Pas de Bonne Action
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18 Janvier, 2020

Tandis que les docteurs, les infirmières, les aides de soins, et les autres membres du personnel de l’hôpital exerçaient leurs fonctions dans l’Hôpital St. Vincent de Portland, un homme en costume bleu et argent se faufilait vers une salle dans l’unité chirurgie médicale de l’établissement. Son nom était Vincent Anderson, et il venait rendre visite à une employée blessée.

"Garde le rythme, Isaac," dit Anderson à un homme qui traînait derrière lui. "On ne veut pas être ici plus longtemps que nécessaire."

"Bien sûr," répondit son associé, avant d'accélérer le pas. Peu après, ils arrivèrent à leur destination, une des nombreuses chambres d’hôpital identiques.

Dans cette chambre, une jeune femme était couchée. Son visage était gonflé et meurtri, et son bras droit était plâtré. Il était évident que ses deux jambes avaient été amputées sous le genoux. Assise à côté d’elle était une femme plus âgée en tailleur bleu foncé.

"M. Anderson," la vieille femme se leva à leur arrivée. "Nous ne nous attendions pas à une visite en personne."

"Bonjour, 45," répondit Anderson. "Merci d’avoir pris soin de notre amie."

Il s’approcha alors de la femme dans le lit, et lui adressa un sourire sympathique en l’approchant.

"Vous devez être Rebecca Quinn," continua Anderson. "Je suis Vincent Anderson. C'est mon associé Isaac Dillard. Il me semble que vous travailliez pour moi."

La femme dans le lit sourit faiblement et hocha lentement la tête.

"Ouais…" toussa-t-elle avant de d'émettre un petit gloussement. "Au Centre de Distribution à Trois Portlands... J'ai eu un petit accident avec l'une des unités Taita."

"Juste un tout petit," gloussa Anderson. "Isaac m'a informé que vous aviez choisi de venir ici, au lieu de Mécanisme Sacré à Portlands. En ne voulant pas paraître indiscret, pour quelle raison ? Cela aurait été plus rapide…"

"Je… préfère juste recevoir des soins qui ne sont pas enchantés, ou ne venant pas d’un Sorcier," répondit Rebecca. "En plus, la Taita a incinérée mes jambes après les avoir coupées. Il n’y a pas grand chose qu’ils aient pu faire là-bas qu’ils n’ont pas fait ici."

Le sourire de Rebecca devint un froncement de sourcil inquiet.

"Est-ce que… est-ce que je suis virée, monsieur ?"

"Oh, bien sûr que non," dit Anderson, pris de court. "Vous avez assuré plus de 10 ans de service excellent, et ce genre de chose arrive quand on travaille avec des prototypes."

Le sourire de Rebecca revint.

"Merci…"

"Bien sûr. Mes employés sont ma famille. On va vous mettre en congé payé jusqu’à ce que vous vous pensiez prête à revenir. À ce moment, on vous donnera un coupon pour deux prothèses de la série Gerfaut. Et avec deux améliorations en plus. Puis, une fois que vous serez fonctionnelle avec votre nouveau matériel, votre position sera encore là."

Rebecca était bouche bée. La chambre devint silencieuse, à part Isaac qui prenait des notes sur son téléphone.

"M. Anderson…"

"Appelez-moi Vincent," interrompit Anderson avec un rire. "Et j’insiste. Ici, à Anderson Robotics, nous nous occupons de nos membres, quelque soit leur place dans la machine de l’entreprise."

Rebecca hocha la tête. Des larmes coulèrent le long de son visage tandis qu’elle souriait.

"Merci, Vincent," réussit-elle finalement à dire.

"Quand vous voulez," répondit Anderson. "J’ai bien peur qu’Isaac et moi ne devions partir maintenant. Mme Sacre va rester avec vous jusqu’à ce que vos proches arrivent."

Sans un autre mot, Anderson et son assistant quittèrent la pièce. Isaac arrêta de prendre des notes, marchant à côté de son employeur tandis qu’ils se dirigeaient vers le garage de l’hôpital, vers une entrée de Trois Portlands.

"Je ne suis pas à la comptabilité, mais je suis plutôt sûr que ton cadeau de "Bon rétablissement" va coûter une petite fortune à l’entreprise," commenta Isaac. "La série Gerfaut n'est pas juste une babiole à donner comme petits cadeaux."

"C’est mon entreprise privée," répondit Anderson. "Je ferais ce que je veux avec. Mes employés sont ma famille et je les aiderai, comme ils m’aident. Je me suis fait comprendre?"

"C’est toi le patron," acquiesça Isaac avec un haussement d’épaule. Les deux hommes rentrèrent dans un ascenseur, et tapèrent un motif complexe avec les boutons. Même en étant au dernier étage, l'ascenseur commença à monter et les emmena à Trois Portlands.


15 août 2020

Bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzt

L'agent Sasha Merlo fut tirée de son sommeil. Elle enleva une mèche de cheveux bruns de ses yeux et regarda l'horloge digitale sur sa table de nuit. 2h16 du matin. Elle marmonna entre ses dents et attrapa son téléphone portable.

"Merlo, présente," dit-elle d'une voix endormie, assise sur son lit.

"Sasha, c'est Clarissa," fit une voix de femme de l'autre côté.

"Shaw ?" demanda Merlo. "Il est deux heure du matin… qu'est ce qui se passe ?"

"C'est Anderson. On a reçu un appel de Labelle au Site-19. Il est réveillé. On nous a appelé pour réaliser des interrogatoires."

L'endormissement de Merlo la quitta immédiatement.

"Je serai au Site-64 dans moins d'une heure," répondit-elle, avant de raccrocher promptement. Au même moment, la masse qui dormait à côté d'elle commença à remuer.

"Encore appelée pour sauver le monde, chérie ?" demanda Gabe Merlo d'une voix endormie.

"J'en ai bien peur," soupira Merlo.

"Jessie va être fâchée," commença Gabe avec un petit rire.

"Je sais… tu penses que tu peux couvrir ça pour moi ?"

"Pas d'inquiétudes. Fais-toi juste pardonner quand tu reviens. S'il te plaît, fais attention."

"Tu me connais," dit Merlo avec un sourire fatigué, avant de faire un bisou sur la joue de son mari en sortant du lit. "Je t'aime."

"Je t'aime aussi."

En moins de 30 minutes, Merlo était habillée, équipée et prête à quitter son appartement. Avant de se diriger vers la porte, elle se glissa silencieusement dans la seconde chambre de l'appartement, où une petite fille dormait à poings fermés.

"Je t'aime, Jessie," dit tout bas Merlo avant de donner un bisou sur le front à la petite fille. Sans un autre bruit, elle prit ses sacs, son manteau, et se dirigea vers sa voiture. Elle avait un avion à prendre.


23 mars 2020

Dans un petit café de Portland surplombant un parc public, une grande femme pâle regardait la circulation des piétons en buvant régulièrement de petites gorgées d'une tasse de café trop grande. Son nom était Jill Herring, et elle attendait de voir quelqu'un qu'elle n'avait pas vu depuis près d'une décennie.

"Ce siège est pris ?"

Jill leva les yeux pour voir Vincent Anderson lui souriant. Sa bouche resta brièvement ouverte. La dernière fois qu'elle l'avait vu, il avait la peau pâle, et était chauve. L'homme en face d'elle ressemblait à Anderson, mais pas à celui qu'elle s'attendait à rencontrer aujourd'hui.

"Vince…" dit-elle doucement. "Tu as l'air en forme. Je veux dire, quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois…"

Anderson acquiesça et s'assit.

"Ce n'est pas mon vrai corps, je le crains. Juste une marionnette que je contrôle pendant que le vrai moi est quelque peu retenu. Mais je suis tout de même content que tu l'aimes bien."

Jill acquiesça et sourit mélancoliquement.

"Qu'est-ce que tu fais depuis le temps, Jill ?" continua Anderson. "Comment la vie te traite ?"

"Je ne peux pas me plaindre. Le même boulot que d'habitude."

"Tu enseignes toujours l'art dans ce lycée ?"

"Il a été fermée en 2008. Je travaille dans une entreprise de design graphique depuis."

"Eh, ce genre de travail te va bien," acquiesça Anderson. Il s'arrêta, baissant les yeux vers la table pour quelques instants avant de demander, "Comment va Erica ?"

"Elle va très bien," soupira Jill. "Elle va être diplômée de l'Université d'État de l'Ohio l'année prochaine. Licence en informatique. Elle marche dans tes traces, de ce point de vue. Elle prévoit de partir pour son master."

"Est-ce qu'elle pose encore des questions à propos de moi ?"

"Parfois. Elle a accepté Tom comme père il y a longtemps, mais le sujet Vincent Anderson la rend toujours curieuse de temps en temps. Je pense qu'un jour elle me demandera si je peux l'aider à te retrouver, mais pas dans un futur proche. Elle est encore plutôt amère…"

Jill fronça les sourcils et ferma brièvement les yeux, puis tenta rapidement de cacher son expression en prenant une gorgée de café.

"Eh bien, lorsqu'elle entrera sur le marché du travail, j'aurai toujours de la place dans mon équipe. Fais-moi le savoir si elle est intéressée," continua Anderson.

"Je le ferai," répondit Jill.

Anderson sortit de sa poche un chèque, et le glissa sur la table. Jill le prit et l'examina brièvement avant de le plier et de le reposer sur la table en face d'elle.

"Je croyais t'avoir dit que je n'étais pas confortable avec le fait de les accepter." dit Jill en fronçant les sourcils. "Tom n'est pas confortable avec le fait de les accepter."

"Et je t'ai déjà dit que tu es plus qu'invité à les déchirer en morceaux. Je peux mettre cet argent dans ton compte d'autres manières. C'est juste une courtoisie," répondit sèchement Anderson. "Est-ce que les chèques que j'ai envoyés sont assez, cependant ? Je peux augmenter la somme si tu veux. L'argent n'est plus un problème pour moi maintenant…"

"Le montant actuel est plus qu'assez, Vince ! Erica a plus qu'assez pour payer le reste de ses études et plus ensuite. Tom et moi avons déjà payé notre prêt immobilier et nos dettes. Désormais, cela ne fait que s'empiler. La seule manière pour laquelle je lui vois une utilité, c'est si Erica décide d'acheter une maison, ou si elle veut vivre en ville après avoir obtenu son diplôme…"

"Fais-moi savoir quand cela arrive. Je serai plus qu'heureux d'aider."

"Bien sûr…" Jill prit une autre gorgée de son café, puis soupira. "Et donc, avec du recul, ça en valait le coup ?"

"Dois-tu me demander ça à chaque fois ?" Anderson fronça les sourcils.

"Je le ferai jusqu'à ce que tu me donnes une vraie réponse. Cela en valait le coup ? Nous quitter."

"Rester avec vous n'aurait fait que te mettre toi et Erica en danger. En plus, Tom est un bien meilleur mari que je ne l'ai été, et encore plus un meilleur père. Vous deux en sortez bien mieux."

"C'est des putains de conneries, Vince !" cracha-t-elle. "Tu ne t'es jamais donné ne serait-ce qu'une putain de chance !"

"Je n'en ai pas eu besoin," répondit froidement Anderson. "Rien que cette année, on a plusieurs fois attenté à ma vie. Mon corps réel est actuellement en possession des Costards. Tu veux faire partie de ça ? Tu veux qu'Erica fasse partie de ça ? Au moins de cette manière vous êtes toutes les deux en sécurité."

"Oh, n'essaie même pas de prétendre que tu as choisi ce chemin pour notre bénéfice. Tout ce que tu as fait était pour toi ! Tu as trouvé comment fabriquer tes petits jouets et ensuite tu t'es débarrassé de nous !" Jill rit sarcastiquement, se leva et déchira le chèque devant les yeux d'Anderson. "Eh bien maintenant nous n'avons plus besoin de ton patronage, plus besoin de ton support, et plus besoin de toi, ça c'est putain de sûr ! Si tu t'approches encore une fois de ma fille ou de moi, je ferais savoir aux Costards où tu es, je le jure sur Dieu !"

Anderson regarda d'un air impassible Jill partir en fulminant. Il sortit un autre chèque de sa poche et le plia soigneusement, puis fouilla dans son autre poche et en sortit une note écrite à la main et une petite balle en argent. Il plaça la balle sur la table et la regarda déployer ses jambes en forme d'aiguilles.

"Salut, Benny," dit Anderson au petit drone Amour. "Va t'assurer que Erica ait ça, tu veux bien ?"

Le petit robot fit un petit salut, et fourra les deux feuilles de papier dans un compartiment interne avant de détaler. Anderson le regarda déguerpir hors de vue, alors que la serveuse approchait.

"Je vais prendre un Americano, s'il vous plaît," commanda-t-il. "Extra concentré. J'ai besoin de quelque chose de fort, là tout de suite."


16 août 2020

"Depuis combien de temps est-il réveillé ?" demanda l’agent Merlo. Pendant qu’elle parlait, elle marchait à travers des couloirs de l’aile de confinement d’humanoïdes de haute sécurité du Site-19. À côté d’elle se trouvait l’agent Clarissa Shaw, qui la suivait et maintenait le rythme de Merlo sans effort dans son fauteuil roulant. Elles étaient toutes deux menées à travers l’installation par une chercheuse nommée Rose Labelle.

"Environ deux jours maintenant," répondit Labelle en regardant par-dessus son épaule alors qu’elle les menait vers la cellule qui contenait supposément le corps maintenant conscient Vincent Anderson. "Un instant, mort cérébrale complète, la seconde d’après, les yeux grands ouverts et il veut parler au chef de son équipe de confinement. On a envoyé un message au Site-64 aussitôt après avoir respecté nos protocoles."

"Est-ce que ses systèmes sont opérationnels ?" questionna Shaw. "Magie ? Systèmes d’armes ? Communications ?"

"On l’a dans une cellule anti-thaumaturgique, donc de ce côté il est mort à moins qu’il ne puisse briser notre geis," répondit Labelle. "Quant à ses autres systèmes, ils sont opérationnels, mais encore lourdement endommagés. Il ne va nulle part sans de grosses réparations des systèmes. Vous pouvez vous relaxer. On l’a sous clé."

"Vous nous impressionnez," commenta Merlo avec un ricanement. "Au Site-64 ils nous demandaient d’essayer de le confiner dans l’équivalent d’une cage faite de bouts de bois."

"On fait de notre mieux," Labelle lui adressa un petit sourire en réponse. Puis elles arrivèrent à une grande porte blindée que Labelle ouvrit promptement avec sa carte magnétique. "Nous y sommes."

Derrière la porte se trouvait une salle d’observation dans laquelle de nombreux collègues de Labelle surveillaient les données des systèmes d’Anderson. Plusieurs membres de la sécurité anti-thaumaturgique se tenaient dans les coins de la salle, leurs expressions neutres tandis qu’ils gardaient leurs yeux sur les contenus de la salle voisine. À travers une grande fenêtre d’observation, Shaw et Merlo pouvaient voir leur vieil ennemi assis sur un petit lit, ses mains et ses jambes liés tandis qu’il fixait le mur avec des yeux vides. Merlo s’approcha de la fenêtre avec une expression à la fois de peur et d’admiration alors qu’elle observait Vincent Anderson du bon côté d’un miroir sans tain.

Il avait l’air presque squelettique. Sa peau pâle presque transparente avait été remplacée par du tissu cicatriciel, un reliquat de sa chair, brûlée par le feu nucléaire lors de leur dernière rencontre. Seule une des lentilles de caméra qu’il avait à la place des yeux brillait d’une faible lumière verte ; l’autre lentille restait noire avec une large fente en son centre. De temps en temps, il était pris de violents spasmes involontaires.

"Bordel." Shaw fit un sifflement sec, "il ressemble à rien."

"Il a meilleure mine que lorsqu'on l'a envoyé ici," répondit Merlo. Elle se retourna vers Labelle. "On m'a informé que votre équipe a reçu une copie de nos objectifs pour cet interrogatoire."

"En effet," répondit-elle. "Nous sommes prêts quand vous l'êtes."

"Excellent," dit Merlo avec un hochement de tête, avant de placer une main sur l'épaule de Shaw. "Il est à toi. Rend-nous fiers."


Vincent Anderson leva les yeux alors que l'Agent Shaw entrait dans la cellule en roulant sur sa chaise roulante. Il lui fit un petit sourire et un signe de la main alors qu'elle s'arrêtait à plusieurs mètres de lui. Elle regarda ses quelques notes sur un calepin posé sur ses genoux, ajustant ses lunettes avant de lever les yeux.

"Salut, Clarissa," dit Anderson. "Est-ce que, hum, Merlo n'était pas disponible ?"

"Je suis le spécialiste en interrogatoire de cette force d'intervention," répondit froidement Shaw. "Donc j'ai bien peur que vous n'interagissiez principalement qu'avec moi."

"Oh ? C'est un interrogatoire ?"

"Considérons cela comme un entretien pour le moment."

"Chouette. Est-ce que Labelle vous a dit quel était mon numéro SCP ? Elle ne veut, euh, pas me le dire."

"Pour ce que j'en sais, vous n'en aurez pas."

"Oh…" soupira Anderson. "C'est, hum, un peu décevant, pour être honnête. Pourquoi ?"

"Parce que si nous donnions un numéro SCP à chaque sorcier ou cyborg qu'on récupère, on ferait vite exploser notre base de données. Vous avons un numéro de Personne d'Intérêt. C'est tout."

"Ah, oui… Mieux que, hum, rien du tout. Je suppose. Comment puis-je, euh, vous aider aujourd'hui ?"

"Juste quelques questions. J'apprécierais qu'elles soient suivies de réponses."

"Comme nous tous," gloussa Anderson. "Allez-y."

"Premièrement, quelque chose de simple. Qui est en charge d'Anderson Robotics pendant votre absence."

"Phineas je suppose."

"Ouais, non…" répondit Shaw avec un bruit de désapprobation. "Nous sommes au courant que vous avez tué Albert Frostman à Trois Portlands peu avant l'incident à l'Académie Tristan. Qui est réellement en charge maintenant ?"

"Ah, bon…. je suppose que ce secret est, hum, éventé," Anderson haussa les épaules. "Pour être honnête, je ne sais pas. C’est une entreprise, Clarissa. Pas un royaume. Il n’y a pas de ligne de succession. Le conseil a sûrement désigné quelqu'un pour être le nouveau PDG intérimaire en mon absence. Je ne sais pas qui. J’ai, euh, été ici. Je ne peux pas exactement mettre à jour mes infos dans cette cage anti-magie, anti-tech dans laquelle vous m’avez foutu."

Shaw s’appuya sur l’accoudoir de son fauteuil roulant tandis qu’elle écrivait quelques notes.

"Très bien. Parlons de quelque chose d’un peu plus complexe. Nous savons pour votre contrat de commercialisation avec MC&D pour votre série Gerfaut. Nous voulons les noms des représentants de MC&D avec qui vous avez marchandé."

"Tu parles de me tirer une balle dans le pied. Pourquoi est-ce que je vous donnerais ces noms ? C’est juste une mauvaise affaire."

Anderson fut pris d’un spasme violent pendant quelques secondes. Shaw sourit et continua de prendre des notes.

"Parce que, d’après les scans de Labelle de vos systèmes, vous avez vraiment besoin de faire des réparations." Shaw lui adressa un sourire narquois et Anderson fut pris de spasmes à nouveau. "Nous sommes prêts à vous fournir du matériel, mais vous devez jouer le jeu. Ça veut dire des noms MC&D. Ça veut dire les identités de toute autre personnalité publique remplacée par un Sacre. Ça veut dire nous révéler ce qu’est la Série Taita exactement."

Anderson s’arrêta un instant après cette dernière phrase.

"Oh oui, Vincent," continua Shaw. "Nous avons entendu parler de la Série Taita."

"Je suis, euh, prêt à négocier," répondit finalement Anderson. "Mais contrairement à Phineas, je, hum, ne vais pas mettre toutes mes cartes sur la table en même temps. Vous seriez surprise par le peu de matériel nécessaire pour faire fonctionner la plupart de ces systèmes à nouveau."

"Très bien," Shaw haussa les épaules et ferma son carnet tandis qu’elle commençait à rouler vers la porte. "On va vous donner un peu de temps pour y penser. Faites-nous signe quand vous aurez choisi ce que vous êtes prêt à fournir."

"D'ailleurs, hum, Clarissa," appela Anderson alors qu’elle était sur le point de partir. Shaw s’arrêta et se tourna légèrement pour entendre ce qu’il avait à dire. "Je n’ai pas eu l’occasion de m’excuser pour ce que je vous ai fait à l’Académie Tristan. Donc, euh, ouais… je suis désolé."

"Vous avez brisé ma colonne vertébrale," commenta Shaw. "Très dur pour moi d’accepter une excuse pour ça."

"Ouais, et bien, vous avez enlevé deux de mes plus proches amis et les avez utilisés comme appât," répondit sèchement Anderson. En fait, jusqu'à maintenant, toutes les actions que j'ai initiées contre la Fondation ont été des représailles pour quelque chose que vous nous avez fait, sans provocation ! J’opère dans Trois Portlands. Vous n’y avez aucune juridiction. Vous, euh, frappez un ours avec un bâton, et ensuite vous êtes surpris quand il essaye de vous tuer."

"C'est tout ?" demanda Shaw, son visage renfrogné. Anderson lui fit signe de partir.

"C'est tout," répondit-il. "Désolé pour les dégâts, hum, faits. Mais peut-être que ça vous rendrait humble de vous souvenir que ça pourrait, euh, avoir été un tout petit peu de votre faute."

Shaw secoua la tête et roula hors de la salle, la porte blindé se scellant derrière elle tandis qu'Anderson était de nouveau pris de violents spasmes.


6 Mai, 2020

"Oncle Vince !"

Deux petits garçons, ayant dix et sept ans, plaquèrent Vincent Anderson au sol.

"Comment tu vas ?"

"Tu as amené Benny ?

"Tu nous a amené quelque chose ?"

Les garçons débitaient question après question alors qu'Anderson luttait pour les détacher de lui tout en riant. Finalement, d'un mouvement rapide et fluide, il porta les deux garçons, un dans chaque main, puis les remit sur pied. Il ébouriffa leurs cheveux sable, et fit semblant de réfléchir.

"Benny ?" demanda-t-il avec une confusion moqueuse. "Est-ce que je connais un Benny ? Un petit robot ? Argenté ? Qui ressemble à ça…"

Anderson montra sa paume. Benny se tenait au milieu, le petit droïde secouant ses jambes à crampons d'une manière ressemblant à un "tada !" Le petit droïde sauta de sa main et disparut dans l'herbe, les deux garçons hurlant de bonheur en le poursuivant. Anderson sourit et essuya quelques brins d'herbes de son pantalon en les regardant courir.

"Tu es vraiment leur héros, Vince," dit une voix derrière lui.

Anderson se retourna pour voir le visage familier de son frère, Adrian. Comme Anderson, il avait des cheveux noirs et une peau bronzée, mais était plus petit d'une dizaine de centimètres, et était plus jeune de sept ans. Adrian avait son bras autour d'une femme avec des cheveux sable, qu'Anderson reconnut comment étant sa belle-sœur, Phoebe.

"J'essaie," dit Anderson avec un sourire. "Pour être honnête je pense qu'ils m'aiment pour mes jouets."

"Peut-être," commenta Phoebe, "mais en même temps, tes jouets sont plutôt cools."

Anderson ricana, et regarda ses neveux sauter à la base d'un arbre en essayant d'atteindre le petit drone Amour qui les narguait depuis une des branches.

"Tu as bonne mine, Vince," continua Adrian, montrant d'un geste la silhouette d'Anderson "Qu'est-ce que tu as fait cette fois-ci ?"

"Hé, si j'avais su que mon corps habituel était si étrange j'aurais fait l'échange il y a longtemps," dit Anderson avec un rire mélancolique. "J'ai bien peur que ce soit une marionnette que j'ai déguisé pour me ressembler. J'ai été un peu retenu en personne, donc j'ai dû envoyer la deuxième meilleure chose."

"Eh bien, en personne ou à distance, les enfants et nous deux apprécions ta visite," répondit joyeusement Phoebe. "Sérieusement, nous savons que tu es quelqu'un d'occupé, donc c'est toujours un plaisir."

"Merci," dit Anderson. "C'est toujours sympa d'être apprécié…"

Le trio devint silencieux pendant un instant, regardant les deux garçons au loin se faire la courte échelle, pour finalement perdre leur équilibre et retomber à terre. Benny se jeta alors sur eux alors qu'ils étaient couchés sur l'herbe avant de se précipiter vers un autre arbre. Les garçons ne perdirent pas de temps pour reprendre leur poursuite.

"En parlant de voyages," Anderson brisa le silence, "où voulez-vous aller pour votre anniversaire cette année ?"

"Vince," commença Adrian, souriant tout en secouant sa tête, "tu n'as vraiment pas…"

"Si vous ne me le dites pas, je vais demander à Josh et Craig," menaça Anderson avec un sourire. "Je pari qu'ils diront Disneyland à nouveau."

"On pourrait faire une contre-offre ?" intervint Phoebe. "Au lieu de nous payer un voyage pour notre anniversaire… tu pourrais venir avec nous ? On adorerait voyager avec toi. Adrian a dit que tu avais passé du temps en Europe quand tu était plus jeune. Et que tu serais un super guide…"

Anderson se tut pour réfléchir en regardant les garçons au loin enfin réussir à attraper Benny, le plus âgé tenant le petit drone dans les airs tandis que le plus jeune piétinait le sol pour sa danse de victoire.

"Pourquoi ?" demanda finalement Anderson.

"Pourquoi ?" répéta Adrian.

"Ouais, pourquoi ? Pour quelle raison voulez-vous que je vous accompagne ?"

"Vince," dit Adrian, pris de court. "Tu es mon frère. Tu t'es toujours occupé de moi. Si tu vas insister pour nous faire faire ces voyages tu pourrais au moins nous accompagner une fois tous les trente-six du mois. On ne te voit pas du tout en dehors de ces courtes visites…"

Adrian s’arrêta quand ses fils revinrent vers eux, portant Benny en l’air triomphalement, comme s’il était un trophée de chasse.

"On l’a eu !" cria le plus jeune garçon. "Il a essayé de grimper dans un arbre, mais on l’a eu !"

"Vous l’avez bien eu," dit Anderson en ébouriffant à nouveau les cheveux des garçons, et en se mettant sur un genou. Les garçons posèrent le robot sur sa paume tendue et regardèrent, les yeux grand ouverts, Benny grimper sur son bras, autour de sa tête puis le long de son dos avant de disparaître dans sa poche.

"Donc…" Anderson jeta un regard vers Phoebe. "Où voulez-vous aller ?"


19 Août 2020

Finalement, Anderson fournit à la Fondation SCP une liste de cinq noms de fournisseurs de MC&D actuels et passés qui géraient les ventes de la série Gerfaut. En échange, Labelle et son équipe fournirent des composants et des outils nécessaires à ses réparations. Peu après avoir complété une de ses nombreuses réparations, Anderson s’endormit et ré-entra dans son état simili-comateux dans lequel il avait été depuis sa capture par la Fondation. Sans rien d’autre à faire, Shaw et Merlo furent rappelées au Site-64, tandis que les membres minutieux de la FIM Kappa-10 commencèrent leur travail dans l’intranet de MC&D pour utiliser le rapport d’Anderson. L’aventure se termina de la même manière que toutes les aventures de la FIM Gamma-13 : un rapide tour au Pub du Secret Crest, suivi par de la paperasse.

"Comment est-ce que ça se passe avec Lily ?" demanda Merlo à son amie en posant une pinte vide sur la table.

"Ça s’est terminé il y a des semaines," dit Shaw avec un soupir. "C’était… compliqué. J’ai recommencé à voir Roland."

"Je suis sûr que Roland apprécie ça," Merlo gloussa. "Quand même, désolé pour Lily. Elle était gentille."

"Elle l’était vraiment." Shaw fixa son verre. "Comment se portent Gabe et Jessie d’ailleurs ?"

"Je ne peux pas me plaindre. Gabe est un gros blaireau comme d’habitude. Jessie, eh bien, à la maternelle. Donc on s’amuse bien tu vois."

Shaw rigola et acquiesça emphatiquement.

"Je ne peux toujours pas croire que la grande Sasha Merlo finit mariée à un des comptables du Site-64. Tu aurais pu avoir n’importe qui, mais tu as choisi le matheux."

"Va te faire foutre." Sasha ricana, "Gabe est le meilleur. Il est du bon côté du voile donc je n’ai pas besoin de faire gaffe avec lui. Je n’ai pas à avoir peur qu’il se fasse traîner jusqu'au septième cercle de l’enfer à moins qu’il ne réussisse à invoquer un démon calculatrice. En plus, c’est un bon père et un meilleur chef. Je préfère mon comptable à ta vie sentimentale."

"Tu m’as descendu bien rapidement." Shaw laissa échapper un rire et leva les mains en fausse capitulation.

"Je joue pour gagner."

"Ahem."

Shaw et Merlo se retournèrent pour voir qu’un homme dans un costume noir et rouge avec des longs cheveux attachés en queux de cheval s’était approché d’elles. Il leur sourit et posa une petite boîte sur la table.

"Mon nom est M. Sacre," dit-il. "Le conseil d’Anderson Robotics m’a chargé de vous offrir ceci, agent Shaw."

"On doit vraiment arrêter de se rencontrer comme ça…" commenta Merlo en le regardant glisser la boîte de l’autre côté de la table. "Bordel, ils ne prennent même plus la peine de vous trouver des noms ?"

"Nous sommes des centaines, agent Merlo," répondit-il. "Après un certain temps, ils ont arrêté de s’embêter avec des noms à moins que cela ne soit vital à la mission. Pas besoin d’un joli nom pour être un courrier."

"Vous pensez que nous allons juste ouvrir une boîte provenant d’un agent ennemi connu ?" demanda Shaw.

"Vous pensez que nous serions assez stupides pour lancer une attaque non-provoquée contre la Fondation, sur un de leurs fronts, juste pour s’amuser ?"

Shaw regarda la boîte pendant un long moment. Elle regarda Merlo, qui haussa seulement les épaules. Avec un soupir, Shaw prit la boîte et l’ouvrit. À l'intérieur se trouvait une petite bande de plastique noir de qualité médicale, avec plusieurs petites sondes mécaniques sur le côté. Shaw examina l’appareil puis regarda avec interrogation le Sacre.

"C’est un nouveau modèle de la série Gerfaut," commenta-t-il. "Cela servira de réparation à votre colonne vertébrale endommagée. Cela devrait vous permettre de marcher à nouveau. Rien de sophistiqué."

"Et c’est quoi?" demanda Shaw. "Une manière pour AR de dire pardon pour ce qu’Anderson a fait ? Juste offrir de l’équipement à la Fondation SCP et espérer qu’on soit copain-copain ?"

"Considérez-le comme un signe de bonne volonté pendant que notre PDG est enfermé dans votre Site-19."

"Je vais devoir envoyer ça en confinement ! Ils ne vont pas me laisser utiliser ça !"

"Ils n’ont pas besoin de savoir," le Sacre haussa les épaules. "Honnêtement, ce que vous faites avec maintenant, c’est votre problème. Notre conscience sur le sujet est tranquille."

Il leur adressa un hochement de tête et commença à s’éloigner.

"Bonne soirée à vous deux."

Shaw et Merlo regardèrent l’androïde partir en silence, puis fixèrent toutes deux la petite bande en plastique qui se tenait, tentante, dans la boîte entre elles.

"Est-ce que tu y penses ?" demanda finalement Merlo.

Shaw acquieça, et continua à la fixer en silence pendant un long moment avant d’enfin demander, "Est-ce que Dan a pris le temps d’installer son robot-bras ?"


Plus tôt…

Le début de l’après-midi touchait à sa fin quand Vincent Anderson frappa à la porte d’un appartement quelconque dans une banlieue de Portland. Il fut surprit quand un homme à barbe et à lunettes ouvrit, et pas l’agent de la Fondation SCP qu’il attendait.

"B’jour," dit l’homme, avec un sourcil levé. La voix d’un enfant pouvait être entendue depuis quelque part au-delà de la porte. "Je peux vous aider ?"

"Ah… oui," répondit Anderson, "c’est bien la résidence de Sasha Merlo ?"

"Ça l’est…" répondit l’homme prudemment. "Je suis Gabe Merlo, son mari, comment puis-je vous aider ?"

Anderson s’arrêta un instant puis ricana.

"Bah ça," dit-il. "Je ne savais pas qu’elle avait une famille…"

Il sortit une petite carte de visite argenté et la montra à Gabe. Les yeux de l’homme devinrent dilatés alors que l’effet mémétique de la carte prenait effet.

"J’étais juste passé pour déposer quelque chose pour elle et une de ses associés," continua Anderson. "Je peux rentrer ? J’aimerais vous parler."

Gabe acquiesça lentement de la tête et fit un pas sur le côté, permettant à Anderson de rentrer.

"Qui c’est papa ?" commenta une petite fille qui faisait du coloriage sur la table basse proche. Ses cheveux bruns étaient attachés en queux de cheval, un style qui rappelait Sasha Merlo à Anderson.

"C’est juste un ami de maman," répondit Gabe en fermant la porte. "N’hésitez pas à vous asseoir, monsieur…"

"Appelez moi Vince," répondit Anderson avec un sourire narquois. "Quelle adorable famille vous avez là…"


Plus tard…

Le soleil commençait à se coucher quand Sasha Merlo rentra finalement chez elle avec sa famille. Avec un soupir fatigué, elle ouvrit la porte de devant et fut accueillie par le son de Jessie qui jouait et par l’odeur de Pad Thai.

"Tu as fini de sauver le monde, chérie ?" demanda Gabe depuis la cuisine. Sa tête à lunettes dépassa du coin avec un sourire.

"Absolument," répondit Merlo. Elle marcha péniblement jusqu'à la cuisine et s’assit à la table. Gabe lui donna une petite bise sur le front avant de se remettre à son travail en cours.

"Tu as eu un visiteur pendant que tu étais partie," dit Gabe en préparant plusieurs assiettes.

"Quoi ?" Merlo leva un sourcil. "Quelqu'un du site ?"

"Non, il était définitivement quelqu'un d’autre. Je me suis dit que c’était un de tes contacts du Troisième Portland, ou quelque soit le nom."

"Quel était son nom?"

Gabe s’arrêta et réfléchit pendant un instant, puis rigola en secouant sa tête. "Tu sais… je ne me souviens pas. Il a laissé une carte, par contre."

Gabe posa une assiette de Pad Thai devant elle, puis glissa une carte de visite argentée dans ses mains. Tandis que Merlo commençait à la lire, il quitta la salle pour amener Jessie à table. Merlo devint pâle en lisant le verso, puis la retourna rapidement pour lire le recto.

&

Tu as vraiment une magnifique famille, Sasha. Ta fille est absolument adorable, et Gabe est un gars plutôt sympa.
Merci pour votre hospitalité
Vincent Anderson

Les mains de Merlo tremblaient alors qu'elle commençait à comprendre. Sa bouche était sèche, ses bras lourds, posés sur la table.

"Hé Gabe," appela Merlo à l’intention de son mari. "Tu te souviens de ce à quoi ce gars ressemblait ?"

"Peau bronzée, queue de cheval tressée, et un costume rouge et noir," commenta Gabe en portant une Jessie encore en train de rigoler dans la salle pour l’installer dans un rehausseur. "Pourquoi ?"

"Maman !" s’exclama Jessie, "Regarde ce que ton copain m’a laissé jouer avec ! Il a dit que je pouvais le garder jusqu'à ce que tu reviennes !"

Merlo se tourna pour voir Jessie tenir Benny dans la paume de sa main. Le petit droïde fit un salut, puis disparut dans une bouffée de fumée noire. Jessie rit et acclama la petite présentation de magie.

"Tu vas bien chérie ?" demanda Gabe.

Merlo était devenue pâle. Sans un mot, elle se leva et marcha vers Jessie, et commença à câliner avec force sa fille.

"Sasha ?" demanda Gabe à nouveau. Merlo secoua sa tête et lui fit signe d’approcher. Dès qu’il fut à portée, elle le tira également dans le câlin.


22 août, 2020

Vincent Anderson était assis à son bureau au QG d’Anderson Robotics. Comme toujours, il y avait des piles de papiers à lire, des choses à signer, des mémos à examiner, des rendez-vous à planifier, et des concepts à évaluer. Cependant, plutôt que de s’ennuyer à diriger son entreprise, Anderson brancha une clé USB dans le grand moniteur sur le mur derrière son bureau et attendit. Après quelques minutes, l’écran commença à afficher un autre bureau encombré. Assis à ce bureau se trouvait un vieil homme avec une longue barbe blanche, habillé tout de noir à l'exception d'une cravate rouge.

"Bonjour, Phineas," dit solennellement Anderson.

L’homme à l’écran resta silencieux. Ses yeux étaient remplis d’une haine froide tandis qu’il fixait l’horizon.

"Je n’ai pas besoin de te rappeler que je peux forcer ton IA à parler, n’est-ce pas ?" demanda finalement Anderson.

"Tu n’en as pas besoin," répondit Phineas. "Mais étant donné que tu me gardes pour pouvoir parler à une version non-modifiée de mon IA, je doute que tu le fasses vraiment. Enfin, que me vaut le plaisir ?"

"J’ai recyclé le Sacre que j’utilisais pour te représenter, comme tu me l’as demandé. Est-ce qu’il y a quelque chose d’autre que je puisse faire pour toi ? Mets-toi à l’aise. Absolument tout est possible dans ton espace."

"Quel intérêt ?" demanda Phineas. "Albert Frostman est mort. Tu l’as tué toi-même. Je suis juste un programme fait pour simuler ses pensées aussi précisément que possible. Je ne suis pas réel !"

"Tu es assez réel dans ton monde virtuel, et avec une connexion internet tu serais assez réel dans ce monde aussi."

"Mais tu ne veux pas me donner accès à internet pour des raisons évidentes, donc ça me laisse roi de ma propre dimension de poche. Un vrai Ozymandias ! Regarde mes œuvres et tremble !"

L’arrière-plan autour de Phineas passa au noir, le laissant debout, seul dans un espace vide.

"Tu pourrais tout aussi bien m’effacer, parce que toute cette comédie a bien assez duré."

"Je ne vais pas t’effacer, Phineas," murmura Anderson. "J’ai besoin de toi…"

"Bordel, de merde, Vince ! Tu es toujours tellement putain d’égoïste !" cria Phineas. "Tu as laissé ta femme et ta fille pour suivre tes rêves seul, tu as tué ton meilleur ami pour avoir eu une opinion contraire quant à la direction vers laquelle tu dirigeais l’entreprise qu’il a aidé à fonder, et maintenant tu as enfermé une reconstruction de ses souvenirs dans une prison virtuelle pour toujours ! Tu n’es peut-être pas la pire personne à avoir traîné son pauvre cul sur cette planète, mais tu es pour sûr un mauvais homme !"

"Je ne suis pas égoïste," murmura faiblement Anderson en réponse. "Je suis un homme généreux…"

"C’est ça qui est beau," Phineas ricana. "C’est toujours de l’égoïsme. Tu fais ces choses horribles à des gens, puis tu vas te balader en ville en faisant des bonnes actions car tu penses qu’elles sont un moyen d’équilibrer ton karma et de calmer ta conscience. Finalement, il n’y a rien d’altruiste là-dedans. Tu es juste un homme frustré et seul qui est devenu tellement détaché du monde dans lequel il vit que -"

Anderson retira la clé USB du moniteur. L'écran devint immédiatement noir.

"Une discussion sympathique, mon vieil ami…"

Anderson mit sa tête entre ses mains et resta assis en silence. Sur son bureau, Benny le regardait d'un œil curieux, et lui fit un petit ronronnement lorsqu'Anderson caressa doucement le haut du droïde avec son doigt.

"Je suis un homme généreux, n'est-ce pas ?"

Le petit droide acquiesça. Un petit sourire fatigué apparut sur les lèvres d'Anderson.

"Tu sais toujours quoi dire."

Anderson attrapa un masque de tragédie en argent posé sur son bureau, et le plaça sur son visage. Il lui donna une pichenette et le masque passa à la comédie. Il tendit sa main pour permettre au petit droïde de grimper sur son bras et de se percher sur son épaule, puis se leva et se dirigea vers la porte.

"Allons voir comment Mlle Quinn s'en sort avec ses nouvelles jambes," dit Anderson. Le petit droïde acquiesça et pointa une jambe en avant.

"Je parie qu'elle va dire qu'elle les adore. Tout le monde dit ça. Tout le monde adore Anderson."


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