lettres au futur moi
notation: +7+x

Addendum ████.1 : Le 30/04/2014, une succession de notes sur des bouts de papiers fut découverte dans la cellule de détention temporaire de la PdI-████. Un extrait desdites notes peut être consulté ci-dessous.

Elle s'appelle Julie Martins. Elle est plus grande que moi, c'est sûr. Elle a des cheveux noirs châtains et des yeux gris. Elle aime parler de livres et d'animaux.

J'espère que je n'aurai pas besoin de ça tout de suite. Mais c'est nécessaire.

Il faut que j'écrive sur notre histoire. Que tu t'en souviennes.

J'ai rencontré Julie à un café. Je ne me souviens même pas de ce que j'étais en train d'y faire. Elle est venue vers moi avec deux boissons chaudes et m'a dit que j'étais la plus jolie fille qu'elle ait jamais vue. Elle m'a dit qu'elle n'arriverait plus à dormir la nuit sans chercher à parler avec moi. Je l'ai trouvée bizarre. Mais son sourire était si radieux que je n'ai pas pu m'empêcher de discuter avec elle. Nous avons échangé nos numéros et je suis partie.

Elle m'a appelée une demi-heure plus tard. J'ai répondu. Après ça, nous n'arrêtions plus de bavarder. On se retrouvait tous les jours, à 22 heures pile, à ce même café.

Elle m'a dit qu'elle était seule et n'avait pas beaucoup d'amis. Elle répétait toujours à quel point elle était heureuse d'avoir enfin quelqu'un à qui parler.

On s'est embrassées pour la première fois à une boîte de nuit où elle m'avait emmenée. Le jour suivant, nous sortions ensemble. Ça a été les plus beaux jours de ma vie. Un an plus tard peu de temps après, elle m'a fait sa demande. J'ai dit oui.

Elle m'a expliqué quelques semaines après notre mariage.

Elle m'a dit de m'asseoir, l'air inquiète. Elle m'a dit que depuis qu'elle avait neuf ans, elle pouvait déplacer et changer les choses comme elle le voulait. Elle a fait voler une assiette devant mes yeux puis des bols une seconde plus tard. Elle m'a demandé ce que je pensais d'elle à présent. Si je pensais qu'elle était un démon ou un monstre, ou une menteuse.

Je lui ai dit que non. Que je comprenais. Je lui ai dit que je l'aimais pour qui elle était et que rien ne pouvait remettre notre histoire en question, même pas ça. Je ne lui ai demandé qu'une chose : de ne jamais le dire à personne, à part moi. Elle m'a promis et nous sommes passées à autre chose.

J'ai commencé à remarquer des gens dans les immeubles, qui surveillaient notre maison. Quand je suis allé voir, ils avaient disparu. J'ai commencé à remarquer des objets qui changeaient de place d'un jour à l'autre, des traces et des taches que nous ne nous souvenions pas d'avoir fait.

J'ai commencé à voir de plus en plus de policiers et de voitures garées près de chez nous. J'ai commencé à remarquer des personnes à l'air méchant qui nous fixaient. J'avais l'impression que le monde entier nous regardait, espionnait nos moindres faits et gestes. Je lui ai promis que nous continuerions à vivre comme si de rien n'était, mais j'étais chaque jour plus inquiète.

J'ai commencé à avoir des cauchemars. J'imaginais des agents du gouvernement, qui l'emmèneraient loin de moi pour toujours. J'ai commencé à les voir dans la vraie vie. Toujours à l'affût, qui prenaient des notes quand nous partions de la maison ou d'un restaurant.

J'ai commencé à prendre des cachets, des cachets puissants. Ma mémoire et mon état mental empiraient chaque jour. Plusieurs fois je me suis endormie en pleurs. Je ne me souvenais plus de rien, à part de Julie et notre vie ensemble.

Elle a commencé à parler d'avoir un enfant. Je lui ai dit non. Sans jamais lui dire pourquoi. Je ne voulais pas vivre avec la peur qu'un jour la mère de mes enfants pourrait ne jamais revenir du travail, n'importe quand, n'importe quel jour. Au bout d'un moment, elle a arrêté d'en parler mais nous nous sommes évitées pendant des semaines un bon moment.

Elle ne m'a jamais crue. Elle n'a jamais cru aux agents du gouvernement prêts à ruiner nos vies du jour au lendemain. Elle m'a dit que son don était arrivé tout à fait au hasard. “Dieu regardait ailleurs quand je suis née.” Elle disait que notre monde était complètement normal, à part elle. D'arrêter de m'inquiéter autant. Plusieurs fois elle a dit que j'étais parano ou folle. On a commencé à se disputer de plus en plus souvent et notre relation empirait tous les jours. On a bien essayé de la remettre à l'eau.

Puis ce jour arriva. Elle m'a dit qu'elle avait perdu son boulot et que nous ne pourrions plus vivre comme ça éternellement. Elle m'a dit que ce serait la seule fois qu'elle utiliserait ses pouvoirs, pour nous aider, financièrement. Elle a dit que ça ne causerait de tort à personne, que le centre commercial la banque n'avait pas besoin d'autant d'argent, que personne ne remarquerait. Je lui ai dit de ne pas le faire, qu'ils remarqueraient et qu'ils viendraient la chercher. On s'est disputées. Elle est partie.

Elle est revenue quelques heures après, avec un grand sourire et des milliers de dollars dans sa veste. Elle a dit : “Tu vois ? Je t'avais bien dit. C'était trop facile. Personne ne viendra nous chercher.
J'étais soulagée. Mais pas certaine.

Nous les avons entendu enfoncer la porte.
Des dizaines d'hommes avec des fusils sont entrés. Ils nous hurlaient de nous rendre.
Nous nous sommes cachées dans le placard. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait faire de mal à personne. Elle voulait elle pleurait et

Elle a dit qu'il y avait quelque chose qu'elle devait me dire

Puis il y a eu de la lumière. J'ai vu un homme, qui nous regardait. J'ai eu mal à la nuque. Je suis tombée.

Je me suis réveillée dans cette cellule. Sans elle.
Tous les jours, ils m'emmènent dans une salle froide et métallique. Plein d'examens, de logos noirs et de paperasse.
Ils me font des piqûres. Et ils me ramènent.
Ils veulent que je l'oublie, je le sais. Ce sont les mêmes médicaments que ceux que j'utilisais, ou quelque chose du genre.
Je n'ai pas oublié. Dieu merci, je n'ai pas oublié.
Ou peut-être que les doses sont trop faibles. Ou peut-être que je m'y suis accoutumée.

Je n'y arriverai pas éternellement. Ma mémoire empire. Un jour, j'aurai besoin de lire tout ça.
Et je veux être sûre que tu t'en souviendras.
Je veux être sûre que tu te souviendras de tout.

Note : La dernière note a été trouvée dans le matelas, particulièrement froissée.

Elle n'est toujours pas venue me chercher. Est-ce qu'elle m'a oubliée ? Ou est-ce qu'elle aurait déjà créé une autre femme pour me remplacer ?

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