Kid's Show Shutdown gouvernemental
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Ce conte contient des spoilers mineurs pour le conte Kid's Show. Rien de bien grave, et rien qui entachera votre compréhension, ce texte se lit très bien tout seul. Mais vous êtes averti.

« Foutue porte, foutus macarons et foutu Gidéon ! »

Édouard murmurait ainsi entre ses dents depuis un bon moment déjà, très précisément depuis qu'il avait fait la rencontre intime, quoique non sollicitée, d'une porte située un peu trop près de ses parties. L'ancien agent était fourbu, agacé et souffrant de l'entre-jambe, un mélange explosif qui ne le rendait pas très aimable. À ses côtés, son collègue, l'agent Valdez, le regardait avec amusement tempêter contre le monde entier.

« Je suis sûr que la porte ne l'a pas fait exprès. »

Édouard retint une réponse acerbe. Antoine n'était en rien responsable de sa mauvaise humeur, mais contribuait à la renforcer partiellement. En raison de son infirmité – aveugle depuis un accident de tir –, il avait tendance à violemment appréhender toute aide dont il ne pouvait se passer. En l’occurrence, conduire une voiture et se diriger dans la ville pour faire des courses de dernière minute était trop compliqué pour qu'il le fasse seul.

Bien entendu, il aurait pu tout aussi bien attendre et se faire livrer à domicile, comme il en avait l'habitude. La raison pour laquelle il s'était forcé à sortir du Site pour aller en ville, à se laisser chaperonner alors qu'il en avait horreur, tenait en deux mots.

Gidéon Léophyte.

Les deux hommes, depuis qu'ils avaient travaillé ensemble sur une émission pour enfants, étaient particulièrement proches l'un de l'autre. Ils avaient eu l'immense chance d'être mutés tous les deux sur le même site, lorsque Aleph avait réduit ses effectifs en raison du contexte politique.

La décision ne les avait pas ravis, indéniablement. Mais la Fondation était poussée dans ses derniers retranchements, les anomalies se faisant de plus en plus rares, comme une ressource précieuse qu'il fallait à tout prix conserver, au mépris de ses rivaux.
Et quels rivaux…

Plus le temps passait et plus les gouvernements de divers pays du monde trouvaient à redire aux méthodes, aux privilèges voire à l'existence même de la Fondation. Et les tensions montaient, en crescendo, jusqu'à une inévitable confrontation.

Non, en réalité, ce point précis avait lui aussi été dépassé. Quand une des dernières anomalies, miraculeusement laissée intacte depuis tout ce temps, avait été détectée en France, sous l'Arc de Triomphe.
Que le gouvernement français avait sèchement signalé qu'il était capable de s'en charger et que la Fondation n'avait ici pas à intervenir.
Que l'organisation avait tout de même dépêché plusieurs FIM sur place.
Qu'en retour, le président avait déployé les forces de l'ordre.
Que des balles avaient été malencontreusement échangées.

La branche française n'avait pas a priori de personnel superflu dont il aurait fallu se débarrasser, pour justifier de telles mutations. Au contraire, elle s'accrochait désespérément à chaque once de loyauté au sein de ses employés.
Non, c'était les Sites eux-mêmes qui risquaient de subir une attaque gouvernementale.

Le Site Thot-06 était un site assez large, certes bien moins grand qu'Aleph, mais assez pour représenter un atout de taille. Édouard avait mis du temps à s'habituer aux couloirs anguleux et glissants dans lesquel il évoluait maintenant quotidiennement. Il avait été affecté, sans surprise, à l'éducation des jeunes recrues et l'enseignement des protocoles de sécurité, les anciens… comme les nouveaux. Gidéon, lui, avait été réintégré au Département de la Censure et de la Désinformation local, avec un entrain extrêmement surprenant étant donné son expérience passée au sein de ce milieu professionnel pour le moins particulier. Il avait le statut d'un collaborateur externe, ce qui franchement n'était pas très parlant pour l'ancien agent. Mais l'intéressé refusait catégoriquement d'en révéler davantage, prenant cette aura de mystère terriblement agaçante qu'il utilisait usuellement pour transformer les pires routines du quotidien en événements énigmatiques et extraordinaires.

Lorsqu'ils étaient revenus sur le site, Édouard comme Antoine avaient été surpris par l'état des employés présents sur place. Il avait été demandé à tout le monde de réduire leur activité et de faire profil bas, quitte à dormir au sein même du Site afin d'éviter les allées et venues. Mais aujourd'hui, les gens courraient dans les couloirs, embarquant avec eux des dossiers, des possessions personnelles, voire même escortant en groupe armé des choses sans doute inavouables et extrêmement dangereuses. Le Site avait été bouclé, tout sortait, rien ne rentrait. Les deux agents avaient été à deux doigts de rester dehors.

Et c'était dans ce contexte que Gidéon avait cru bon de l'envoyer, lui, acheter une large et coûteuse boîte de macarons pour "une connaissance qui le méritait bien… Mais bien évidemment que ça pressait, à vrai dire c'était même d'une urgence intenable et si tu ne te mets pas en route tout de suite tu vas être en retard, ah, ça y est, trop tard, tu seras en retard je le sais, alors, qu'est-ce que tu attends pour partir ?".
Tss. Foutu Gidéon et ses foutues manies d'excentrique.

On leur avait signalé, alors qu'ils rentraient tout juste, que le Site était en évacuation complète, suivant des protocoles furtifs censés éviter que le remue-ménage ne soit repéré par des agents extérieurs. Cela ne pouvait indiquer qu'une seule chose : une attaque imminente.
La tension était d'ailleurs palpable, tant et si bien qu'Édouard la sentait s'infiltrer dans chacun des pores de sa peau. L'effervescence autour de lui saturait ses sens, le rendant doublement aveugle.

Fort heureusement, il était encore assez conscient pour noter les efforts de l'agent Valdez, qui écartait d'une poigne de fer toutes les personnes risquant de leur foncer dedans par mégarde, comme la montagne de gentillesse qu'il était.
Antoine était loin d'être le pire accompagnateur qui soit – et Édouard en avait vu défiler par dizaine au moins. Lorsqu'il avait fait la honteuse demande d'être conduit jusqu'en ville pour "faire deux trois emplettes", son collègue gigantesque s'était gentiment proposé, lui évitant un silence de refus encore plus embarrassant. Il respectait profondément la fierté et l'espace vital de son protégé. Non, Valdez avait vraiment l'air d'être un type bien.

« Ah, Édouard, tu es là ! Et pas en retard même d'une seconde, je savais que je pouvais avoir confiance en toi ! »

Sans même s'en rendre compte, l'ancien agent se détendit immédiatement lorsque surgit du brouhaha, une voix connue, amicale, aimée. Son meilleur ami était là, tout allait bien.

« J'ai tes putains de macarons surprises. » l'apostropha-t-il néanmoins avec rancœur. « Je propose maintenant que nous décampions dans le premier véhicule à destination de notre nouvelle affectation… Si on en a une et qu'ils ne nous acheminent pas plutôt vers un autre pays. »
« Monsieur Léophyte ne pourra malheureusement pas vous accompagner, ses engagements sont ailleurs. »

Édouard sursauta violemment. Il n'avait pas réalisé qu'aux côtés de Gidéon se tenait Mme Umbrecht, l'une des pointures de la sécurité sur le site. D'habitude il était plus prescient que cela, mais l'ambiance générale l'angoissait terriblement, surchargeait sa perception : s'il avait été plus superstitieux, il aurait hurlé au mauvais augure.

« Oh, je vois. » marmonna-t-il, déçu et un peu inquiet d'être séparé de lui pour la durée du voyage.

Il aurait pourtant dû se rappeler que les évacuations se faisaient par département, sous la supervision des membres du département de la sécurité.

« Nous devons y aller, et Monsieur Fain également. » pressa l'agente Umbrecht à son tour, visiblement dans l'urgence. « Le temps presse… »
« Un instant ! Un instant. » supplia presque l'intéressé. « Je dois parler à mon ami avant. »

L'attention du dandy se reporta sur son compagnon de toujours. Édouard devina qu'il souriait, sans trop savoir pourquoi.

« Merci d'avoir accepté de faire cette course pour moi. Tu n'as pas idée d'à quel point c'était important à mes yeux. Je devais récupérer cette commande spéciale. »
« Oui, eh bien j'espère que ton mystérieux protégé va l'apprécier, ce cadeau d'anniversaire. » râla son interlocuteur tout en lui tendant la boîte avec insistance. « Parce que j'ai galéré, et Antoine avec moi, pour trouver ton adresse spéciale. Ah, et pas la peine de me rembourser maintenant, on fera ça quand l'urgence sera passée. »

Gidéon ne fit pas mine de prendre les friandises. Sa voix se teinta d'un étonnement affecté :

« Oh, je ne te l'ai pas dit ? C'est pour toi que j'ai commandé ça ! » s'exclama-t-il, ravi de son petit effet.

Édouard faillit en lâcher la boîte.

« Tu… m'as envoyé m'acheter des macarons à 70 balles ? Pour me faire, quoi… Une surprise ?! »
« Surprise ! »

Ce fut Mme Umbrecht qui sauva Gidéon de l'étranglement imminent qui se profilait à l'horizon :

« Monsieur Léophyte… » fit-elle avec impatience, d'un ton à donner des frissons dans le dos.
« Je me suis dit que tu méritais bien ça… Tu sais, toutes ces années à me supporter, à me soutenir peu importe quoi… » continua-t-il sur le ton des banalités, sans même lui porter une quelconque attention. « J'ai demandé à ce que l'on rajoute deux trois bricoles personnelles dans la boîte, en cadeau. J'espère que tu ne m'en voudras pas tro – urgh ! »

Cette dernière injonction terriblement peu classieuse lui fut arrachée lorsque l'agente, fatiguée de l'attendre, le saisit par le bras et l'entraîna avec elle, en arrière, sans autre forme de procès. Il n'eut que le temps de crier un « Bon voyage ! », avant que sa présence ne s'évanouisse dans le brouillard de bruits autour.

Un raclement de gorge à sa droite. Antoine avait patienté la durée de l'échange.

« C'est quoi le numéro de la sortie à laquelle tu es affecté ? » demanda-t-il gentiment.

Le cœur lourd, Édouard lui donna l'information, et se laissa accompagner jusqu'au camion qui l'emmènerait loin du Site Thot-06, après quoi l'agent Valdez le quitta et se rendit lui-même à son poste.

Le véhicule de l'ancien agent fut l'un des derniers à partir, puisqu'ils attendaient certains des derniers retardataires. Absorbé par ses pensées, l'homme sursauta lorsqu'une main rude se plaqua sur son épaule. Il s'en fallut d'un cheveu pour que son entraînement ne reprenne pas le dessus et qu'il réagisse très mal à l'intrusion.

« Monsieur Fain. » fit la voix de Mme Umbrecht, d'un ton respectueux quoiqu'un peu tendu. « Puis-je ? »

Il en déduisit qu'elle souhaitait s'asseoir à côté de lui sur les bancs du camion, et acquiesça avant de lui faire place. Elle s'assit donc, avec le tremblement typique des personnes bien en muscles qui assumaient le poids de leur chair.

« Alors comme ça, Gidéon et vous êtes… proches ? »
« Meilleurs amis. » répliqua-t-il en se tendant ostensiblement, très peu enclin à la conversation.
« Ah. C'est curieux, je n'aurais jamais parié sur une affection mutuelle, étant donné vos caractères si… diamétralement opposés. »

Il eut un haussement d'épaule. Aussi loin qu'il s'en souvenait, il n'avait jamais eu l'occasion de laisser apprécier à sa supérieure son… caractère ô tant aimable et rayonnant.

Un long silence se prolongea, au grand bonheur d'Édouard, avant que sa voisine ne choisisse de le briser à nouveau.

« C'est un homme bien, hein ? Particulier, mais dévoué. Et courageux. »

Un peu surpris, et radouci, par ce changement de sujet, il s'autorisa un sourire.

« Oui. L'un des meilleurs hommes qu'il m'est été donné d'en rencontrer. Et croyez-moi, j'en ai connu pas mal. »
« Ah… Être agent, ça permet de faire des rencontres, ça c'est sûr et certain. »
« Mmh. »

Il la sentait trépigner à ses côtés, comme si elle voulait lui demander quelque chose.

« Vous n'ouvrez pas son cadeau ? »

Par réflexe, l'aveugle serra la boîte de macaron sur ses genoux, pour la protéger. Maintenant qu'il y pensait, elle était peut-être un peu lourde pour ne contenir que des pâtisseries. Gidéon n'avait pas parlé de… cadeaux personnels ?

« Je ne pourrais pas voir ce qu'il y a dedans de toute façon. »
« Oh, ça, je pourrais vous y aider. »
« C'est un peu déplacé comme curiosité, vous ne trouvez pas ? »

Stupeur interloquée. Elle se rattrapa bien vite :

« Je… Je ne pensais pas à mal. Gidéon m'avait simplement demandé de veiller à ce que vous l'ouvriez, de sa part. Vous comprenez, ça lui tenait très à cœur. »

Il soupira. Oui, il comprenait. Son ami avait le talent d'inspirer, de convaincre, quand il était passionné. Et il était tout le temps passionné.

« Très bien, très bien. Je vais l'ouvrir. »

Avec un peu de mal, il commença à défaire le ruban qui scellait le réceptacle de gourmandises. Pendant ce temps, Mme Umbrecht continuait son récit :

« Il vous apprécie beaucoup, vous savez. Et il n'a pas peur de transgresser les interdits. Si vous saviez à quel point il nous en a fait baver… »

Oh ça je veux bien le croire.

Il réussit enfin à manipuler comme il le voulait l'objet. L'ancien agent réprima un grondement de victoire qui aurait interrompu le flot de paroles de son interlocutrice. Non pas qu'il fut intéressé par ce qu'elle racontait.

« Son rôle dans les opérations n'était pas de tout repos. Mais il a appris par cœur ses lignes, et il est bon dans ce qu'il fait. Vu le contexte politique du moment, la Fondation qu'est pas en odeur de sainteté et tout ce qui suit, on va vraiment avoir besoin de ses talents… »

Édouard plongea la main dans le réceptacle, et rencontra, en plus de quelques miettes de sucre, un objet carré et dur, qui écrasait ses confiseries. En fronçant les sourcils, il le sortit et le tint dans sa paume, perplexe.

« Des fausses pistes, voilà qui devrait confondre le gouvernement et nous accorder un peu de répit. Bon, ce bluff est dangereux, mais… inévitable, pour notre survie à tous… Vous permettez que je l'active ? C'est un magnétophone. Avec des écouteurs. »

Un appareil rétro. Du Gidéon tout craché. Sans mot dire, il mit les écouteurs dans ses oreilles, et lui passa le magnétophone, mais lui fit signe de ne pas l'activer pour l'instant.
Avec l'engin, se trouvait également une liasse de billet, qu'il sortit sans prendre garde aux autres personnes présentes avec lui, et se mit à les compter, effleurant les contours et les formes. Sa perplexité augmenta lorsqu'il réalisa qu'il y avait bien plus que ce que Gidéon lui devait pour les macarons – bien plus du double, s'il estimait juste.

Quelque chose dans le discours de la femme le frappa, et il demanda subitement :

« Vous avez dit dangereux ? »
« Eh bien, oui. Qu'est-ce que vous croyez, que parce que nous vivons en démocratie les militaires se montreront doux avec lui ? Nous sommes des ennemis de la nation. Et ce n'est pas parce qu'il sera à leurs yeux un gros poisson dans la hiérarchie qu'il recevra un traitement de faveur… »
« … Hein ? »

Pris d'un terrible sentiment, Édouard se souvint brusquement de la voix, joyeuse, mais tremblante, avec laquelle Gidéon lui avait souhaité un bon voyage.

« … Enclenchez le magnéto. Maintenant. »

Sans vraiment l'écouter, elle activa le magnétophone. Édouard frissonna lorsque retentit dans ses oreilles la voix, affreusement déformée par l'engin, de son meilleur ami :

« Salutation, Édouard. Tu vas sans doute me détester… Ahem. Ne me déteste pas. S'il te plaît. Je vais partir du principe que ça n'est pas le cas, sinon ça rendra l'opération finale deux fois plus pénible pour moi. Je… vais être bref, pour une fois. Je travaillais sur… un projet spécial, visant à… tromper le gouvernement. Lui donner un os à ronger en pensant que la moelle à l'intérieur était intéressante à exploiter. Puis l'inonder de fausses informations. Et… vous laisser le temps d'élaborer vos défenses. Tout va bien, ne t'inquiète pas. J'irai bien. C'est juste que.. Ahah… Ils m'ont donné le rôle de ma vie, je pense. Moi, une pointure supérieure ? Tu y crois toi ? Enfin, bref. Je… Je voulais juste que tu ne t'inquiètes pas et… te remercier. Tu… »

Édouard se leva brusquement, arrachant les écouteurs de ses oreilles et le magnétophone des mains de sa voisine de siège. La boîte de macaron s'envola pour aller rouler au sol, les friandises s'éclatant toutes au sol comme autant de gouttes colorées lors d'une pluie arc-en-ciel, nuancées par les billets brillants qui se posèrent plus doucement sur le fond du camion.

Édouard ? Édouard n'en avait cure. Édouard ne voyait pas ce spectacle avec les yeux, et le cœur d'Édouard ne voulait pas voir.

« Il est toujours là-bas. » réalisa-t-il, et son sang se figea dans ses veines.
« Monsieur Fain ? » s'enquit Mme Umbrecht, tétanisée par sa réaction d'une violence extrême. « Monsieur Fain, rasseyez-vous, vous allez tomber. »
« Il va jouer le rôle d'un directeur de site. Il va se laisser prendre, pour vous.. pour nous aider. Il faut… Non, je.. Arrêtez ce foutu camion ! »

Alors que, paniqué, il tentait de se frayer un chemin vers les portes arrières, les cahots du véhicule l'envoyèrent à terre. Il manqua de se fracasser dans l'habitacle, sans les réflexes salvateurs des autres employés, qui le retinrent juste à temps. Sonné, par sa chute comme par le choc, il n'entendit que Mme Umbrecht qui se frayait un chemin jusqu'à lui, obligeait les autres à se lever pour le hisser d'un coup sur le banc à leur place, et l'y tenir allongé.

« Monsieur Fain, calmez-vous… Vous avez chuté. Ne bougez pas. »

Il prit sur lui et se redressa brusquement, des étoiles dans la tête et des éclats dans le cœur.

« Vous l'avez laissé faire. Vous l'avez laissé rester. Il ne va pas le supporter. Vous devez arrêter tout ça. »
« Monsieur Gidéon a fait lui-même le choix de nous aider dans ce projet. Il… C'est un adulte, il est très capable de… »
« Vous ne le connaissez pas. Moi si. Il… Mon Dieu, il ne va pas le supporter. Vous devez arrêter ce camion. Laissez-moi descendre. Laissez-moi descendre bordel ! »

Elle l'empêcha de se lever ; et, pris d'un soudain tournis, il ne put rien faire pour se défendre.

« Je, j'ai cru… » souffla l'agente, visiblement prise par de terribles remords. « Il nous avait dit qu'il vous avait mis au courant. Il s'est attiré des ennuis pour ça. On… On a failli lui retirer le rôle. Je pensais que vous… Sinon jamais je… »
« Allez mourir. Je veux juste descendre de là. Faites en sorte que ça s'arrête. Envoyez un ordre, dites-lui de se tirer, alertez le gouvernement… N'importe quoi ! N'importe quoi… »

Le silence désolé qui suivit le détruisit un petit peu, à l'intérieur, avant que la fatalité ne finisse le travail.

« Monsieur Fain, il est trop tard pour ça. Je crains que Monsieur Léophyte ne soit… hors d'atteinte maintenant. »

Alors, Édouard arrêta complètement de se débattre, et fondit en larme, s'abandonnant à la pire crise d'angoisse qu'il ait jamais vécue depuis la mort de son époux, des années de cela.

Abasourdie, émue plus qu'elle n'aurait aimé l'être, l'agente Umbrecht ne put que regarder les tremblements incontrôlables qui agitaient la carcasse de son collègue, dont deux ou trois larmes allèrent s'écraser sur les macarons surprises ayant roulé au sol, par miracle indemnes.


À quelques kilomètres de là, lorsque les opérateurs du COS défoncèrent la porte de l'entrepôt dans lequel les prétendus agents et employés du Site s'étaient réfugiés, Gidéon les accueillit avec un sourire pâle.

« Bienvenue à la Fondation, mesdames, messieurs et estimés semblables. » fit-il. « J'ai peur de… »

Il sentit à peine la fléchette tranquillisante qui se ficha dans son épaule, ruinant son costume bleu marine.
Les ténèbres le prirent trop tôt.

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