La geste des Douze : Barthélémy le Revenant
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Cinq jours après la Chute d'Aleph, quelque part dans le désert

Ses yeux le brulaient. Ses vêtements, autrefois luxueux, n'étaient plus depuis longtemps que des haillons. Sa gorge était pleine de sang. Et pourtant il marchait. Il marchait. Il n'avait plus idée depuis combien de temps, mais il marchait.

Ce désert impitoyable aurait pu avoir raison de tout, si ce n'est de son corps. Son esprit, brisé en mille morceaux après tant d'horreurs, se refusait stoiquement à s'éparpiller aux quatre coins de sa conscience. Non. Il survivrait. Il irait jusqu'au bout. Il avait un devoir, et même si son monde entier ne devait sans doute plus exister, il répondrait à son appel.

Il s'appuyait sur sa canne, vestige de son ancien foyer, amélioré dans son nouveau. C'était le seul objet qu'il lui restait. Quelque part, il s'imaginait souvent que son esprit y était rattaché. Et c'était pour cela qu'il se défendait d'en lacher la poignée, en dépit de ses douloureuses articulations.

Ainsi passaient les journées et les nuit. A marcher. Droit devant. Toujours droit devant. Ressassant sans cesse ce qu'il avait vu, évitant les pièges du désert infernal.

Il s'en sortirait. Il l'avait juré. Il l'avait promis.

C'était son devoir.


- Pressez vous donc, Bruce ! Nous n'avons pas toute la journée. Si les calculs de la Reine Noire et les informations que j'ai pu tirer du Livre de Thot sont exactes, il ne devrait pas tarder à sortir par là.

Bruce Garrett peinait à suivre celui qui n'était qu'un concierge sans importance pas plus tard que la semaine dernière. Depuis, tant de choses étaient survenues. La Chute d'Aleph. Sa rencontre manquée avec la mort. Toutes ces révélations qui ne cessaient de venir en un flot continu. C'était terriblement épuisant.

Il prit appui sur son genou alors qu'il gravissait la dune à la suite du concierge. Le portail qui les avait tiré hors de la Bibliothèque du Vagabond les avait amené dans le désert, à quelques encablées du lieu de rencontre prévu par Dupré. Ou Jean de Frémont, vu que tel était son vrai nom, bien que Bruce doutait que cela soit le cas.

Il faisait chaud. Beaucoup trop chaud. Jamais il n'y arriverait.

Il pensa abandonner quand soudain, il entendit l'ancien concierge lui dire, alors qu'il observait l'horizon depuis le sommet de la dune :

- Je crois qu'on a de la compagnie au point de rendez vous.


Quand il ouvrit les yeux, il sentit une présence. Sa main se crispa sur sa canne par réflexe, quand il réalisa quelque chose.

Des gens. Il y avait des gens qui parlaient autour de lui

Et il n'y avait personne qui parlait ainsi dans le désert depuis qu'il avait quitté les terres maudites.

Il se releva doucement avant de réaliser qu'on pointait un canon sur lui. Il pensa rapidement à un pistolet, mais l'arme semblait plus évoluée, tout en métal. Et l'homme était habillé étrangement, comme certains des êtres au centre du désert.

- Putain mais t'es quoi, toi ?
- Relax, Lance, c'est juste un clodo perdu.
- Un clodo perdu ? Dans le désert ? A quelques lieues d'un Site de la Fondation que le Commandement Delta nous envoie fouiller pour y récupérer des objets ? Nah. C'est un éclaireur.
- Un éclaireur du Site Het ? Dans cet état ?
- Je dis qu'on lui colle une balle dans le crane, point barre.
- Arrête tes conneries Lance, on doit continuer la reconnai-

Il n'eut pas le temps d'entendre la phrase du deuxième homme. Il y eut un bang, puis une lumière, et une rapide douleur à la tête.

Puis plus rien.


Bruce en avait marre. Le voilà qui gambadait désormais le long de la dune, à la suite du dément Frémont. Tous deux avaient entendu le coup de feu. Mais que pouvaient ils faire ? Il y avait là une Jeep de l'Insurrection du Chaos, avait quatre malabar à bord, selon l'ancien concierge. Eux n'étaient que deux sexagénaires crachant leur poumons pour une simple randonnée. Bon, peut être que Bruce était le seul à sembler éprouver une forme de difficulté. De plus, ils avaient perdu de vue la Jeep en descendant la dune, cette dernière se trouvant juste en contrebas de la prochaine qu'ils devraient escalader avant d'arriver à destination.

Mais Frémont ne semblait pas éprouver une quelconque anxiété à l'idée d'un affrontement armé. Après tout, peut être avait il des cartes dans sa manche. N'avait-il pas sauvé un Bruce mourrant et ensanglanté des décombres encore fumant d'Aleph alors que l'enfer s'y déchainait ? Il devait avoir une idée derrière la tête.

Soudain, Frémont arriva au sommet de la dernière dune et s'arrêta de nouveau.

- Eh bien. Si je m'attendais à cela.

Il fallu deux bonnes minutes à Bruce pour gravir à son tour la dune, alors que Frémont était déjà en contrebas, ou un spectacle morbide se présentait à eux.

La Jeep avait été découpée de long en large, d'un coup net et sec. Le sable sous cette dernière suivait la taillade en question sur plusieurs mètres. Quant aux quatre malabars… ils n'étaient plus en état d'être identifiables, désormais.

Au milieu de ces derniers, un homme en haillon se tenait debout. Son visage était taché de sang. Il tenait fermement une canne dans sa main droite, qui se dévoila être une canne épée, qu'il dégaina dès qu'il aperçut Frémont s'approcher. La lame sembla vibrer étrangement dans l'air et un sifflement commença à en provenir avant que Frémont ne s'exclame.

- Nous ne vous souhaitons aucun mal, cher ami. Bien au contraire.

L'ancien concierge contempla les alentours.

- Je n'aurais jamais pensé que les S'Kora'Tel fournissent à un humain une de leurs armes. Il vous faudra me raconter comment vous avez réussi à atteindre leur Palais, cher ami.

L'homme en haillon abaissa sa lame, mais ne la rengaina pas. Il parla avec une voix d'outre tombe.

- Qui êtes vous ?
- Quelqu'un qui comme vous, partage votre triste sort. Qui mortuus est non morietur. Je ne m'attendais tout de fois pas à vous trouver en si grande forme. Vous êtes le deuxième de toute l'Histoire de l'Arbre entier à réussir un tel exploit, vous savez ? J'en avais entendu beaucoup sur vous, mais je dois admettre que vous dépassez mes espérances.

L'homme en haillon esquissa une grimace, alors que Bruce arrivait péniblement sur les lieux de la discussion.

- Vous savez qui je suis ?
- Oui. Mais peu importe quel était votre nom, pour des raisons de sécurité, vous répondrez désormais au nom de Barthélémy ici bas. Cela vous convient-il ?
- Je n'obéis qu'à une seule personne, et ce n'est pas vous, l'étranger. Hors de mon chemin.

L'homme en haillons rengaina sa lame et dépassa Frémont. Sitôt passé devant lui, ce dernier répliqua.

- Et pourtant, vous serez à mes côtés. Bientôt. Félicitations, Barthélémy, vous êtes l'un des Douze.

L'homme à la canne rigola en s'éloignant.

- Que vous dites !
- Que je dis. Où comptez vous aller ? Votre monde n'est plus.

L'homme arrêta de rire. Il se retourna, regarda Frémont, puis Bruce. Son regard s'arrêta longuement sur le visage scarifié de ce dernier. Il sembla pendant un moment qu'il avait vu un fantome. Puis il se reprit et son regard retourna sur l'ancien concierge.

- Qui êtes-vous à la fin ?
- Je suis Jean de Frémont, l'homme aux côté duquel vous chevaucherez durant la plus grande bataille de tous les temps. L'adversaire sera de taille, et vous comme moi l'avons déjà affronté. La seule différence est que j'ai déjà pu le vaincre. Et je compte bien recommencer. Voire même plus. Êtes vous des nôtres, Barthélémy ?

L'homme à la canne passa sa main sur son menton. Il ne se faisait décidément pas à l'idée d'en avoir retrouvé un.

- Ce n'est pas mon nom, l'étranger.
- Il le faudra. Pour votre sécurité, comme pour la notre. A moins que vous ne décidiez de mettre tous les autres mondes en péril, et que vous refusiez de venger le votre.

Frémont marqua une pause.

- Alors, qu'en dites vous, Lord Dottinghton ?

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