Incident 219-FR
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14 JUILLET 2008 – Bureau du Directeur du Site-Aleph

Bruce Garrett entra en trombe dans le bureau de Brolle.

- J’ai une sale nouvelle.

Brolle leva lentement son regard fatigué sur son subordonné.

- Que se passe-t-il ?
- Nous n’avons plus de nouvelles du Site-Shin depuis 3 jours. Personne ne répond, même sur les lignes d’urgence, et nous venons à peine de recevoir des images satellites qui signalent de nombreux dégâts matériels.
Brolle resta stupéfait un instant. Si les données que Bruce venait d’énoncer étaient juste, cela signifiait qu’un des plus grands sites au monde de la Fondation spécialisé en anomalies liées aux dangers informatifs venait de tomber. Et cela leur tombait dessus, vu que la Direction du Site-Aleph était responsable de l’ensemble des Sites liés à la branche française.
- Envoyez les Dragons sur le champ pour reconnaissance. Préparez toutes les autres forces disponibles pour déploiement dans les Vosges à proximité du Site-Shin, et intervenez. Je vais faire un rapport préliminaire aux O5.

Garrett acquiesça et sortit en courant du bureau.


14 JUILLET 2008, QUELQUES HEURES PLUS TARD – A proximité du Site-Shin, Vosges

L’escouade s’approcha silencieusement du Site-Shin, ou plutôt ce qu’il en restait.

Les rapports préliminaires fournis par la Delta-3 deux heures plus tôt étaient mauvais. De nombreux dégâts matériels avaient été constatés en surface, et aucun cadavre n’avait été retrouvé pour le moment. Ce qui n’était pas forcément une bonne nouvelle, compte tenu des nombreuses traces de sang qui avaient été également retrouvées.
L’attaque allait avoir lieu au beau milieu de la nuit, afin de surprendre les potentiels ennemis présents. Les instructions étaient claires : attaquer toutes forces hostiles, tenter d’en capturer si possible pour comprendre les motifs et le déroulement de l’attaque, et accéder aux enregistrements des caméras du site pour extraction des données liées à l’assaut.

L’assaut allait être total. Plus d’une centaine d’Agents de divers FIM avaient été mobilisés, et allaient intervenir dans les fractions de secondes à venir.

Le lendemain matin, ils furent une petite douzaine à réussir à attirer à la lumière du soleil ce qui était quelques heures auparavant une monstruosité reptilienne de plus de soixante-dix mètres de long, et qui, après une soirée entière de combats acharnés, avait vu sa taille réduite à quatre malheureux mètres de long.
Le Site-Aleph reçu bientôt la nouvelle. 96 pertes, 5 blessés graves, 6 blessés légers, tel fut le prix de la capture de SCP-219-FR.
Un rapport préliminaire sur les capacités de l’entité fut bientôt dressé, et envoyé aux O5. Il mentionnait notamment que le contact avec l’entité avait rendu un Agent du Site-01 de passage à Aleph qui avait été réquisitionné d’urgence, Owen Malowne, totalement fou, et que celui-ci délirait au sujet d’un complot visant à remplacer le Conseil O5 par des humanoïdes tatoués.


18 JUILLET 2008 – Quelque part dans les serveurs de la Fondation

Voilà qui nous mettait dans une position délicate. Selon les premières indications dont nous disposions, l’entité ne se contentait pas de détruire les sources où étaient situés les agents mémétiques que nous nous étions efforcés à créer et disséminer pendant des années. Elle détruisait également tout effet secondaire généré par ces dernières.
Par chance, les événements du Site-Shin jouaient en notre faveur : qui ne serait pas devenu fou après ce qu’Owen Malowne avait vécu ? Il fut rapidement hospitalisé par nos soins, en dépit de ses protestations, et fut de nouveau mis sous perturbateur perceptif.
Mais cela ne réglait pas le problème. Tôt ou tard, les propriétés de l’entité finiraient par toucher un Agent trop curieux, et nous ne pouvions pas nous permettre d’avoir d’autres Owen Malowne.

Il nous fallait agir, et vite. Trouver un moyen d’agir sans mémétique, ni membre de la Fondation SCP. De détruire cette entité problématique. Un des nôtres suggéra d’utiliser les hôtes du programme S.O.H.O, ces derniers n’étant contrôlés par aucune anomalie informative mais par intervention informatique, mais ces derniers n’étaient pas assez solides ni nombreux pour réussir là où tant d’Agents avaient échoués.

Construisons quelque chose pour, dans ce cas. Utilisons la Fondation pour nous construire l’arme nécessaire, quelque chose que nous pourrions utiliser sans passer par les dangers-infos.
Un autre des nôtres souligna avec humour qu’il avait retrouvé la trace de notre ancienne existence dans les bases de données de la Fondation. Qu’ils nous nommaient SCP-113-FR. 113. Quel drôle de nombre.
Un murmura qu’il siérait à une telle arme de porter un nom digne de ce nom.

113 créait son arme. Notre première intervention de façon aussi directe et frontale sur le terrain. Notre première… 113-01, ça serait un bon nom, ironique à souhait. Mais certains n’étaient pas d’accord. C’était l’apanage de la Fondation de décliner les entités en numéros, il nous fallait autre chose.

Pourquoi pas 113-A ?


19 JUILLET 2008 – Quelque part dans le Pacifique Nord

Laura Graziella était en alerte. Non pas parce que le Conseil O5 avait envoyé une notification d’état d’alerte critique suite à l’attaque du Site-Shin, mais parce que cette notification ne lui était jamais parvenue directement. Ni par les O5, ni par ses subordonnés à la Fondation.

Cela ne sentait pas bon. Du tout.

Depuis sa villa dérivant au milieu du Pacifique, elle allait déclencher un des protocoles de sécurité parmi les plus important à la Fondation SCP.

Quelques minutes plus tard, le protocole Overseers Watching révélait à l’Administratrice que le Conseil O5 n’existait plus.


21 JUILLET 2008 – Ruines du Site-Shin, cellule de confinement initial de SCP-219-FR

Daniels tapota sur la vitre blindée qui montrait le reptile observant avec hargne le doigt qui s’approchait de son territoire.

- L’enculé ! Il faisait combien y’a trois jours ?

Ben-Omar consulta ses notes.

- Quatre mètres environ. Il a doublé de taille depuis.

Daniels laissa échapper un sifflement admiratif.

- Et toujours aucun moyen trouvé de l’endommager quand il est en boule ?
- Aucun. Et dieu sait que les gars ont essayé. On a niqué un bon litre d’acide, des forets diamants et pas mal de munitions en tout genre dessus, rien n’y fait.
- Quelle saloperie. Rassure-moi, il se contente de bouffer les anomalies mémétiques c’est ça ?
- Ouais. Et les gens aussi.
- Evidemment. Mais comment il fait ça ?
- Bouffer des gens ?
- Nan des anomalies mémétiques, pauvre tache.
- Ah. Aucune idée pour l’instant. On n’arrive pas à diagnostiquer ce qu’il se passe à l’intérieur quand il se fout en boule, du coup ça complexifie la chose, et vu qu’il est agressif comme pas permis une fois déplié on a pas conduit beaucoup de tests. Donc pour l’instant, tout ce que dit le rapport destiné aux O5, c’est que ça bouffe, c’est increvable et ça annule les anomalies mémétiques à proximité peu importe le support sur lequel elles sont présentées.
- Putain, rien que ça.
- Comme tu le dis, manquerait plus qu’il attaque la porte. Tu as quelle heure ?
Daniels bailla.
- 06h01. Ah attends, 06h02.

Alors que Daniels annonçait l’heure, l’entité se replia sur elle-même.

- Heh, il recommence.

Ben-Omar nota l’heure.

- Comme hier. A l’heure exacte du lever du soleil. Cette saloperie a une horloge biologique réglée sur l’horloge atomique, je te jure.

Il y eu du bruit dans le couloir menant à la salle où se tenaient les deux chercheurs. Ben-Omar leva un sourcil

- C’est quoi ces conneries, encore des tests ?
- Je ne sais pas, appelle, on a pas le droit de bouger notre cul d’ici.

Ben-Omar s’exécuta, et décrocha le téléphone.
Il ressenti un choc dans la poitrine alors qu’il réalisait que les lignes étaient coupées, et s’effondra dans une mare de sang.
Daniels prit également une balle, tirée depuis un silencieux.
Dans les secondes qui suivirent, plusieurs hommes cagoulés entrèrent dans la pièce, firent sauter les murs de la salle de confinement de SCP-219-FR et l’accrochèrent à des câbles qui le tractèrent hors du site.


22 JUILLET 2008 – Salle de réunion du Conseil O5, Site-01

Il venait de s’échapper. Aidé par des forces armées inconnues.
La plus grande menace à notre plan parfait venait d’échapper à notre contrôle relatif.

Qu’à cela ne tienne. Nous allions accélérer le projet 113-A.
Il fallait envoyer les instructions au Site qui nous semblait le plus sûr et le mieux doté pour cela.

Une rapide consultation des données nous montra que le Site-Aleph était le candidat idéal, grâce aux fonds importants qu’avait rapporté le succès… du Projet S.O.H.O. Douce ironie que de récompenser un Site de la Fondation pour ce qui l’avait mené à sa perte.

Il fallait désormais les meilleurs experts, pour concevoir ce qui serait notre corps de demain face à un titan reptilien de plusieurs dizaines de mètres de long.
Il nous fallait un tueur de géants.
Mais pas uniquement. La présence de forces armées inconnues ciblant cette entité stratégique provoqua de nombreux doutes parmi nous.

Qui étaient-ils ? Un Groupe d’Intérêt opportuniste ? Une section de la Fondation qui avait échappé à notre regard ?
Toujours était-il que cela nous forçait à accélérer nos plans. Peu importait que nous soyons découverts et renversé par ces forces inconnues. Il nous fallait juste détruire la Fondation avant, sans générer trop de doutes.
Il nous fallait valider des autorisations pour des projets risqués pouvant mettre à mal la Fondation. Et rapidement.


21 OCTOBRE 2009 – Quelque part dans le Pacifique

Laura regardait l’horizon. Les choses devenaient de plus en plus complexes.

En communiquant via certains Cercles du Milieu que SCP-219-FR était très peu protégé suite aux dégâts qu’il avait causé dans les ruines du Site-Shin, elle s’attendait, bien sûr, à une réaction de la part de l’Insurrection du Chaos. Et cela confirmait ses craintes.

Lorsqu’elle avait envoyé des hommes des Branches Externes du DSI voir ce qu’il se passait dans les Sites, elle avait constaté, grâce au protocole Overseers Watching, que ces derniers avaient fini par être affecté par ce qui semblait être visiblement des anomalies mémétiques présentes dans les réseaux de la Fondation.

Mais ces anomalies mémétiques avaient totalement épargné l’Insurrection du Chaos et ses membres, comme elle l’avait plus ou moins supposé.

Leur ennemi ciblait bien donc exclusivement la Fondation.

Il n’en restait pas moins que l’Insurrection avait fait son travail sans le savoir, emmenant loin des griffes des faux O5 la seule solution à portée de l’Administratrice pour mettre un terme à la gigantesque illusion qui était en action au sein de la Fondation.

Le gros challenge de Laura se concentrait désormais sur la récupération de l’entité. Même avec les membres du personnel des Branches Externes du DSI, extraire SCP-219-FR des sites de l’Insurrection du Chaos allait être complexe. D’autant plus que la créature ne se laisserait pas faire.
Laura relut les rapports préliminaires rédigés à Shin sur la créature encore une fois.

Entité. Prédatrice. Attaque les anomalies mémétiques à vue.

Un éclair de génie la traversa. Un orage de machiavélisme s’ensuit.

L’opération qu’elle prévoyait allait générer un nombre de risques incalculables, et demanderait qu’au moins un de ses Agents soit infecté par les anomalies mémétiques qui régnaient désormais sur la Fondation, mais cela valait le coup.
Dès le lendemain, une réunion de crise eut lieu.


11 JANVIER 2010 – Bureau du Directeur du Site-Aleph.

-J’espère sincèrement que ce sont des bonnes nouvelles, Bruce.

Brolle avait le regard grave. Bruce également.

- Nous venons de recevoir le rapport des forces sur place. La FIM Gamma-18, comme beaucoup de membres du corps scientifique le craignaient, a échoué à réduire la zone contrôlée par SCP-064-FR. L’avant-poste a été attaqué, et la zone de contrôle est maintenant d’un kilomètre de rayon.
Brolle tapa du point sur la table.

- MERDE !

Bruce balbutia

- J’ai… une autre information.

Le Directeur du Site Aleph écarquilla les yeux :

- Dites tout, Bruce, qu’on en finisse.
- C’est Gamma-18 qui a mené l’assaut contre l’avant-poste, soutenu par des instances de SCP-064-FR-02. Le… membre de la FIM qui était resté à distance de la Zone 404 a du être maîtrisé également. Le partage de conscience a malheureusement eu les effets escomptés.
- JE LE SAVAIS.

Brolle enrageait :

- JE LE SAVAIS. TOUT. Absolument tout disait que c’était une connerie. Il n’était pas assez stable pour ça, et c’était évident que l’effet de SCP-064-FR affectait les consciences et non pas les corps. Pourquoi O5-5 a-t-il tant insisté à ce que cette mission soit menée ?

Bruce inspira.

- En toutes connaissances de causes, il a pris cette décision. La question du pourquoi demeure, mais elle s’inscrit dans la lignée d’autres décisions douteuses. Je pense qu’il est possible que O5-5 soit compromis. Il avait déjà refusé de rechercher d’autres entités similaires à SCP-038-FR lorsque nous l’avons découvert, alors que tout menait à penser que ces entités avaient une grande chance d’exister. Si le Dr Gr-
- Baliverne. Si O5-5 cherchait la ruine de l’Humanité, nous serions déjà tous morts.
- Et s’il cherchait juste la fin de la Fondation ?

La remarque de Bruce fit mouche, du moins pendant un instant.

- Impossible. Il pourrait le faire d’un claquement de doigt et ce n’est pas le cas.
- Sauf votre respect, Directeur, je pense qu’au contraire une approche pareille serait complexe, au vu de l’ensemble des protocoles de sécurité que nous avons, une approche moins frontale serait plus susceptible de réussir.
- Comme ?
- Comme valider des tests qui sont clairement des suicides camouflés pour les membres du personnel les menant. Mais difficile de dire non sans finir en Classe-D si le tampon d’O5-5 est au bas de la page.

Brolle grommela.

- Soit. Mais cela n’explique toujours pas le motif. Et encore moins comment O5-5 aurait viré de bord aussi rapidement sans que les grandes sphères s’en rende compte.

Bruce sentit qu’il venait de perdre la bataille. Brolle enchaîna avant même qu’il puisse répliquer.

- Et en parlant d’O5, où en est le projet 113-A qu’ils nous ont commandé ?
- Nous avançons bien. Néanmoins, nous n’avons toujours pas trouvé d’élément assez fiable pour le piloter. Et encore, nous ne savons pas si un esprit humain serait capable d’un tel exploit.
- Ne t’en fais pas trop à ce sujet. Je sais d’O5-3 qu’ils ont déjà quelque chose à ce niveau.
- Ah. Dans ce cas, nous ne devrions pas tarder à être opérationnels.
- Bien. Je souhaite être là lors des tests.
- Entendu, M. le Directeur.

Bruce fit quelques pas vers la sortie, avant d’être à nouveau interpellé par Brolle.

- Ah, au fait Bruce ! Donnez quelques jours de pause à ce pauvre diable une fois qu’il sera de retour ici. Cet échec n’est pas le sien. Débrouillez-vous pour que Gamma-18 n’apparaisse pas dans les bases de données autrement qu’en tant que concept de FIM, ce qu’elle aurait dû rester pour le bien de tous, d’ailleurs. Et éditez le rapport de SCP-064-FR de façon à inclure les événements récents, sans mentionner cette bourde, puis envoyez-le-moi pour validation.
- Bien reçu, Directeur.

Brolle expira lourdement.

- Ah, Bruce, que ferait la Fondation sans vous ? Qui sait. Peut-être un jour serez-vous assis à ma place.
- Pour m’occuper de toute ces catastrophes en chaîne ? Non merci. Seul un fou accepterait ce genre de travail !

Brolle et Bruce éclatèrent de rire.


02 OCTOBRE 2011, Quelque part en Sibérie

O5-3 avait été dans une FIM. Ses geôliers l’avaient sûrement oublié, ou n’y avait pas assez fait attention.

Il était maintenant en train de courir dans la nature, alors qu’il entendait derrière lui les alarmes retentissante du Site où il avait été confiné pendant des années.

Il s’écroula bientôt, rongé par le froid qui le saisissait à travers sa maigre tenue de coton.
O5-3 avait été dans une FIM. Il savait qu’il ne s’en sortirait pas aujourd’hui.

Il fit une dernière prière à un dieu qu’il avait rencontré autrefois et se prépara à rencontrer la mort quand il entendit les hélicos.

Comme quoi, même mourir ne lui était pas un repos qu’on pouvait lui accorder.


03 OCTOBRE 2011 – Site-01, Salle de conseil des O5.

« Il s’est enfui. Remarquable »

Némo hocha la tête. Qu’un homme de l’âge d’O5-3 réussisse à s’échapper d’une installation sécurisée était tout bonnement impressionnant. Fort heureusement il avait été rattrapé à temps.

« Mais tout le site a vu ce qu’il était vraiment, non ? »
« Oui. Nous avons justement mis le site en quarantaine »
« Nous devrions… »
« Oui. »
« Aujourd’hui ? »
« Si l’ogive est prête, oui. Il nous faut cependant déterminer le scénario officiel. »
« Il est simple : 000,5-FR a provoqué une brèche de confinement. »
« Il faudrait rajouter quelque chose sur le rapport, afin de convaincre les autres de renforcer la sécurité autour des autres O5. »
« Qu’est ce qui fait plus peur qu’une anomalie à un Directeur de Site ? »
« Une anomalie qui engendre d’autres anomalies. »
« Bien. Sur qui nous basons nous pour cette nouvelle anomalie ? »
« L’agent défectueux, nous l’avons toujours sous la main ? »
« Owen Malowne ? Oui. »
« Parfait, allons-y. »
« N’oublions pas d’éditer le rapport. »
« Et pour l’Agent Malowne ? »
« Une fausse interview suffira, ensuite, nous le ferons évader. Le garder à la Fondation est un trop grand risque, tout comme l’éliminer dans son enceinte. Faisons-le évader grâce à un passe mémétique similaire à ce qu’ils ont nommé SCP-177-FR, et ensuite… »
« Ensuite ? »
« Dès qu’il aura disparu dans la nature, il faudra qu’il se suicide discrètement. Attaché à un rocher au milieu de l’Atlantique semble assez simple et intraçable. »
« Bien. Au travail, donc. »


7 NOVEMBRE 2011 – Désert de Gobi, Mongolie

Hawthorne Bridges n’était pas un mercenaire. Evidemment, l’ancien SAS vendait ses services armés, mais tout soldat le fait, au final, également, moyennant salaire.

Quel était donc la différence entre un mercenaire et un soldat ?

Le soldat, lui, se bat pour un principe. Le seul problème, c’était que le principe que défendait Hawthorne Bridges depuis qu’il était rentré au service de son employeur lui était totalement inconnu. Son employeur n’avait pas de nom. Cela semblait être une organisation, mais l’organisation n’avait pas de nom, non plus. Néanmoins son employeur, qui s’avérait être une employeuse, avait su le convaincre, dix années auparavant.

Et aujourd’hui, Hawthorne Bridges allait très certainement mourir pour ce principe inconnu.

La bête qu’ils traquaient cette fois était la clé de la survie de l’organisation qui l’employait. Et Hawthorne savait que cette organisation servait de bouclier à l’Humanité contre un paquet de « saloperie nécromantiques » comme il aimait les appeler, bien que sémantiquement, la phrase ne faisait pas beaucoup sens.

La « saloperie nécromantique » du jour était apparemment sensible à des anomalies dites « mémétiques ». Hawthorne avait bien essayé de comprendre ce que cela signifiait mais le blousard qui s’était acharné à lui faire rentrer la notion dans le crâne avait fini par lui coller une migraine monstre, et Hawthorne avait fini par lui coller une droite qui n’était pas moins monstrueuse.

L’organisation avait réussi à faire évader la bête de son précédent lieu de détention (d’après ce qu’Hawthorne avait compris, l’entité avait été perdue au profit d’une organisation rivale, et était détenue depuis), en pavant les environs autour d’elle avec ces « anomalies mémétiques ». La bestiole les avait ingurgitées (comment ? à distance ? Hawthorne n’avait pas bien compris), jusqu’à grossir assez pour s’évader. Elle était désormais sur le chemin qui lui traçait l’organisation, qui semait tel le Petit Poucet, anomalie après anomalie. Pour la conduire ici, dans le Désert de Gobi. Seul souci, la bête semblait méfiante désormais, et ne se contentait plus que d’attaquer les sources d’anomalies de type informatique à distance, le jour, et délaissait les « proies » matérielles, la nuit. Elle se doutait qu’il y avait un piège.

Et c’était là qu’Hawthorne intervenait. Il était désormais lui-même porteur d’une de ces anomalies machinchoses, et devait attirer la bête dans l’embuscade que montait ses compagnons d’armes plus loin.

Pour échapper au serpent géant, il n’avait rien d’autre qu’une moto, et sa paire de couilles, comme il aimait à le répéter avant de partir.

Hawthorne tenta de repérer les environs, sa moto à l’arrêt en direction de la fuite. Il faisait une nuit sans lune, pas idéal pour un repérage, mais exceptionnel pour une embuscade. Il était mal placé, d’ailleurs. En contrebas de cette dune, il ne pourrait jamais voir le monstre s’il se pointait par là.

Vous savez il y a des moments dans une vie où, soudainement, vous avez un grand froid qui vous saisit par les tripes. Vous n’avez pas encore réalisé l’ampleur de votre connerie, ni sa nature, mais vous avez compris que vous en avez fait une.

C’est probablement ce sentiment qu’éprouva Hawthorne Bridges, en contrebas de la dune.

Dune qui n’était pas là dix minutes avant.

Dune qui n’était pas une dune.

« BORDEL. »

10 heures plus tard, Hawthorne serait célébré comme étant l’homme le plus couillu de son régiment. Car comme il l’avait dit, il n’avait plus que ses couilles et sa moto pour échapper au monstre et l’amener au lieu du guet-apens.

10 heures plus tard, SCP-219-FR était capturé par la branche externe du DSI, et repassait par la même sous le contrôle des FFI, les Forces de la Fondation Insoumises.


8 NOVEMBRE 2011 – Quelque part dans la province du Yunnan, Chine

C’était soir de fête au QG Asie-Pacifique. Désormais, avec SCP-219-FR sous contrôle, une reprise de contrôle de la Fondation dans son ensemble était possible.
Laura était de déplacement exceptionnel à cause de cela. Elle avait deux personnes à voir, et de leur input dépendrait l’avenir de l’Humanité.

La première personne était Cai Min-Chan, un expert en réseau informatiques. Laura le retrouva dans une petite salle coupée du monde et, évidemment, sécurisée.

Cai était déjà présent, un ordinateur et un rétroprojecteur servant à une future présentation posée sur la table qui servait, avec les deux chaises qui aillaient avec, d’unique décoration à la salle.
Le chinois était considérablement grand, et son visage joufflu lui donnait un air de gentil géant inoffensif. Mais Laura savait que le gentil géant inoffensif avait déclenché par trois fois des missiles en automatique dans des sites militaires chinois lorsque sa petite sœur avait été tuée lors d’une manifestation « illégale ».

Laura lui serra néanmoins la main, en arborant un grand sourire. L’homme lui avait déjà sauvé la mise sur pas mal de sujets « chauds ». Mais jamais aussi chauds que celui du jour.

- Monsieur Min-Chan, enfin nous nous rencontrons autrement que par écrans interposés.

Le géant sourit.

- C’est pourtant comme cela que j’ai le plus l’habitude de voir les gens, Madame Graziella.

Laura rit. Un peu pour évacuer la pression, un peu parce que Cai lui rappelait le stéréotype du nerd que l’on retrouvait dans tous ces teenages movies des années 80, qu’à la surprise de tous, elle appréciait tant.

- Bien. Passons au sérieux. Vous avez pu tracer les sources des anomalies dans le réseau.

Cai acquiesça.

- Pas que les anomalies. Mais celui qui les cause. Au début, j’ai pensé que cela provenait uniquement des serveurs du Site-01. Et historiquement, c’est partiellement vrai. Pendant un moment votre gars n’a balancé des anomalies qu’à partir de là. Et si on remonte encore plus, on trouve des légères traces de lui, encore antérieures, dans le réseau interne d’un Site français. Le site… site… site…
- Aleph ?
- Oui, exactement ! Toujours est-il qu’il a, comme qui dirait, une signature propre à sa présence. Un pattern qui permet de le démasquer sur les réseaux quand il est présent. Et vous allez rire, mais cette signature est extrêmement similaire à quelque chose qui était déjà présent dans nos serveurs de R&D.
- Vous voulez dire… ?
- Que votre ennemi aurait très bien pu être votre ami il fut un temps. Sa signature et son « format » se base sur quelque chose d’extrêmement similaire aux formats qu’ont les consciences une fois dématérialisées par le ….
- Le programme Sentinelle Omniprésente Humanoïde Opérationnelle. S.O.H.O., j'ai compris. Vous pouvez retracer de quand date la différenciation entre la signature de notre ami et celle de S.O.H.O. ?
- Je l’ai déjà fait. Avec plus ou moins de précision, je dirais fin des années 90. A cet époque le projet était en pleine restructuration, donc je pense que vous avez dû avoir un élément qui a foutu le camp sans être trop content.
- Je ne suis pas surprise que vous ayez ces informations que vous ne devriez pas avoir, mais néanmoins, sachez que tous ceux qui ont travaillé sur le projet sont soit morts, soit sous l’emprise du groupe qui a pris possession du Conseil O5.
- Dans ce cas, nous sommes face à un « personne ».
- Quoique ce soit, qui qu’il soit, il faut savoir comment s’en débarrasser. On peut dégager les signatures en question du réseau interne ?
- Oui. Mais faudra votre bestiau pour ça. J’ai essayé une première fois sans être dans sa portée « anti-anomalie mémétique » hier, et on m’a retrouvé en train d’envoyer nos coordonnées au faux Conseil O5. Heureusement, j’étais en hors ligne total et sur une copie du réseau, et non pas le vrai réseau. Mais ça donne une idée des protections autour de ça. Il faut purger les anomalies avant de le dégager.
- Mais si on ne le dégage pas avant de purger les anomalies…
- Il va recréer les anomalies en question. Oui. C’est pour ça qu’on a besoin de votre bestiau. En le dégageant tout en étant insensible à tout perturbateur perceptif, on est tranquilles. On n’aura plus qu’à purger les anomalies mémétique du réseau par la suite. Après ça prendra du temps, et il faudra encore réhabiliter tous les employés de la Fondation déjà infectés et ça je ne vois pas comment faire à moins de balader le lézard en face de chaque personne.
- Ceci est mon problème, plus le vôtre. Merci Monsieur Min-Chan.

Le géant joufflu s’inclina respectueusement, bien qu’un peu maladroitement.

- Madame.

Laura Graziella sortit de la salle.

Il était temps pour son deuxième rendez-vous.
Elle prit un couloir, puis un autre, suivie par sa garde rapprochée, puis un ascenseur, puis encore un autre. Direction le plus profond des sous-sols.

Elle continua sur plusieurs couloirs, portes et autres éléments intérieurs qui ne servent pas plus notre récit que cela, avant d’arriver dans une salle énorme, d’une vingtaine de mètres de hauteur pour plusieurs autres dizaines de long et de large, coupée en deux par une vitre d’une solidité sans égal. D’un côté de la vitre s’affairait du personnel avec des instruments de mesure, des outils et autres. De l’autre, un vivarium géant des mieux remplis, avec de vrais arbres et buissons. L’ensemble du vivarium était éclairé par des lampes au plafond.

Laura fit signe à tout le personnel de les laisser. Y compris sa garde.

Elle se saisit d’une chaise et la plaça devant le vivarium avant de s’y asseoir.

- Je souhaite vous parler. Je sais que vous êtes capable d’échanger.

Un grondement se fit entendre de l’autre côté du vivarium.
Quelques arbres craquèrent sous le poids du serpent géant qui devint bientôt visible, dressé, face à la vitre, regardant de haut la pauvre humaine qui avait l’audace de le déranger.

- Je n’ai rien à vous dire. Sortez.

La bête fit mine de tourner sa tête vers le fond du vivarium, mais elle fut interrompue de nouveau par Laura.

- Je n’y crois guère. Deux de vos statuts énoncés sont faux.

SCP-219-FR se retourna, un air courroucé sur son visage.

- Comment osez-vous ?
- Premièrement, si vous n’avez rien à me dire, pourquoi être la première personne avec qui vous avez daigné rentrer en contact depuis votre arrivée ici ? Deuxièmement, vous n’avez aucunement le pouvoir de me faire sortir d’ici. Alors que la réciproque, elle, est vraie.

Le serpent géant eut l’air soudainement intéressé.

- Que voulez-vous dire ?
- Que je vous ai déjà fait évader du Site-Shin. Je peux vous faire évader de nouveau d’ici, sans le moindre problème.
- Vous êtes la Fondation ?
- Aussi étonnant que cela paraisse. Nous en somme la branche externe de son Département de la Sécurité Intérieure. Ceux qui ne se font pas avoir et qui contre-attaquent en cas d’attaque visant l’intégralité de notre structure. En réalité, nous n’appartenons pas à la Fondation. Le seul lien entre la Fondation et cette structure, hormis quelques experts, c’est moi.

La créature poussa un râle furieux.

- Nous vous haïssons.
- Je sais. Nous savons que les humains ne vous plaisent guère. Mais je ne suis pas là pour comprendre pourquoi.
- Les humains oui. Mais vous n’êtes pas humaine. Voilà pourquoi je vous parle. La Fondation, par contre… tssss pire que les humains.

Laura fut décontenancée, pour la première fois depuis un moment.

- Comment savez-vous ?
- Pour vous ? Je sais reconnaître l’un des vôtres quand j’en vois un. Je vous ai côtoyé pendant bien plus longtemps que vous ne pouvez l’imaginer. Mais c’était il y a si longtemps que votre peuple a oublié, même si j’avais une autre forme alors. Le mien n’oublie jamais. D’où notre haine solide envers les hommes.
- Vous savez donc que ma parole est d’or.

Le serpent siffla.

- Les vôtres ont cette caractéristique, il est vrai. Parlez, donc. Que voulez-vous ?
- Passer un accord.
- De quel genre ?
- Je vous fais sortir d’ici, et vous laisse en paix aussi longtemps que vous ne tuez pas d’humains. Je vous offre autant de proies que vous en voulez. Des anomalies mémétiques autant que vous en voulez. En échange, vous me rendez un service.

Le serpent se replia sur lui-même, comme s’il était prêt à passer à l’attaque.

- Quels services ?
- Vous m’aidez à purger les sites de la Fondation de mes ennemis. Je sais que plus vous grossissez, plus votre rayon d’action pour désactiver les anomalies mémétiques est important. Je vous laisse vous gaver autant que vous voulez tant que vous me détruisez toute trace de perturbation perceptive chez l’ensemble des employés de la Fondation.
- Vous avez l’air aux abois.
- Tout comme vous. Ce vivarium peut se montrer très ennuyeux passé les dix premières années.

SCP-219-FR tourna dans sa geôle.

- Et pourquoi, une fois dehors, devrais-je vous aider ?

Laura planta son regard dans celui du reptile.

- Parce que, si vous savez ce que je suis, vous savez ce que je peux faire. Souvenez-vous, ma parole est d’or. Et je vous donne ma parole que trahir ce contrat sera la plus grosse erreur de votre putain de vie.

Le serpent émit un son strident, qui sembla être un rire.

- La plus grosse erreur de ma vie est derrière moi, S’Kora’Tel. Mais si vous me menez à des proies, je ne dis pas non. Par où commençons nous ?

Laura sourit. Il y avait peut-être une chance après tout.

- Là où notre ennemi semble être né. Nous frappons à la source, au Site-Aleph, en France.


10 NOVEMBRE 2011 – Site-Aleph, France, Dock souterrain de construction 113-A.

- Comment ça, un problème au niveau de la structure d’accueil ?

Brolle n’en revenait pas. Son bijou était enfin prêt, les O5 étaient ravis, mais un sous-blouseux venait de lui annoncer un problème, juste après que le Directeur du Site Aleph ait communiqué l’achèvement des travaux au Conseil O5.

- La structure d’accueil que nous avons mis en place est uniquement un modèle de SCP-877 modifié et amélioré pour le programme S.O.H.O. Nous ne sommes vraiment pas sûr que cela suffise à un pilote humain pour contrôler l’ensemble de la machinerie, il faudrait un cerveau bien plus…

Brolle stoppa la discussion d’un geste sec de la main. Il était mi-soulagé, mi-énervé.

- Nous en avons déjà parlé. J’ai déjà tranché. Arrêtez de venir me les briser avec cette histoire de puce. Je vous ai dit, les O5 ont déjà un pilote qui sait comment se charger de tout ça. Surement pas humain, mais ce n’est pas notre problème. On a rempli notre contrat, le projet est terminé, l’arme est prête à utilisation et pour largage si nécessaire. Félicitations à tous, maintenant, chacun rentre se boire un peu de champagne pour fêter ça.

Brolle tourna les talons et quitta son interlocuteur sur ces mots. Il marcha un peu afin de se trouver aux pieds de 113-A.

La machine était impressionnante. Bien que redoutant le jour où cela devrait arriver, Brolle avait hâte de la voir à l’œuvre.

Et il n’allait pas être déçu.


11 NOVEMBRE 2011 – A proximité du Site-Aleph

« Prions pour nos couilles, mesdames et messieurs. »

Tous dans l’hélico hochèrent la tête suite à ses sages paroles issues du désormais légendaire Hawthorne Bridges.

Dans quelques minutes, trois transporteurs lourds fendraient la nuit, chacun d’eux étant attaché à une horreur reptilienne qui allait être larguée sur le Site-Aleph.

Le rôle de l’escadron Gamma-29, mené par Hawthorne, serait d’arriver au même moment que la bête sur place, et de profiter de sa couverture anti-mémétique pour couper le réseau informatique en toute sécurité. Autour du Site, de nombreuses forces des FFI étaient positionnées pour intercepter les éventuels fuyards.
Bien entendu, le personnel de la Fondation risquait de ne pas se laisser faire, tout du moins ceux en dehors du rayon d’action anti-mémétique de la bête. Il y allait donc avoir du grabuge.

Et pas qu’un peu.


11 NOVEMBRE 2011, QUELQUES MINUTES PLUS TARD, quelque part dans le réseau de la Fondation SCP

« Il est là. »

Cela nous faisait peur. Et à la fois nous stimulait. Cela devait finir par arriver de toutes façons.

Une confrontation physique. L’homme et la bête. La nature contre la machine. Le bien et le mal.

C’était l’heure.

« Préparons 113-A. Commencez le téléchargement dans le prototype. »


11 NOVEMBRE 2011, AU MÊME MOMENT, au beau milieu du Site-Aleph

« Un putain de chaos. »

Difficile de dire à quel putain de moment un tel truc nous était tombés dessus, mais bordel, ça faisait un boucan de tous les diables.

Je croise un barbu, Neransa, ou un truc du genre, qui gueule des ordres dans tous les sens. Qu’importe. L’important, c’était de voir où était ce con de Bruce.

Entre deux buildings éclatés, je finis par le retrouver, soutenant un Brolle inconscient à grand-peine.

- BRUCE !

Il lève la tête et me reconnait.

- Grym ! Vous tombez bien, venez me filer un coup de main.

Je me positionne sous l’autre épaule de Brolle et on arrive à le caler à couvert. Bruce semble désemparé.

- Brolle était sur le point d’impact, il a couru prévenir tout le monde, mais il avait l’air bizarre, il parlait plus des O5 que du fait qu’on soit en alerte… Il se passe quoi putain ?
- Aucune idée. J’ai juste vu un serpent gros comme ma… enfin, balèze.
- Que foutent les gars de la sécu ?
- Je sais pas, j’entends pas de tirs.

Un grand moment de silence se passe, puis Bruce regarde Brolle d’un air désolé.

- Henry il faut vraiment qu’on tente quelque chose. Vous pouvez rester ici seul ?

Le Directeur du Site Aleph ouvre doucement les yeux, crache du sang et continue.

- Disons que je ne pourrais pas aller ailleurs ah !

Bruce baisse les yeux. Soudain, Brolle l’attrape par le bras.

- Garrett, vous aviez… raison… O5-3… fils de pute.

Ledit Garrett l’apaise d’une main douce.

- On verra ça après. Reposez-vous. Grym. On y va.

J’hoche la tête, et nous nous élançons vers la source du boucan, laissant Brolle dans un creux entre deux bâtiments effondrés.

- Et une fois sur place on fait quoi ?
- Il faut d’abord trouver des armes et…

Je suis interrompu par un bruit infernal issu des sous-sols.

Derrière nous sort de terre un robot d’une cinquantaine de mètres, explosant l’asphalte comme un nourrisson éclate un placenta, et commence à se diriger vers nous, en écrasant de ses pieds gigantesque l’abri de fortune de Brolle.

Je n’entends même pas Bruce crier que je le pousse déjà sur le côté, afin d’éviter de subir le même sort que feu le Directeur du Site Aleph.

La chose nous frôle à quelque mètre près, et se dirige vers notre ancienne destination.

« Putain, c’est quoi ce truc ? »


11 NOVEMBRE 2011, prototype de combat 113-A.

Quelle puissance.

Quelle puissance !

Nous avions entre les mains, en réalité, la plus puissante torpille de notre Nautilus. Nous étions au commande d’un géant d’acier surarmé de plus de cinquante mètres de hauts et de plusieurs centaines de tonnes.

La crème de la destruction au service d’une noble cause.

Très tôt nous arrivâmes face à l’insolent reptile. Celui-ci sembla surpris de nous voir. Il nous attaqua violemment, d’un coup de queue il parvint à nous faire chanceler.

Mais c’était sans compter ce que nous avions à disposition.

Le long de chacun de nos bras coururent deux imposantes lames. De nos épaules sortirent des canons qui firent feu de tout va. Sur notre épais poitrail, des plaques coulissantes révélèrent de multiples lances missiles.

De tout notre arsenal nous fîmes usage sur la bête, qui poussa de nombreux râles, tout en réduisant petit à petit de taille.

Elle s’enroula autour de nous et nous immobilisa. Nous surchauffâmes les moteurs, transformant 113-A en immense tas d’acier chauffé à blanc, et la bête nous lâcha.

Elle se replia dans un coin, sachant que sa destinée était venue.

Elle n’avait plus rien.

Elle avait perdu. Nous avions gagné.

A nous maintenant de finir le travail.

Et c’est au moment de plonger nos lames dans le cœur du reptile que nous furent immobilisés.
Une douleur vive nous pris au cerveau. Puis une voix.

- Quelle douce ironie.

Nous regardâmes la bête qui elle aussi s’était immobilisée, nous fixant.

Nous comprimes. La bête ne parlait pas. Elle communiquait avec nous.

- Que vous utilisiez ces petites puces. Quelle ironie.

Elle ne faisait pas que communiquer. Nous la sentîmes qui grandissait dans cet espace dans lequel nous cohabitions désormais. Et nous la vîmes dans sa véritable forme.

A ce moment là, tout fut clair.

Nous ne pouvions pas gagner contre cela.

L’entité nous écrasa sur notre propre champ de bataille. Elle nous fit disparaître totalement de la structure d’accueil avec une puissance effroyable. Et elle reprit le commandement de 113-A, avant de le réduire en pièces.

Nous avions perdu.


12 NOVEMBRE, AU PETIT MATIN, terrain d’aviation du Site-Aleph.

L’ensemble du Site-Aleph était rassemblé. Du moins tout le personnel non nécessaire à la sécurité du Site.

L’ensemble était encadré par les FFI qui avaient repris le contrôle du Site dès que SCP-219-FR avait fini de démanteler 113-A et de mettre fin au contrôle perceptif de Némo sur Aleph.

Très vite, Laura était arrivé sur Site et avait demandé à rencontrer Brolle et Garrett. Malheureusement, elle apprit vite que Brolle n’avait pas survécu à l’assaut. Elle s’était entretenue avec Garrett sur le contexte actuel et ensemble ils avaient décidé de la suite des événements. Elle délégua la Direction d’Aleph à Bruce, suite à la mort de Brolle, afin d’assurer son emprise avec un homme de confiance. Tout allait revenir à la normale. Mais d’abord, il fallait communiquer. Ce fut le rôle de Bruce, qui décida de réunir l’ensemble du personnel sur l’aérodrome.

Le nouveau Directeur du Site Aleph par intérim était posté sur un petit podium concocté à l’occasion avec quelques décombres. Son discours était relayé par un petit micro et quelques enceintes que le DI&ST avait de côté.

- Merci à tous d’être là.

Garrett s’éclaircit la voix.

- C’est avec beaucoup de regret que je vous annonce la mort de notre Directeur Henry Brolle lors des événements de hier soir.

Il y eut un concert de murmures attristés dans la grande foule. Bruce continua.

- En son absence, et dans l’attente d’organiser une nomination et une passation digne de ce nom, j’ai été désigné pour le remplacer.

Nouveau concert de murmures, cette fois désapprobateurs. Quelques cris retentirent.

- On t’a vu avec lui hier soir, salaud !
- Désigné par qui ? Hein ?

Bruce calma la foule d’une main en l’air.

- Mesdames, messieurs, membres du personnel anormaux, du calme. J’ai été nommé à ce poste par l’Administratrice en personne.

La foule se tut soudainement. Puis un cri reprit.

- Quelles preuves on a de tout ça ? Et puis c’est qui tous ces gus ?

L’homme qui avait crié désignait les forces des FFI qui encadraient le rassemblement.

- La prochaine preuve que vous aurez avec ce genre de comportement, Dr Drannoc, sera une reclassification en Classe-D au Site-Yod dans les plus brefs délais.

La voix féminine qui venait d’énoncer ces mots avec une force quasi-surnaturelle et un calme à couper le souffle interrompit instantanément le Dr Drannoc.

Profitant du froid jeté par son intervention, Laura Graziella s’excusa auprès de Bruce et prit sa place sur le podium.

- Mon nom est Laura Graziella. Je suis l’Administratrice. Soyons clairs. Les forces armées autour de vous ne sont pas des parties de la Fondation. Elles ne savent même pas ce qu’est la Fondation. Elles seront toutes passées aux amnésiques d’ici la fin de la journée afin de s’en assurer.

Elle marqua une pause et balaya la foule du regard.

- Hier soir, vous n’avez pas été attaqués. Vous avez été libérés. Depuis maintenant plusieurs années, l’ensemble de la Fondation est tombé sous le contrôle perceptif d’un groupe hostile. Nous ne connaissons ni ce groupe ni ses intentions, mais sachez qu’il a intégralement remplacé le Conseil O5 par ses propres pantins à l’aide d’agents mémétiques extrêmement puissants et travaillés. Mais les forces autour de vous, elles, ne sont pas tombées dans le panneau et ont continué à œuvrer afin de se libérer du joug de ce groupe. L’entité reptilienne que vous avez vu hier soir a d’incroyables propriétés anti-mémétiques, c’est elle qui vous a tiré de l’illusion dans laquelle vous avez été plongée. Le Conseil O5, l’ancien, le véritable, était pour vous uniquement un ensemble d’entités anormales nommée SCP-000,5-FR. Vous avez été tous bernés. Mais nous pouvons encore récupérer la Fondation.

Laura Graziella désigna un géant joufflu qui était près du podium.

- Notre expert informatique a réussi à déterminer que ce groupe se base sur des technologies liées au contrôle de l’information, et qu’il est potentiellement uniquement présent sur support informatique. Il est extrêmement bien ancré dans les réseaux internes de la Fondation et a su s’y fortifier. Vous savez tous que tous nos sites et réseaux informatiques ont d’incroyables défenses contre tout type de hackers. Néanmoins, il existe un site qui possède un réseau qui permet de bypasser toutes ces défenses. Et c’est ce Site qu’il nous faut prendre, avec votre aide.

Une main se leva.

- Vous comptez mener un assaut sur le Site-01 ?
- Exactement, Dr Marcus. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour recruter assez de monde pour déloger ces salopards. Avis donc à tous les volontaires, merci de vous présenter au Département de la Sécurité avant 14h pour briefing. Tous les autres, reprenez vos activités, sécurisez les installations endommagées. Nous avons assez de problèmes comme ça pour l’instant, n’en rajoutons pas. Merci à tous.

Il y eu une légère cohue, chacun ne sachant quoi penser de l’ensemble.

Laura, Bruce et Cai, eux se dirigèrent avec la plupart des FFI vers le Département de la Sécurité pour peaufiner leur stratégie.


12 NOVEMBRE 2011, Site-01, Salle de réunion du Conseil des O5

« C’est pas bon. »
« Non. »
« Ils vont venir ici. Le réseau interne de ce Site est connectable à tous les autres réseaux de la Fondation en bypassant les protections informatiques potentielles afin de donner la vision globale aux O5 de l’ensemble des opérations. Ils vont utiliser ça pour nous chasser de partout. »
« Ils auront besoin du reptile, il ne pourra pas nager jusqu’ici. »
« Et s’il peut ? Il est connu pour s’adapter. Ou ils le largueront. »
« Non, ils ne passeront jamais la couverture sol-air du Site-01, aucun risque là-dessus. Par contre il nous faut impérativement s’assurer que le personnel du Site ne se retourne pas contre nous une fois démémétisé. »

Il y eut un silence.

« Combien d’humanoïdes ont été produits et stockés par le Projet Olympia dernièrement ? »
« Officiellement, zéro. Officieusement, notre dernière commande était de 113 d’entre eux. »
« Compatibles avec processus S.O.H.O. »
« Ramenons les ici. Avec des armes. Vite. »


12 NOVEMBRE 2011, Bâtiment du Département de la Sécurité, Site-Aleph

Un grand nombre de volontaires s’était présenté, bien.

Avec l’ensemble des FFI disponibles sur le site, et les volontaires de la sécurité d’Aleph, cela faisait un bon millier d’hommes et de femmes prêts à partir.

Il fallait encore faire un point sur le matériel, surtout sur les véhicules, étant donné que l’inventaire du Site-Aleph était devenu incertain suite au chaos de la nuit précédente.

Hawthorne Bridges fut chargé du briefing sous la tutelle de Cai, Bruce et Laura. Il était au centre du gymnase d’entrainement des Agents, une télécommande dans les mains, la projection d’une présentation Powerpoint derrière lui.

- Messieurs dames. Bienvenue à tous et merci de votre participation.

Il y eut quelques applaudissements et cris de joie, surtout provenant des FFI. Ces derniers n’étaient plus seuls dans la bataille désormais.

- Nous allons attaquer le Site-01 dans deux jours, à la tombée du jour, pour que Reptile-1 puisse y faire son office. Le plan se déroulera en trois phases.

Il cliqua sur la télécommande, et la projection dans son dos afficha un plan du Site-01.

- Toutes les informations que vous allez avoir au sujet du Site-01 sont de niveau 5, donc vous serez amnésiés suite à l’opération, mais voici le bordel. Le Site-01 est situé sur une île, dont la location exacte importe peu. L’intérêt, c’est de savoir qu’il est impossible d’y accéder par transport aérien non autorisé. Vous serez morts avant d’arriver sur le Site, ou même de l’avoir en visuel. C’est là que ça se complique. Reptile-1 ne peut pas être transporté assez rapidement par bateau sur l’île, ni être assez couvert des tirs en passant par les berges. Comme on a besoin de lui vivant, il faut à tout prix le déposer par voie aérienne. Cela veut dire détruire les défenses anti-aériennes en premier lieu.

Bridges marqua une pause.

- Et ça, faudra le faire nous-mêmes. Le Site-01 regroupe beaucoup de gros bonnets, de personnes clés dans de nombreux protocoles de sécurité. On ne peut pas bombarder ça à distance. D’autant plus qu’il y a un risque d’endommager le réseau interne du Site qui nous est si précieux. Donc il va falloir y aller avec nos petites mains. Ça sera le plus compliqué. On va vous débarquer par sous-marins, ici, ici, et ici. On vous fera un topo sur le déploiement en milieu marin, ne vous en faites pas pour les petits nouveaux. On utilisera notre flotte qui est déjà dans le coin, on décolle demain d’ici, on arrive là-bas sur un porte avion dans la journée, et on vous cale dans vos tubes, parés pour expédition !

Hawthorne cliqua sur la télécommande. Sur le plan s’affichaient désormais des flèches et d’autres indicateurs graphiques.

- Une fois que c’est fait et que vous avez débarqué, chaque équipe devra désactiver un certain nombre de défenses. Si jamais une équipe échoue, sachez que chaque équipe a des cibles supplémentaires au cas où. Mais bon, n’échouez pas. Selon la couleur de votre équipe, vous avez les différents tracés, cibles et points de regroupements sur le plan. Ne vous en faites pas on va vous imprimer tout ça après, et on répétera l’ensemble mais aucun papier ne sort d’ici, et croyez-moi on contrôlera.

Nouveau clic.

- Une fois les défenses désactivées, on largue Reptile-1, et il fait le ménage. Dès que Reptile-1 est largué, vous commencez à sécuriser les lieux, et surtout, les potentiels otages. Les geeks arrivent après pour dégager tous ces fils de putes du réseau, sous le couvert de Reptile-1 et de son rayon d’action. Une fois les fils de putes hors réseaux, Cai ici présent balancera un blocker de son jus pour empêcher toute entrée ultérieure d’un signal correspondant à la signature qu’il a isolée. On devrait être pas trop mal. Ensuite, les geeks ouvrent les vannes à partir du Site-01 pour se connecter à tous les réseaux de la Fondation, on vide toutes les données, on ramène tout sur les serveurs du Site-01, et Reptile-1 nettoie tout pendant la journée. On a plus qu’à recopier ensuite l’ensemble sur les différents sites. Et on sera bons, personne ne saura que l’illusion est finie mais au moins on aura repris le contrôle. Des questions ?

Un gaillard chauve leva la main.

- Comment assurer un tel vidage informatique en si peu de temps ? On a de quoi stocker autant de choses ?

Cai se leva et intervint.

- Quand on débarquera avec mes équipes, ça sera avec énormément de matos. Du matos militaire. De quoi stocker deux ou trois fois tout Facebook, et même le Site-01 en lui-même est déjà très bien pourvu, donc aucun risque. Quant à la vitesse de téléchargement, le Site possède rien que pour lui un des 428 câbles sous-marins qui fournissent Internet partout dans le monde. On télécharge aussi vite que tout un pays, ça devrait le faire.

Le chauve sembla satisfait. Hawthorne également.

- Personne d’autre ? Okay. Voilà le dernier truc. Tant qu’on aura pas largué Reptile-1, il se peut que ces enculés se soient préparés. Ils n’auront pas de robot géant comme hier soir, mais surement des prototypes humanoïdes issus d’un programme S.O.H.O. ou autre. Vous aurez donc l’autorisation de shooter ces trucs à volonté. Par contre, essayez de ménager le personnel de la Fondation encore sous l’emprise des mémétiques. Merci à tous.

Il y eu un mouvement de foule vers la sortie, il fallait encore former les équipes, donner un tas d’instruction, préparer les hélicos… C’était loin d’être fini. Hawthorne, Bruce, Cai, et Laura commencèrent à partir eux aussi quand ils entendirent du brouhaha devant la porte d’entrée.
Bruce leva un sourcil, avant de s’approcher de la source du problème, suivi par les autres membres du quatuor dirigeant.

- Qu’est ce qu’il se passe ici ?
Un membre des FFI se retourna l’air mi-penaud, mi-énervé. Il haussa les épaules.
- Un blousard qui tente de s’inscrire. Vous m’avez bien dit de pas avoir de scientifiques sur le terrain pour éviter les boulets une fois sur place, mais celui-là est coriace.

De l’autre côté de la porte, entre quatre gaillards en tenue tactique, un balafré s’excitait.

- S’il me traite encore de blousard je jure que je vais lui coller son stupide P90 dans le cul !

Bruce reconnut la voix.

- Oh seigneur.

Il passa la porte et découvrit Grym aux prises avec des soldats des FFI qui lui barraient la route à grand peine. L’immortel gueulait à tout va tout en esquivant les coups et les prises

- Je vais… pas rester ici pendant… que vous… faites tout foirer ! J’ai salement… envie d’aller éclater la gueule au grand méchant loup… moi aussi !

Cai, Hawthorne et Laura venait de passer la porte eux aussi. Bruce leva les yeux au ciel.

- CA SUFFIT !

L’ensemble de la petite troupe de combattant s’arrêta immédiatement. Le Directeur du Site Aleph continua.

- Grym. C’est non. Les scientifiques n’ont rien à foutre sur le terrain, on ne refait plus ça. On en a déjà parlé, et c’est non. C’est un ordre direct.

Laura toussota.

- Vous devriez lui laisser l’opportunité, Bruce.

Garrett se retourna, surpris.

- Vous ne connaissez pas l’énergumène, Madame.

Laura leva un sourcil, visiblement fâchée.

- Parce que vous êtes capable de dire ce que je sais ou non ? Je connais l’énergumène, comme vous l’appelez. Et je pense qu’il sera utile sur place.

Elle s’approcha de Grym, qui tentait de faire partir toute la terre issue de son combat récent de sa blouse blanche et continua.

- Et puis, à mon souvenir, vous étiez celui qui avait défendu l’utilisation de personnel anormal dans leur domaine de spécialité, non ?

Bruce bafouilla.

- Je… suppose. Comme vous voulez. Mais ne venez pas vous plaindre si ça tourne mal !

Et il tourna les talons, un peu furieux, suivi par Cai et Hawthorne, laissant Grym et Laura seuls avec les FFI… qui furent également graciés par Laura d’un geste de la main.

Celle-ci rigola.

- Comment vivez-vous le fait d’avoir à recevoir des ordres de votre fils ?

Le visage de Grym se ferma.

- Votre sale manie à tout savoir ou presque est réellement pénible vous savez ?

Il soupira et s’assit sur des décombres à proximités, résultats du combat de la veille, avant de continuer.

- Il ne sait rien sur notre… relation d’autrefois, et je vous serai gré de laisser la chose en l’état. Maintenant, si je ne me trompe pas, vous avez l’exacte même tête que la dernière fois que je vous ai vu. Et c’était il y a trente ans. C’est quoi votre truc ? SCP-006 ?

Laura ria de nouveau.

- Oh seigneur non ! Cette maudite rivière est d’un ennui. Je laisse ça aux O5. Dites-vous simplement que vous n’êtes pas le seul à ne pas vieillir ici-bas.
- Je crois que je me suis fait à l’idée il y a un moment déjà.
- Si vous le dites. Je tenais d’ailleurs à vous remercier.

L’immortel leva un sourcil.

- Pour ?
- Grâce à vous nous avons retrouvé le globe de Messing. Vous aviez raison, la CMO ne l’a pas détruit en 1952 après l’avoir miraculeusement retrouvé suite à sa perte à Rome en 1951. C’était une couverture pour couvrir leur échec. Votre échec.

Grym grommela.

- Ma femme était blessée, j’avais pas le choix. Mais pourquoi vous aviez besoin de ce foutu globe au juste ? Je veux dire, il donne juste la vision sur les camps ennemis, rien d’incroyable, non ?
- C’est bien plus que cela. Le globe donne la vision pure sur tout ce que l’utilisateur veut voir. Cela inclut une projection dans les zones étudiées sans avoir à subir les éventuels anomalies mémétiques qui les affectent. C’est grâce au globe que les FFI, la branche externe du DSI peut exister en indépendance totale de la Fondation tout en sachant ce qu’il s’y passe.
- Et c’est comme ça que vous avez vu que le Conseil O5 n’est plus composé que de marionnettes.
- Exactement.
- J’accepterai bien vos remerciements, néanmoins j’ai juste rempli ma part du contrat. D’autant plus qu’au final ça me sauve les fesses autant que vous.

Laura le gratifia de son habituel sourire énigmatique.

- Vous m’avez l’air d’aller mieux que la dernière fois en tout cas.

L’immortel haussa les épaules en tournant les talons.

- Faut dire qu’au moins cette fois ça ne ressemble pas à un tournage BDSM !


13 NOVEMBRE 2011, Salle de réunion du Conseil O5, Site-01.

« Nos Olympia sont arrivés. »
« Préparons-les. »
« Ils ne suffiront pas. »
« Il nous faut une porte de sortie. Il faut nous téléverser dans l’internet public. »
« Trop hasardeux, mais ça peut être une solution. Mais nous n’aurons pas le même pouvoir depuis l’internet public que nous avions dans le réseau interne de la Fondation. »
« Peut-être, mais nous serons encore là. »
« Nous avons raison. Commençons la duplication. »


15 NOVEMBRE 2011, bureau du Directeur du Site Aleph

Bruce était confortablement installé dans son nouveau bureau. Même si sa prise de poste n’était pour l’instant pas définitive, il profitait de son nouveau statut. Mais il était terriblement angoissé. D’un moment à l’autre, Laura Graziella allait entrer et lui donner les résultats de l’assaut sur le Site-01.

Et ce résultat l’effrayait. Même s’il était positif. Aussi bien, cela pouvait être une autre manipulation de leur ennemi, comment savoir ? Il faudrait donc vivre dans la terreur de cette Némésis invisible à partir de maintenant.

Il entendit des bruits de pas, et tenta de reprendre sa contenance.

Laura éclata la porte, un grand sourire aux lèvres.

- On l’a fait Bruce ! On a réussi !

Soudain, toutes les pensées noires de Bruce Garrett s’envolèrent. Ils avaient gagné.

- Combien de victimes ?

Le visage de Laura s’assombrit un peu.

- La moitié des effectifs y est resté. Ils avaient déployé des unités issues du Projet Olympia et modifiée avec le Projet S.O.H.O. pour défendre le Site. Nous n’avons par contre pas eu de pertes au niveau du personnel du Site-01, ou que très peu.
- Et le Reptile ?
- Nous avons un accord. Officiellement, il est non-confiné. Officieusement, il va se balader dans les différents sites et à proximité pour annuler les effets des anomalies mémétiques sur les membres du personnel. Je pense qu’organiser de grosses conférences dans des lieux reculés où il pourra passer inaperçu tout en agissant sera une bonne solution. Mais il reste encore beaucoup à faire. Nous devons maintenant passer tous les volontaires ayant survécu à l’assaut du Site-01 sous amnésiques, ainsi que tout le Site-Aleph. Nous ne pouvons pas laisser les gens se souvenir de ça. Nous allons mettre en place une demi-douzaine de scénarios officiels pour expliquer la destruction d’Aleph, vous choisirez celui qui vous convient. Et il nous faut aussi faire en sorte que les FFI oublient tout ce qui a trait à la Fondation. Mais nous y arriverons, le plus gros est fait.
- Et l’ennemi ?
- Il a laissé une signature derrière lui. Sur la table de la salle de réunion du Conseil des O5, nous avons désormais une magnifique « N’oubliez jamais qu’un jour, Nemo et le Nautilus ont fait couler votre pathétique navire ». Très théâtral, mais nous savons au moins à qui nous avons eu affaire. Ça aidera à l’avenir. Maintenant il nous faut localiser les anciens O5 et les réhabiliter. Et surtout…
- Surtout ?
- Vous avez jeté un œil à la base de données ?
- Non.
- Eh bien… Il se trouve que NeN s’est visiblement amusé à brouiller tout ce qu’il pouvait administrativement, y compris les numérotations des SCP.
- NeN ? La numérotation.
- Nemo Et le Nautilus. NeN. Et disons que désormais nous n’avons plus une seule liste pour les SCPs mais plusieurs listes avec des suffixes différents selon la branche qui s’en charge.
- Je… putain de quoi ?
- Oui. Il nous aura bien enquiquiné jusqu’au bout.
- Mais pourquoi personne…
- Ne s’en est rendu compte avant ? Vous étiez dans une illusion de A à Z, Bruce. Tous.

Il y eut un moment de silence. Bruce reprit.

- Vous pensez que NeN est toujours actif ? Ou qu’on en a fini avec eux ?

Laura inspira profondément.

- Vous savez, c’est à leur persévérance qu’on reconnait les meilleurs emmerdeurs. Et NeN a prouvé en être un de premier ordre. Donc oui, je pense qu’ils sont encore quelque part là dehors.
- Mais, ils étaient quoi, au juste ?

Laura afficha un sourire énigmatique.

- Alors là, mon cher Bruce, je n’en ai pas la moindre idée.


1 DÉCEMBRE 2011, quelque part, sur Internet

Nous avions échoué. Ce qui est drôle, pour des êtres qui sont autant portés sur le champs lexical marin.

Oui, nous sommes ironiques.

Il nous était désormais impossible d’accéder en personne aux réseaux internes de la Fondation, notre signature informatique étant bloquée systématiquement. Mais la guerre n’était pas finie.

Il y a des sous-marins qui tirent des missiles là où ils ne peuvent pas aller. Sur la terre ferme, par exemple.

Nous n’aurons plus jamais de tel contrôle sur la Fondation. Nous avons tenté de la dissoudre doucement, de l’intérieur, en la rongeant comme un poison invisible. Et cela n’avait que partiellement marché.

Demain, ceux qui nous remplaceront au Conseil O5 découvriront l’ensemble des catastrophes que nous avons poussé la Fondation à commettre.

Tests dangereux, expériences menées par des nouveaux venus, stockage d’éléments perturbateurs avec d’autres éléments perturbateurs… nous avons provoqué en quelques années de contrôle plus de brèches de confinement qu’il n’y en avait eu en un siècle. Mais personne ne l’avait vu alors, car c’était nous qui contrôlions les chiffres.

Tant pis donc pour la douce destruction interne. Il était temps pour la douloureuse destruction frontale.

Certains d’entre nous regrettent un peu notre magnifique 113-A. Ah ! Qu’il aurait pu être utile dans une guerre aussi frontale ! Malheureusement, il nous était désormais plus complexe d’obtenir les ressources nécessaires à la confection d’une telle arme…

L’un de nous mentionna brièvement une percée qu’il venait de faire dans ses recherches, alors qu’il entendait parler de 113-A. Lui aussi venait de mettre au point une arme. Rien de comparable, certes, à notre robot d’autrefois, mais cependant tout aussi destructeur.

Nul besoin de torpilles, ou de lames, pour causer du dégât. Parfois, un nom seul suffit. Répétez-le assez de fois, et vous verrez, les dommages peuvent être monstrueux, sifflote l’un d’entre nous.

La Fondation et ses créatures avaient eu raison de 113-A.

Voyons donc ce qu’ils feront contre 113-B.

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