Les Fondiablogues
notation: +13+x

Les textes présentés sur cette page sont inspirés de l'œuvre Les Diablogues et autres inventions à deux voix de Roland Dubillard. Ce sont des courtes scènes, à deux, dont la prétention est d'imiter le style de l'original, sans pour autant prétendre le dépasser.

D'autres arriveront probablement dans le futur, et tout le monde est invité à s'y essayer.

Bonne lecture.

Deux est devant une machine à café, dans un petit couloir. Des coups de feu résonnent au loin.

UN, arrivant, appuie sur un bouton : En voilà un café bien mérité.
DEUX : Ah bon ? Qu'est-ce que vous avez fait pour le mériter, ce café ?
UN : Ça fait depuis un moment que je passe la serpillière, là-bas, dans la salle qui leur sert d'atelier.
DEUX : Un moment ? Un long moment ?
UN : Un moment. Je ne m'amuse pas à compter le temps que je passe à travailler.
DEUX : Vous avez bien raison, ça serait décourageant. Mais si vous n'avez passé qu'un seul moment, c'est que ça n'a pas dû être si long. Remarquez, vous pourriez leur demander depuis combien de temps vous passez la serpillière.
UN : Ah, ça, ça va être dur. Ils ne font jamais attention à moi, c'est comme si je n'étais pas là.
DEUX : Ah… depuis longtemps ?
UN : Un moment.
DEUX : Je vois.
UN, appuyant sur un bouton : En voilà un café bien mérité.
DEUX : Vous l'avez déjà dit.
UN : Je sais, mais ça n'a pas marché. Je n'ai toujours pas mon café, alors que je pense tout de même le mériter.
DEUX : Elle n'a pas l'air de cet avis. Vous auriez peut-être dû travailler plus.
UN : Ou insister un peu plus. Je m'en vais lui donner des coups de coude, à cette machine.
DEUX : Moi, je pense qu'il faut être doux avec elle.
UN : Ah ?
DEUX : Oui, ma mère m'a toujours dit d'être doux avec les machines et particulièrement avec celles qui distribuent du café.
UN : Ça se tient, ce que vous dites. Elles ont le sang chaud et peuvent devenir nerveuses très vite.

Un caresse un bouton.


Peut-être qu'elle est fâchée.
DEUX : Ou qu'elle dort. Vous en avez vraiment besoin, de ce café ?
UN : Non, mais je pensais le mériter. Et puis, ça fait un moment que j'y pense. Mais à chaque fois que je passe la serpillière, c'est la même chose : cette fichue machine à café refuse de me récompenser. Peut-être que je devrais arrêter de la passer, moi, la serpillière. Peut-être que c'est cette machine qui devrait passer la serpillière. Elle verrait, là oui, elle verrait, que c'est fatiguant et que je mérite bien un café !
DEUX : Vous avez l'air en colère.
UN : Je suis juste fatigué, je pense. Je n'en suis pas sûr. Je ne suis même plus sûr d'avoir travaillé un moment, ou moins.
DEUX : Allons, mon vieux, ressaisissez-vous. Ce qui est important, c'est que vous ayez l'impression d'avoir accompli quelque chose. Mon ami Georges dit toujours "L'important, c'est d'avoir l'impression d'avoir accompli quelque chose" ! Je crois qu'il y a un enseignement à tirer de ça : c'est important que vous ayez l'impression d'avoir accompli quelque chose.
UN : Vous avez sans doute raison. Et puis, si elle refuse de me servir maintenant, la machine, je n'ai qu'à attendre la prochaine fois. Peut-être que je le mériterai plus.
DEUX : Vous venez souvent par ici ?
UN : Souvent oui.
DEUX : Et vous travaillez ici depuis longtemps ?
UN : Un moment.
DEUX : Je vois.

Il appuie sur un bouton.


En voilà un café bien mérité.
UN : Ah, vous aussi ?
DEUX : Oui, j'ai l'impression d'avoir fait une bonne action aujourd'hui : j'ai transmis le savoir qu'un ami m'avait lui-même transmis et ça a remonté le moral de quelqu'un.
UN : C'est beau, ce que vous dites. Et c'est formidable que vous ayez pu aider cette personne, j'aurais aimé pouvoir être là. Vous me raconterez ça une autre fois, je dois retourner travailler. Cette serpillière ne va pas se passer toute seule.
DEUX : Vous devez encore passer la serpillère ?
UN : Oui. Quand je les laisse un moment seuls dans l'atelier, il y a toujours une nouvelle tâche à essuyer. Parfois, c'est de l'huile. Parfois, c'est du sang. Je ne veux pas savoir ce qu'ils font.

Des coups de feu résonnent au loin.


Voilà, j'y vais. Quand je reviendrai, la machine à café sera peut-être plus coopérative.
DEUX, appuyant sur un bouton et engloutissant immédiatement le café brûlant qui en tombe : Je lève mon verre à votre courage. Bon courage.
UN : Merci. Il faudra que l'on aille boire un café ensemble, un de ces jours.
DEUX : Oui, je pense que vous l'aurez bien mérité, une fois cette serpillière passée.
Un s'en va.

Des coups de feu résonnent au loin.
UN, arrivant, appuie sur un bouton : En voilà un café bien mérité.
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