Mission primordiale
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Alexandre Rudman entendit leurs voix avant même d’entrer dans la salle. Elles formaient un étrange concert, mélange d’échanges cordiaux et d’éclats de voix qui semblaient être le prélude à une bagarre en règle. Il soupira bruyamment, tant qu’il le pouvait encore ; s’entretenir avec certains de ces individus seul à seul pouvait tenir de l'épreuve, mais, quand ils étaient tous ensemble, c’était généralement un véritable calvaire, vu leurs difficultés notoires à tomber d’accord sur le moindre sujet. Il avala donc une grande goulée d’air et entra, suivit de près par son assistant et secrétaire qui ne le lâchait jamais.

Aussitôt, les conversations cessèrent.

L’ambiance, déjà pesante en raison des tensions qui existaient entre les groupes que représentaient les individus présents, semblait encore alourdie par un ciel chargé d’épais nuages noirs qui déversaient des trombes d’eaux contre les larges fenêtres qui garnissaient les murs latéraux de la salle de réunion. Disposées en un U ouvert sur la porte, les tables accueillaient une grande variété de personnes ; hommes et femmes en uniforme, en tenue classieuse ou juste de ville, et quelques autres plus extravagantes. Des individus on ne pouvait plus différent les uns des autres, et pourtant tous réunis sous l'égide de Primordial.
On comptait parmi elles plusieurs individus anormaux, dont un homme doté d’une espèce de crinière de lion et dont les mains épaisses étaient munies d’imposantes griffes, un autre dont la peau avait des couleurs changeantes, toutes en nuance de bleu et de violet, et un dont les iris changeaient de couleur à chaque battement de paupière.
Alexandre contourna l’assemblée par la gauche pour prendre place au milieu de la table qui reliait les deux autres. Ça pouvait être difficile à imaginer lorsqu'on avait l'habitude d'y participer, mais c'était dans ce genre d'assemblées que pouvait se décider l'avenir du monde, ou en tous cas celui du leur.
Et le sujet du jour allait permettre d'illustrer ce principe, tant il était crucial. Aussi Alexandre ne s'embarrassa-t-il pas de palabres.

« Une bombe anormale d'à peine 50 kilos, mais avec un pouvoir destructeur qui pourrait aller de celui d’un pétard mouillé à cinq fois celui de la Tsar Bomba, la plus puissante bombe jamais produite par l'Homme. »

Si cette simple phrase, lancée sans préambule, aurait parue complètement obscure dans un autre contexte, toutes les personnes présentes savaient déjà de quoi il était question et, mieux, attendaient avec impatience qu’elle soit évoquée. Alexandre aurait eu mauvaise grâce à les faire languir trop longtemps.
Ce public, maintenant pendu à ses lèvres, était composé des représentants des principaux groupes de mercenaires de l’anormal du monde. Prises une à une, ces organisations ne faisaient pas le poids contre la plupart des grands groupes d’intérêts qui régissaient le monde de l’anormal. Réunies toutes ensemble, avec des objectifs communs et une bonne entente sur la façon de les atteindre, elles pouvaient devenir une menace majeure pour eux. Bien qu’en tant que représentant des Primats, Alexandre fut théoriquement supérieur hiérarchiquement à eux tous, il marchait sur du velours ; la moindre parole déplacée, le moindre terme malheureux, et les conséquences pourraient être catastrophiques pour Primordial, et pour leur milieu en général.

Un silence pesant s’était imposé après cette phrase d’accroche, à tel point qu’on aurait pu croire que la fameuse bombe se trouvait sous un des sièges, et que le moindre mot aurait pu la faire exploser. Ce fut finalement Len Johansen, le représentant de Paredes & Kramer Abnormal Consulting, un groupe exclusivement composé de scientifiques spécialisés dans l’anormal qui offrait ses services aux groupes d’intérêts comme aux particuliers fortunés, qui posa la question que tous attendaient :

« Alors cet objet existe bel et bien ?»

Seules ses tempes grisonnantes trahissaient sa cinquantaine bien entamée, et la blouse qu’il avait choisi d’arborer malgré l’aspect solennel du rendez-vous soulignait son statut d’homme de science respecté. Sa barbe noire de trois jours, ses yeux bleu acier, son teint légèrement hâlé et surtout sa voix profonde renforçaient encore son charisme. Alexandre, néanmoins, ne l’appréciait pas, le trouvant trop calculateur et surtout trop ambitieux pour être vraiment fiable. Il lui répondit avec flegme :

« Je pense que le colonel Nikolaev vous renseignera mieux que moi sur les circonstances de la découverte de son existence. Après tout, c’est à elle que nous la devons… »

L’attention se retourna aussitôt vers la dirigeante de la Krasnaya Kompaniya, assise en bout de table comme à son habitude, et accompagnée de son second. Celle que ses confrères comme ses hommes surnommaient « la Louve » en raison de son caractère impitoyable et froid prit délibérément son temps avant de répondre aux interrogations silencieuses de ses interlocuteurs. Elle écrasa sa roulée dans un cendrier posé devant elle à son intention, qui contenait déjà un joli tas de mégots et de cendres, se tourna vers Johansen en affichant un air de souverain mépris, et expliqua de sa voix rendue rocailleuse par des années de cigarette :

« Un de mes hommes nous a quitté récemment. Il faisait partie des plus en plus rares membres de la compagnie à en avoir fait partie lors de sa fondation. Il lui a légué tout ce qu’il possédait.

- Vous n’allez pas nous dire, colonel, qu’il avait la bombe dans une valise sous son lit ? » plaisanta Adelardo Zavala, le représentant de la Colorado Private Task Force, un hispanique bien en chair, au visage rond et au nez plusieurs fois cassé souligné par une moustache noire broussailleuse.

C’était mal connaître la Louve que de croire qu’une plaisanterie de ce genre suffirait à la dérider. Bien au contraire, elle sembla le prendre comme une attaque personnelle, et elle lui lança un des regards meurtriers dont elle avait le secret. Plutôt du genre fort en gueule, Adelardo se tassa néanmoins un peu sur sa chaise. La Russe poursuivit :

« Cet héritage comprenait des documents, dont des lettres écrites par cet homme à notre intention pour nous expliquer de quoi il retournait. »

Toute l’assistance était maintenant suspendue à ses lèvres, et elle en profita donc pour faire trainer les choses en tirant une nouvelle roulée de la poche intérieure de sa veste d’uniforme.

« Comme beaucoup des hommes de la Kompaniya, il avait auparavant travaillé pour la division P du GRU, avant de déserter à la dissolution de l’URSS. Or, d’après ces documents, il aurait fait ses armes en Afghanistan, pendant notre intervention là-bas, et aurait travaillé sur le projet Object 122P. »

Ce qui était caché derrière ce matricule n’était apparemment connu que par une poignée de personnes dans la pièce ; les autres attendaient des explications. Alexandre, lui, croyait en avoir déjà entendu parler quelque part, sans pour autant savoir de quoi il était question précisément. Il avait juste retenu que c’était quelque chose de dangereux. Nikolaev ne traîna pas cette fois pour éclairer leur lanterne :

« L’Object 122P était un projet de la division P qui visait à créer des armes de destructions massives beaucoup plus efficaces que n’importe quelle bombe « normale » existante. La fameuse bombe qui pourrait potentiellement avoir une puissance cinq fois supérieure à la Tsar Bomba. Voire plus.

- Le projet Object 122P a été interrompu au milieu des années 70, si je ne me trompe pas ? intervint Ilias Antoniou, l’homme à la peau bleue, accessoirement réputé pour être à la tête d’un des réseaux d’informateurs les plus prolifiques du monde de l’anormal.

- En effet, mais quatre à sept bombes avaient déjà été produites quand le projet fut annulé. Et quant à savoir ce que la division P en a fait ensuite…

- Y’a un truc que je pige pas. D’où on n’est pas capable de savoir si ce truc est moins efficace qu’un pet de lapin sur une toile cirée, ou suffisamment puissant pour raser la planète comme pour rire ? Y’a pas une légère marge entre les deux ? questionna l’homme-lion, Emerson Millward, qui représentait les mercenaires freelance.

- Pour la simple et bonne raison qu’elle n’a jamais été testée. La division P n’a jamais osé, le moindre test aurait pu réduire la moitié du monde en cendres, si ce n’est sa totalité. Ils n’ont pu évaluer sa puissance approximative que de façon théorique, mais vu notre compréhension très limitée de l’anormal, on n’a aucun moyen de savoir s’ils étaient dans le vrai… De toute façon, ils n’avaient pas besoin que les bombes soient efficaces, juste qu’elles puissent éventuellement l’être. Il s’agissait d’armes de dissuasion, qui ne devaient être utilisées qu’en cas de conflit nucléaire global, donc quand l’URSS n’aurait plus rien à perdre.

- Bon, on sait d’où ça sort, maintenant, conclut Richard Beaumont, étoile montante du mercenariat de l’anormal qui, du haut de sa trentaine à peine entamée, avait réussi à s’imposer avec son groupe comme une force sur laquelle il fallait compter. Mais qu’est-ce que contenaient ces fameux documents, exactement ?

- L’emplacement d’une des bombes, répondit tranquillement la dirigeante de la Krasnaya. Une bombe qui a échappé à tous les autres acteurs de l’anormal depuis le retrait de nos troupes d'Afghanistan, en 86. »

Le silence qui suivit était à la mesure de ce qu'impliquait une telle information. Tous s’en étaient plus ou moins doutés, mais cela suscitait un certain nombre de questions, dont la principale fut formulée par Antoniou, l’informateur de génie :

« Comment un objet d’une telle importance stratégique, et surtout aussi dangereux, aurait pu échapper aux groupes d’intérêts depuis si longtemps ? La division P aurait dû la récupérer depuis longtemps…

- D’après ce que nous savons, répondit la colonel, le transport d’un des exemplaires de l'Object-122P n’avait rien d’officiel. Le plus probable est que des éléments de la division P avaient déjà senti le vent tourner, et qu’ils ont décidé d’embarquer la bombe en guise de garantie, ou de moyen de pression, allez savoir. Tout ce que nous savons, maintenant, c’est qu’une de ces bombes dort quelque part en Afghanistan, et nous savons précisément où.

- Et qu’allons-nous en faire, de cette bombe ? » demanda Johansen, le scientifique.

On abordait le moment délicat, Alexandre le savait pertinemment, car ce qui allait suivre risquait de ne pas plaire à tout le monde. Il répondit donc aussi posément que possible :

« Primordial considère que détenir un objet de ce genre pourrait constituer une garantie particulièrement intéressante.

- Absurde, balaya aussitôt Johansen. Ça ne sera rien de plus ou de moins qu’un gigantesque doigt d’honneur adressé aux grands groupes d’intérêts, Fondation et CMO en tête. Et ceux qui ne voudront pas nous l’arracher pour la neutraliser le feront pour pouvoir l’utiliser à leur propre avantage. Vous allez juste détruire l’équilibre que nous avons instauré depuis des décennies avec nos principaux clients.

- Peut-être, convint le représentant de Primordial, mais l’équilibre dont vous parlez est des plus scabreux. Il est basé sur un échange de bons procédés entre les mercenaires et les groupes d’intérêts, chacun ayant plus ou moins besoin des autres pour perdurer. Mais, s'ils peuvent un jour se passer de nous… Sans compter que certains autres groupes ne nous tolèrent qu’à cause des ennuis que nous pourrions leur causer, comme la Fondation SCP, pour ne citer qu’elle. Donc, plus nous serons menaçant, mieux ça vaudra pour nous.

- Et si c’est tout l’inverse, hein ? objecta Millward, l’anormal léonin. Si ça devient la goutte d’eau qui fait déborder le vase ? Si ça les décide à venir se débarrasser de nous une bonne fois pour toute ?

- Tous les risques sont connus et mesurés par les Primats, calma Alexandre.

- Je dois avouer que l’équilibre qui existe entre nos groupes et Primordial m’inquiète beaucoup plus que celui entre le mercenariat et les groupes d’intérêts, tempéra Antoniou. Jusque-là, nous sommes tombés d’accord pour accepter, et même défendre Primordial, mais parce que notre survie en dépendait, et parce que Primordial devait compter sur nous pour imposer sa loi. Avec une bombe de ce genre en sa possession, il compromettra non seulement notre survie, mais il pourra aussi se passer de nous et de nos avis pour subsister. »

Sa remarque surprit presque autant l’assistance que la révélation de l’existence de la bombe. Si, en théorie, rien n’interdisait aux mercenaires de critiquer l’organisation qui les régissait puisque, comme l’informateur l’avait souligné, elle tirait sa puissance des groupes qui en dépendaient, on évitait dans les faits généralement de le faire, et surtout en présence d’un de ses plus éminents représentants.
Alexandre Rudman, pourtant, ne s’en étonna pas, ne s’énerva pas, ne menaça pas, contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre, mais répondit avec diplomatie :

« Vos craintes sont légitimes, Ilias. Soyez assuré que Primordial avait, a et n’aura toujours qu’un seul et unique objectif : garantir l’avenir et la prospérité des mercenaires de l’anormal, tous autant qu’ils sont, tant qu’ils respectent nos règles. Cependant, vous n’avez pas été réunis ici aujourd’hui pour que je vous annonce une décision irrévocable, mais bien pour en discuter pour déterminer la meilleure solution possible.

- Et quelles sont nos alternatives ? demanda Johansen.

- Laisser la bombe où elle se trouve actuellement, ce qui serait particulièrement idiot. Le mieux que nous ayons à faire est de la récupérer, dans tous les cas. Dès lors, soit nous la conserverons, soit nous la remettrons à l’un ou l’autre de nos clients. Un engin de ce genre pourrait constituer une monnaie d’échange on ne peut plus appréciable, vous en conviendrez. »

Les autres en convinrent, et Alexandre finit par les convaincre que le mieux à faire était de récupérer et de sécuriser l’arme, pour ensuite décider quoi en faire. Il expliqua ensuite la procédure qu’ils allaient suivre :

« L’un de vos groupes recevra des instructions précises concernant la récupération de l’objet quand les Primats l’auront décidé. Dans un souci de discrétion et de confidentialité, un seul groupe sera impliqué, et devra agir dans le plus grand secret, aussi bien vis-à-vis des entités extérieures que de ses confrères. Une fois l’objet récupéré, il sera remis à Primordial à une date et à un lieu qui vous seront communiqués ultérieurement. D’ici-là, il paraît évident que la teneur de cette petite réunion doit rester absolument confidentielle, et ce même pour vos hommes, y compris vos plus proches conseillers ou amis. Personne en dehors des individus ici présents ne devra être mis au courant, est-ce clair ? »

Il fixait tout particulièrement Antoniou, dont le réseau de renseignement était réputé dans tout le monde de l’anormal pour les informations brûlantes qu’il monnayait. Tous approuvèrent ces conditions sans discuter.
La réunion fut alors clôturée, chacun se demandant s’il serait l’élu qu’on chargerait de la périlleuse récupération, et, surtout, s’interrogeant sur ce que retiendrait l’Histoire de l’anormal de cette journée cruciale.


Ils étaient une dizaine à progresser en colonne à flanc de dune, encombrés par leur matériel et leurs armes. Autour d’eux, tout n’était que sable, immenses falaises ocre, ciel d’un bleu pur, dénué de tout nuage, et soleil brûlant dont les rayons semblaient se concentrer sur eux seuls, tant la chaleur était accablante. La sueur collait leurs treillis à leur peau, le sable s’insinuait partout où il en avait l’occasion, et aucun d’entre eux ne se sentait en sécurité, la région n’étant pas franchement réputée pour sa stabilité géopolitique.
Autrement dit, plus vite la mission serait bouclée, et mieux ça serait.

Richard Beaumont n’en revenait pas qu’on l’ait choisi lui pour remplir cette mission. Il avait beau être à la tête d’un des groupes de mercenaires les plus en vogue, si on pouvait dire, il n’avait que 33 ans et, surtout, il était un nouveau venu dans le milieu. Il s’était persuadé que Primordial choisirait un groupe à la fidélité exemplaire, plus ancien et plus important, mais c’était pourtant bien lui et neuf de ses hommes de confiance qui crapahutaient depuis deux jours dans ce paysage désertique, dont l’aspect apocalyptique n’était atténué que par les quelques bourgades isolées grillant au soleil qu'ils croisaient.
Peut-être était-ce justement parce qu’il était une nouvelle tête en plein essor qu’on l’avait choisi. Les autres groupes seraient peut-être tentés de servir leurs propres intérêts en s’emparant de la bombe, mais lui passait pour trop ambitieux, et surtout pour trop peu puissant, pour risquer de s’attirer les foudres de Primordial. Et c’était parfait pour lui.

Il avait été contacté trois semaines après la fameuses réunion par Primordial, qui lui avait fourni l’emplacement précis du complexe où était stockée l’arme de destruction massive, qu’il tenait lui-même probablement de la Krasnaya, avec pour mission de se mettre en route dès que possible. Si tout allait bien, ils atteindraient le point indiqué en fin d’après-midi, et ils n’auraient alors qu’à ramener l’engin dans leur QG et à attendre le rendez-vous fixé par les Primats pour le leur remettre.

Du moins, c’était ce qu’ils espéreraient.

Pour l’heure, ils avançaient tant bien que mal, sous une chaleur à peine supportable, dans des terres terriblement sauvages, et cette échéance semblait bien lointaine.
Suivant les indications reçues, ils avaient quitté la piste il y avait plus de deux heures, et ils n’avaient plus aucun mal à s’imaginer que personne n’avait découvert la planque du GRU depuis toutes ces années, vu son total isolement.
Enfin, leur GPS leur indiqua qu’ils étaient tous proches de leur objectif et, après avoir gravi quelques dunes supplémentaires, ils aperçurent au pied d’une falaise rocheuse un mur en béton armé qui barrait l’entrée d’une grotte naturelle, percé d’une porte en acier. Ils s’approchèrent, heureux d’être enfin arrivés, mais redoutant la suite. Une fois devant la porte blindée, Richard leur rappela :

« Les soviets de la division P ont souvent pris la peine de piéger leurs anciennes bases avant leur départ, histoire qu’on ne vienne pas fouiner dans leurs affaires. Restez sur vos gardes, les gars, c’est pas parce que cette colonel russe nous affirme qu’on ne devrait avoir aucun problème que ça sera le cas. »

Aucun d’entre eux ne fut étonné quand Kelemen, le grand agent chauve et athlétique qui brillait autant par sa dévotion à sa mission que par son courage, se porta volontaire pour partir en éclaireur. Les neuf autres se répartirent en arc de cercle, à une dizaine de mètres de lui, tandis qu’il ouvrait. Il entra ensuite à l’intérieur, et les secondes s’égrenèrent, interminables. Ce n'est qu'après une dizaine de minutes, alors que le reste de l’équipe s’apprêtait à aller voir ce qu’il se passait, qu'il revint, leur indiquant que tout avait l’air ok.
L’idée qu’ils pénétraient dans un lieu qui était probablement resté inviolé pendant plus de trente ans était particulièrement étrange, et l’aspect particulier de l’endroit n’arrangeait rien. Les murs étaient tantôt de béton sillonné de tuyaux, tantôt de roche ocre qui affleurait des surfaces de ciment. L’atmosphère était lourde, des particules de sable flottaient dans l’air, et, malgré les câbles sans âge qui courraient un peu partout, ils ne pouvaient pas compter sur l’électricité pour éclairer leurs pas. Ils étaient donc obligés de progresser à la lumière de leurs lampes tactiques.

Les quelques mètres de long du couloir de l’entrée leur parurent des kilomètres, avant qu’ils ne débouchent dans une première salle, apparemment un poste de garde où les visiteurs devaient autrefois montrer patte blanche pour aller plus loin. À part quelques meubles dont les soviétiques n’avaient probablement pas voulu s’embarrasser au moment de leur départ, comme des tables ou des armoires métalliques que commençait à ronger la rouille, il n’y avait plus rien ; ni documents, ni armes, ni matériel.

Un autre couloir, et ils arrivèrent sur une pièce autrement plus imposante, d’une bonne cinquantaine de mètres carrés de surface. Sur le mur de droite était peinte une imposante étoile rouge au-dessus des lettres « C.C.C.P. ». Sur le mur d’en face, on lisait « ЧД АКН » ; les lettres cyrilliques qui désignaient la division P. Trois accès menaient vraisemblablement vers des salles adjacentes.

« Et maintenant ? interrogea l’agent Daubié.

- On se sépare, ordonna Beaumont. Daubié, Bouchut, vous prenez la porte de gauche. Kelemen, avec moi, on prend celle au centre. Nath, Rabuteau, celle de droite. Herman, Willard, Sivertsen, vous sécurisez cette pièce, et vous vous pointez fissa si ça commence à barder, clair ? »

Les autres approuvèrent en silence, puis chaque groupe se dirigea vers son objectif. Beaumont avait du mal à croire que l’engin était bien là, dans ce trou perdu au milieu du désert. C’était trop beau. Trop gros. Comme trouver un lingot d’or de dix kilos sous une pierre au hasard d'une promenade.

Lui et Kelemen tombèrent sur une salle commune qui devait tenir lieu de réfectoire, puis sur un dortoir, des sanitaires et une pièce vide qui avait dû être une réserve de vivres, de matériel, d’armes, ou tout ça à la fois. De toute évidence, les anciens occupants auraient pu soutenir un siège en règle, ici. Le duo Daubié-Bouchut les appela pour signaler une découverte au moment où ils furent convaincus que leur section du complexe ne contenait rien d’intéressant, et certainement pas ce qu’ils cherchaient.
Ils débouchèrent dans la salle centrale en même temps que les agents Nath et Rabuteau, qui leur signalèrent avoir trouvé des cuves, probablement les anciennes réserves d’eau, et des cellules de détention. Ils entrèrent tous les quatre dans le couloir de gauche, les trois autres restant dans la salle centrale pour s’assurer qu’ils ne recevraient pas une visite inopinée.
Le long du couloir qu’ils empruntèrent, ils aperçurent des pièces carrelées du sol au plafond, avec paillasses intégrées, qui devaient être autant de petits laboratoires, puis des pièces de stockage maintenant vides, et, enfin, celle où se trouvaient leurs deux collègues.
Il s’agissait apparemment de l’arsenal de la base, comme en attestaient la présence de râteliers d’armes et de divers panneaux prohibant de fumer, ou signalant du matériel explosif.
Daubié et Bouchut attendaient devant une forme rectangulaire, probablement une caisse, couverte d’une sorte de drap en toile grossière.

« C’est ça ? demanda Rabuteau.

- Y’a qu’un moyen de le savoir », répondit Beaumont.

Il attrapa un pan du drap, et tira d’un coup sec, ce qui souleva une impressionnante quantité de poussière sablonneuse. Nath et Daubié ne purent s’empêcher de tousser, et Kelemen se frotta nerveusement les yeux, comme un gamin qui aurait fixé trop longtemps le soleil. Les autres eurent tout le loisir de contempler l’objet.
C’était bien une caisse, un caisse en métal, blindée, couverte d’inscriptions en cyrillique et de divers symboles signalant des explosifs extrêmement puissants, des matériaux inflammables, et même celui qu’utilisait la division P pour signaler un objet anormal extrêmement dangereux, une sorte d’équivalent du niveau de menace « noir » de la Fondation SCP.

Ils l’avaient trouvée.

Beaumont ordonna à Daubié, la seule membre de l’équipe à avoir quelques notions de russe, de traduire les textes. Celle-ci ne comprit pas tout, mais, selon elle, la plupart des inscriptions donnaient des instructions et des avertissements concernant la manipulation de la caisse, et, plus important, parfaitement reconnaissable même pour un profane, la mention d’un « Object 122P ».

« Et maintenant ? demanda Kelemen.

- On apporte ça dehors. L’hélico de transport ne devrait pas tarder, il va ramener ça au site de confinement le plus proche et, si tout va bien, ils pourront la sécuriser sans trop de difficultés. Pendant ce temps, on va simuler une attaque d’un groupe d’intérêts quelconque. Certains d’entre nous seront blessés, d’autres réputés morts, et devront donc disparaître des radars. Et là, nous n’aurons qu’à espérer que notre couverture tienne bon…

- Et si ça n’est pas le cas ?

- Hé bien tant pis pour nous. Nous savions ce que nous risquions. Il est tout simplement hors de question que Primordial mette la main sur cette arme. Ni aucune autre entité que la Fondation SCP. Cette bombe pourrait raser la moitié de la planète en un claquement de doigt. Les vies de quatre milliards de personnes valent bien plus que les nôtres, non ? »

Un silence accueillit ses paroles. Ça n’était pas de gaieté de cœur qu’ils prendraient ces risques, mais c’était le seul choix possible pour ces hommes et ces femmes décidés à faire le sacrifice de leur existence pour protéger l'humanité. Kelemen finit par demander :

« On ne l’ouvrirait pas, pour s’assurer que la bombe est bien là ?

- Hors de question, répliqua Beaumont. On ne touche à rien. On se contente de la transporter dehors aussi délicatement que possible, en priant pour que ça ne nous pète pas à la gueule. Les spécialistes du confinement se chargeront du contrôle. J’aurais préféré qu’ils la prennent en charge ici, mais moins de temps des agents de la Fondation traîneront dans le coin, et mieux ça vaudra pour nous. »

Alors qu’ils s’apprêtaient à transporter leur dangereux fardeau vers l’extérieur, une voix familière retentit, amplifiée par un mégaphone, et répercutée sur les murs en béton armé. Ils n’eurent donc aucun mal à comprendre ce qu’on leur disait.

« Beaumont, puis-je vous conseiller, à vous et à vos hommes, de sortir de votre trou à rat en laissant derrière vous armes et équipement ? Je suis au regret de vous signaler que, si vous n’obtempérez pas dans les plus brefs délais, nous serons contraints de gazer l’endroit. Et soyez assuré de l’efficacité de la manœuvre ; en trente ans, le système de ventilation a eu le temps de cesser d'être fonctionnel…

- Rudman, un des lieutenants des Primats, annonça Beaumont à l’intention de ceux de ses hommes qui ne le connaissaient pas. J’en mettrais ma main à couper.

- Peut-être qu’il veut s’assurer que la livraison se passera bien en prenant les choses en main, hasarda Bouchut.

- Ça m’étonnerait, tempéra Beaumont. Primordial ne prendrait pas le risque de se mettre à dos un groupe de mercenaires comme le nôtre avec des méthodes aussi humiliantes sans une bonne raison. De toute façon la question n’est pas de savoir pourquoi, mais ce que nous devons faire. Si on obéit, ils mettront la main sur une des armes de destruction massive les plus puissantes au monde, et si on n’obéit pas, ils nous tueront comme des rats dans leur trou.

- On pourrait tenter une sortie, suggéra Kelemen. Un groupe foncerait dans le tas pour faire diversion, un autre s’éclipserait avec la bombe.

- Trop dangereux, on aura sûrement droit à un comité d’accueil gratiné, là-dehors. Ils nous massacreront sans sourciller au moindre comportement hostile.

- De toute façon, on n’a vu aucune autre issue que la porte par laquelle nous sommes entrés », marmonna l’agent Rabuteau.

Willard arriva sur ces entrefaites de la salle centrale pour réclamer des instructions. Beaumont prit sa tête dans ses mains et s'assit par terre ; une position assez ridicule, mais il avait besoin de réfléchir posément, et ça l’aidait.

« On va faire comme ils nous demandent, décréta-t-il enfin. L’hélico de transport et son escorte ne vont pas tarder. Avec un peu de chance, on pourra gagner assez de temps. »

Il se tourna vers Rabuteau et Daubié :

« Vous deux, vous transporterez la caisse à l’abri dans le bunker dès que ça commencera à barder. Une seule balle perdue mal placée, et toute la région pourrait devenir un champ de ruines fumantes, si ce n’est pire. Nath, Bouchut et Herman se chargeront de les couvrir au plus près et de les remplacer si besoin… Kelemen, moi et les autres, on se chargera de les retenir le plus longtemps possible, pendant que vous vous planquerez au fond du complexe…

- Dépêchez-vous de sortir de là, Beaumont, ordonna la voix amplifiée de Rudman. Il n’est pas bon de trop réfléchir dans ce genre de situation, vous pourriez être tenté de faire une bêtise… »

D’un signe de tête, le chef ordonna à Rabuteau et Daubié de transporter la caisse dehors, précédés par le reste de l’escouade. Ils ignorèrent délibérément une partie des instructions du lieutenant des Primats, et conservèrent tous leurs armes, prêtes à l’emploi.
Le trajet jusqu’à la sortie leur parut interminable, et le chemin prit des faux airs de couloir de la mort. Beaumont sentait que ses subordonnés se préparaient déjà mentalement à mourir. C’était une bataille qu’ils ne pouvaient pas perdre, du moins sans avoir tout tenté pour la remporter, quitte à le payer de leur vie.

Une fois dehors, la lumière du soleil les aveugla, et des nuées de sable leur fouettèrent le visage. Il leur fallut donc quelques instants pour distinguer ce qui les attendait exactement.
Les hommes de Primordial, ainsi que d’autres visiblement issus d’autres groupes de mercenaires, avaient formé un arc de cercle à plusieurs dizaines de mètres de l’entrée. Ils étaient accompagnés de blindés légers portant les marquages de la Colorado Private Task Force, dont les canons de 25 millimètres étaient tous pointés dans leur direction. Beaumont se mordit inconsciemment la lèvre ; ils avaient donc des blindés, ils étaient beaucoup plus nombreux qu’eux, et ils pouvaient se planquer derrière les dunes, tandis que ses hommes à lui étaient complètement à découvert. Le petit baroud d’honneur qu’il avait échafaudé allait vite être interrompu à coups d’obus explosifs.

« Heureux de voir que vous êtes un tant soit peu raisonnable », apprécia la voix de Rudman.

Ce n’est qu’à cet instant que Beaumont remarqua sa présence ; vêtu d’une tenue couleur sable, un keffieh enroulé autour du cou, placé au centre du dispositif, il remettait son mégaphone à un homme qui le secondait.

« Encore que je vous ai conseillé de sortir sans armes. Il serait idiot de verser le sang pour rien, puisque le résultat final sera le même, n’est-ce pas ?

- Qu’est-ce que ça signifie ? s’offusqua Beaumont, qui ne pouvait plus compter que sur le bluff pour se tirer de ce mauvais pas.

- Je dois dire que, personnellement, j’aurais parié sur vous, poursuivit son interlocuteur en ignorant royalement la question. Le petit groupe qui débute tout juste, avec des gros moyens et un noyau dur de très bons éléments, c’est un peu suspect, vous en conviendrez… Très efficace pour rapidement creuser son trou, mais suspect. Enfin, ça s’est déjà vu, vous avez donc eu droit à la présomption d’innocence…

- Mais qu’est-ce que ça veut dire ? l’interrompit Beaumont, qui enrageait de ne pas comprendre ce qui se passait.

- Ce que ça signifie ? Eh bien, que vous ne devriez pas vous faire d’illusions sur votre situation ; nous avons fait comprendre à vos hélicoptères qu’il serait malavisé de faire un tour dans les parages en ce moment, j’ose espérer qu’ils ne nous forceront pas à employer les grands moyens…

- Alors, vous saviez…

- Nous ne savions qu’une chose : que la Fondation avait réussi à infiltrer des agents dans les plus hautes sphères de notre milieu, mais nous ne savions pas qui. Comme nous ne pouvions nous permettre de mener notre petite enquête auprès de chacun de vos confrères, car ils ont leur fierté, vous le savez aussi bien que moi, la solution était simple : faire passer un petit test à ceux à propos desquels nous avions le plus de doutes. Les mettre dans une situation où ils n’auraient d’autre choix que de se débarrasser plus ou moins adroitement de leur embarrassante couverture pour le bien de l’Humanité, ou de leur employeur, selon les points de vue… Et donc, les groupes de mercenaires douteux se succèdent dans cette petite base soviétique oubliée depuis une bonne semaine, tous à la recherche du même engin.

-Mais, alors, la bombe…

-Voyez vous-même. »

Beaumont fit un signe à Rabuteau et Daubié, ses deux collègues, agents de la Fondation SCP infiltrés comme lui, qui déposèrent la fameuse caisse dans le sable. Leur supérieur entreprit, avec une infinie prudence, de l’ouvrir… Et se trouva nez à nez avec un petit diablotin monté sur ressort, qui lui tirait allégrement la langue.

« Ça n’était qu’une vaste supercherie…

- En effet, une idée des Primats, et je me demande un peu comment elle a pu si bien fonctionner… C’était un piège grossier. Une bombe oubliée de tous au milieu du désert depuis trente ans, un héritage qui met tout ça en lumière… Enfin, preuve en est que ça a très bien fonctionné, j’imagine donc que c’est pour ça qu’ils dirigent notre organisation, et que je ne suis que leur second…

- Il n’y a jamais eu de bombe anormale surpuissante ? voulut s’entendre confirmer l’agent.

- Ai-je jamais dis ça ? » répondit Rudman avec un sourire énigmatique.

Les employés de la Fondation restèrent silencieux, des dizaines d’armes en tout genre toujours pointées sur eux.

« Un peu d’eau, Rickson, voulez-vous ? réclama Rudman. Il fait une chaleur étouffante, par ici… »

Il tira quelques gorgées d’une gourde que lui avait tendue son assistant, et la reboucha avec une lenteur calculée. L’homme de la Fondation eut la désagréable impression qu’il jouait avec ses nerfs. Il reprit finalement, léger sourire aux lèvres :

« Les discussions concernant ce que nous devions faire de vous ont été assez houleuses, si vous voulez savoir. Certains voulaient vous abattre, soit immédiatement après votre capture, soit après vous avoir torturés comme il se devait pour tirer toutes les informations utiles que vous pourriez posséder. D’autres souhaitaient vous garder prisonniers, en guise de monnaie d’échange ou de garantie au cas où les relations avec votre employeur se gâteraient. Il y en a même eu quelques-uns pour suggérer qu’on vous vende au prix fort à un groupe d’intérêts rival. Je vous rassure cependant, les voix les plus nombreuses, au début du moins, s’exprimaient pour qu’on vous amnésie avant de vous renvoyer à vos foyers dans les plus brefs délais. Une hypothèse au combien plus raisonnable que les précédentes. Cependant…

- Cependant ?

- Il s’est avéré qu’une solution encore meilleure pour nous tous existait, et je pense qu’elle va vous plaire. Nous allons en effet vous renvoyez auprès de vos collègues, qui doivent s’inquiéter pour vous, maintenant qu’ils savent votre couverture éventée… Mais sans vous amnésier auparavant.

- Pardon ? »

Beaumont, abasourdi, était persuadé d’avoir mal entendu. Et, à voir les visages des neuf autres agents encerclés, qui exprimaient un mélange de d’étonnement et de soulagement, il ne devait pas être le seul.

« Vous amnésier maintenant ne serait pas très utile, dans tous les cas. Tout ce que vous avez découvert d’intéressant à notre égard, vous l’avez sans doute déjà communiqué à vos supérieurs. Et, surtout, nous voulons que vous rassuriez les O5 ; si l’Object 122P existe peut-être en effet, Primordial n’a pas la moindre de ces bombes à portée de main, et encore moins en sa possession. Nous comptons sur vous pour les en informer, il serait dommage de gaspiller vos ressources et les nôtres pour récupérer quelque chose que nous n’avons pas, n’est-ce pas ?
Enfin bref, voyez ça comme un gage de notre bonne volonté. »

Beaumont hocha mollement la tête, incapable de pleinement se concentrer sur ce qu’on lui disait. Certes, cet évènement marquait la fin de l’infiltration fructueuse de la Fondation SCP dans le mercenariat de l’anormal, du moins pour l’instant, mais lui et ses hommes allaient s’en tirer en un seul morceau, et, surtout, ni Primordial, ni l’Insurrection du Chaos, ni aucun autre groupe ouvertement hostile à la Fondation n’allait entrer en possession d’une bombe surpuissante.

« Sur ce… conclut Rudman en se détournant. Je vous souhaite une bonne continuation, Beaumont, ou peu importe comment vous vous appelez réellement. Vos hélicoptères ne devraient pas tarder à venir vous récupérer… Ah, j’oubliais presque, transmettez nos salutations respectueuses à vos supérieurs, surtout. »

Et il disparut derrière la dune, bientôt suivi par les autres mercenaires. Quelques instants plus tard, il n'y avait plus aucune trace de leur comité d'accueil.
Les dix agents restèrent de longues minutes devant l’entrée de la base abandonnée, ne sachant que dire, que faire ou quoi penser. Finalement, l’hélicoptère de transport qui aurait dû récupérer la fameuse bombe arriva, escorté d’appareils de combat, et ce sont finalement les ex-espions qu’ils emportèrent, à défaut de l'arme prévue.

Alors qu'il voyait le paysage afghan défiler sous lui, au milieu de ses collègues qui se réjouissaient de s'en être tirés indemnes ou qui enrageaient de s'être faits avoir comme des bleus, Beaumont se demanda si Primordial était un des groupes d'intérêts les plus inoffensifs vis-à-vis de la Fondation qui soient, vu sa mansuétude à leur égard, ou s'il était au contraire parmi les plus dangereux, vu la façon dont il avait éventé leur stratagème, en s'offrant au passage un magnifique flagrant délit.
Contrarié de ne pas trouver une réponse satisfaisante à ses interrogations, il se laissa finalement bercer par le bruit répétitif de la rotation des pales de l’hélicoptère, remerciant le Ciel, et aussi un peu Alexandre Rudman, de pouvoir rentrer chez lui en un seul morceau ce jour-là.

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