Joey l'Taré croit en lui
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Nuages

Joey l'Taré, connu de ses amis et de ceux qu'il aime sous le nom de Joey Ailes d'Acier, regardait à l'extérieur par la fenêtre du cockpit de l'avion qu'il avait construit de ses propres poings. Depuis qu'il avait atteint l'altitude de croisière (ou ce qu'il présumait être quelque chose qui était au moins approximativement une altitude de croisière, dans la mesure où son altimètre n'indiquait que "SUR LE SOL" et "VRAIMENT HAUT"), l'avion et l'esprit de Joey étaient en autopilotage.

Il avait eu du mal à accepter qu'il avait fait en sorte d'arriver jusqu'au ciel. Son cerveau, déjà chamboulé et surchauffé en raison de qui il était et de ce qu'il était, était en train de détraquer.

C'était tellement beau.

Une fois qu'il avait relâché son emprise quelque peu terrifiée sur les contrôles, convaincu que le pilote automatique n'allait pas le réunir avec le sol de manière spectaculaire et impactante, il avait simplement regardé, immobile d'étonnement. Puis il pleura pendant environ une heure, sans être certain de savoir s'il était censé s'autoriser à ressentir une joie et une crainte aussi puissantes. Il a ensuite été distrait à essayer de savoir s'il était en fait mort durant la tentative et que tout ceci était ce qui arrivait après la mort de quelqu'un. Puis il décida qu'il était probablement encore vivant et pleura encore, incapable de pleinement accepter que de toutes les personnes, il était celui qui avait cette vie.

Mais il y avait les nuages.

C'était très important. C'était ce pourquoi il était venu ici. Des observations devaient être faites. Il était temps d'apprendre.

Joey sortit son carnet spirale et son stylo avant de plisser les yeux vers les choses blanches à mi-distance. Il ne leur faisait toujours pas entièrement confiance, mais il voulait leur laisser le bénéfice du doute. Il laissa le pilote automatique garder sa trajectoire de collision, curieux de voir si le nuage allait attaquer (auquel cas Joey aurait quelques réparations d'urgence à faire dans très peu de temps, il en était sûr) ou s'éloigner de sa route, ce qu'il supposait être la chose la plus naturelle et polie à faire.

Il volait à fond. Le nuage ne bougeait pas d'un pouce. Mais il devenait plus grand.

Ça perturbait énormément Joey. Il ne changeait pas sa forme et il ne bougeait pas. Mais il devenait rapidement énorme. Extrêmement, ridiculement énorme. Et il avait ramené des amis. Et aucun d'entre eux ne bougeaient. Ce n'était qu'un mur blanc.

Ils se rassemblaient contre lui. Ils voulaient l'arrêter. Il savait qu'ils essaieraient quelque chose comme ça. Il savait qu'ils allaient être un problème, depuis le début.

Joey rangea son carnet de notes.

Il grogna, et se renfrogna de détermination. Aucun nuage magique n'allait l'effrayer. D'aucune manière. Il avait trop sacrifié, il avait travaillé tellement dur. Les nuages allaient devoir être sympas et apprendre à partager le ciel avec lui. S'ils tentaient un tour et que son voyage devait finir comme ça, alors Joey se réparerait et volerait une fois de plus. Il l'avait fait une fois et pouvait juste continuer à le faire, encore et encore. Il avait montré aux nuages qu'il n'allait pas avoir peur, et qu'il n'allait pas faire demi-tour. Plus maintenant.

Les nuages étaient très, très grands maintenant. Il ne pouvait plus voir de bleu. Tout était blanc.

Joey abaissa ses lunettes de protections, serra les dents, et grogna sa défiance. Il maintenait sa course.

Je ne vais pas m'arrêter.

Il se prépara à l'impact.

Et puis le nuage était tout autour de lui.

Joey ouvrit les yeux. Toutes les fenêtres, devant, à gauche et à droite, étaient complètements blanches. Il cligna plusieurs fois des yeux afin de s'assurer que ceux-ci fonctionnaient toujours. Apparemment, c'était le cas.

Soit le nuage l'avait mangé, ou alors les nuages n'étaient pas du tout ce qu'il pensait qu'ils étaient.

Après avoir attendu quelque temps afin d'être absolument certain qu'il n'allait pas être écrasé par un poing blanc en colère venu du ciel, il remonta ses lunettes de protection et attrapa son carnet de notes, son regard alternant rapidement entre la fenêtre et le papier tandis qu'il griffonnait furieusement.

Il y avait maintenant beaucoup de choses à apprendre.


journal




foret

Quelques heures plus tard, Joey ne regardait plus les nuages, mais un arbre.

Les seules fois où il avait vu des arbres avant étaient en images. C'est comme ça qu'il savait qu'on les appelaient "arbres".

Joey était entouré par ces derniers. Il y en avait tellement qu'il ne pouvait littéralement pas les compter. Il avait essayé pendant 45 minutes mais était tombé à cours de nombres. Alors il abandonna et en fixa simplement un, essayant de déterminer de quoi il était fait.

Étrangement, ils avaient l'air d'être fait de bois, entres autres choses. Cela surprit Joey. Il ne savait pas qui était venu ici et avait sculpté tout ces arbres en bois, ou même où il avait obtenu tout ce bois, mais il admirait grandement son éthique professionnelle. Ça avait dû prendre très, très longtemps.

Atterrir avait été une étrange expérience.

Joey n'avait jamais fait atterrir d'avion auparavant, mais il avait vu tout les arbres depuis les airs et pariait que ce serait une très mauvaise idée d'essayer d'atterrir sur l'un d'entre eux. Alors il vola autour pendant un bout de temps, jusqu'à ce qu'il eut trouvé une grande clairière. Puis il toucha l'herbe, alors qu'il serrait les dents et espérait que les gros pneus qu'il avait équipé sur les trains d'atterrissage allaient tenir contre toute cette herbe enchevêtrée. Il avait un peu cogné contre le mur d'arbres, mais avait débosselé la carlingue et avait jugé que, toutes choses considérées, il avait fait du bon travail.

Le soleil descendait. Il avait volé toute la journée. Et il n'avait aucune idée d'où il se situait.

Les arbres étaient beaux, cependant. C'était très gentil de la part de quelqu'un, qui que soit cette personne, d'avoir mis toutes ces sculptures ici. Il les inspecta joyeusement, appréciant le savoir-faire qui leur avait donné naissance. Il ne pouvait même pas voir les joints là où les branches avaient été collées.

Après un moment, il alla dans l'avion et sortit quelque chose à fumer. Il décida de prendre des cigares, car c'était une occasion spéciale. Il était temps de célébrer. Il en alluma deux à l'aide d'un chalumeau et s'assit sur la trappe de la baie de bombardement, regardant la grande clairière vide et herbacée qui avait maintenant des bandes là où il avait touché le sol.

C'était très joli. Le soleil touchait le sommet des arbres et filtrait des lumières violettes, roses et oranges là où ils se rencontraient. Joey pensa que le soleil était très bête d'essayer de toucher quelque chose qui était visiblement très aiguisé.

Il fumait et regardait, essayant de ne pas penser à comment il allait redécoller.

Joey pensait à l'endroit où il était. Il ne savait pas si ce lieu avait un nom. Il pensait qu'il était possible qu'il soit le premier à être arrivé ici. Il ne voyait personne d'autre. Pas de gens, pas de bâtiments. Il y avait quelques oiseaux. Il avait vu un petit cheval avec des pics qui grandissaient sur sa tête, ce qui était vraiment métal. Il avait essayé de lui parler, mais il s'était enfui, probablement parce qu'un animal avec des pics qui lui poussent sur la tête était trop génial pour traîner et parler à un mec comme Joey. Joey comprenait ça. Si Joey avait des pics sur la tête, il aurait probablement une perspective très différente sur les choses.

Il décida de nommer cet endroit Larbre. Il trouvait que c'est ce qui faisait le plus de sens. Les arbres semblaient être la plupart des choses ici, et il se sentait bien d'honorer quiconque avait travaillé aussi dur pour tous les fabriquer. Il se demandait où ils étaient passés. Il aurait aimé leur serrer la main et les remercier pour leur beau travail.

Il faisait bientôt sombre. Larbre commençait à être bruyant. Il y eut un grand bruit tout autour, presque comme une alarme. Mais il ne sonnait pas apeuré ou paniqué – c'était un bruit rythmique, joyeux. Il se demandait si le sculpteur d'arbres avait construit des haut-parleurs dans les arbres, et qu'ils jouaient de la musique. Ce n'était pas très métal, mais il aimait quand même.

Joey décida qu'il aimait beaucoup cet endroit et que quand il y aurait à nouveau de la lumière, il prendrait sa moto et conduirait autour pour voir jusqu'où s'étendaient vraiment les arbres.

Il y eut un énorme

boum

La musique s'arrêta. Les oiseaux s'envolèrent hors de la masse des arbres. Larbre était silencieux.

Boum

Boum

C'était un rythme. Lourd et assez puissant pour faire trembler le sol.

Joey sortit ses cigares de sa bouche et chassa la fumée. Il observa la clairière, vers l'autre mur d'arbres. Le bruit venait de là-bas.

Il ne l'aimait pas. Quoi que ce soit il n'aimait pas ça, ça terrorisait Larbre jusqu'au silence. Ça n'allait pas.

Joey éteignit ses cigares et retourna dans le hangar. Il ramassa une de ses haches lance-flammes du râtelier, qui était aussi grande que lui, et vérifia son réservoir de carburant. Il inspecta la lame et passa son poids imposant par dessus son épaule avant de sortir sur l'herbe, observant. Scannant.

Boum

Boum

BOUM

Puis il y eut un bruit de craquement, d'éclatement. Il vit, à l'autre bout du grand espace vide, les arbres se faire renverser. Poussés comme des allumettes. Quoi que ce soit, ça bougeait lentement, mais ça bougeait lourdement. Et avec force.

Le mur d'arbre se courba, et quelque chose d'énorme entra dans l'espace herbacé sous le ciel sombre étoilé.

Il y avait bien assez de lumière pour voir. Les yeux de Joey voyaient bien dans l'obscurité, il était sûr d'arriver à voir n'importe quoi qui pouvait être là, surtout quelque chose d'aussi gigantesque. Et c'était là, et c'était gigantesque.

Mais il ne pouvait toujours pas le voir.

Il résistait à son regard comme de l'eau glisse sur un pare-brise ciré. Une forme changeante, tordante, à peine présente. Énorme. Massive. L'indice d'une longue tête, un museau. La suggestion de quatre jambes, l'insinuation d'une queue. Mais aucun détail. Rien que ses yeux ne pouvaient fermement saisir. C'était une bête faite de vent et de murmures, qui disparaissait et dansait hors de la vue comme l'ombre de la flamme d'une bougie.

Et elle détruisait les arbres.

Joey le prit mal. Quelqu'un avait travaillé très très dur sur tous ces arbres, et cette chose marchait à travers, les dégageant comme s'ils étaient des déchets. Elle était irrespectueuse.

Le maire de Vulture Gulch ouvrit quelques valves et alluma la veilleuse de son énorme lance-flamme, puis marcha vers la chose colossale, renfrogné et déterminé à lui dire sa façon de penser.

"Hé. Hé ! J'crois que tu devrais faire plus attention ! Les arbres sont très délicats et tu les casses ! C'est pas très sympa ! J'sais que t'es très gros, mais tu pourrais peut-être marcher un peu plus doucement ? Cet endroit est vraiment joli et je pense que si tu …"

Il y eut un grondement.

Joey s'arrêta de marcher. La terre sous ses bottes tremblait sous la force de la voix de cette chose. Il n'y avait pas de mots. Juste de l'intention. Sa tête, de la taille d'une voiture, était dirigée directement sur lui. Elle s'ouvrit. Il y avait un long reflet. Quelque chose, ou beaucoup de quelques choses aiguisés, brillaient dans la nuit.

Elle marchait en avant, à peine présente, presqu'impossible à véritablement observer. Mais ses pas étaient réels. Son grondement était réel.

Et Joey avait le sentiment que ses dents étaient tout aussi réelles.

"J'n'ai … T'as pas à t'énerver. J'suis pas énervé. Tout va bien."

La chose ne s'arrêtait pas. Avec sa grande taille, elle réduisait rapidement la distance, bien que son rythme fut progressif, calculé. Affamé.

"Hé, hé. Te … t'approches pas plus ! On a pas à se battre ! Se battre c'est débile ! On pourrait juste en parler !"

Elle était très proche maintenant. Elle se profilait sur lui. Elle était aussi haute qu'un bâtiment. Joey pouvait voir le ciel et les étoiles à travers son corps gigantesque, ainsi que ses énormes pattes et ses longues griffes créant des cratères et des tranchées là où elle marchait.

Le grondement était aussi fort qu'un moteur d'avion.

Joey orienta le canon de son arme vers elle. Elle était si proche.

"On peut être amis ! J'aimerai vraiment qu'on soit amis ! J'veux pas avoir à utiliser ça ! Aller, arrête toi ! J-j'te préviens ! T'approches pas plus !"

Elle approchait de plus en plus. Joey pouvait sentir la chaleur. Voir des lumières où ses grands yeux auraient du être. La mâchoire colossale s'ouvrit, et à l'intérieur Joey ne pouvait voir que les ténèbres. Il y eut un grand rugissement.

Joey pressa la détente.

Les trois canons de l'arme explosèrent d'une flamme juste, projetant un torrent de feu liquide enthousiaste et glorieux directement dans la gueule de la créature. La lumière en fusion avait éclos dans une couronne furieuse tout autour, illuminant la forêt sombre.

Mais elle ne s'arrêta pas.

Joey bondit sur le côté tandis que les mâchoires massives s'écrasèrent, emportant une bouchée massive de terre où Joey se tenait il y a un instant. Il roula, puis retrouva son équilibre et se redressa, aspergeant frénétiquement le flanc de la bête de flammes vicieuses avant qu'elle ne puisse se tourner.

Le feu brûla de vastes pans de la peau invisible de la bête, mais elle n'eut aucune réaction. Elle lança une longue patte sombre à la vitesse de l'éclair et l'écrasa sur Joey, comme un ouragan rendu solide.

Il vola dans les airs sur des mètres et des mètres, avant de s'écraser au sol et glisser sur la boue et l'herbe mouillée, dégringolant inutilement. Il pouvait sentir les énormes pas. Elle venait après lui.

Joey plongea une main dans la boue pour arrêter sa glissade, se releva sur ses pieds et rattrapa son arme, la tenant par le canon.

Le maire n'allait pas tomber sans combattre.

Il balança la hache brutale telle une batte de base-ball, la plongeant directement dans le nez de la chose alors qu'elle s'écrasait sur lui. Les mâchoires sauvages se refermèrent sur l'entièreté de son torse, envoyant des traits de douleurs chauffés à blanc de sa clavicule jusqu'à sa hanche.

Ça fait mal ça fait mal ça fait mal ÇA FAIT MAL ÇA FAIT MAL ÇA FAIT MAL

La créature le secoua dans ses mâchoires avec la vitesse et la cruauté d'un chat ayant capturé une souris, puis l'envoya voler dans les airs. Joey dégringola une fois de plus, avant de s'écraser dans la douce terre, un petit tas de peau et d'os éparpillés.

Le temps ralentit.

Joey n'avait pas ressenti la douleurs depuis longtemps. Sa vision se brouilla. Il essayait de bouger, mais ne pouvait pas. Il pouvait sentir la hache dans sa main, mais ne pouvait l'utiliser. Il ne pouvait rien faire.

Le loup fait de mort posa sa patte sur lui. Joey sentit une horrible agonie écrasante, alors que la bête se tenait sur lui.

Sa mâchoire se ferma sur sa tête et ses épaules, et avec sa jambe l'immobilisant au sol, elle

tira

Joey pouvait entendre sa colonne vertébrale craquer, se faire arracher. Mais elle tint bon. Il tourbillonnait à travers la torture. Il pria pour que ça se termine bientôt, que ça s'arrête, qu'il se fasse déchirer en deux et meurt, qu'il n'ait plus à se sentir.

Mais il ne mourut pas, et ne se déchira pas.

L'animal titanesque leva sa patte et le jeta encore.

Joey était conscient de la sensation de chute, mais pas bien plus que ça. Sa vie n'était que ténèbres maintenant, et son seul souvenir celui d'une douleur distante.

La chute s'arrêta. Il pouvait sentir la rosée fraîche sur sa joue, ainsi que quelques brins d'herbes le chatouiller, lui demandant ce qui n'allait pas.

Joey savait ce qui n'allait pas.

Il avait décidé de sortir voir le monde. Il avait fait ce choix. Il s'était envolé loin des siens, et c'était ce qu'il obtenait. Pour sa folie, pour ses présomptions, pour sa volonté d'abandonner ceux qui tenaient le plus à lui, il allait être dévoré. Dévoré par une créature hors de la perception, qui ne sentait aucune flamme et aucune lame. C'est comme ça que sa quête allait se finir. Piétiné dans la boue, aussi inutile que tout ça, et toute sa vie, avaient été.

Et plus jamais il ne verrait ses amis. Il ne serait pas capable de se faire de nouveaux amis. Il ne pourrait pas ramener les histoires, rendre les personnes qu'il aime heureuses. Il ne serait plus capable de les aider.

Joey était ce qui n'allait pas. Et c'est à cause de ça que sa famille allait rester dans l'obscurité, à jamais.

Ils vivraient, sans rien savoir. Ils travailleraient, pendant des années, jusqu'à ce qu'ils finissent par réaliser qu'il ne reviendrait pas. Ils se demanderaient ce qui était arrivé à leur maire, le gentil gars qui les aidait à lire les mots. Peut-être qu'ils pleureraient, peut-être qu'ils seraient en deuil pour un temps. Mais ils l'oublieraient. Ils ne vivraient jamais leur potentiel.

Ils ne vivraient jamais dans la lumière du soleil, ne deviendraient jamais ceux qu'ils étaient réellement censés être.

Non.

Des pas lourds, s'approchant. La mort affamée arrivait sur des jambes d'ombre.

Non.

Joey remua. Il se tordait alors qu'une nouvelle vague de douleur détestable parcourait son corps.

NON.

Un vent chaud soufflait sur lui, depuis les poumons d'une force cruelle.

NON !

Quelque chose se passa au plus profond du petit maire stupide. Quelque chose devint réel. Une réalisation. Une vague de quelque chose d'indéniable. La douleur devint insignifiante. Son corps brisé devint une trivialité. Son sang versé s'étalait sur le sol telle une bannière, quelque chose de déclaratif. Son esprit revint en place. Il sentit l'amour qu'il avait pour ses amis comme un fleuve d'acier en fusion, courant à travers sa chair morte. Il se souvint de lui-même. Et il se souvint de ce qu'il était censé faire, son but sacré, la raison pour laquelle il avait été mis sur ce monde étrange et beau.

JE LEUR APPORTERAI LA LUMIÈRE !

Il frappa le sol et se releva ; du feu liquide coulait de chacune des blessures que la bête lui avait infligé, et le sang au sein de son corps brûlait d'une furie intérieure. Ses poings devinrent auréolés d'une incandescence tourbillonnante, vengeresse, les flammes s'élevant de plus en plus haut jusqu'au point où ses bras n'étaient que des piliers de chaleur. Ses yeux, engloutis et stupides, étincelèrent et s'allumèrent en deux braises jumelles qui regardaient avec une haine aveugle la chose qui le tourmentait. Son corps devint un bûcher bouillonnant, projetant des ombres sauvages à travers la clairière et illuminant tout ce qui se situait autour d'une lueur chaude. La lumière émanant de l'intérieur de Joey se déversait hors de lui comme un enfer.

Joey croyait en lui.

Et Joey était en colère.

Alors que le béhémoth sombre lui tombait dessus, il répliqua et cogna le nez de la créature, hurlant sa rage déchaînée.

La détonation fracassa l'air, incinérant tout dans une terrible explosion de chaleur et de lumière. Un petit soleil qui ne vécut qu'un instant, consumant et détruisant tout ce qu'il touchait. Le sol se déforma. Le ciel cria. Et Joey Ailes d'Acier s'était rendu réel.

Et elle était partie.

Tout était encore là et silencieux, à l'exception des flammes qui brûlaient sur plusieurs mètres dans toutes les directions. Là où la créature se tenait, il n'y avait qu'un cratère de terre noircie.

Les flammes de Joey s'éteignirent, laissant derrière elles l'enveloppe d'un homme mort. Il vacillait et saignait. Il regarda pendant un moment, s'assurant qu'il s'était bien fait comprendre, et vit que c'était le cas.

Il tituba, chancelant vers son avion, mais n'y arriva pas. Il tomba au sol juste devant la porte de la baie de bombardement, de la fumée émanant de ses habits et de sa peau brûlés.

Et Joey était encore présent.








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