Larmes de Vie
notation: +11+x
blank.png

Vous conter la Terre
et les esprits poétiques
une planète si vulgaire
au destin si tragique.


Au temps des êtres obscurs
aux yeux aveugles et froids,
au temps des êtres obscurs
dont il ne resta que le Roi.

En un temps fort lointain
l'un des êtres quitta
son linceul de satin
et partit au-delà.

Dans le sang et le plasma
par l'Ichor et l'Aster
l'avènement d'Anthropia
prit la forme de Terre.

Avec l'amour d'une mère
Lyae berça cette faible vie
sans voir, aveuglée et fière
qu'elle ne devenait que pervertie.


Sous l'œil froid de la Lune
Lyae pensa à eux
les fils doués de la Rune
dont seul naissait le feu.



Elle leva les yeux vers la voûte céleste où tremblotaient les astres de SarKhahrahk. Si loin et si proches, mais aucun risque qu'ils ne brillent trop fort. L'air de la nuit était frais et le ciel… Non. Le ciel n'était pas dégagé.

En un temps fort lointain, les étoiles brillaient vraiment. L'air dont elle avait doté cette planète rendait réellement heureux de respirer.
La nature existait.

Et en ce temps, plus rien ne vivait réellement. Même pas les hommes. Ne pas jouer le jeu n'est pas amusant, même pour le tricheur. Sous le règne d'Anthropia, plus aucun de ses enfants n'existait.

Les yeux de Lyae glissèrent vers la terre mutilée dans la vallée et les larmes se mirent à couler, lentement mais sans interruption. Un petit ruisseau se forma à ses pieds.

Les grillons s'étaient tus.

Elle avait fui et offert la consistance à un monde sans espoir, elle avait créé la matière où les Autres ne pouvaient exister… Elle avait accouché sur ce monde de la seule espèce dont elle eut honte.

Elle avait accouché d'Anthropia. Une puissance qui la dépassait à présent, une monstrueuse conscience collective qui ne respectait pas les règles de sa Vie.

Les douces larmes de rosée se muèrent peu à peu en Aster et l'herbe se flétrit dans le lit du ruisseau chantant. Lyae sanglota de rage.

Après tout, elle n'avait pas besoin de suivre les règles non plus. Elle était les règles.
La brise nocturne était devenue bourrasques et les étoiles brillaient plus fort que jamais.

Elle ne ferait tout d'abord que leur transmettre un message. Peut-être sauraient-ils se rendre compte de la chance qui leur était offerte. Peut-être la saisiraient-ils. Elle l'espérait.

Ils étaient ses enfants. Elle voulait les voir vivre.

Puis l'Aster reprit le dessus et le feu jaillit de la terre. Ils brûleraient.

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License