Les Malheurs du Sophiste
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| Les Malheurs du Sophiste| Né en : Néant »

L’homme est allongé dans son lit, mais ne dort pas. Il est insomniaque. Insomniaque depuis un long moment. Il a raison.

Il est mal en point également. Sa santé n’est pas au mieux. Pas au mieux depuis un long moment. Il sait quoi faire pour y parer. Mais il ne pense pas avoir le temps de terminer son projet pour y remédier.

Il a raison.

Dehors, New York gronde.
Au coin de la chambre, on craque une allumette.

Tesla sursaute.

A l’opposé de son lit, dans l’ombre, un homme allume une cigarette. Son visage est baigné dans la lumière de l’allumette, qui disparaît très vite, ne laissant que l’extrémité luminescente du tabac, un petit cercle orange, seul témoin de l’existence de l’étranger.
Mais Tesla a eu tout le temps de reconnaître ses traits.

« Vous. Encore… vous. » marmonne-t-il.

Il tente de paraître plus calme qu’il ne l’est réellement.

« Oui. Moi.

- Ça fait combien de temps ?

- Qu’on se court après ? » Il tire une bouffée. C’est une pure volonté dramatique. C’est cruel. « …un moment, maintenant. Un bon camouflage exige d’effacer ses propres traces en plus de celles des autres. Ce qui m’a pas mal ralenti. Et… on ne peut pas dire que tu nous aies particulièrement facilité la tâche.

- Hum. Ma foi, nul n’échappe à la Fondation, je suppose.

- Pas éternellement en tout cas.

- Non. Pas éternellement… »

La main de Tesla se dirige lentement vers sa table de chevet depuis le début de cette conversation. Il active un petit bouton caché. L’ampoule de sa lampe de chevet éclate.

« Bien tenté, dit l’étranger dans l’ombre. Mais tu te doutes bien que quelques agents sont venus fouiller ici auparavant. »

Il jette sa cigarette.
« Regarde-nous. Je suis à la tête du DCD à présent. Toi, tu… Eh bien, tu stagnes, je suppose. C’est un peu de ma faute je crois. Et pourtant. Et pourtant ! J’ai tenu à venir ici. Comme avant. Après des années à fonctionner comme ça, tous les deux, ça crée des liens. Ils auraient pu envoyer n’importe quel agent, mais j’ai tenu à venir moi-même. Je veux le faire moi-même. »

Il se lève. Il tient quelque chose d’informe dans ses mains. Il s’approche.
C’est un coussin.

« Ah. Et je suppose qu’on ne peut pas en parler plus tard ?

- Ça fait des années qu’on temporise, Tesla. Combien de prototypes ? Combien de menaces ? Je suis las. On l’est tous.

- Je vois. Je… je suis fatigué. On en reparlera plus tard.

- Non. »

Il lui plaque le coussin contre la tête. Les yeux de l’inventeur s’affolent un moment. Il tente de se débattre, mais ses gestes se font de plus en plus lents et pâteux. Son regard devient vitreux.

Il ne bouge plus.

Le directeur du Département de Censure et Désinformation tapote son costume pour en retirer les plis faits par sa victime. Il redresse sa cravate, puis part. Il n’oubliera jamais ce regard.


La 28ème Réunion Biannuelle pour l’Harmonisation de la Vérité a lieu un mercredi.
Et, comme tous les deux ans, le gratin de la Manipulation des Masses est réuni autour de la grande table ovale en acajou, toujours aussi parfaitement polie et luisante.

Nous y trouvons Il-Sung █████, réfugié nord-coréen à la tête de la Division Exécutive de la Censure au Site-Aleph. Il est le seul homme connu à être capable de prononcer le caractère « █ » à l’oral, une capacité rendant toute conversation avec lui à la fois parfaitement sécurisée et totalement insupportable. A sa droite se trouve John Smith, alias l’Anonyme, à la tête de la Censure au Bureau Britannique Central de la Fondation, dont les mains tremblent compulsivement en l’absence de phrase à rayer. A sa gauche se trouve Hector, juste Hector, qui gère les Opérations de Suppression d’Information depuis le Site-93, en Afrique du Sud. Comme toujours, un sac en papier sur lequel est dessiné un smiley lui couvre la tête. Personne ne sait ce qui se cache en dessous.

Nous y trouvons également Pénélope Rouge, avec ses grands airs de femme fatale, le genre de femme à utiliser un fume-cigarette. Elle est à la tête de l’Observatoire du Site-Aleph, elle est l’œil de la Fondation qui épluche chaque article, chaque thèse, chaque documentaire à la recherche de ce qui devrait être tu. A sa droite se trouve Wan Fan-Jiang, à la tête de l’Observatoire mais également de tout le service d’espionnage de la Branche Chinoise de la Fondation. Ses envoyés sont partout, humains ou non, au courant de leur mission ou non. A sa gauche se trouve Abel ‘Sourd-Et-Aveugle’ Elaleem, de l’Observatoire de la Fondation aux Émirats Arabes Unis. Il prend un grand plaisir à désigner les coupables officiels qui prennent la place des coupables officieux. Il ferait trembler tous les chefs d’états si ces derniers connaissaient son existence.

Enfin, nous y trouvons Octavio Gémini, au costume trop bien taillé et aux chaussures trop bien cirées, à la tête des Opérations de Désinformation au Site-Aleph. C’est sa tâche de réécrire le monde, de remplacer les faits, de créer des couvertures. Il va bientôt mourir. A sa droite nous trouvons Vladimir Miseleï, chauve à l’œil de verre, le méchant de James Bond typique. Héritier de la longue tradition du mensonge en URSS, il se surnomme lui-même le Tsar de la Propagande, pour plaisanter. Il ne le pense pas moins. A sa droite nous trouvons Edgar Dégars, qui depuis son Bureau à Québec dirige toute la Désinformation du Canada, et d’une bonne partie de l’Amérique du Nord. Sa grande passion a toujours été la géographie. Les cartes ne représentent jamais vraiment la réalité des lieux.

De nombreuses autres personnes sont présentes. Des spécialistes en amnésiques et en mèmes colporteurs d’information, des représentants des agents infiltrés dans tous les grands médias, les banques, les sphères politiques et les grands organismes scientifiques. Elles ne sont pas importantes.

O5-9 aussi est présent. C’est faux. Les O5 ne se montrent jamais. Mais les membres des Départements de Censure et Désinformation aiment les traditions idiotes. O5-9 est chargé de superviser les mensonges de la Fondation, et donc d’assister aux Réunions d’Harmonisation de la Vérité, mais on ne le verra pas. Il était censé assister aux vingt-sept précédentes, mais on ne l’y vit pas. Il est là en esprit.

On dit donc qu’O5-9 est présent.

Pénélope Rouge, Octavio Gémini et Il-Sung █████ se lèvent.
A eux trois, ils sont les cogérants du Département de Censure et de Désinformation de la Branche Française de la Fondation SCP. Leur apport est crucial pour toutes les activités de la Fondation en Europe. Il se dirigent vers le grand pupitre. Il y a beaucoup de choses à dire. Le bilan des opérations de couverture de ces deux dernières années tout d’abord. En particulier sur l’attentat athée contre la cathédrale de Reims en juin dernier, et la dernière exposition de Cooltsy dont on ne s’est encore rendu compte que trop tard. Un mot sur l’harmonisation des versions de la Fondation avec les versions de la Coalition Mondiale Occulte. Puis un retour sur les problèmes d’Harmonisation de la Vérité avec les autres branches. La FIM Thêta-02 a été décimée en novembre par un virus tueur, mais est intervenue dans une autre opération de confinement fin décembre : il faut se mettre d’accord sur son état. Déterminer qui est vivant, qui est mort, puis qui est officiellement vivant, qui est officiellement mort. Sans compter une nouvelle loi physique potentielle qu’il faudrait sans doute abroger.

Mme Rouge saisit une télécommande qu’elle pointe à l’autre bout de la salle. Le diaporama se lance.

Non.

Le diaporama ne se lance pas.

Les lumières s’éteignent.

Puis les gens commencent à mourir.


Il pleut.

L’homme marche sous la pluie, une mallette à la main, un parapluie dans l’autre. Le lieu est reculé, et il a dû laisser sa voiture il y a deux kilomètres pour des raisons de sécurité et de confidentialité.
Enfin, il arrive au bout du sentier boueux. Les arbres s’écartent, ils révèlent du barbelé, des grues, d’immenses structures en béton à moitié achevées, chimériques, dont les poutres d’acier se dressent vers le ciel comme des arbres morts.

C’est une période où tout est construit en béton et en acier. On croit que c’est l’avenir.
Nous sommes en 1986. Coming soon : le tout nouveau Site-Aleph.

Des gardes surveillent l’entrée de la ville en chantier. L’homme à la mallette s’adresse à eux.
Il déclare ses intentions. Octavio Gémini. Né à Matera, en Italie, le 4 janvier 1952. Docteur en psychologie et sciences sociales, spécialiste de la désinformation et de la propagande. Il vient prendre son nouveau poste ici. Le bâtiment administratif est déjà terminé. De nombreux niveaux souterrains également.

Ils le laissent passer.


Octavio Gémini se prend un grand coup de crosse dans la mâchoire.

« Ce… n’est… pas… ce… que… nous… avons… demandé ! » articule lentement l’un des hommes cagoulés, excédé.

Pris en otage.

Ah, oui.

Attaché sur une chaise par des menottes en acier. Une sensation chaude sur son visage lui fait dire qu’il saigne. Il est trop vieux pour ces conneries.

A sa droite, le corps de Pénélope Rouge, affaissé en avant, inconscient.

A sa gauche, le corps d’Il-Sung █████. Il est conscient, il l’entend respirer avec difficulté. Même sous le mauvais éclairage, on devine qu’il est très amoché. C’est le prix à payer pour ne rien dire, et on ne peut pas aller contre sa nature quand on a passé sa vie à taire la vérité.

Ils sont dans un sous-sol… le sous-sol du site ? Impossible à dire.

Ils ne pourraient tout de même pas prendre en otage des employés de la Fondation dans le sous-sol d’une de ses installations, ce serait absurde. Mais comment ont-ils réussi à rentrer dans le site, et à en sortir ? Et qui sont-ils ?

Ils sont six, dans la salle avec eux. Sans doute plus dehors. Six hommes en treillis et cagoulés, armés de fusils-mitrailleurs, armes de poing à leur poche. Que veulent-ils ?

C’est l’Insurrection du Chaos.

Non. Non, ça ne l’est pas. L’Insurrection du Chaos est un fantasme créé par le DCD pour justifier les éliminations commises par la Fondation envers ses multiples employés. Pour camoufler les bavures. Pour fédérer le personnel autour d’un ennemi commun caricatural constitué de grands méchants aux noms fantaisistes.

L’Insurrection du Chaos n’a jamais existé.

« C’est faux. » dit l’un des hommes cagoulés.

« Cela fait cinq fois que vous nous racontez votre histoire. Cinq débuts différents.

- Je suis à peu près sûr que le Site-Aleph existait déjà en 1986, reprend un autre.

- Ah ?

- Et le coup de l’Italien, tout le monde sait que c’est bidon. L’accent, Dr Gémini. Pas l’accent italien, mais l’accent sur votre nom. Votre séminaire d’introduction au Département de Censure et de Désinformation est parvenu à notre oreille. Vous êtes le premier à insinuer que les Italiens n’utilisent pas d’accents, et que de facto vous n’êtes pas italien. Il y a deux récits de cela, vous étiez russe. Vous comptez nous sortir encore combien de versions, hein ? Combien de mensonges ? Je suis las. On l’est tous.

- Je vois, articule lentement Octavio. Je… je suis fatigué. On en reparlera plus tard.

- Oui, bien sûr, aucun problème. On repassera quand vous vous sentirez mieux.

- C’est faux ?

- Non ! Bien sûr que non c’est… enfin, oui, du coup, je… Evidemment que c’est faux ! »

Le faux Italien sourit, intérieurement du moins. C’était puéril de dire ‘C’est faux ?’ alors que la convention attendait un ‘C’est vrai ?’. Mais il avait besoin d’évacuer toute cette tension dramatique pour recouvrer ses esprits. Il agite ses poignets. Quelque chose attire son attention. En plus de la friction du métal froid contre sa peau, il sent une pointe de douleur. Une piqure. Oui. Il se souvient.
A présent il rit, intérieurement du moins.

Du B-23. Ses souvenirs sont flous mais il se remémore une silhouette distordue le lui disant en brandissant une seringue. Du B-23. Un des sérums de vérité les plus puissants expérimentés par la Fondation. Qui leur a procuré ça ? Peu importe. Il leur a donné cinq versions d’histoires différentes, toutes fausses.

Alors qu’il est sous sérum.

Ils doivent être terrifiés.

« Vous devez vous faire dessus, je me trompe ? » dit Gémini à haute voix.

Il sourit, mais plus intérieurement.

« Vous vous souviendrez de ce jour comme celui où vous avez mis Octavio Gémini sous B-23, et où ça n’a pas marché. »

Ils n’osent rien répondre. Il n’arrive pas à lire les expressions sous leurs cagoules. Il préfère y voir de la peur. Il y voit de la peur, et ça le rassure.

« Vous ne comprenez rien. Après des années de service, mon esprit est… corrompu. Quelle différence entre se tromper, être persuadé, mentir, avoir raison, avoir raison tout en ne le sachant pas, mentir tout en croyant avoir raison ? Je suis au-dessus de tout ça. Mais vous ne l’êtes pas. »

Il fait une pause, le temps qu’ils assimilent. Il prend son air le plus méchant.

« Vos esprits… simplets sont par conséquent à la merci du mien. Je peux vous faire croire ce que je veux. Je vous fais peut-être croire ce que je veux depuis le début. Peut-être est-ce vous qui êtes attachés sur cette chaise à ma place ? Si je le voulais, en une phrase, je pourrais vous convaincre de vous foutre le canon de votre arme dans la bouche et d’appuyer sur la détente. Vous êtes conditionnés depuis votre naissance sans même le savoir. Et moi ? Je connais toutes les ficelles sur lesquelles tirer. Pantins. »

Il voit tout blanc, son ouïe bourdonne. Il n’a pas vu venir ce coup-là. Il sait bien qu’ils ne goberont rien, mais à présent le doute est semé. Non. Il était semé avec l’échec du B-23. A présent il est germé. Ils ne le voient plus comme leur égal. Ils ne le voient plus comme un simple homme.

Ils le voient comme Octavio Gémini.

Octavio Gémini a des nausées. Le B-23 est puissant et loin d’être dépourvu d’effets secondaires. Une remontée acide fulgure. Le menteur professionnel est trop affaibli pour se crisper, alors deux filets de sucs digestifs se contentent de commencer à couler abondamment aux commissures de ses lèvres.
Un coup dans le ventre lui fait brutalement recracher le tout. Peut-être pour l’empêcher de s’étouffer dans son vomi. Plus probablement pour lui faire mal. La chaise en bascule en arrière et sa tête heurte le sol. L’étourdissement et le sang étaient déjà présents bien avant de toute manière. Il fait désormais face au plafond, à un néon dont la lumière est amplifiée à travers les larmes qui lui embuent les yeux.

Alors il murmure quelques mots.

Dans le couloir sous-terrain qui donne sur la salle, une détonation résonne. Celle d’une cagoule trouée alors qu’un homme s’est délibérément – délibérément ? – donné la mort, un canon dans la bouche. Le spectacle a été enregistré par quelques caméras assez peu discrètes mais stratégiquement placées.


« Non, c’est l’inverse, se répétait-il en silence. C’est l’inverse. »

Elle marchait en silence également. Il courait en silence également.
Mais on les suivait tous les deux.

« Parce qu’avec toi mentir revient à dire la vérité. »

Elle avait un porte-document également sur elle. Il avait une arme également sur lui.
Une alarme résonnait en fond. Il était question de Roses Ecarlates et d’Iris Pourpres.
Tous deux entrèrent en même temps.

« Et dire la vérité revient aussi à dire la vérité. »

Elle rentra et tomba sur un homme. Il rentra et tomba sur une femme.

« C’est l’inverse. »

Elle posa avec fracas le porte-document sur le bureau, devant l’homme. Elle pleurait.
Il enroula son bras libre sous le cou de la femme et plaqua son arme sur sa tempe. Il pleurait.

« Vous êtes sure et certaine ? » demanda l’homme.
« Pensez aux conséquences ! » hurla un garde.
Elle répondit d’une manière à peine audible.
Il hurla à s’en arracher la voix.
Et tous deux dirent :

« Cette fois-ci c’est l’inverse. »


Bien, voilà qui mettait un certain nombre de choses au clair, pour le plus grand plaisir de Gémini.

Dommage qu’il n’éprouve pas le moindre plaisir.

Sa chaise est ramenée sur ses quatre pieds. Gémini sent la peur. C’est faux, il ne sent rien, baigné qu’il est dans la confusion, le sang, la poussière, sa propre peur et l’odeur d’urine, certainement la sienne mais peut-être aussi celle de ses autres collègues bâillonnés. Mais la peur est la réaction normale face à un homme qui a dit pouvoir faire se suicider quelqu’un avec de simples mots, juste avant de le prouver.

« Nul ne peut faire se suicider quelqu’un avec de simples mots. »

Merde.

Un homme cagoulé prend une chaise, la retourne et s’y assoit à califourchon, les bras appuyés sur le dossier. Difficile de dire s’il était là depuis le début ou s’il vient de rentrer. Il semble être le leader. En tout cas il dit vrai.

« Bien sûr… que… si… articule l’Italien. Tous les mots peuvent faire se suicider quelqu’un. J’irais même jusqu’à dire que tous les suicides sont causés par des mots.

- Bel usage de la vérité. »

Il attend que le vieil homme réponde. Alors le vieil homme ne répond pas.

« Bel usage de la vérité, reprend le séquestreur sans se démonter. Comme toujours. Mais on ne peut pas pousser un homme à se suicider dans de telles conditions avec une phrase et un peu d’aplomb, même avec toute la psychologie inversée du monde. Même en lui faisant se dire que le suicide est le seul moyen de vous prouver que vous ne pouvez pas le forcer à se suicider. »

Merde ?

« Agents dormants. »

Merde.

Que Gémini ait réussi à pousser l’un de ses agresseurs à se tirer une balle avait mis un certain nombre de choses au clair, pour son plus grand plaisir. Certains membres de certaines FIM de la Fondation se voyaient intégrer dans leur subconscient, suite à un laborieux lavage de cerveau, des concepts-clés cachés qui pouvaient être activés en cas de rébellion afin qu’ils mettent d’eux-mêmes fin à leur jour. Gémini ne connaissait pas ces concepts déclencheurs, juste leur existence, mais la suggestion appropriée suffisait à ce que le subconscient de la victime s’active de lui-même pour retrouver ces concepts et faire remonter à l’esprit de la personne assez de pensée consciente pour qu’il déclenche sa propre mort. Comme un cadavre au pieds coulés dans le ciment et dont le torse finit par remonter à la surface une trentaine d’années plus tard.

Une petite astuce de l’ordre du « essayez de ne pas penser à des éléphants roses » avait réussi à causer ce regrettable gâchis humain, mais, plus important, cela révélait ce dont Gémini se doutait.

Du personnel de la Fondation.

L’astuce étant qu’il se doutait d’environ soixante-deux hypothèses différentes sur sa situation. Dont une certaine à présent.

« Ce type avait une fiancée, deux parents encore en vie, une sœur et un fils. Maxence Rieter. Du DSI. Oh, et sa fiancée est enceinte.

- Je sais. »

Faux. Mais ces deux mots sous-entendaient une connaissance aigue du personnel de par sa position hiérarchique, à la fois une pincée extrêmement fine mais bonne à prendre de sympathie pour un bureaucrate de niveau 4 qui s’intéresse au bas peuple, mais aussi et surtout la crainte floue qu’il en sache plus que prévu, y compris l’identité de chacune des personnes ici présentes. Autant en jouer.

« Dis-moi quelque chose que je ne sais pas, ‘bruti. » Ajouta Octavio.

Il retire sa cagoule. Cheveux blonds sales, mâchoire carrée, yeux vert clair, un nez juste un peu trop épais pour être séduisant.

« D’accord. Je suis votre fils, Octavio Gémini. »

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