage en se dirigeant vers le secrétariat.

Apparemment, tout le monde y avait déposé un dossier d’inscription. Une étape obligatoire semblait-il. Alors après l’avoir rempli, il se dirigea vers les casiers et ne croisa personne en cette après-midi. Ils devaient être occupés ou à la cantine

Les casiers étaient peu nombreux et chacun avait une histoire. On pouvait regarder ce qu’il y avait à l’intérieur et laisser un petit mot sur la feuille placardée sur chacun d'eux.

Dans le dossier qu’il avait lu, Jean avait vu un mot qui lui semblait inutilisé depuis 1454, il prit donc le soin de le signaler avant de se diriger vers une salle. Salle qui était indiquée par ce même dossier contenant l’étrange mot. Peut-être que l’explication s’y trouvait ?

Jean arriva en quelques secondes vers cette partie de l’école qu’il ne connaissait même pas de nom. Le bâtiment 5B apparemment.

Ce bâtiment contenait un nombre quasi anormal de salles, remplies pour certaines, mais relativement vides pour d'autres. Le niveau des dossiers dans chaque salle était bas : certaines parties semblaient manquer, et d’autres contenaient des fautes.

Mais Jean devait se rattraper après son mot, alors, en bon nouveau, il corrigea les fautes d’une salle, puis d’une autre, jusqu’à ce qu’il ait fini une section du bâtiment. Et Jean était fier de son geste. Il deviendrait bientôt connu, c’était sûr.

Mais certains le seront moins que lui, et il en était tout aussi sûr après avoir lu les dossiers de quelques uns. Le bâtiment C était assez actif d’habitude mais là… personne.

Les dossiers s’empilaient depuis plusieurs jours et personne ne les critiquaient plus. Alors Jean allait enfin dire ce qu’il pensait de tous ces dossiers qui étaient moins bon que le sien. Il en avait le droit, non ?

Après ses critiques sur plusieurs dossiers contenant des choses comme l’homme de sang et le stylo de Dieu, ainsi que d’autres trucs du style, Jean se dirigea vers la cantine.

La cantine était un lieu de détente ici. On pouvait échanger avec tout le monde et n’importe quand. C’était un lieu un peu à l’écart, mais certains y étaient plus présents que dans les couloirs de l’école. Sûrement parce qu’ils ne faisaient pas des dossiers aussi bon que le sien.

Alors qu’il était à moins d’un mètre de la cantine, Jean chercha des yeux les personnes à l’intérieur. Mais il n’y avait personne. Pas une personne.

Pas une personne, non.

Mais un monstre, oui.

Alors Jean recula doucement pour s’enfuir, tout en maintenant inconsciemment le contact visuel avec l’entité anormale. C’était le dossier qui le regarda en retour, le regard vide.

Jean ne comprenait pas comment un dossier géant avait pu se déplacer jusqu'ici, s'appuyant sur le mur, attendant qu’il fasse… ce qu’il attendait.

Cette chose avait ses deux trombones braqués sur lui. Il ne pouvait pas ne pas cligner des yeux. Et il allait mourir devant ce plag…

-En fait ce n’est pas un plagiat Monsieur Kévin. Ce dossier a été créé avant les anges pleur…

-Hein ? Non mé t ki toi ?

Lui adressant un sourire radieux, l’homme lui révéla son nom improbable ainsi que sa fonction. Et qu’il avait besoin de Lui. Qu’ils avaient tous besoin de Lui.

Puis il se réveilla.


Il était au Site Aleph. À l’infirmerie pour être plus exact. Et le médecin se pencha vers lui, rassuré… et un peu inquiet.

-Bonjour agent Kévin. Vous nous avez fait une belle frayeur à vous évanouir en plein milieu de la table d’examen. Vous souvenez vous de l’incident avec 062-FR ?

-Quoi ? 062-FR ? Hm non, juste un… homme et une école avec des dossiers… C’était assez étrange. Et ce qu’il m’a dit aussi, ça n'avait aucun sens.

-Pouvez-vous développer ?

-Il m’a dit que c’était normal d’être perdu et que beaucoup de personnes avaient besoin de Lui et de ses homologues en ce moment. Que beaucoup de personnes attendaient encore.

-Attendre quoi ?

-L’attendre Lui. Qu’on a tous besoin de “Lui” à un moment ou à un autre.

-Et qui c’était “Lui” ?

-Un nom étrange… sans importance. C’était un rêve de toute façon. Revenons à cet incident avec 062-FR. Qu’est-ce qu'il s’est passé ?

-Tout peut-être utile et avoir de l’importance au sein de la Fondation. Je vous écoute. Qui était-il ? De qui avons-nous tous besoin ?

-C’est vraiment important ?

-Oui, ça l’est !

-On a tous besoin d’un… d’un qoifmqerho.

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