Les Bibliothécaires et les Chercheurs
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Donc j'étais là, dans une salle avec une statue immobile qui allait probablement me bousiller au premier clignement d'yeux. Oh, vous n'aimez sûrement pas quand je commence comme ça. Un peu de blabla, d'abord.

Je suis Alcatraz Smedry, 13 ans, descendant direct de la lignée des… Smedry, bien joué. Si vous venez des Royaumes Libres, vous voyez certainement de quoi je parle, et si vous venez du Chutland, vous n'avez très probablement compris que la moitié de la phrase. En gros, votre monde est contrôlé par d'Infâmes Bibliothécaires qui vous élèvent en vous faisant croire que les fusils sont sophistiqués, que les dinosaures ont disparu, ou d'autres sottises. Je ne me lancerai pas dans une explication compliquée. J'ai une particularité bizarre, je détruis tout ce que je touche. Vous entendrez peut-être que je casse, mais c'est faux. J'ai plus ou moins appris à contrôler ce pouvoir (gênant, comme tous les Talents des Smedry) pour empêcher les maisons où je loge d'exploser. Et en plus, je suis Oculateur, ce qui signifie que je peux utiliser des lunettes pour faire des trucs stylés. Vous allez bien voir.

Revenons à la statue. Non, d'abord vous devez comprendre ce qui s'est passé avant. Allez-y, détestez-moi.

C'était une après-midi fraîche d'un mois d'avril, je venais de sortir d'une bibliothèque particulièrement dangereuse avec Papi (un vieux fou qui arrive toujours en retard), Quentin (un de mes cousins, qui raconte littéralement du charabia quand ça lui prend), Sing (un archéologue de 2 m de haut capable de trébucher) et enfin Bastille (une fille de mon âge aussi redoutable qu'un requin bardé d'explosifs avec son épée de cristal ou son sac à main). Nous arrivâmes à la voiture, toujours pris en chasse par des Bibliothécaires et la police. Papi mit le contact, fit semblant d'appuyer sur le plancher (pratique étrange des Chutlandais pour démarrer) et démarra, tout en donnant de petits coups de volant (pratique très étrange, là aussi) en roulant.

Nous roulions encore, toujours traqués par une armée d'hommes en nœuds papillons roses et de femmes avec des lunettes à montures d'écaille rafistolées avec du Scotch. Parmi elles, ma mère. Sans vous embarquer dans une histoire de famille ennuyeuse qui briserait l'action (ce que j'aime faire mais qui ne plaît pas trop), mon père était tombé amoureux d'une Bibliothécaire et avait failli recréer Roméo et Juliette (un livre chutlandais) en me donnant naissance. Évidemment ma mère n'a jamais changé de camp. Revenons à l'action, maintenant.

Notre voiture roulait toujours, et aucun Chutlandais n'était en vue, donc Papi s'autorisa un lâcher de volant pour se reposer. Bien évidemment, la voiture roulait encore. Technologie silimatique, les amis.

Mais à ce moment, je me suis retrouvé dans une salle hermétique, toujours assis sur le fauteuil de la voiture, mais sans la voiture. La porte (que je n'avais toujours pas remarquée) s'ouvrit, trois scientifiques en blouse blanche entrèrent et je pus entendre clairement :
— Eh les gars, Trois-Neuf-Six a encore fait des siennes !
— Qu'est-ce qu'il nous a ramené cette fois ?
— Un gosse sur un siège de voiture.
— Pouvez-vous me dire où je suis ?
— Malheureusement non, petit.
— Eh bien si, voyez vous, je dois échapper à des Bibliothécaires en rogne pour cacher les Verres de Rashid.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Laissez-moi passer, je vous prie.
— Non.
— Non ?
— Non.
Oh, vraiment. Il allait le regretter. Je pris mes Verres Boutefeu et tirai trois éclairs brûlants en direction des scientifiques. J'en vis deux atteindre leur cible, puis je reçus un coup de matraque et tout devint noir.

Je me réveillai dans une sorte de salle d'attente, assis sur un siège, en combinaison orange. Je n'avais plus aucun de mes Verres sur moi. Une porte de bureau s'ouvrit, révélant une secrétaire rachitique à l'air désagréable.
— Entrez, monsieur.
Je supposai que c'était à moi qu'elle parlait, donc j'entrai.
— Asseyez-vous.
Je m'assis.
— Votre nom ?
— Alcatraz Smedry.
— Comme le bouquin ?
— Vous parlez de mon autobiographie ? Oui.
— Vous êtes plus fous que ce que je ne pensais. M. Smedry, vous n'utiliserez plus ce nom. Désormais, vous vous appellerez D-17845.
— Euh… d'accord.
Plutôt joli, mais bizarre pour un nom.
— Pour agression envers des membres du personnel de Niveau 3, la Fondation SCP a décidé de vous rétrograder en Classe-D. Vous êtes en ce moment au Site-19, des Agents de Sécurité vont vous emmener dans votre cellule, dit-elle en désignant deux gros malabars ressemblant plus ou moins à Sing. Votre première tâche s'effectuera dans la cellule de confinement de SCP-173 pour y effectuer son nettoyage bi-hebdomadaire. Les mêmes Agents vous y escorteront. À demain, ou peut-être pas.

Les deux malabars qu'elle avait pointés du doigt me firent signe avec leurs mitraillettes d'avancer. Armes beaucoup trop primitives, mais que je n'allais pas risquer de casser, leurs matraques étant elles bien avancées. Nous marchions toujours dans le silence, les couloirs et les portes blindées s'enchaînant sans fin. On me conduisit à une cellule de prison, avec le sol, le plafond, des murs et une couchette en bois. Pas le pied, pour un Smedry au talent extrêmement puissant qui avait sauvé la planète et réduit à l'impuissance le plus puissant Oculateur Noir de ces jours, Blackburn.

Puisque je n'avais que ça à faire, et que j'étais fatigué, je m'allongeai sur la couchette et dormis.

Je fus réveillé par une mitraillette sur la tempe et un "Debout" sonore.
— Aujourd'hui, c'est ton dernier jour sur cette Terre, Smedry.
Je connaissais cette voix… c'était celle de… Blackburn ! Même aveugle, il continuait à nuire.
— Debout, Smedry…
— Que faites-vous là, Blackburn ?
— Oh, mais je travaille, Smedry. La Fondation a gentiment embauché un aveugle qui ne pouvait plus utiliser ses pouvoirs d'Oculateur. Et aujourd'hui, tu vas mourir, Smedry. Dans la pire des cellules de confinement.
— Sale…
— Oh non, ne dis rien, je ne veux pas être obligé à te tuer avant avoir vu comment Un-Sept-Trois le fera. Lève-toi et avance, Smedry.
Je lui obéissai, n'ayant pas trop le choix.

Arrivé à une porte avec un panneau "SCP-173", je fus forcé à rejoindre un groupe de deux autres personnes d'une trentaine d'années dans la même combinaison orange que moi. Un des malabars nous dit :
— Bon, les Classes-D, nous vous avons assignés à une tâche des plus dangereuses, à savoir le nettoyage de la cellule de confinement de Un-Sept-Trois. Deux d'entre vous vont fixer la statue qui se trouve dans cette pièce, pendant que le troisième fermera la porte. Celui-là va prendre la serpillière que voici (en me donnant une serpillière) et va nettoyer le sol. Les deux autres, toujours en fixant la statue, ne devront en aucun cas cligner des yeux en même temps, car la statue vous tuera tous à ce moment-là. Maintenant, entrez, et peut-être à tout à l'heure.

Très rassurant. Nous entrâmes dans cette cellule. Et donc j'étais là, dans une salle avec une statue immobile qui allait probablement me bousiller au premier clignement d'yeux. Nous y voilà, pensez-vous sûrement. Je vous ai enfin mené à l'action palpitante du début, celle qui vous maintenait dans la lecture de cette fichue histoire. Bon, reprenons.

Je devais frotter un sol couvert de ce qui semblait être un mélange de sang et d'excréments avec une serpillière… qui se désagrégea instantanément. Fichu Talent. J'eus droit à deux regards plein de reproches.
— Vous ne devriez pas plutôt regarder ce truc qui va bientôt nous tuer ?
— Petit, tu as failli à ta tâche, ils vont nous tuer. Autant mourir ici et maintenant.

À ce moment, alors que j'allais craquer et cligner des yeux, la porte s'ouvrit en trombe pour laisser passer Bastille, Papi, Quentin et Sing (ceux dont je vous ai parlé au tout début de l'histoire).
— Tu es en retard, Papi. Encore.
— Très drôle, Smedry, railla Bastille (j'allais encore avoir le droit à un long sermon).
— Alcatraz, je te propose quelque chose : tu quittes cette pièce dangereuse et nauséabonde et on s'en va de cet asile de fous.
— Ça me va.
— Alors allons-y. Tiens, j'ai ramené à ses propriétaires la chaise qui est apparue à ta place. Ils nous ont gentiment rendu tes Verres (les Verres de Combat de Sing les ont un peu aidés, bien sûr), ils sont dans la voiture.
— On y va. À plus, les gars, dis-je en refermant la porte.

Et donc, nous étions partis de cet endroit étrange, et nous étions tous dans la voiture.
— Vous ne devinerez jamais qui j'ai rencontré, là-bas…

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