Les fabuleuses aventures de Doc Kody !
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Partie III

"Qu'est-ce qui fait que l'Homme est important ?"
"Quoi ?"
"Oui, tu sais… Qu'est-ce qui fait que l'Homme est important. Je veux dire, qu'il se croit supérieur, qu'il cherche à se préserver."
"Une dérivée de l'instinct de conservation."
"C'est con."
"Très."
"Je veux dire, l'Homme essaye de se protéger, de se prémunir contre toutes les merdes qui puissent arriver. Et à côté de ça, il se met des beignes."
"Tu parles de l'Homme comme un entité unique."
"…"
"On est loin d'être unique."
"On est les deux à la fois."
"Peut être. Peut être pas."
"Tout dépend du point de vue avec lequel on regarde l'Homme. Du point de vue d'une poule, l'Homme est grand, très grand. Gigantesque même.Il est innombrable. Il occupe un énorme place. une partie de la vie animale tourne autour de lui. C'est comme si… il était Dieu. Il est tout. Il paraît omnipotent, omniscient.
"Si on regarde du point de vue du système solaire, ou même de la Voie Lactée, de l'univers même, l'Homme n'est rien."
"Il est quelque chose, mais d'une multitude si petite qu'il se présente comme un être unique."
"Si tu voyais par la vue d'un être surnaturel, qui à le droit de vie et de mort de toute chose dans la galaxie, et qu'une catastrophe sans précédent… Un essaim de Tyranide par exemple, menaçait l'existence de ton territoire, et que la seule façon de le sauver était de livrer l'Homme, l'espèce entière, à un destin funeste, que ferais-tu ?"
"… Comment est-on arrivé à cette discussion ?"
"Parce que c'est justement en te posant ce genre de question que tu es arrivé à ton état actuel : une coquille vidé de sa substance, sans raccord au monde intelligible."


"-la dernière fois qu'il fait ça !"

"Excusez-le, il dort mal ces temps-ci et-"

"Je n'en ai rien à faire !"

Qu'est-ce que c'est ce bordel ?

Qui est-ce qui l'avait réveillé ? Qui avait osé pénétrer dans le sanctuaire sacré qu'était son bureau et sortir le séant des lieux de ses rêveries peuplées d'actrices japonaise au tour de poitrine improbable ?

En pleine phase de réveil, Steakay commençait déjà à élaborer toute sorte de torture à l'encontre du fautif quand soudain, il comprit que quelque chose clochait.

Il n'était pas dans son bureau.

"C'est la quatrième fois qu'il fait ça en moins d'une semaine ! Les limites de ma patience et de ma résistance à la connerie ont été franchi depuis longtemps !"

Ah, oui ça y est je me rappelle. J'étais en… réunion ?

Pendant ce temps, c'était une véritable tempête de postillon qui s'abattait sur le Doc. Celui qui en était à l'origine (et qui était aussi à l'origine de la bouillie sonore ambiante), était le Professeur Jacob Landerson : éminent scientifique, théoricien de l'effet Xanatov, des flux Nabontsaksnki A et B, et de tout un tas d'autres trucs qui ne présentait pour Steakay aucun intérêt si ce n'est de le faire dormir.
En fait, malgré son pedigree, le Professeur Landerson n'a jamais fait que diriger et donner des ordres aux autres, avec sa maniaquerie habituelle. Une partie des découvertes qu'on lui attribue ne sont d'ailleurs pas de son fait.

Pour faire court, c'était un connard prétentieux, manipulateur et qui attrapait la rage (avec tout ce que ça impliquait) dès que quelqu'un a une tache sur sa chaussure.

"Ça fait TROIS ! TROIS avertissements ! La seule chose que vous méritez c'est que vous soyez rétrogradés en Classe D !"

Ce que Doc K ne voulait pas, Landerson ayant légèrement du mal avec le principe d'économie des ressources humaines.

"Professeur Landerson, puisque je vous dis que ce n'est pas de sa faute ! Il a énormément de choses à faire. Et son horloge interne a encore du mal à s'acclimater et-

Le valeureux scientifique qui défendait la cause du Doc était le Docteur Kamakura. Transféré au Site-Aleph il y a deux ans, personne ne savait quel était son ancien poste. Et visiblement, il rechignait lui-même à en parler. Peut être se trouvait-t-il dans la même situation que Steakay.

Rajoutez à cela un caractère loyal/jovial, des connaissances en dessin d'hentai (apprises lors d'un baito en tant que mangaka assistant), et vous obtenez l'ami dont le Doc a toujours rêvé.

"Je me fous éperdument de ses raisons. Mais le fait est que s'endormir pendant une réunion sur le travail d'équipe m'énerve véritablement ! D'ailleurs, je crois avoir assez soupé de son attitude négligente. Donc je vous prierais, VOUS DEUX, de disparaître. Et je vais vous arranger pour vous trouver un boulot à la mesure de votre hauteur d'esprit."

"Meh. Pourquoi moi ?"

"Taisez-vous et sortez !"


"Quel sac à foutre."

"Je te l'fais pas dire."

"Et je vais encore me faire taper sur les doigts à cause de ce fumier !"

"Ouais."

"En plus ce con nous dit "un boulot à votre hauteur d'esprit" ! Mais pour qui il se prend ?"

"Hmm."

"T'écoutes ce que je dis ?"

Steakay cligna des yeux.

"Hmm."

"Bon, de toute manière je connais une solution à tout ce merdier. Tu vas voir, ça va pas traîner."

"Ah."

"Ouais, j'ai discuté avec certaines personnes à la cafet' et elles disaient que ça fait déjà depuis quelques temps que Landerson pousse le bouchon trop loin. Soit-disant qu'il est pistonné parce qu'il a un frère ou un truc comme ça qui était le boss d'un projet secret et tout, qu'il a un niveau d'accréditation qui existe pas dans le reste de la Fondation."

"C'est des conneries."

"Peut être, j'en sais rien. Mais le truc, c'est qu'il a l'administration "avec lui"."

"Et à qui on va se plaindre alors ?"

Un sourire carnassier fendit le visage de Kamakura.

"La sé-cu-ri-tééééé."

Steakay le regarda, interloqué.

"Qu'est-ce que la sécurité vient faire là-dedans ?"

"Normalement, pas grand chose. Mais il y a que depuis quelques temps, le Site manque de personnel de commandement qualifié et des failles de discipline sont restées ouvertes trop longtemps. Pour répondre à ça, le commandement a eu la meilleure idée du siècle."

"À savoir ?"

"Mettre un vét' du DS à la section disciplinaire."


"T'es sûr qu'il a pas des trucs plus importants à faire que de nous recevoir ?"

"T'inquiète pas pour ça. Il a pas un planning très chargé pendant les périodes "creuses". Suffit de prendre rendez-vous à l'avance."

"Attend, t'avais déjà calculé ça à l'avance?"

Kamakura haussa les sourcils avec un air malicieux. Il toqua à la porte qui nous faisait face.

Aucune réponse.

"T'es sûr qu'il est là ?"

"Mais oui, t'inquiète."

Plusieurs minutes s'écoulèrent, puis les deux scientifiques entendirent quelqu'un hausser la voix.

"…il refuse ? Envoyez les escouades Delta et Gamma l'intercepter dans le couloir trois du bâtiment H et le prendre en sandwich… Oui… rappelez moi quand vous en aurez fini…"

"Okaaay." lança Steakay.

Kamakura toqua de nouveau à la porte.

"…Quel crétin, il croit pouvoir faire ce qu'il veut, tout ça parce qu'il est immortel, ou invincible, ou je sais plus quoi… Entrez !"

"Kody, c'est toi qui parle."

"Hein ?! Pourquoi ?"

Il ne répondit pas. Kamakura retint sa respiration et ouvrit la porte.

Dans la millième de seconde qui suivit, le Docteur Steakay, âgé de trente-trois ans, sans enfant, célibataire et libre comme l'air, vit sa dernière heure (seconde ?) arriver.

Dans la millième de seconde qui suivit, ses poumons se remplirent d'une cendre noire, épaisse et brulante comme de la lave, ses sinus et sa gorge prirent instantanément feu et, pour finir, sa poitrine explosa dans une gerbe de sang noir de suie. Il mourut dans d'atroces souffrances.

Enfin, c'est ce qu'il ressentit à ce moment précis.

"Bon alors, c'est quoi votre problème à vous ?

Devant les deux scientifiques, se trouvait un bureau administratif, composé d'un bureau tout à fait standard, à cela prêt que toutes les surfaces planes (y compris la paperasse) étaient couvertes d'un dépôt de poussière noire, et que plusieurs cendriers remplis à ras-bord de cendre trônaient en plusieurs endroits. Les murs étaient plus que noircis et la fumée en partie retenue empêchait quiconque de voir le plafond.

Derrière le bureau, était assis l'Agent Neremsa. C'était un gaillard impressionnant. Baraqué, très baraqué. Une fois debout, il devait dépasser d'une bonne tête le Doc. Sa tête, à la mâchoire large, était cernée de cheveux d'un côté, et de barbe de l'autre.
Son expression était neutre : un léger sourire se dessinait sur une bouche où était accroché un cigare à moitié terminé, mais ses yeux montraient une fatigue profonde. Steakay discernait le début d'un syndrome "J'ai passé l'âge de ces conneries". Une partie de son visage et de son crane montraient des signes de lourde chirurgie et son œil gauche avaient été remplacé par ce qui semblait être un module oculaire bionique tout droit sorti de Terminator.
À un porte-manteau était accroché son barda régimentaire : une arme de poing, un P90, un casque de protection et un gilet pare-balle.

"Faites pas gaffe au bordel. L'entretien arrive ce soir."

Après dix secondes de toux continue, le Docteur Steakay prit la parole.

"Bonjour, Monsieur Neremsa." dit-il tout en tendant sa main.

"Neremsa, tout seul, suffit" dit l'intéressé en broyant la main de son interlocuteur. "Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?"

S'ensuivit une explication (la plus raccourcie possible histoire d'économiser de l'oxygène) sur le litige. Cela fait, Neremsa réfléchit pendant de longues, trop longues secondes au goût des scientifiques. La réflexion se termina sur un petit ricanement de la part du militaire, un sourire s'agrandissant lentement sur son visage.

"Vous trouvez quelque chose de drôle dans cette histoire ?"

"Ahah, assez, oui. Le fait est que ce cher Monsieur Landerson, bien que parent d'un éminent scientifique, ne -vous m'excuserez de l'expression- ne se sent pas pisser. Il a déjà explosé le quota de classe D et déjà nombre de personnes sont venues se plaindre de lui. Je crois qu'un petit "entretien à l'amiable" va bientôt s'imposer."

Et, terminant cette phrase, il cracha ce qui lui restait de son cigare dans la poubelle, en tira un autre d'une poche et l'alluma.

"Ne soyez pas inquiétés, je vais faire en sorte que ce problème soit réglé dans les plus… bref ? Oui voila, bref. Dans les plus bref délais."

Rires et réjouissances feignit le visage des deux compères, même s'il semblait que Kamakura désirait plus que tout de sortir tant il semblait proche de l'asphyxie. Steakay reprit la parole.

"Mmh, bon. Et bien on va vous laisser. Vous pourrez nous tenir au courant ?"

"Aucun problème, vous recevrez l'accusé réception sur votre messagerie."

Les deux scientifiques s'en allèrent, bien content que cette histoire soit terminé.

Mais au moment où le Doc passa la porte, une main large et calleuse attrapa son épaule. La tête de Neremsa s'approcha de l'oreille du Doc.

Il ne l'avait pas entendu se lever de sa chaise.

En fait, il n'avait entendu aucun des mouvements du militaire.

"Profitez bien, Docteur Steakay, je n'offre pas ce genre de service tous les jours."

L'odeur de cigare se faisait plus forte.

"Et en quel honneur ce service a été accepté ?"

"Vos antécédents."

"On m'a tout enlevé."

"Je sais. C'est juste un renvoi d'ascenseur. Nous sommes quitte. Donc vous n'avez pas à vous en soucier."

Un frisson couru le long de la colonne du Doc.

"Merci beaucoup."

"'ec plaisir."

Un téléphone sonna derrière lui.

"Ah ! Surement les gars qui ont attrapé l'autre énergumène."

il se retourna et ferma la porte.

Kamakura attendait un peu plus loin dans le couloir, adossé au mur.

"Quoi ?"

"Alors ? T'es dans les petits papiers de Nerem ? Je croyais que tu connaissais personne ici."

Jusqu'à maintenant, il croyait que les seules informations que la population du Site-Aleph avaient de son passé, c'était par l'intermédiaire de documents de provenances externes.

Ce n'était bien sûr pas le cas. Ça perturbait le Doc. Bien plus qu'il ne l'était d'habitude.

"Moi aussi."

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