Incident Delta-3 - 08/08/10
notation: +8+x

Les quinze personnes présentes à la base n'étaient pas n'importe quels soldats. Ils s'enorgueillissaient d'appartenir à la Force d'Intervention Mobile (F.I.M.) Delta-3, surnommée « Les Dragons », la principale force armée du secteur européen de la Fondation SCP. Si la devise de la Fondation était Sécuriser, Contenir, Protéger, la devise de la Delta-3 était « Qui les dragons cherche, la mort trouve ». C'était une force d'intervention polyvalente, aussi bien formée dans la capture d'anomalie, en assaut air-sol ou en soutien aérien rapide. Les trois équipes présentes représentaient une fraction de la F.I.M., disséminée sur le continent européen. Ils s'étaient fait remarquer lors de leur précédente affectation en réussissant le tour de force d'arrêter la progression d'un groupe d'intérêt inconnu (dans le feu de l'action, il avait été difficile de savoir de qui il s'agissait vraiment) en ne comptabilisant aucune perte.
Ils étaient répartis en trois équipe, chacune ayant son propre hélicoptère modèle Sikorsky UH-60 "Black Hawk" :

L'équipe 1 avait pour chef de bord Stefan Harcrow, surnommé Triste Gueule. C'était un trentenaire d'origine britannique, sans traits particuliers à part un menton carré et, comme son surnom le laissait supposer, un air triste quasi permanent qui n'avait généralement rien à voir avec sa véritable humeur du moment. La pilote, une blonde au cheveux courts d'origine française, se nommait Heidy Sabine, surnommée Voltigeuse à cause de sa manière de piloter. Le mécanicien de bord n'était autre que le Japonais Matsu Kane, surnommé Doigts-de-fée en raison des miracles qu'il arrivait à faire sur l'appareil. Le tireur numéro un était un colosse russe répondant au nom de Georgi Vicherna, surnommé Frag' en raison de son habitude à toujours emmener avec lui une paire de grenades. Le tireur numéro 2 de cette équipe était Neremsa, surnommé Rabat-joie en raison de son pessimisme. Quant à l'hélicoptère, il était surnommé « Kaiju ».

L'équipe 2 avait pour pilote un asiatique aux origines douteuses (il ne parlait jamais de son passé) nommé Chieu Sy-Quo et surnommé Tire-au-Flanc à cause de ses siestes à rallonges. Le chef de bord était un Marocain nommé Asid Al-Rahai, répondant plus souvent au surnom de L'Arnaque, qu'il avait gagné après une nuit de poker bien arrosée. Le mécanicien, un Allemand, se nommait Joshua Gersimm, dit Coupe-Boulons. Le tireur, ou plutôt la tireuse, numéro 1 était une furie rousse nommée Viviane Sherman et surnommée Flambeuse pour son habileté à bouter le feu à n'importe quel matériau. La tireuse numéro 2 se nommait Atyarya Rostrova-Vicherna, surnommée Cœur-de-glace pour une raison inconnue, une Russe à la chevelure brune, mariée à Georgi. Leur hélicoptère avait été baptisé « Toyour », ce qui signifiait oiseau en marocain.

Enfin, l'équipe 3 avait comme chef de bord un Franco-Espagnol dénommé Damien Allessandro, surnommé Rouquin non pas à cause de la couleur de ses cheveux, qu'il avait châtains, mais à cause de ses nombreuses taches de rousseur. Le pilote était un Norvégien aux yeux gris nommé Garret Paulsen et surnommé Jacasseur, la mécanicienne de bord, française d'origine égyptienne, répondait au nom de Nesenna Semnu et au surnom de Nefertiti. Les deux tireurs de cette équipe étaient des frères nommés Beno et Chezzo Armelba, malicieusement surnommés Mario et Luigi. L'hélicoptère de cette équipe avait reçu le nom de « Raven ».


Neremsa referma le communicateur d'un geste sec du poignet et réprima un bâillement. Il rangea l'appareil ressemblant à un téléphone portable dans une des nombreuses poches de son pantalon et, grattant sa barbe naissante, il se dirigea vers la cantine de la caserne. La nuit avait été pénible, car malgré le fait que la base soit située dans le nord, à la frontière entre la Finlande et la Russie, il faisait crevant de chaud. Pour couronner le tout, le système d'air conditionné était foutu depuis deux jours. Joshua, Matsu et Nesenna avaient tenté en vain de le réparer. La chose était ironique : les trois mécaniciens étaient capables de prouesses quand il s'agissait de réparer ou d'entretenir les hélicoptères, mais ils avaient été incapables de réparer un pauvre système de ventiloconvecteurs. Les remarques acerbes avaient fusé ce soir là, dans cette ambiance si particulière de douce moquerie typique des unités de combattants.
La cantine paraissait presque vide. Neremsa aperçut les deux frères Armelba, mangeant tranquillement aux côtés d'Asid et Garret, tous deux plongés dans une discussion animée. Il allait les saluer quand un éclair roux, Viviane, lui passa devant, murmurant un vague « s'lut », un comportement signifiant qu'elle s'était levée du pied gauche. Neremsa échangea quelques mots avec ses collègues, puis rejoignit la rouquine avant qu'elle ne démolisse la machine à café. Elle gratifia l'appareil récalcitrant d'un bordée de jurons.

- File moi mon café, saloperie !

- Si tu lui demandais gentiment, peut-être qu'elle accepterait de te servir, dit Neremsa, goguenard.

Viviane se retourna vivement et lui pointa sa fourchette sous le nez tout en le fusillant du regard.

- Toi, tu attends que j'aie mon taux de caféine correct dans le sang avant de vanner. Matsu, je t'entends te marrer, je te jure que si tu es responsable je te bute !

L'intéressé, hilare, sorti de derrière la machine, en tenant deux carafes remplies d'un liquide vert clair. Fusillé à son tour par le regard de Vivianne, il se défendit :

- Hey ! J'y suis pour rien moi, j'ai pas touché à ce truc.

Laissant la rousse se démener pour avoir son café, Neremsa et Matsu se dirigèrent vers la table occupée par leurs collègues. Avisant les carafes, le belge demanda :

- Du thé ?

- Mieux que ça, du thé froid !

- Fais péter.

Neremsa vida son verre d'eau d'un trait avant de le tendre à Matsu, qui ne se fit pas prier pour le servir ainsi que le reste de la table, s'attirant de nombreux remerciements. Viviane vint s'installer à gauche de Matsu après avoir abandonné l'idée d'avoir son café et bouda le thé. Le reste des équipes les rejoignit au compte-goutte au fur et à mesure qu'ils se levaient. Chose assez rare pour être signalée, Chieu ne fut pas le dernier à s'installer à la table, le couple Vicherna étant entré dans la cantine en dernier. Le bruit des couverts se mêlait à quelques conversations tournant autour de la mission et, du coup, des ptérosaures en général. Lorsque tous eurent terminé de manger, Stefan lança la machine :

- Allez, en salle de briefing ! Et réveillez Chieu !


La salle de Briefing était la pièce la plus grande de la base. On pouvait facilement y loger une cinquantaine de soldats, aussi paraissait-elle presque démesurée pour les quinze opérateurs présents. Stefan était debout, face à un tableau blanc sur lequel était projeté une carte tactique de la zone de mission. À l'aide d'un pointeur laser, il montrait l'itinéraire qu'ils allaient utiliser pour intercepter l'anomalie. Comme souvent, ils allaient utiliser une formation en triangle. Ils tirèrent au sort l'équipe qui allait avoir l'insigne honneur de mener la formation, le sort désigna l'équipe 3. Pour capturer l'anomalie, ils allaient pouvoir tester un nouveau modèle de grenade à filet. Dans le doute, tous les tireurs allaient également emmener des fusils de précision. Si l'anomalie se révélait impossible à capturer, il faudrait alors l'abattre à coup de balles anti matériel. Une solution qui n'enchanterait pas les chercheurs, mais qui se révélait parfois nécessaire pour la survie des équipes.
De tous les départements de la Fondation, les F.I.M. avaient le plus haut taux de décès (place qui lui était disputée par les Classes-D, mais il s'agissait naturellement d'autres circonstances) et cela impliquait parfois de détruire une anomalie au lieu de la capturer. C'était rare que les opérateurs doivent en arriver à une telle extrémité, mais cela arrivait au grand dam de certains chercheurs. La Delta-3 n'était pas en reste et avait la destruction de quatre artefacts à son actif, dont une commise par les trois équipes présentes. À l'époque, il leur avait fallu sacrifier l'objet pour ne pas qu'il tombe dans les mains de la Coalition Mondiale Occulte. Un acte qui leur valait encore l'animosité de plusieurs docteurs.
Comme souvent, les équipes débattirent pour déterminer quelles réactions avoir en fonction des mouvements et/ou actions de leur cible. Leur préférences à tous était la technique de chasse classique, l'hélicoptère de tête poursuivant la cible sans relâche tandis que les deux autres appareils restaient en soutien sur les côtés, parés à intervenir au moindre changement de trajectoire. Cette stratégie avait l'avantage de permettre des tirs croisés de deux hélicos à tout moment.


Les trois Black Hawks les attendaient sur l'héliport, le soleil se reflétant sur les cockpits. Chacune des équipes se dirigeait vers son appareil en transportant des caisses ou du matériel. Tous étaient coiffés d'un casque dernière génération incorporant une paire d'écouteurs, un micro et un système d'affichage tête haute (HUD) qui, une fois connecté à l'appareil, affichait diverses données telles que l'altitude, la vitesse et autres facteurs utiles.

Les derniers préparatifs achevés, une fois les lances-grenades MGL tirant des grenades à filets solidement attachés sur les affûts de tirs situés de part et d'autres des hélicoptères, ils embarquèrent dans leurs appareils respectifs. Les moteurs des Black Hawks se mirent en action quelques secondes plus tard, balayant la poussière au sol. Trois confirmations par radio plus tard, les appareils s'élevaient l'un après l'autres. Les membres de la Delta-3 étaient entraînés à agir sans personnel au sol, leurs missions nécessitant souvent de telles situations.

Raven prit la tête de la formation et les trois appareils filèrent vers leur destination.
Chacun des membres à bord, malgré les risques, se sentait invincible.


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