Jusqu'aux frontières du ciel
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"Ainsi parle l’Éternel : Le ciel est mon trône, Et la terre mon marchepied." Esaïe 66:1


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8 Novembre 1968, Eaux territoriales Norvégiennes

Parfois, en voulant exprimer leur détermination et l'infinité de possibilités d'un sujet donné, certains humains utilisent l'expression "Le ciel sera la limite". En effet, l'étendue azur du firmament apparaît aux créatures terrestres comme un infini parfois parsemé de taches blanches cotonneuses et devenant, une fois que l'astre du jour a tiré sa révérence, un immense velours sombre sur lequel est posé une myriade de diamant. Qu'il est bon de profiter de la chaleur et de la sécurité du plancher des vaches ! Les basses couches de la troposphère sont si accueillantes avec leur température moyenne de 15°C pour une pression de 100 hPa. De ce fait, l'eau liquide abonde à la surface et permet à la vie de prospérer.

Cependant, cela n'est pas le cas partout.

Prenons de la hauteur, 80 000 pieds pour être exact. Nous sommes maintenant à un quart de la distance avec l'Espace et sa présence est déjà visible. Le ciel bleu a laissé sa place à une étendue d'un noir plus sombre que ce que les Hommes peuvent imaginer, même en plein jour. Le soleil n'est plus un astre débonnaire jaune pâle répandant sur la Terre sa chaleur bienveillante mais un titanesque et éclatant démon d'un blanc immaculé crachant à tout-va ses radiations aussi aveuglantes que mortelles. En effet, il règne une odeur d'orage aux frontières du ciel. Cela est dû à l'ozone de la célèbre couche et nous sommes en plein dedans. Ce nuage planétaire d'O3 forme une armure quasi-impénétrable quand nous étions au sol mais à une telle altitude nous ne sommes plus protégés des dangereux rayons ionisants venus des étoiles et au-delà. Cependant, les dommages irréversibles infligés par les radiations ultraviolettes à son bagage génétique seraient le cadet des soucis d'un être vivant projeté à une telle altitude. Excepté la chute mortelle aussi interminable qu'évidente vers le sol si lointain, la température de -30°C pour une pression au moins six fois inférieure à celle de la surface de la planète est fatale à la majorité des vertébrés.

Pourtant, cet endroit hostile et désolé n'est pas vide de vie.

Il est probable que vous n'ayez pas vu le flash noir qui est apparu devant nous à l'instant, bien qu'il ait été causé par un objet de près de 30 mètres de long. En effet, il est difficile de voir un objet allant à trois fois la vitesse d'une balle de revolver, aussi grand soit-il. Cela tombe extrêmement bien car c'est exactement la raison pour laquelle il a été conçu.


En ce matin du 8 novembre 1971, Chuck Jagger était l'homme le plus rapide du monde et de loin. Taillé comme un vaisseau spatial, l'oiseau de titane noir fondait dans le ciel de la Mer du Nord plus vite que n'importe quel objet jamais construit. Cet ange d'ébène repoussant les limites de l'ingénierie humaine répondait au nom de Lockheed SR-71 Blackbird. Ses collègues cantonnés à Mach 1 demandaient parfois à Chuck si c'était amusant de piloter le coucou le plus véloce de la planète. "Amusant" n'aurait pas été le terme utilisé par Chuck. Intense plutôt, comme un cavalier montant un étalon sauvage réputé pour son caractère retord dont il devait en permanence surveiller le comportement pour éviter une éventuelle ruade qui rendrait l'activité tout de suite moins ludique. La métaphore n'était pas si éloignée de la réalité, le Blackbird appartenant à la catégorie dite des "4s", soit un avion dont le pilote doit vérifier les instruments toutes les quatre secondes afin d'être sûr que celui-ci ne soit pas sur le point de partir en vrille (au sens figuré, bien entendu).

Il faut dire que l'avion était soumis à des conditions pour le moins extrêmes. Volant à près de 3500 kilomètres par heures à une altitude de plus de 20 000 mètres, ses puissants moteurs de 160 000 chevaux aspiraient chaque seconde 3 000 mètres cubes d'air, soit autant que 2 millions de personnes inhalant en même temps. D'autre part, malgré la température glaciale du dehors, la friction intense sur le fuselage charbon faisait augmenter la température de la carlingue à près de 600°C et le cockpit ne pouvait pas être pressurisé dans des conditions terrestres à une telle altitude. Des combinaisons stratosphériques, impressionnantes armures pressurisées oranges à casque blanc qui n'avaient rien à envier aux scaphandre des astronautes, équipaient les deux membres d'équipage. Oui, il était bel et bien deux hommes dans cet enfer céleste. Derrière le pilote, dans un cockpit séparé, se trouvait son coéquipier, l'officier des senseurs Neil Collins. Sa tâche était d'une importance capitale pour la mission. En effet, Chuck étant accaparé par le pilotage de l'appareil capricieux, c'était lui qui devait d'occuper de tout le reste, des communications aux dispositifs de renseignement.

Car c'était là la mission du Blackbird, l'espionnage.

Volant plus haut et plus vite que n'importe quel avion, sa silhouette avait été étudiée par Lockheed dans les moindres détails afin de renvoyer l'écho radar le plus petit possible. Et Skunk Works1 avait fait du beau travail car l'oiseau de 30 mètres de long n'avait l'air que d'un gros aigle aux yeux des stations radar ennemies. Cette caractéristique était d'une première importance dans les missions d'espionnage derrière les lignes ennemies qui lui étaient affectés et où la furtivité pouvait être garante de la survie de l'équipage.

C'était d'ailleurs de l'une de ces missions que revenaient Chuck et Neil. Ils étaient partis de Middenhall, leur base en Angleterre, et avaient fait un passage au-dessus de la Pologne communiste afin de prendre des photos d'installations militaires du Pacte de Varsovie. La mission s'était déroulée sans véritable problème. Un radar les avait bien fugacement détectés au-dessus de Cracovie mais ils n'avaient eu qu'à pousser un peu plus la manette des gaz pour se mettre hors de vue. Ils étaient maintenant sur le chemin du retour et traversaient les eaux territoriales Norvégiennes. Alors que la côte se faisait de plus en plus lointaine, Chuck entendit la voix de Neil dans son casque :

- Ah tiens.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- J'ai un écho.

- Un écho ? Bizarre ça.

- On dirait un avion à environs 50 milles devant nous. À peu près à la même altitude que nous.

- Boarf, probablement un bug. C'est surement les suédois qui ont remis ça2.

- Ouais t'as raison, je vois pas comment ça pourrait se fai- oh putain.

- Quoi ?

- J'en ai un deuxième.

- Quoi un deuxième ?

- J'ai un deuxième écho tout près du prem- bordel, un troisième. Et un quatrième. Et un cinquième. Oh putain, il y en a plein !

- Mais comment c'est possible ?

- J'en sais rien. Chuck, on va à combien là ?

- 1900 nœuds de vitesse sol.

- Sainte mère de Dieu !

- C'est pas sensé aller aussi vite des Mig3.

- Aucun avion ne peut aller aussi vite tout court. Ni si haut d'ailleurs. On est à combien ?

- 80 000 pieds.

- Bordel, c'est quoi ces trucs ?

- J'en sais rien. Contacte la base pour savoir s’ils ont des informations.

- Je… J'ai aucun signal.

- Quoi ? Attends, tu as quatre radios, comment ça se fait que tu n'aies aucun signal ?

- J'ai rien je te dis, même pas un grésillement, c'est comme si elles étaient éteintes.

- Réessaye.

Chuck entendit le bruit du bouton de la radio dans son casque. Neil lança :

- Middenhall, ici Sierra Romeo Seven One Charlie Alpha Mike, Middenhall vous me recevez ?

Chuck s'attendait à entendre la voix calme et posée du contrôleur aérien de la base anglaise. Il leur dirait qu'ils avaient perdu un instant le signal avec eux et que les échos devant eux n'étaient que des ballons sondes qui avaient été lâchés en masse pour étudier les vents de la stratosphère. Mais son casque resta silencieux. Il n'y avait même pas le grésillement caractéristique des parasites qui retentit quand personne ne parle. Il n'y avait que le silence, un calme assourdissant qui fit exploser sa fréquence cardiaque.

- Putain…

- Je te l'avais dit. On est seuls sur ce coup-là.

- Bon qu'est-ce qu'on fait ?

- J'en sais rien.

- On va voir ?

- T'es fou ? Et si c'était des russes ?

- On est pas à fond et on les rattrape déjà. Il suffira de pousser un peu les gaz et on les sèmera sans difficulté. D'ailleurs, à l'heure qu'il est on est déjà plus rapide qu'un missile standard donc on a rien à craindre. Et puis, si les soviétiques ont des appareils capables d'aller aussi haut et aussi vite ainsi que de couper toutes les communications dans la zone, je pense que l'État-major serait intéressé.

- Hum… ça se tient. De toute façon c'est toi qui a le volant.

- Exact. On y va ?

- D'accord.

Il leur restait une minute avant d'atteindre l'objectif. Chuck résista à l'envie d'augmenter l'arrivée de carburant dans les moteurs Pratt & Whitney J58 de peur de dépasser la cible.

- Normalement tu devrais avoir un début de visuel, dit Neil.

En effet, Chuck commençait à voir des petits points se détacher sur les nuages blancs en contrebas ainsi que quelques reflets argentés contrastant avec le noir de l'espace. En se rapprochant, il parvint à identifier la forme de l'un d'eux. Gris brillant, avec une double queue se rejoignant à l'arrière, une tête émergeant de l'aile comme celle d'un oiseau et une cocarde bleue à étoile blanche sur le flanc.

- Oh putain, qu'est-ce que… Non… c'est pas possible.

- Quoi ? Qu'est-ce que c'est que quoi ? demanda Neil en se tortillant dans tous les sens afin d'apercevoir le spectacle par les deux maigres hublots du cockpit arrière.

- Est-ce que c'est… un P-38 ?

En effet, à quelques centaines de mètres d'eux se trouvait un exemplaire du vénérable chasseur au design atypique datant de la Seconde Guerre Mondiale. Bientôt, Chuck s'aperçut qu'il n'était pas le seul. À mesure qu'ils s'approchaient de leur objectif, le ciel se remplissait d'avions de toutes les époques. Il vit des Fokker de la Première Guerre mondiale, des Mig-19 de Corée, des F-4 Phantom du Vietnam, des B-17, des Hurricanes, des Nieuports et même quelques frêles esquifs volants de bois recouverts de toile crème semblables à ceux utilisés par les pionniers du début du siècle. Chuck et Neil avaient le souffle coupé. Tous ces appareils volaient de concert dans une formation semblant contenir des centaines d'avions. Cependant, il n'y avait pas que cela car Neil poussa une exclamation :

- Regarde ! Un hélicoptère !

Un Iroquois aux couleurs du corps des Marines venait en effet de doubler un BF-109 au nez jaune et de passer à bâbord du Blackbird.

- Ça peut pas aller aussi haut un hélicoptère, dit Chuck.

- Parce que tu penses qu'un seul de ces coucous le peut ? répondit Neil. Franchement je comprends rien à ce qu'il se passe.

- Toujours rien à la radio ?

- Nada.

Pendant qu'ils parlaient, le soleil disparut. Chuck leva la tête et vit un énorme avion de ligne traverser le ciel au-dessus du Blackbird pour rejoindre la tête de la formation. Un Dewotine qui se trouvait sur sa route se poussa juste à temps pour éviter la collision. La coordination qu'avaient les appareils était proprement stupéfiante. On aurait dit un banc de sardines dans lequel chaque individu semblait connaitre à l'avance les mouvements de son voisin et adaptait sa trajectoire en conséquence pour que le groupe suive une direction cohérente.

- Oh putain, t'as vu celui-là à 3 heures ? dit Neil.

Chuck regarda sur sa droite. Il aperçut un bombardier B-24 Liberator et faillit lâcher le manche de surprise en voyant l'avant de l'appareil. Ou plutôt l'absence d'avant car le nez de transparent où se trouvait le guetteur avait laissé sa place à une charpie de tôle et d'éclats de verre. À y regarder de plus près, de nombreux avions semblaient être mal en point. Au-dessus d'eux se trouvait un Spitfire auquel il manquait une aile et à bâbord un Spad XIII avaient l'air encore être en feu malgré l'altitude. Le plus étrange était surement l'hélice qui les doubla juste après. Oui, juste une hélice sans aucun avion derrière qui filait à toute allure dans l'air raréfié de la stratosphère.

- Bon, dit Chuck, je crois que de toute façon on est plus à une bizarrerie près.

- Effectivement, répondit laconiquement Neil trop subjugué par le spectacle pour vraiment y prêter attention.

Chuck aussi se sentait gagné par l'excitation. Depuis tout petit, les avions étaient son unique passion et il se retrouvait à présent dans l'aéronef le plus rapide du monde entouré de tous côtés par des appareils de légendes. Il remarqua tout particulièrement un appareil qu'il reconnut tout de suite. Un nez recouvert d'un motif d'échiquier, des formes épurées comme celles d'un lévrier, de courtes ailes carrées, un cockpit en bulle offrant une grande visibilité, une carlingue argentée… Il n'y avait aucun doute sur son identité.

- Un P-51 Mustang, murmura Chuck.

En entendant son nom, l'avion sembla prendre vie. En un éclair, il se cabra et partit en chandelle. Pendant une éternité, il galopa tout droit, en direction du soleil, sans que rien ne puisse l'arrêter dans sa course effrénée vers le zénith. Arrivé en bout de course, il redescendit en looping, fonçant à toute vitesse vers le cœur de la formation en tournoyant sur lui-même. Évitant de justesse un Mirage F1 puis un Yak 3, il semblait ruer et piaffer au milieu du ciel comme un cheval fougueux et indomptable. Le voir ainsi virevolter dans l'éther plongea Chuck dans une euphorie indescriptible, mélange insolite d'admiration enfantine et d'ébahissement de pilote chevronné.

Le Mustang cloua son spectacle par un tonneau barriqué4 qui l'amena quasiment à aile contre aile avec le Blackbird. Le chasseur étant maintenant stable, Chuck put enfin le regarder plus attentivement. Il vit qu'il y avait un homme dans le cockpit. Il portait un boomer, un gilet de sauvetage jaune canari et un casque d'aviateur en cuir rembourré. Son visage était caché par un masque à oxygène ainsi que d'épaisses lunettes de vol. Il remarqua aussi une longue ligne de trous sur l'ensemble de la carlingue. À en juger par la taille de ceux-ci, il devait au moins s'agir de traces de balles de calibre .50, sinon plus. La chaine d'impacts allait du flanc tribord de l'appareil jusqu'à la verrière qui en avait plusieurs de taille appréciable. C'est alors que le mystérieux pilote tourna la tête vers son noir voisin et que Chuck se demanda s’il n'avait pas perdu la tête. Une chose était sûr, à ce jeu-là c'était leur étrange compagnon qui gagnait la palme. En effet, la partie droite de son crâne qui était cachée quand il était de profil fut révélé quand il tourna la tête.

Si un médecin avait été présent dans le cockpit du Blackbird à ce moment-là, il aurait sans doute dit que la partie droite des os frontaux et pariétaux ainsi qu'un gros morceau du cortex cérébral avaient été brutalement arrachés par un projectile à forte vélocité. Pour un militaire comme Chuck et Neil, il était clair que le gars s'était pris une bastos de mitrailleuse .50 en pleine face.

La chose qui surprit le plus Chuck, en dehors du fait qu’un avion avec un moteur à piston de la Seconde guerre mondiale pilotée par un gars ayant la moitié du cerveau manquant était au coude à coude avec l'avion le plus rapide de la Guerre Froide le tout dans la stratosphère, fut l'expression du pilote. En effet, même si son visage était caché, ses yeux ne mentaient pas. Chuck savait que sous son masque le pilote de P-51 arborait un grand sourire. L'inconnu leva la main et fit un petit salut moqueur aux deux hommes engoncés dans leurs tenues d'astronautes. Ne sachant pas vraiment quoi faire, ils le lui rendirent avec un sourire béat.
Le pilote éclata de rire puis retourna son attention à son appareil avant de pousser la manette des gaz au maximum. En un éclair, le Mustang accéléra et disparut quelques instants plus tard à l'horizon. Il fut bientôt imité par le reste de la formation. Les uns après les autres, les appareils mirent les gaz à fond et se volatilisèrent au loin. Dix secondes plus tard, les deux pilotes étaient à nouveau seuls dans le ciel noir de la stratosphère. Au même moment, un crépitement retentit dans leurs casques suivit de la voix passablement paniquée d'un contrôleur aérien.

- Sierra Romeo Seven One Charlie Alpha Mike, ici Middenhall. Sierra Romeo Seven One Charlie Alpha Mike est ce que c'est vous ?

- Middenhall, ici Sierra Romeo Seven One Charlie Alpha Mike, dit Neil, nous vous recevons 5 sur 5.

- Putain vous étiez où ? Ça fait trois jours qu'on vous cherche !

- Attendez 3 jours ? dit Chuck, mais on est partis de la base ce matin !

- Non, je vous confirme que ça fait bien… euh… 3 jours, 5 heures et 8 minutes qu'on a perdu votre trace. Vous étiez où ?

- C'est une longue histoire, commença Neil, on était tranquillement en train de rentrer au bercail…


- Et c'est là que le gars a disparu à l'horizon avec les autres avions de la formation.

- C’est environs dix secondes après on a eu de nouveau le contact avec la base et qu'ils nous ont tout raconté, termina Chuck.

- Je vois…

L'homme qui venait de parler les avaient accueillis dès leur atterrissage à Middenhall. Tiré à quatre épingles et empestant le tabac froid, il s'était présenté à eux comme l'agent Gerome Mahn, émissaire de la Fondation SCP. Chuck et Neil en avaient déjà vaguement entendu parler dans les couloirs des diverses bases militaires qu'ils avaient fréquentées au fil des années mais c'était la première fois qu'ils étaient confrontés à un de ses émissaires. Bien que parlant un anglais parfait, Mahn conservait néanmoins un accent indéfinissable d'Europe du nord, probablement Allemand ou Danois, qui lui donnait un air sérieux. C'était cigarette à la bouche qu’il les interrogeait avec un air sévère dans une salle de briefing inoccupée.

- Vous êtes sûrs qu'aucun autre appareil normal n'était dans la zone à ce moment-là ? dit-il finalement.

- Ça serait étonnant, répondit Chuck, à part les prototypes de la Nasa et peut être leurs équivalents russes, aucun appareil ne peut voler aussi haut qu'un Blackbird.

- En plus, ajouta Neil, on l'aurait détecté une fois la formation partie.

- Très bien, dit simplement Mahn.

Sur ces mots, il se leva, écrasa sa Reval dans le cendrier aux couleurs de l'escadron, descendit de l'estrade et alla se planter devant les deux pilotes, ses luxuriants sourcils un peu plus froncés qu'à l'accoutumée.

- Maintenant écoutez-moi bien vous deux. Ce que vous avez vu est placé sous le sceau du secret. Ce que vous avez détecté là-haut n'était que des ballons météos lancés par la Royal Navy en prévision de manœuvres dans la zone. D'autre part, en raison d'une panne technique, vous avez dû atterrir en urgence sur une base aérienne Ouest-Allemande, ce qui explique votre absence de trois jours. Enfin, nous n'avons jamais eu cette discussion et nous ne nous sommes jamais vus, est-ce clair ?

Réagissant avec réflexe au ton autoritaire de l'agent de la Fondation, Chuck et Neil se mirent au garde à vous d'un bon et dirent en cœur :

- Oui monsieur !

- Fort bien. Je crois que ma présence ici n'est plus requise, je vous souhaite une bonne journée.

Il prit sa veste et se dirigea, vers la porte d'un pas assuré.

- Euh monsieur ? se risqua Chuck, puis-je vous poser une question ?

Mahn soupira.

- Si c'est rapide oui, mon avion doit partir dans dix minutes et j'ai horreur de faire attendre les gens.

- Par rapport à ce qu'on a vu, enfin ce qu'on a PAS vu justement, est-ce que… ben… vous savez ce que c'est en fait ?

Mahn resta silencieux pendant plusieurs secondes. C'est après ces longs instants sans parler qu'il dit enfin :

- Êtes-vous croyant, monsieur Jagger ?

- Oui monsieur. Baptiste.

- Ah, très bien. Vous n'aurez donc aucun mal à imaginer que le ciel est loin d'être vide, n'est-ce pas ?

Et sans dire quoi que ce soit de plus, l'agent de la Fondation disparut dans le couloir.

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